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Full text of "Bible. N.T. Gospels. French"

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LES 

SAINTS ÉVANGILES 



DU MEME AUTEUR 



INTRODUCTION GENERALE AUX EVANGILES. Un vol. grand 
in-S" de 137 p. Paris, 1889. 

ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU. Introduction critique et 
COMMENTAIRES. Un vol. grand in-S" de 570 p. Paris, 1878. 

ÉVANGILE SELON SAINT MARC. Introduction critique et commen- 
taires. Un vol. grand in-S" de 228 p. Paris, 1879. 

ÉVANGILE SELON SAINT LUC. Introduction critique et commen- 
taires. Un vol. grand in-8'' de 415 p. Paris, 1882. 

ÉVANGILE SELON SAINT JEAN. Introduction critique et commen- 
taires. Un vol. grand in-8'' de LXiv-388 p. Paris, 1886. 

SYNOPSIS EVANGELICA, seu quatuor sancta Jesu Christi Evange- 
lia, secundum Vulgatam editionem ordine chronologico in harmoniam 
concinnat.a. Un vol. grand in-8'> de xix-138 p. Paris, 1882. 

ESSAIS D'EXÉGÈSE. Exposition, réfutation, critique, mœurs 
juives, etc. Un vol. in-12 de Xi-354 p. Lyon, 1884. 

ATLAS ARCHÉOLOGIQUE DE LA BIBLE, d'après les meilleurs 
documents soit ancip;ns, soit modernes, et surtout d'après les décou- 
vertes les plus récentes faites dans la Palestine, la Syrie, la Phè- 
nicie, l'Egypte et l'Assyrie, destiné a faciliter l'intelligence des 
saintes Ecritures. Un vol. grand in-4'' de vi-60 p., accompagné de 
93 planches contenant iioo figures. Lyon, 1883. — Deuxième édition, consi- 
dérablement augmentée. Lyon, 1886. 

ATLAS D'HISTOIRE NATURELLE DE LA BIBLE, d'après les mo- 
numents anciens et les meilleures sources modernes et contempo- 
raines, destiné a faciliter l'intelligence des saintes Écritures. Un 
vol. grand in-4'', composé d'un texte explicatif (vii-112 p.) et de 112 plan- 
ches contenant 900 figures. Lyon, 1884. 

ATLAS GÉOGRAPHIQUE DE LA BIBLE, d'après les meilleures 
sources françaises, anglaises et .\llem.\ndes contemporaines (en colla- 
boration avec M. l'abbé H. Nicole). Un vol. grand in-4», composé d'un 
lexique et de 18 planches en couleurs. L3'on, 1890. 

BIBLIA SACRA juxta Vulgat.ï; exemplaria et correctoria rom.\na 

DENUO EDITA, DIVISIONIBUS LOGICIS ANALYSIQUE CONTINUA, SENSUM ILLUS- 

TR.\NTiBUS, ORNATA. Un beau vol. in-8"' de près de 1400. p., orné de tètes de 
chapitres et de lettres initiales, avec filets rouges. Paris, 1887. — Deuxième 
édition, approuvée par plusieurs cardinaux et de nombreux évêques. 
Paris, 1891. Troisième édition en 1894. 
NOVUM TESTAMENTUM juxta Vulgat^ exemplaria et correctoria 

ROMANA DENUO EDITUM, DIVISIONIBUS LOGICIS ANALYSIQUE CONTINUA, SEN- 
SUM ILLUSTRANTIBUS, ORNATUM. Un vol. in-32 de viii-544 p., orné de 
vignettes et encadré de rouge. Paris, 1885. — Deuxième édition, approuvée 
par plusieurs cardinaux et de nombreux évêques. Paris, 1891. 

L'IDÉE CENTRALE DE LA BIBLE. Brochure in-12 de vi-54 p. 
Lyon, 1888. 

LA SAINTE BIBLE COMMENTÉE d'après la Vulgate et les textes 
ORIGINAUX, A l'usage DES SÉMINAIRES ET DU CLERGÉ. Huit beaux volumes 
in-80, ornés de nombreuses gravures. Les cinq premiers volumes ont paru. 
Paris, 1888-1895. 

LES PSAUMES COMMENTÉS d'après la Vulg.\tb et l'hébreu. Un 
beau vol. in-8" de 764 p., orné de 160 gravures. Paris, 1893. (Cet ouvrage 
est, en très grande partie, un extrait du précédent) 



LA PALESTINE 

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N5.JÉSUS-CHRIST. 

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LES 

SAINTS ÉVANGILES 

TRADUCTION ANiNOTÉE 

ET ORNÉE 
DE NOMBREUSES GR-WLRES DAPRÉS LES MONUMENTS ANCIENS 

PAR 



L.-CL. FILLION 

Prêtre de Saint-Sulpice 
Professeur d'Ecriture Sainte à l'Institut Catholique de Paris 



D E l' X 1 E M E EDITION 
Revue et ausnncntée 



PARIS 

LETOUZEY ET ANÉ, ÉDITEURS 

17, RUE DU VIEUX-COLOMBIER, I7 
1896 






Sur le Rapport favorable qui Nous a été adressé 
par l'ecclésiastique chargé d'examiner le livre intitulé : 
Les Saints Évangiles^ traduction annotée et ornée de 
nombreuses gravures d'après les monuments anciens, par 
L.-Cl. Fillion, Prêtre de Saint-Sulpice, Professeur 
d'Ecriture Sainte à l'Institut Catholique de Paris, Nous 
en permettons volontiers l'impression. 

Paris, le 4 Février i8ç6. 

François, Cardinal Richard 

Archevêque de Paris. 



ÉYÊCHÉ AuluH, le jo twvembre iSç^. 

DAUTUN 



Mon cher Professeur, 

Les œuvres littéraires qui ont des hommes pour 
auteurs peuvent avoir besoin de se placer sous un 
patronage humain, afin de se recommander à l'atten- 
tion du public. 

Tel n'est pas le cas de cette traduction nouvelle des 
saints Evangiles, que vous destinez à la jetmesse de 
nos collèges. 

La parole de Dieic porte avec elle son autorité sou- 
veraine, et elle n'a que faire de notre suffrage. Par 
elle-même , et à elle seule, elle se suffit. 

Aussi bien, ne sont-ce pas les enseignements de 
notre divin Sauveur que votes me demandez de signaler 
au respect, à la foi, à la religieuse obéissance de vos 
lecteurs. Ce que vous sollicitez de moi, ce sont quelques 
lignes qui montrent comment cette édition nouvelle 
des saints Evangiles est très bien appropriée au but 
que vous vous êtes proposé, de rendre aussi atb^ayante 
que possible, pour notre chère jeunesse, une lecturJ 



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dont elle est appelée à tirer d' inappréciables avan- 
tages. 

Les notes jointes à votre traduction et les nom- 
breuses vignettes qui, au cours du livre, forment un 
commentaire artistique de la vie du Sauveur et de 
toutes les circonstances historiques de son séjour parmi 
les hommes me paraissent devoir très bien seconder 
votre pieuse et apostolique entreprise. 

Au moment oie je recevais les bonnes feuilles de 
votre charmant volume, je relisais les Souvenirs de 
jeunesse du P. Gratry. Voici coînment, pendant ses 
deux années de séjour à V Ecole polytechnique, il com- 
pensait potw son âme, avide de vérité substantielle et 
vivante, l' inévitable sécheresse des abstractions de 
V algèbre et de la géométrie. 

« Je communiais tous les dimanches... De plus, 
j'avais une soif et une faim continuelles de cet autre 
corps du Christ qui est l'Écriture sainte et l' Evan- 
gile. La vigueur divine du texte inspiré me ranimait... 
Je serais mort, s il m^ avait fallu vivre (f algèbre seule. 
Je pris donc la résolution hardie et difficile de par- 
tager — contre tout règlement, et même toute possibi- 
lité apparente — ma journée en deux parties : l'une 
pour les études de l' Ecole polytechnique, et l'autre 
pour me recueillir, pour rentrer dans mon âme, lire 
l'Evangile^ et méditer en écrivant (i). » 

Ce qu'ont produit cet amour de l' Evangile et ce 
culte passionné de la divine parole; de quelle puissance 

(i) Le P. Gratrv, Souvenirs de ma jeunesse, 4" édition, p. 124, 
125. 



prnir le bien l'emploi d'une telle méthode a doué ce 
jetine homme de vingt ans ; comment elle l'a préparé 
à devenir nn des ouvriers les pins intelligents et les 
plus laborieux du Royaume de Dieu : nous qui l'avons 
connu j qui avons entendu sa parole, vécit de sa vie, et 
qui le retrouvons tout entier dans ses œuvres, si visi- 
blement inspirées par l'esprit de l' Évangile , nous en 
pouvons rendre témoignage. 

Je souhaite ardemment, mon cher Professeur , que 

la difusion de votre travail alhmie dans les âmes de 

nos jeunes gens nn enthousiasme semblable et suscite 

parmi ettx de 7iombreux et énergiques serviteurs de 

la vérité. 

Je suis votre très affectueusement dévoué en N.-S. 



\ADOLPHE-LOUIS-ALBERT, Cardinal FERRA UD. 
Eveque d' Aiitiin, 




AVANT-PROPOS 



Lorsque l'aumônier d'un grand lycée de Paris (i) 
nous fit demander, il y a quelques mois, si nous con- 
sentirions à préparer ce petit volume, destiné à pro- 
pager le plus possible, dans toutes les classes de la 
société, la connaissance des saints Evangiles et de 
Celui dont ils racontent si sobrement et si éloquem- 
ment l'histoire, ce projet plut tant à notre esprit 
et à notre cœur, que nous nous mîmes aussitôt à le 
réaliser. Et vraiment, nous ne pouvons pas mieux 
comparer le temps où nous l'avons exécuté qu'à 
une bienfaisante oasis, qui nous a reposé d'arides et 
austères études. 

A plusieurs reprises, des essais du même genre ont 
déjà été tentés avec un succès réel, et d'excellentes 
publications ont porté au loin, sur le sol français, la 
divine image de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mais 
les Evangiles ne seront jamais assez lus, assez goûtés, 



(i) M. l'abbé L. Laoroix, aumônier du lycée Micbelet, 



X AVANT-PROPOS. 

et nous espérons que cette édition nouvelle trouvera 
sa place dans mainte bibliothèque, sur maint guéri- 
don, sur maint pupitre d'écolier, sur mainte table de 
chaumière, auprès de maint chevet de malade, où le 
texte évangélique n'avait pas encore pénétré. Lors- 
qu'on travaille à supprimer Jésus de l'école et de la 
société, ne faut-il pas travailler aussi en sens contraire, 
afin de réintégrer partout son divin souvenir? 

Pour aider ce petit livre à trouver en tous lieux un 
excellent accueil, nous nous sommes efforcé, de con- 
cert avec nos actifs et intelligents éditeurs, de le ren- 
dre bien avenant, de sorte que. son seul aspect attirât 
et fixât les regards. Et tout en multipliant ses avan- 
tages extérieurs et intérieurs, nous avons désiré que 
la modicité du prix de vente n'empêchât presque 
aucune bourse de l'acquérir. 

La traduction, faite sur la Vulgate, c'est-à-dire, sur 
la version latine officielle de l'Eglise, ne nous appar- 
tient que dans un sens large. Comme l'ont fait avan4: 
nous presque tous nos devanciers, catholiques et 
protestants, nous avons pris pour base l'œuvre de 
Le Maistre de Sacy (i), qui a des qualités très réelles, 
et qu'il serait fâcheux de laisser disparaître entière- 
ment. Mais, vingt mille fois et au delà, nous l'avons 
modifiée en des proportions plus ou moins considé- 
rables, soit pour rajeunir des expressions ou des 
tours de phrase tombés en désuétude, soit pour sup- 
primer des additions et des longueurs inutiles, soit 

(i) Elle parut en 1667^ 



AVAXT-PROPOS, XI 

surtout pour la rendre plus correcte et plus conforme 
au texte latin. Les lignes qui n'ont pas subi de 
transformations sont en nombre fort restreint. N'o- 
mettons pas de dire que nous avons tenu à conserver 
au récit sacré sa saveur et son cachet archaïques, qui 
le rendent si attrayant ; c'est pourquoi nous avons 
habituellement traduit d'une manière littérale cer- 
taines locutions pittoresques, notamment certaines 
formules de transition, certains idiotismes, dont les 
évangélistes émaillent leurs narrations. L'Evangile 
est un livre auquel on aurait tort de vouloir donner 
une parure trop moderne : sa dignité et sa beauté en 
souffriraient également. 

Nous avons laissé presque uniquement la parole 
aux biographes du Sauveur, car c'est leur texte avant 
tout que nous voudrions faire lire et relire con- 
stamment à ceux auxquels nous nous adressons, sans 
distraire jamais leur attention. Cependant nous avons 
ajouté, surtout aux passages qui pouvaient présenter 
quelque difficulté, des notes explicatives concises, soit 
morales et dogmatiques, empruntées aux saints Pères 
ou aux « hommes doctes », comme le demande la 
législation de l'Eglise, soit géographiques et archéo- 
logiques. S'il en est, parmi nos lecteurs, qui se sen- 
tent excités, par cette simple lecture du texte et de 
ces petites notes, à faire une étude plus approfondie 
des Evangiles, ils auront, pour les guider, les diffé- 
rentes Vies de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui ont 
été composées avec autant de piété que de talent 
durant les dernières années, et même, s'ils ne re- 



XII 



AVANT-PROPOS. 



doutent pasles aridités de l'exégèse, les commentaires 
proprement dits, dans lesquels le récit évangélique 
est interprété verset par verset, et presque mot par 
mot. 

Notre petite carte de Palestine permettra de suivre 
aisément Jésus à travers ses voyages et ses courses 
apostoliques. Quant aux gravures que nous avons 
insérées presque à chaque page, elles seront plus 
qu'une illustration dans le sens ordinaire de ce mot, 
et plus qu'un Charme pour le regard. Uniquement 
empruntées aux monuments de l'antiquité chré- 
tienne et païenne, elles fourniront une explication 
claire, vivante, inoubliable des scènes racontées. 

Que les saints évangélistes daignent bénir ces 
pages, et qu'ils les aident à propager au loin la con- 
naissance et l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. 

L.-Cl. Fillion. 

Paris, le 8 septembre 1895, fête de la Nativité de Marie. 





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INTRODUCTION^ 



Le mot Evangile dérive du grec et signifie bonne nou- 
velle. Il convient admirablement pour désigner les récits 
qui exposent la vie et la doctrine de Notre-Seigneur 
Jésus-Christ, l'histoire abrégée de la rédemption apportée 
par lui au monde. 

Ces récits étant au nombre de quatre, on dit commu- 
nément qu'il y a quatre Evangiles. Cependant, les saints 
Pères font parfois de délicates réserves au sujet de cette 
manière de parler, protestant que « l'Évangile est unique 
en vérité, bien qu'il provienne de quatre écrivains » 
différents (2), que « le Christ nous a donné un seul 
Evangile sous quatre formes » distinctes (3). En effet, 
c'est la même histoire qui est racontée par saint Matthieu, 
saint Marc, saint Luc et saint Jean, quoique avec des 
variantes multiples ; c'est le même portrait que nous font 
admirer ces artistes célestes, quoique chacun d'eux mette 
sous nos yeux une nouvelle physionomie de Jésus, His- 
toire incomparable, portrait divin, qu'on ne se lassera 
jamais d'étudier, de contempler. 

(i) Le frontispice ci-joint représente, d'après une sculpture des premiers 
siècles, Jésus entouré des douze apôtres. 

(2) Origène. 

(3) Saint Irénée. 



XIV INTRODUCTION. 

Il existe comme une parenté fraternelle entre les trois 
premiers Évangiles, car ce sont, dans l'ensemble, les 
mêmes faits qu'ils racontent, et souvent leurs expressions 
sont identiques. Le quatrième, celui de saint Jean, a, soit 
pour le fond, soit pour la forme, un caractère très spécial. 

Saint Matthieu a écrit le premier, vers l'an 45, en 
langue hébraïque. Il s'adressait à ses anciens coreli- 
gionnaires juifs, auxquels il voulait démontrer que Jésus 
était le Messie promis par les prophètes et très impa- 
tiemment attendu- en Israël : c'est pour cela qu'il cite si 
souvent l'Ancien Testament (i) et qu'il insiste, à chaque 
page, sur le parfait accomplissement des anciens oracles 
par Jésus-Christ, « fils de David, fils d'Abraham. » 

L'œuvre de saint Marc parut quelques années plus 
tard (2). Il la composa en grec, à la requête des chrétiens 
de Rome, pour leur donner, dans son « court Évangile » (3), 
un abrégé de la prédication de saint Pierre, son maître. 
Son récit est rapide, vivant, dramatique. Il ne s'arrête pas 
à rapporter tout au long les discours du Sauveur : des 
faits, et encore des faits, simplement rattachés les uns aux 
autres par l'adverbe « aussitôt » (4), voilà ce qui le carac- 
térise surtout. L'Homme-Dieu nous apparaît comme puis- 
sant en œuvres dans ces pages mouvementées. 

Saint Luc, qui était probablement d'origine païenne, 
et qui exerçait la profession de médecin, nous a donné le 
plus littéraire des Évangiles. Son style est élégant, son 
grec riche et pur. C'est sous l'influence de saint Paul, 
dont il était le disciple intime, et dont il partagea la cap- 
tivité à Rome, qu'il écrivit h son tour, vers l'an 60, l'his- 
toire du divin Maître. Il nous indique lui-même (5) les 
principes qui le guidèrent dans la composition de son 
précieux volume : il remonta aux sources, compulsa les 

(i) Environ soixante-cinq fois. 

(2) Peut-être vers l'an 50. 

(3) Expression de saint Jérôme. 

(4) Au delà de quarante fois dans le texte original. 

(5) Ch. I, vers. 1-4. 



INTRODUCTION. XV 

documents, et suivit, plus que ses devanciers, l'ordre 
chronologique. Des épisodes relativeaiient nombreux et 
du plus haut intérêt lui appartiennent en propre. Il dé- 
crit tout à la façon d'un peintre habile. Son héros, c'est le 
Fils de l'homme, semblable à nous en toutes choses à 
part le péché, compatissant à nos maux, et apportant 
le salut à l'humanité tout entière. 

L'Evangile selon saint Jean fut composé le dernier de 
tous, également en langue grecque, vers la fin du 
i^' siècle, à la demande des Eglises d'Asie mineure. Il n'a 
que très peu de points communs avec les trois autres, et 
« occupe un terrain à part », comme on l'a dit à bon droit. 
Passant volontairement sous silence la plupart des faits 
racontés par ses prédécesseurs, il complète leur narration 
et signale presque uniquement des traits nouveaux. C'est 
ainsi qu'il s'attache de préférence au ministère de Jésus 
en Judée et à Jérusalem, tandis que saint Matthieu, saint 
Marc et saint Luc avaient surtout résumé avec soin le 
ministère exercé par le Christ en Galilée. Les discours, 
habituellement d'une très haute portée, fournissent l'élé- 
ment principal, les faits ne servant guère que de cadre et 
d'introduction aux paroles. C'est à cause de sa nature plus 
intime, plus profonde, que la tradition lui a donné le beau 
nom d' « Evangile spirituel ». Le but très manifeste de 
saint Jean est de démontrer la divinité de Notre-Seigneur 
Jésus-Christ. Autant ses idées sont élevées, autant son 
style est simple et sans apprêt. 

Dès le second siècle, les écrivains chrétiens se sont 
complu à voir dans les quatre animaux de la célèbre 
vision du prophète Ézéchiel (i) le type des quatre évan- 
gélistes, et l'on trouve sans cesse, sur les monuments 
anciens, saint Matthieu représenté par l'homme, saint 
Marc figuré par le lion, saint Luc par le taureau, saint 
Jean par l'aigle (2). 

(i) Ezéch., ch. I. 

(2) Voyez, en tête et à la fin de chaque Évangile, des figures de ce genre, 
empruntées à l'antiquité. 



XVI 



INTRODUCTION. 



« Rien de plus facile, de plus varié, de plus reposant, de 
plus doux, mais aussi rien de plus grand et de plus fort 
que ce livre (des Évangiles). Tout y marche dans un 
calme, dans un naturel, dans une sérénité qui pénètrent 
l'àme et la sanctifient. Tout y est simple, et tout y est 
divin. Jésus-Christ n'y est point défiguré, comme tant de 
fois, par la main des hommes : ce que vous voyez de lui 
dans l'Evangile, c'est lui-même qui vous le montre ; c'est 
de sa bouche adorable que tombe cette parole, qui, depuis 
dix-neuf siècles, sèche des larmes et relève des ruines (i)... 
Il faut étudier comme à genoux, et le cœur plein de 
prière, les annales qui racontent cette vie (2)... L'Evangile 
est au monde, immortel désormais, plus profond que les 
sages, plus pur que les vierges, plus fort que les rois. 
Ouvrez-le, et après y avoir imprimé vos lèvres, livrez- 
vous à lui comme à l'âme de votre mère. Votre mère 
venait de Dieu et elle vous aimait ; l'Évangile aussi vient 
de Dieu, et c'est le seul livre qui ait reçu le don d'ai- 
mer (3). » 

(i) H. Perreyve, la Journée des Malades, p. 178. 

(2) Un exégète protestant. 

(3) Lacordaire, Lettres à un jeune ho7nme sur la vie chrétienne, 
3* édit., p. 183. 





EVANGILE 



SELON 



SAINT MATTHIEU 



PREAMBULE 
La généalogie de N.-S. Jésus-Christ. 

Jésus, fils de David , fils d Abraham. 

Chapitre premier (^z). — 'Livre de la généalogie de 
Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham (<5). 

^ Abraham engendra Isaac ; Isaac engendra Jacob ; 
Jacob engendra Juda et ses frères; ^Juda engendra Pha- 
res et Zara, de Thamar; Phares engendra Esron; Esron 
engendra Aram;*Aram engendra Aminadab ; Aminadab 
engendra Xaasson ; Xaasson engendra Salmon; ^Salmon 
engendra Booz, de Rahab ; Booz engendra Obed, de 



(a) Les petits chiffres inséré?, presque à chaque ligne, travers le texte, 
marquent ce qu'on appelle les versets ; division inventée vers le milieu du 
XVI» siècle, pour faciliter les recherches dans la Bible. 

{b) D'après les antiques prophéties, le Messie devait être issu d'Abraham 
et de David ; c'est pour cela que saint Matthieu démontre dès les premières 
lignes de son récit, par ce document puisé aux sources officielles, que Jésus 
avait réellement ces saints et illustres personnages pour ancêtres. 



MATTH., I, 6-17. 



Ruth ; Obed engendra Jessé ; Jessé engendra David, qui 
fut roi. ^ Le roi David engendra Salomon, de celle qui 
avait été femme d'Urie ; ^ Salomon engendra Roboam ; 
Roboam engendra Abias; Abias engendra Asa; ^Asa en- 
gendra Josaphat; Josaphat engendra Joram; Joram en- 
gendra Ozias (a) ; ^ Ozias engendra Joatham ; Joatham 
engendra Achaz ; Achaz engendra Ezéchias ; ^^ Ezéchias 
engendra Manassé; Manassé engendra 
Amon ; Amon engendra Josias; ^^ Josias 
engendra Jéchonias et ses frères, au 
temps de la déportation à Babylone. 
'^ Et après la déportation à Babylone, 




Jéchonias engendra Salathiel ; Salathiel 
engendra Zorobabel ; *^ Zorobabel en- 
gendra Abiud; Abiud engendra Elia- 
cim ; Eliacim engendra Azor ; ^*Azor en- 
gendra Sadoc ; Sadoc engendra Achim ; 
Achim engendra Eliud ; ^^ Eliud engen- 
dra Eléazar; Eléazar engendra Mathan; 
Malihan engendra Jacob ; *^ Jacob en- 
gendra Joseph (3), l'époux de Marie, 
de laquelle [est né Jésus, qui est appelé Christ (c). 

^"^ En tout donc, depuis Abraham jusqu'à David, qua- 
torze générations; et depuis David jusqu'à la déportation 
à Babylone, quatorze générations ; et depuis la déportation 
à Babylone jusqu'au Christ, quatorze générations. 



Marie et l'enfant Jésus. 

(D'après 
une gemme antique.) 



(a) Entre' Joram et Ozias, saint Matthieu a omis volontairement trois 
noms, ceux des rois Ochozias, Joas et Amasias, descendants les plus immé- 
diats de l'infâme Athalie (saint Jean Chr>'sostôme). Il a ainsi égalisé ses 
trois groupes de quatorze générations (saint Jéiôme). Les omissions de ce 
genre ne sont pas rares dans les arbres généalogiques de l'Orient. 

(J) L'évangéliste donne la généalogie de saint Joseph, et non celle de Marie, 
parce que c'était un principe, chez les Juifs, que les femmes ne comptaient 
pas dans les listes de ce genre; mais comme la sainte Vierge appartenait, elle 
aussi, à la famille royale de David, les ancêtres de son chaste époux étaient 
également les siens : cette généalogie est donc \Taiment celle de Jésus. 

(c) Christ est un mot grec qui signifie « oint », c'est-à-dire, sacré. Il cor- 
respond très exactement à Messie, nom d'origine hébraïque. 



s. M AT TH., I, 18-25. 



PREMIERE PARTIE 
L'enfance et la vie cachée de Jésus. 

Sa conception virginale. 

^^ Or, la naissance du Christ eut lieu ainsi. Marie, sa 
mère, étant fiancée à Joseph, avant qu'ils habitassent en- 
semble, il se trouva qu'elle avait conçu de l'Esprit saint. 
*^ Mais Joseph, son époux, étant un homme juste, et ne vou- 
lant pas la diffamer, résolut de la renvoyer secrètement. 
^^Et comme il y pensait, voici qu'un ange du Seigneur lui 
apparut en songe, disant : Joseph, fils de David, ne crains pas 
de prendre avec toi Marie, ton épouse; car ce qui est né 
en elle vient du 



Saint-Esprit. ^* Elle 
enfantera un fils, et 
tu lui donneras le 
nom de Jésus ; car 
il sauvera son peu- 
ple de ses péchés 
{a). 2^ Or, tout cela 
arriva pour que 
s'accomplît ce que 
le Seigneur avait 
dit par le prophète, 
en ces termes (<^) : 
^•^ Voici, la vierge 
concevra, et elle enfantera un fils, et on lui donnera le 
nom d'Emmanuel ; ce qui signifie. Dieu avec nous. 

-* Joseph, réveillé de son sommeil, fit ce que l'ange du 
Seigneur lui avait ordonné, et prit son épouse avec lui. 
'^^ Et il ne l'avait point connue quand elle enfanta son fils 
premier-né {c), auquel il donna le nom de Jésus. 

(a) En hébreu, Jésus signifie « salut de Jéhovah •», ou, comme on le dit par 
abréviation, « sauveur ». 

(ô) Isaïe, VII, 14. 

{c) Premier-né et unique tout ensemble, Marie étant demeurée constam- 
ment une vierge parfaite (saint Jérôme, saint Léon, et toute la tradition). 




Isaïe prophétise la naissance virginale du Messie, 
(Peinture des Catacombes.) 



s. M ATT H., II, I- 



Sa naissaJice a Bethléem et l' adoration des Mages. 

Chapitre II. — ^ Jésus étant donc né à Beth- 
léem (rt) de Juda, aux jours du roi Hérode, voici que des 
mages {b^ d'Orient vinrent à Jérusalem, ^ disant : Où 
est le roi des Juifs, qui vient de naître ? car nous avons vu 
son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer. 
^ Or, le roi Hérode, l'apprenant, fut troublé {c), et tout 
Jérusalem avec lui. *Et rassemblant tous les princes des 
prêtres et les scribes du peuple {d^, il s'enquit d'eux où 

devait naître le Christ. 
^ Et ils lui dirent : A 
Bethléem de Juda; car 
il a été ainsi écrit par 
le prophète {e) : ^ Et 
toi, Bethléem, terre de 
Juda, tu n'es certaine- 
ment pas le plus petit 
des chefs-lieux de Juda; 
car c'est de toi que sor- 
tira le chef qui régira Is- 
raël mon peuple. ^ Alors 
Hérode, ayant appelé se- 
crètement les mages, 
s'informa d'eux avec soin du temps où l'étoile leur était 
apparue. ^ Puis, les envoyant à Bethléem, il dit : Allez, 

(a) Petite ville située au sud et à environ deux heures de Jérusalem. 

{b) Les mages étaient des savants ou des sages, venus probablement des 
régions de l'Arabie. Ils apportèrent à Jésus, avec leurs présents symboliques, 
les premiers hommages du monde païen. C'est par une révélation spéciale 
qu'ils surent que le nouvel astre apparu dans le ciel était l'étoile du Messie 
(saint Augustin). 

(c) Hérode le Grand, prince ambitieux et très jaloux de son autorité, trem- 
ble en apprenant soudain l'existence d'un rival. 

(d) Les princes des prêtres étaient les chefs des vingt-quatre familles sacer- 
dotales ; les scribes étaient chargés d'interpréter la loi mosa'ique. Les uns et 
les autres formaient, au temps de Jésus-Christ, avec les anciens ou notables, 
le tribunal suprême des Juifs, le célèbre Sanhédrin. 

(^) Michée, v, 2. 




Les Mages devant Hérode. 
(Peinture des Catacombes.) 



s. M AT TH., II, 9- 14. 5 

informez-vous avec soin de l'enfant ; et lorsque vous l'aurez 
trouvé, faites-le-moi savoir, afin que moi aussi j'aille l'adorer. 
^ Lorsqu'ils eurent entendu le roi, ils partirent. Et 
voici que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient, allait devant 
eux, jusqu'à ce que, arrivée au-dessus du lieu où était 
l'enfant, elle s'arrêta. *^Or, en voyant l'étoile, ils se ré- 
jouirent d'une très grande joie. *'Et entrant dans la 
maison, ils trouvèrent l'enfant, avec Marie sa mère, et se 
prosternant, ils l'adorèrent; puis, ayant ouvert leurs tré- 
sors, ils lui offrirent pour présents de l'or, de l'encens et 
de la myrrhe {a). *^Et ayant reçu en songe l'avertissement 
de ne pas retourner auprès d'Hérode, ils revinrent par un 
autre chemin dans leur pays. 

La fuite en Egypte et le massacre des enfants de Bethléem. 
La sainte Famille s'établit en Egypte. 

*'^ Lorsqu'ils furent partis, voici qu'un ange du Seigneur 
apparut en songe à Joseph, disant : Lève-toi, prends l'en- 




/f Mailiot 

Massacre des saints Innocents. (D'après un ivoire du v« siècle.) 

fant et sa mère, et fuis en Eg\'pte, et restes-y jusqu'à ce 
que je te parle; car il arrivera qu'Hérode cherchera l'en- 
fant pour le faire mourir. ** Joseph s'étant levé, prit l'en- 
fant et sa mère durant la nuit, et se retira en Egypte. 

(a) Sur la myrrhe, voyez saint Marc, xv, 23, et la note. 



6 s. MATTH., II, 15-23- 

*^Et il y resta jusqu'à la mort d'Hérode, afin que s'accom- 
plît ce que le Seigneur avait dit par^ le prophète, en ces 
termes (a) : J'ai rappelé mon fils d'Egypte. 

'*^ Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les 
mages, entra dans une grande colère; et il envoya tuer 
tous les enfants qui étaient h Bethléem et dans tous ses 
environs, depuis l'âge de deux ans et au-dessous, selon le 
temps dont il s'était enquis auprès des mages. ^"^ Alors s'ac- 
complit ce qui avait été dit par le prophète Jérémie, en 
ces termes (^) : *^Une voix a été entendue à Rama (c), 
des pleurs et de grandes lamentations; c'est Rachel pleu- 
rant ses enfants, et elle n'a pas voulu être consolée, 
parce qu'ils ne sont plus. 

i^Mais Hérode étant mort, voici qu'un ange du Sei- 
gneur apparut en songe 
à Joseph, en Egypte, ^*' et 
dit : Lève-toi, prends l'en- 
fant et sa mère, et va 
dans le pays d'Israël; car 
ceux qui en voulaient à la 
vie de l'enfant sont morts. 
-^ Joseph s'étant levé, 
prit l'enfant et sa mère, 
et vint dans le pays d'Israël. ^^ Mais ayant appris qu'Ar- 
chélaûs (d) régnait en Judée, à la place d'Hérode son 
père, il craignit d'y aller; et averti en songe, il se retira 
dans la province de Galilée, ^'-^ et il vint habiter dans une 
ville appelée Nazareth {c), afin que s'accomplît ce qui avait 
été dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen (/"). 

(a) Osée, xi, i. 

(è) Jérémie, xxxi, 15. 

(c) Petite ville située à deux lieues au nord de Jérusalem, et dont les 
ruines portent le nom d'Er-Râm. 

(rf) Prince aussi tj'rannique que son père. Il fut déposé par les Romains, 
après un règne d'environ dix ans. 

(e) Gracieuse bourgade cachée dans les montagnes, et qui convenait très 
bien pour servir de retraite à Jésus. 

(/) On ne lit nulle part cet oracle en propres termes dans l'Ancien Testa- 




H^J^I 



Monnaie d'Hérode Archélaiis. 



s. M AT TH., III, 1-7. 7 

SECONDE PARTIE 
La vie publique de Jésus. 

§ I. — LE PRÉCURSEUR ET LE MESSIE. 
Prédicatio7i de Jean-Baptiste. 

Chapitre III. — ^ En ces jours-là, Jean-Baptiste vint, 
prêchant dans le désert de Judée {a), '^ et disant : Faites 
pénitence, car le royaume des cieux {h) est proche. ^ C'est 
lui qui a été désigné par le prophète Isaïe, lorsqu'il dit : 
Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin 
du Seigneur, rendez droits ses sentiers (<:). * Or, Jean 
avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture 
de cuir autour de ses reins; et sa nourriture était des 
sauterelles et du miel sauvage. 

^ Alors Jérusalem, et toute la Judée, et tout le pays des 
environs du Jourdain venaient à lui ; ^ et ils étaient baptisés 
par lui dans le Jourdain, confessant leurs péchés. " Mais 
voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens {d) qui 
venaient à son baptême, il leur dit: Race de vipères, qui 



ment ; mais plusieurs prophètes, entre autres Isaïe, Jérémie, Zacharie, com- 
parent le Messie à un rejeton, et c'est précisément en hébreu le sens du mot 
Nazareth (saint Jérôme). 

(a) District sauvage, presque inhabité, qui s'étend entre Jérusalem et la 
mer Morte. 

(b) C'est-à-dire, le royaume spirituel que le Messie allait fonder sur la terre 1 
pour procurer le ciel à tous ceux qui deviendraient ses sujets. La pénitence 
était la condition essentielle de l'entrée dans ce royaume. • 

(c) Isaïe, XL, 3. 

(d) Les pharisiens et les sadducéens formaient alors chez les Juifs deux 
partis religieux très célèbres, opposés l'un à l'autre. Les premiers, scrupuleu- 
sement attachés aux anciennes traditions, avaient fini par réduire le culte a un 
pur formalisme, sous les dehors duquel se cachaient des vices nombreux. Les 
seconds, qui appartenaient surtout à l'aristocratie du pays, étaient sceptiques 
sur plus d'un point de dogme. On comprend, d'après cela, les reproches sé- 
vères que leur adresse le Précurseur. 




8 s. M AT TH., III, 8 — IV, 2. 

* 

VOUS a appris à fuir la colère qui va venir? ^ Faites donc 
de dignes fruits de pénitence. ^ Et ne prétendez pas dire 
en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour père; car je 
vous déclare que Dieu peut susciter de ces pierres des 
enfants à Abraham. ^^ Car déjà la co- 
srnée est mise à la racine des arbres; 
tout arbre donc qui ne produit pas de 
bon fruit sera coupé et jeté au feu. 
^^ Moi, je vous baptise dans l'eau, pour 
la pénitence; mais celui qui doit ve- 
nir après moi est plus puissant que 
moi, et je ne suis pas digne de porter 
ses sandales. Lui, il vous baptisera 
Égyptienne dans l'Esprit-Saint et dans le feu {û}. 

vannant du blé. j, ^ ^ son van dans sa main, et il net- 

(Ancienne peinture.) ' , 

toiera son aire ; et il amassera son ble 
dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui 
ne s'éteindra pas. 

Ze baptême et la tentation de Jésus. 

*^ Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain, auprès de 
Jean, pour être baptisé par lui. ^* Mais Jean l'écartait, en 
.disant : C'est moi qui dois être baptisé par vous, et vous 
venez à moi ! *^Mais Jésus, répondant, lui dit : Laisse 
faire maintenant; car c'est ainsi qu'il convient que nous 
accomplissions toute justice. Alors Jean le laissa faire. 
^^ Or Jésus, ayant été baptisé, sortit aussitôt hors de l'eau. 
Et voici que les cieux lui furent ouverts, et il vit l'Esprit 
de Dieu qui descendait comme une colombe, et qui vint 
sur lui. ^' Et voici qu'une voix du ciel disait : Celui-ci est 
mon Fils bien-aimé, en qui je me suis complu. 

Chapitre IV. — ^ Alors Jésus fut conduit dans le désert 
par l'Esprit, pour y être tenté par le diable. - Et lorsqu'il 

(a) Le baptême de saint Jean n'était donc qu'une figure ; celui de Jésus 
pouvait seul conférer la vraie rémission des péchés. L'eau ne lave qu'à la 
surface ; le feu de l'Esprit saint pénètre jusqu'au fond des cœurs pour les 
purifier. 



s. MATTH., IV, 3-13. 9 

eut jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. 
^Et le tentateur, s'approchant, lui dit : Si vous êtes le 
Fils de Dieu, dites que ces pierres deviennent des pains. 
* Jésus répondit : Il est écrit (a) : L'homme ne vit pas seu- 
lement de pain, mais de toute parole qui sort de la bou- 
che de Dieu. ° Alors le diable le transporta dans la cité 
sainte {d), et le plaça sur le haut dti temple ; ® et il lui dit : 
Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez-vous en bas; car il est 
écrit (t) : Il a donné des ordres à ses anges à ton sujet, et 
ils te porteront dans leurs mains, de peur que tu ne heurtes 
ton pied contre une pierre. "^ Jésus lui dit : Il est aussi 
écrit {d) : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. * Le 
diable le transporta encore sur une montagne tout à fait 
élevée, et lui montra tous les royaumes du monde et leur 
gloire ; ^ et il lui dit : Je vous donnerai toutes ces choses, 
si, vous prosternant, vous m'adorez (<?). ^^ Alors Jésus lui 
dit : Retire-toi, Satan; car il est écrit (/") : Tu adoreras le 
Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. ^^ Alors le 
diable le laissa, et voici que les anges s'approchèrent, et 
ils le servaient. 

§ II. — LES DÉBUTS DU MINISTÈRE DE NOTRE-SEIGNEUR 
JÉSUS-CHRIST. 

yésus S établit a Capharnaum et commence a prêche}'. Vocation 
de quatre disciples. Nombreux miracles. 

^^ Or, quand Jésus eut appris que Jean avait été mis en 
prison, il se retira en Galilée; ^^et ayant quitté la ville 

(a) Deutéronome, viii, 3. 

(h) C'est-à-dire, à Jérusalem, ainsi nommée parce qu'elle possédait le temple 
et qu'elle était le centre de la religion juive. 

(^) Psaumes, xc, 11. 

(d) Deutéronome, vi, 16. 

{e) « Le démon parle comme un arrogant et un orgueilleux, car il n'exerce 
pas sa puissance [sur le monde entier, et il ne peut pas donner tous les 
royaumes ». (Saint Jérôme). 

(/) Deutéronome, vi, 1 3. 



10 



s. MATTH., IV, 14-21. 



de Nazareth, il vint habiter à Capharnaûm (a), ville mari- 
time, sur les confins de Zabulon et de Nephthali, ^*afin que 
s'accomplît ce qui avait été dit par le prophète Isaïe (5) : 
*^Le pays de Zabulon et le pays de Nephthali, la voie de 
la mer, le pays qui est au delà du Jourdain, la Galilée des 
nations (t:) : ^''ce peuple qui était assis dans les ténèbres (d) 
a vu une grande lumière, et sur ceux qui étaient assis dans 
la région de l'ombre de la mort la lumière s'est levée. 
*' Dès lors Jésus commença à prêcher, et à dire : Faites 
pénitence, car le royaume des cieux est proche. 

^^Or Jésus, marchant le long de la mer de Galilée, vit 

deux frères, 
Simon , ap - 
pelé Pierre, 
et André son 
frère, qui je- 
taient le filet 
dans la mer, 
carilsétaient 

pêcheurs. 
19 Et il leur 
dit : Suivez- 
moi, et je 
vous ferai 
devenir pê- 
cheurs d'hommes. ^*^ Et eux, aussitôt, laissant leurs filets, 
le suivirent. ^^ Et de là, s'avançant plus loin, il vit deux 
autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, 
dans une barque avec Zébédée leur père, et réparant 




Pêcheur du lac de Tibériade, jetant son filet. 
(D'après une photographie.) 



(a) Capharnaûm était située sur la rive occidentale de la mer de Galilée, 
nommée aussi lac de Tibériade. 

(b) Isaïe, IX, i. 

(c) La Galilée avait toujours été habitée par une population païenne assez 
considérable; de là ce nom. 

(d) Allusion aux souffrances particulières que la Palestine du nord eut à 
endurer au temps des invasions assyriennes ; mais le Messie devait lui ap- 
porter un dédommagement parfait. 



s. M ATT H., IV, 2 2 — V, 7. II 

leurs filets ; et il les appela. ^^ Et eux, aussitôt, laissant leurs 
filets et leur père, le suivirent. 

23 Et Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant dans 
leurs synagogues (^z), prêchant l'Évangile du royaume, et 
guérissant toute langueur et toute infirmité parmi le 
peuple. -^ Et sa renommée se répandit dans toute la 
Syrie ; et on lui présenta tous ceux qui étaient malades, 
atteints de langueurs et de diverses souffrances, et les 
possédés du démon, et les lunatiques (6), et les paralyti- 
ques; et il les guérit. -'^Et des foules nombreuses le 
suivirent de la Galilée, de la Décapole (c), de Jérusalem, 
de la Judée, et d'au delà du Jourdain. 



§ III. — LE DISCOURS SUR LA MONTAGNE. 

Exorde, ou les huit Béatitudes. 

Chapitre V. — ^Or Jésus, voyant les foules, monta 
sur une montagne, et lorsqu'il se fut assis, ses disciples 
s'approchèrent de lui. - Et ouvrant sa bouche, il les ensei- 
gnait, en disant : 

3 Bienheureux les pauvres en esprit {d), car le royaume 
des cieux est à eux. * Bienheureux ceux qui sont doux, 
car ils posséderont la terre. ^ Bienheureux ceux qui pleu- 
rent, car ils seront consolés. ^ Bienheureux ceux qui ont 
faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. '' Bien- 

{a) Les synagogues étaient des édifices dans lesquels les Juifs se rassem- 
blaient pour prier. 

(Jb) Nom par lequel les anciens désignaient soit l'épilepsie, soit d'autres 
maladies nerveuses, qu'ils attribuaient à l'influence de la lune. 

(c) Sorte de confédération de dix villes, situées les unes au sud, les autres 
■A l'est et au sud-est du lac de Tibériade. Voyez la carte. 

(d) « C'est-à-dire, non seulement ces pau\Tes volontaires qui ont tout quitté 
pour suivre Jésus-Christ, et à qui il a promis le centuple dans cette vie, et 
dans la vie future la vie éternelle ; mais encore tous ceux qui ont l'esprit 
détaché des biens de la terre : ceux qui sont effectivement dans la pauvreté 
sans murmure et sans impatience ; qui n'ont pas l'esprit des richesses, le 
faste, l'orgueil, l'injustice, l'avidité insatiable de tout tirer à soi » (Bossuet)- 



12 



S. M ATT H., V. 



-17. 



heureux les miséricordieux, car ils obtiendront eux-mêmes 
miséricorde. * Bienheureux ceux qui 
ont le cœur pur, car ils verront Dieu. 
^ Bienheureux les pacifiques, car ils se- 
ront appelés enfants de Dieu. ^^ Bien- 
heureux ceux qui souffrent persécution 
pour la justice, car le royaume descieux 
est à eux. ^* Bienheureux serez-vous 
lorsqu'on vous maudira, et qu'on vous 
persécutera, et qu'on dira faussement 
toute sorte de mal contre vous, à cause 
de moi. *^ Réjouissez-vous alors, et tres- 
saillez de joie, parce que votre récom- 
pense sera grande dans les cieux ; car 
c'est ainsi qu'on a persécuté les pro- 
phètes qui ont été avant vous. 




Jésus docteur. 
(Ancien bas-relief.) 



Les disciples, sel de la terre et lumière du monde. La nouvelle 
loi dans ses relations avec l'ancienne. 

13 Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel s'affadit, 
avec quoi le salera-t-on? Il n'est plus bon 
qu'à être jeté dehors, et foulé aux pieds 
par les hommes. ** Vous êtes la lumière du 
monde. Une ville située sur une monta- 
gne ne peut être cachée; ^''et on n'allume 
pas une lampe pour la mettre sous le bois- 
seau, mais on la met sur le candélabre, afin 
qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la 
maison. *^Que votre lumière luise ainsi 
devant les hommes, afin qu'ils voient vos 
bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre 
Père qui est dans les cieux. 

^'Ne pensez pas que je sois venu abolir 
la loi ou les prophètes {a) ; je ne suis pas venu les abolir, 




Lampe 
sur un candélabre. 
(Orient moderne.) 



(a) C'est-à-dire, l'Ancien Testament, qui n'a pas plus été aboli par le 
Nouveau, que la racine ne l'est par la fleur. Un certain nombre de ses près- 



s. MATTH., V, I 8-2 5. I5 

mais les accomplir. ^^Car en vérité, je vous le dis, jusqu'à 
ce que passent le ciel et la terre, un seul iota {a) ou un 
seul trait ne disparaîtra pas de la loi, que tout ne soit 
accompli. *^ Celui donc qui violera l'un de ces plus petits 
commandements, et qui enseignera les hommes à le faire, 
sera appelé le plus petit dans le royaume descieux; mais 
celui qui fera et enseignera, celui-là sera appelé grand dans 
le royaume des cieux. -^ Car je vous dis que si votre 
justice n'est pas plus abondante que celle des scribes et 
des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des 
cieux. 

■^* Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens (b) : Tu ne 
tueras point ; et celui qui tuera méritera d'être condamné 
en jugement. --Mais moi je vous dis que quiconque se 
met en colère contre son frère, méritera d'être con- 
damné en jugement; et celui qui dira à son frère, Raca (c-), 
méritera d'être condamné par le conseil (d) ; et celui qui 
lui dira : Fou (^), méritera d'être condamné au feu de la 
géhenne (/). -^ Si donc tu présentes ton offrande à l'au- 
tel, et que là tu te souviens que ton frère a quelque 
chose contre toi, ^* laisse là ton offrande devant l'autel 
et va d'abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite tu 
reviendras présenter ton offrande. -''Accorde-toi au plus 

criptions, essentiellement transitoires, ont disparu ; mais ce qu'il avait de 
plus intime et de plus réel a été non seulement conservé, mais complété, 
ennobli, transfiguré par Jésus-Christ. 

(û) Le l'oia, qui équivaut à notre t, est la plus petite lettre de l'alphabet 
grec. Jésus dut dire en hébreu : Pas un zod ; or l'iod est la plus petite con- 
sonne de l'alphabet hébraïque. Voyez la figure de la p. 237. 

(ô) Exode, XX, 13. 

(c) Raca, mot hébreu qui signifie ((. vide » ; par conséquent, stupide. 

(d) Le « conseil » représente ici le Sanhédrin. Voyez la note de 11, 4. 

(e) Injure très grave, car il s'agit de la folie morale ou religieuse, par 
conséquent de très grands crimes, tels que l'impiété, l'athéisme. 

(/) Géhenne est un mot d'origine hébraïque, dont la forme primitive 
était Ghé-Hinnom, vallée d'Hinnom. La localité qu'il désignait, située au sud 
de Jérusalem, avait été souillée par des scènes idolàtriques honteuses et 
cruelles ; c'est pour cela que, plus tard, chez les Juifs, ce nom devint syno- 
nyme d'enfer. 



14 



s. MATTH., V, 26-32. 




L'autel des holocaustes. 
(Essai de reconstitution.) 



tôt avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec 
lui, de peur que ton adversaire ne te livre au juge, et 
que le juge ne te livre au 
ministre de la justice, et que 
tu ne sois mis en prison. 
^^ En vérité, 
je te le dis, 
tu ne sorti- 
ras pas de là 
que tu n'aies 
payé jusqu'à 
la dernière obole (<?). 
^^ Vous avez appris 
qu'il'a été dit aux anciens (^) : Tu ne commettras point 
d'adultère. -^ Mais moi je vous dis que quiconque aura 
regardé une femme pour la convoiter (c), a déjà commis 
l'adultère avec elle dans son cœur. -^ Si ton œil droit te 
scandalise, arrache-le, et jette-le loin de toi; car il vaut 
mieux pour toi qu'un de tes membres périsse, que si tout 
ton corps était jeté dans la géhenne. ^^ Et si ta main 
droite {d) te scandalise, coupe-la, et jette-la loin de toi ; car 
il vaut mieux pour toi qu'un de tes membres périsse, 
que si tout ton corps était jeté dans la géhenne. ^^ Il a été 
dit encore (e) : Que quiconque renverra sa femme lui 
donne un acte de répudiation. ^^ Mais moi je vous dis que 
quiconque renverra sa femme, si ce n'est en cas d'infidé- 



(a) Dans le texte primitif : jusqu'au dernier quadrani. C'était la plus petite 
monnaie de cuivre des Romains, équivalant au quart d'un as, c'est-à-dire, au 
quart de six centimes. 

(1^) Exode, XX, 14. 

(c) « En ce qui regarde la chasteté, il faut craindre jusqu'à un regard ; 
c'est par là qu'entre le poison » (Bossuet). 

(rf) Il faut savoir « renoncer aux liaisons non seulement les plus agréables, 
mais encore les plus nécessaires, plutôt que de mettre notre salut en péril » 
(Bossuet). Voilà ce que représentent cet œil droit, cette main droite que 
l'on doit arracher ou couper sans pitié. 

(e) Deutéronome, xxiv, i. 



s. MATTH., V, 33-44. 



15 



lité, la fait devenir adultère ; et celui qui épouse une 
femme renvoyée, commet un adultère (a). 

^^ Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens (è) : 
Tu ne te parjureras pas, mais tu t'acquitteras envers le 
Seigneur de tes serments. ^* Mais moi je 
vous dis de ne pas jurer du tout : ni par 
le ciel, parce que c'est le trône de Dieu; 
•*^ ni par la terre, parce qu'elle est l'es- 
cabeau de ses pieds; ni par Jérusalem, 
parce que c'est la ville du grand Roi. 
^^Tu ne jureras pas non plus par ta tête, 
parce que tu ne peux rendre un seul de 
tes cheveux blanc ou noir. ^'Mais que 
votre langage soit : Oui, oui; Non, non; 
car ce qu'on y ajoute vient du mal. 

^^Vous avez appris qu'il a été dit (c) : 
Œil pour œil, et dent pour dent. ^^Mais 
moi je vous dis de ne point résister au 
méchant; mais si quelqu'un t'a frappé sur 
la joue droite, présente-lui encore l'au- 
tre ((/). ^'^Et si quelqu'un veut t'appeler 
en jugement pour te prendre ta tunique, abandonne-lui 
encore ton manteau. '^ Et si quelqu'un veut te contraindre 
de faire mille pas, va avec lui pendant deux autres mille. 
*^ Donne à celui qui te demande, et si quelqu'un veut 
emprunter de toi, ne te détourne pas. 

*^Vous avez appris qu'il a été dit (e) : Tu aimeras ton 
prochain, et tu haïras ton ennemi. ^'^ Mais moi je vous 
disT/) : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous 




Arabe vêtu de la 
tunique et du 
manteau. 



(a) Le mariage chrétien est donc entièrement indissoluble. 

(b) Exode, xx, 7 ; Deutéronome, xxiii, 21. 

(c) Exode, XXI, 24, etc. 

(d) Ce traits et les deux suivants (versets 40-41) ne demandent nullement 
à être pris à la lettre. Ce qu'ils prescrivent, c'est l'esprit de douceur et de 
longanimité, la fuite de la vengeance (saint Augustin). 

(e) Lévitique, xix, 18. 

(/) « La répétition de ces mots (\-oyez les versets 22, 28, 34 et 39) donne 



ï6 s. M ATT H., V, 4 5. — VI, 6. 

haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et qui 
vous calomnient ; *^ afin que vous soyez les enfants de 
votre Père qui est dans les cieux, qui fait lever son soleil 
sur les bons et sur les méchants, et qui fait pleuvoir sur 
les justes et sur les injustes. '^^Car si vous aimez ceux qui 
vous aiment, quelle récompense aurez-vous? Les publi- 
cains {a) ne le font-ils pas aussi? *^ Et si vous ne saluez 
que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire? Les 
païens ne le font-ils pas aussi? ** Soyez donc parfaits, vous, 
comme votre Père céleste est parfait. 

Za pureté. d'intentio7i dans l aumône, la prière et le jeûne. 

Chapitre VL — ' Gardez-vous de faire vos œuvres de 
justice devant les hommes pour en être vus; autrement, 
vous n'aurez pas de récompense auprès de votre Père qui 
est dans les cieux. 

^Lors donc que tu fais l'aumône, ne sonne pas de la 
trompette devant toi, comme font les hvpocrites dans les 
synagogues et dans les rues, pour être honorés des hom- 
mes. En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. 
^Mais toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche 
ne sache point ce que fait ta main droite, '^afin que ton 
aumône soit dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le 
secret, te le rendra. 

^ Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypo- 
crites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et 
aux coins des places publiques, pour être vus des hommes. 
En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. 
*Mais toi, quand tu pries, entre dans ta chambre, et après 
avoir fermé la porte, prie ton Père dans le secret; et 

à toute cette partie du discours une sorte de majesté imposante et douce. On 
sent l'avènement du grand Législateur » (Ms' Bougaud). 

(a) Employés chargés de percevoir l'impôt dans les contrées soumises à 
Rome ; ils étaient souverainement méprisés, à cause de leurs injustices 
criantes. Les Juifs les abhorraient plus que personne, et leurs docteurs les 
classaient parmi les voleurs et Jcs assassins. 



s. MATTH., VI, 7-17. 



17 




ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra (^7). "Quand 

vous priez, ne multipliez pas les paroles, 

comme les païens, qui s'imaginent que 

c'est par la multitude des paroles qu'ils 

seront exaucés. ^Ne leur ressemblez donc 

pas ; car votre Père sait de quoi vous avez 

besoin, avant que vous le lui demandiez (d). 

^ C'est donc ainsi que vous prierez : Notre 

Père, qui êtes aux cieux, que votre nom 

soit sanctifié ; '° que votre règne arrive ; 

que votre volonté soit faite sur la terre 

comme au ciel. ** Donnez-nous aujourd'hui 

notre pain de chaque jour; *^ et remettez- 
nous nos dettes, comme nous les remettons 

nous-mêmes à ceux qui nous doivent ; *^ et Ég>'ptien 

ne nous abandonnez pas à la tentation, priant debout. 

mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il (t). (Peinture de tombeau.) 
** Car si vous par- 
donnez aux hommes leurs offenses, 
votre Père céleste vous pardonnera 
aussi vos péchés. ^^ Mais si vous ne 
pardonnez point aux hommes, votre 
Père ne vous pardonnera pas non 
plus vos péchés. 

^^ Lorsque vous jeûnez, ne prenez 
pas un air triste, comme les hypo- 
crites; car ils exténuent leur visage, 

Esclave égyptien parfu- pour faire voir aux hommes qu'ils, 
mant la tête de son jeûnent. En vérité, je vous le dis, ils 
™*^^^' ont reçu leur récompense. ^'' Mais toi, 

(Peinture de tombeau.) j^^sque tu jeûnes, parfume ta tête, et 

(a) Jésus ne déconseille nullement la prière publique ; ce qu'il blâme, 
c'est la vaine complaisance et l'ostentation dans les exercices de dévotion 
(Théophylacte). 

(b) Le Sauveur ne critique pas non plus les longues prières en elles-mêmes, 
mais seulement le verbiage inconsidéré et superstitieux (saint Augustin). 

(c) Prière si simple et si subHme en même temps, que Tertullien appelle 
à bon droit « un abrégé de tout l'Évangile *. 




s. MATÏH., VI^ 18-24. 



lave ton visage, ^^ afin de ne pas faire voir aux hommes 
que tu jeûnes, mais à ton Père, qui est présent dans le se- 
cret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. 

Les chrétiens et les biens de ce monde. 

*^ Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, oiî la 
rouille et les vers détruisent, et où les voleurs percent 

et dérobent. 
^*^ Mais amas- 
sez-vous des 
trésors dans le 
ciel, où ni la 
rouille ni les 
vers ne détrui- 
sent, et où les 
voleurs ne per- 
cent ni ne déro- 
bent («). 21 Car 
là où est ton tré- 
sor, là est aussi 
ton cœur. -^ La 

La teigne des étoflfes, à l'état de larve et de papillon. la,nine de tOn 
(A droite, la larve grossie.) , 

corps, c est ton 
œil : si ton œil est simple (3), tout ton corps sera lumineux ; 
"■^ mais SI ton œil est mauvais, tout ton corps sera téné- 
breux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, 
,combien seront grandes les ténèbres mêmes? 

^^ Nul ne peut servir deux maîtres; car, ou il haïra 
l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et mépri- 
sera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon {jc) 

ia) « Quelle folie que de laisser tes trésors dans un lieu que tu dois 
quitter, et de ne pas les envoyer d'avance au lieu de ton perpétuel séjoui ! » 
(saint Jean Chrysostome). 

{h) C'est-à-dire, sain et bien constitué. Il représente ici la pureté d'inten- 
tion (Bossuet). 

{c) Mot syro-chaldéen, qui désignait la richesse. Celle-ci est personnifiée en 
cet endroit. 




s. MATTH., VI, 25-32. 



19 



"-•'* C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas 
pour votre vie, de ce que vous mangerez; ni pour votre 
corps, de ce dont vous 
serez vêtus. La vie ^ 
n'est-elle pas plus 
que la nourriture, et 
le corps plus que le 
vêtement? -^Regar- 



dez les oiseaux du 

ciel : ils ne sèment ni 

ne moissonnent, et 

ils n'amassent pas 

dans des greniers ; 

et votre Père cé- 
leste les nourrit. N'êtes- vous pas beaucoup plus qu'eux? 

-'Qui de vous, en se tourmentant, peut ajouter une 
coudée (a) à sa taille ?^^ Et au su- 
jet du vêtement, pourquoi vous 
inquiéter ? Considérez comment 
croissent les lis des champs : ils 




Grenier à blé. (Peinture égT.'ptienne.) 




Fileuse. 
(D'après un vase grec.) 



ne travaillent ni ne filent; ^^cepen- 
dant, je vous dis que Salomon lui- 
même dans toute sa gloire n'a pas 
été vêtu comme l'un d'eux. ^^Mais 
si Dieu revêt ainsi l'herbe des 
champs, qui existe aujourd'hui, et 
qui demain sera jetée dans le four, 
combien plus vous-mêmes, hommes 
de peu de foi ! ^^ Ne vous inquiétez 
Que mangerons-nous, ou que 



donc pas, en disant 

boirons-nous, ou de quoi nous couvrirons-nous (^)? 

■^"^ Car ce sont les païens qui se préoccupent de toutes ces 



(a) La coudée était la principale mesure de longueur chez les Juifs ; on 
croit qu'elle équivalait à environ oP,S2S- 

(3) « Ne vous inquiétez point ! Cela n'exclut pas une prévoyance modérée, 
ni un travail réglé, mais seulement l'inquiétude et l'agitation de l'esprit » 



20 



S. MATTH., VI, 33 — VII, 



choses; mais votre Père sait que vous avez besoin de tout 
cela. ^^ Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu 
et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par 
surcroît. ^^Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, car 
le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit 
son mal. 

Divers préceptes, et conclusion du discours. 



Chapitre VII. — ^Ne jugez point, afin que vous ne 
soyez pas jugés. ^ Car vous serez jugés selon que vous 
aurez jugé, et on se servira envers vous de la mesure dont 
vous vous serez servis. ^ Pourquoi vois-tu le fétu dans l'œil 
de ton frère, et ne vois-tu pas la poutre qui est dans ton 
œil ? *Ou comment dis-tu à ton frère : Laisse-moi ôter le 

fétu de ton œil, toi qui as une 
poutre dans le tien? ^Hypo- 
crite, ôte d'abord la poutre de 
ton œil, et ensuite tu verras 
comment ôter le fétu de l'œil 
de ton frère. 

^Ne donnez pas la chose 
sainte aux chiens, et ne jetez 
point vos perles devant les 
pourceaux {a), de peur qu'ils 
ne les foulent aux pieds, et que, 
se retournant, ils ne vous dé- 
chirent. 

^ Demandez, et l'on vous don- 
nera; cherchez, et vous trou- 
verez; frappez, et l'on vous ouvrira. ^Car quiconque 
demande, reçoit, et qui cherche, trouve, et l'on ouvrira 




Huître à perle. 



(Bossuet, d'après saint Augustin). Avoir cbnfiance en Dieu, qui est le meil- 
leur des pères. 

{a) La chose sainte et les perles figurent les mystères de la foi et les sa- 



s. M ATT H., VII, 9-19. 



21 



à celui qui frappe. ^Quel est parmi vous l'homme qui, si 
son fils lui demande du pain, lui présentera une pierre ? 
*^Ou s'il lui demande un poisson, lui présentera-t-il un ser- 
pent ? ^' Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez 
donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre 
Père qui est dans les cieux donnera-t-il ce qui est bon à ceux 
qui le lui demandent ! *^ Ainsi, tout ce que vous voulez 
que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes 
pour eux ; car c'est là la loi et les prophètes (a). 

^^ Entrez par la porte étroite; car large est la porte, et 
spacieuse la voie qui conduit à la perdition, et il y en a 
beaucoup qui entrent par elle. ^* Qu'étroite est la porte 
et resserrée la voie qui conduit à la vie, et qu'il y en a 
peu qui la trouvent (<^) ! 

*^ Gardez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous 
sous des vêtements de brebis, et qui au dedans sont des 
loups ravisseurs. 
**Vous les con- 
naîtrez par leurs 
fruits. Cueille-t-.on 
des raisins sur des 
épines, ou des 
figues sur des ron- 
ces? *" Ainsi, tout 
bon arbre produit 
de bons fruits, et 
tout mauvais ar- 
bre produit de 
mauvais fruits. 
*^Un bon arbre ne 
peut produire de mauvais fruits, et un mauvais arbre ne 
peut produire de bons fruits. ^^Tout arbre qui ne produit 

crements, que les prêtres ne doivent divulguer ou distribuer qu'avec un sage 
discernement, pour éviter des profanations douloureuses. 

(a) Précepte admirable et d'une très grande portée, qui contient en abrégé 
toute la doctrine de l'Ancien Testament. 

(b) Souvent, il en coûte de pratiquer la vertu, d'observ-er en tout point la. 
loi chrétienne : Jésus en avertit loyalement ses disciples. 




La hache au pied de l'arbre. 
(Peinture égv'ptienne.) 



22 S. MATTH., VII, 20 — VIII, 2, 

pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. ^^Vous les re- 
connaîtrez à leurs fruits. 

^^Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : Seigneur, Sei- 
gneur, qui entreront dans le royaume des cieux ; mais 
celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, 
celui-là entrera dans le royaume des cieux. -^ Beaucoup me 
diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas 
prophétisé en votre nom, et chassé les démons en votre 
nom, et fait de nombreux miracles en votre nom(rt)? -^Et 
alors je leur dirai hautement : Je ne vous ai jamais con- 
nus; retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité. 

-* Ainsi donc, quiconque entend ces paroles que je dis 
et les met en pratique, sera comparé à un homme sage, 
qui a bâti sa maison sur la pierre, ^-^ Et la pluie est tom- 
bée, et les torrents sont venus, et les vents ont soufflé et 
se sont précipités sur cette maison, et elle ne s'est point 
écroulée, car elle était fondée sur la pierre. ^^Et quiconque 
entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en prati- 
que, sera semblable à un homme insensé, qui a bâti sa 
maison sur le sable. ^'Et la pluie est tombée, et les 
torrents sont venus, et les vents ont soufflé et se sont pré- 
cipités sur cette maison, et elle s'est écroulée, et sa ruine 
a été grande. 

-^ Or, il arriva que, lorsque Jésus eut achevé ces paroles, 
les foules étaient dans l'admiration de sa doctrine; ^^car 
il les enseignait comme ayant autorité, et non pas comme 
leurs scribes et les pharisiens. 

§ IV. — QUELQUES MIRACLES DE JÉSUS EN GALILÉE. 

Guérison d'îin lépreux^ du serviteur d'un centurion, de la belle-mère 
de saint Pierre et d'autres malades. 

Chapitre VIII. — ^Lorsque Jésus fut descendu de la 
montagne, des foules nombreuses le suivirent. ^Et voici 

(a) Il faut se défier de soi-même et ne pas se contenter d'un faux sem- 
blant de vertu. « Faire des miracles n'est point une preuve absolue de sain- 
teté » (saint Grégoire le Grand). Balaam a été prophète, comme Isa'ie ; Judas 
a opéré des prodiges, comme les autres apôtres. 



s. MATTH., VIII, 3-10. 



23 



qu'un lépreux vint à lui et l'adora, en disant : Seigneur, 
si vous voulez, vous pouvez me purifier (a). ^ Jésus, éten- 
dant la main, le toucha, en disant : Je le veux, sois puri- 
fié. Et aussitôt sa lèpre fut guérie. '^Et Jésus lui dit : Garde- 
toi d'enparler h personne (d) ; mais va, montre-toi au prêtre, 
et offre le don que Moïse a 
prescrit (^r), afin que cela leur 
serve de témoignage. 

"^ Jésus étant entré dans Ca- 
pharnaûm, un centurion {d) 
s'approcha de lui, le priant, 
^ et disant : Seigneur, mon 
serviteur est couché dans ma 
maison, atteint de paralysie, 
et il souffre extrêmement. 
"^ Jésus lui dit : J'irai et je le 
guérirai. ^Mais le centurion 
lui répondit : Seigneur, je ne 
suis pas digne que vous en- 
triez dans ma maison; mais 
dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. 
^ Car moi, qui suis un homme soumis à la puissance d'un 
autre, ayant sous moi des soldats, je dis h l'un : Va, et 
il va; et à l'autre : Viens, et il vient; et à mon serviteur : 
Fais cela, et il le fait. ^^ En l'entendant, Jésus fut dans 
l'admiration, et dit à ceux qui le suivaient : En vérité, je 
vous le dis, je n'ai point trouvé une si grande foi dans 




Lépreux de Jérusalem. 
(D'après une photographie.) 



(a) C'est-à-dire, me guérir. La loi de Moïse déclarait les lépreux impurs, à 
cause de leur mal hideux. 

(b) « Jésus dit cela pour donner l'exemple, car il avait enseigné précé- 
demment (VI, i) que l'on doit cacher ses bonnes œuvres »J(saint Thomas 
d'Aquin). Le passage parallèle de saint Marc (i, 45) montre que le divin 
Maître voulait, en outre, éviter de surexciter les esprits et de développer trop 
tôi^la jalousie de ses ennemis. 

(c) Ce sacrifice consistait, pour les riches, en une brebis et deux 
agneaux ; pour les pauvres, en tin agneau et deux tourterelles (Lévitique, xiv, 
10-22). 

(cf) Officier qui commandait à une compagnie de cent soldats. 



24 s. MATTH., VIII, 11-2 2, 

Israël. 1^ Aussi je vous dis que beaucoup viendront de 
l'orient et de l'occident, et auront place au festin avec 
Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux; 
*^ mais les enfants du royaume (a) seront jetés dans les 
ténèbres extérieures. Là il y aura des pleurs et des grin- 
cements de dents. ^' Alors Jésus dit au centurion : Va, et 
qu'il te soit fait selon que tu as cru. Et son serviteur fut 
guéri à l'heure même. 

** Jésus, étant venu ensuite dans la maison de Pierre, 
vit sa belle-mère, qui était couchée, et qui avait la fièvre. 
*^I1 lui toucha la main, et la fièvre la quitta; et elle se leva, 
et elle les servait. ^^ Quand le soir fut venu, on lui pré- 
senta de nombreux possédés, et il chassa les esprits par 
sa parole, et guérit tous ceux qui étaient malades; ^''afin 
que s'accomplît ce qui avait été dit par le prophète 
Isaïe : Il a pris lui-même nos infirmités, et s'est chargé de 
nos maladies {d), 

Commen/ il faut suivre Jésus. La tempête apaisée. 
Les démoniaques Géraséniens. 

*^Or, Jésus, voyant des foules nombreuses autour de lui, 
ordonna de passer à l'autre bord du lac. *^ Alors un scribe 
s'approchant, lui dit : Maître, je vous suivrai partout où 
vous irez. -*^ Jésus lui dit : Les renards ont des tanières, 
et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de 
l'homme (^r) n'a pas où reposer sa tète. ^^ Un autre de 
ses disciples lui dit : Seigneur, permettez-moi d'aller 
d'abord ensevelir mon père. ^^ Mais Jésus lui dit : Suis- 
moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts. 

(rt) Les Juifs, qui ont été appelés les premiers à être les sujets du Messie- 
roi, et qui seront exclus de son royaume à cause de leur incrédulité. 

(ô) Isaïe, LUI, 4. « Par les souffrances de son propre corps, il a fait dispa- 
raître les infirmités de la faiblesse humaine » (saint Hilaire). 

(c) Titre que le prophète Daniel, vu, 13, avait déjà employé en parlan 
du Messie, et que Jésus aime à s'appliquer lui-même. Comparez saint Matth., 
XXVI, 64 ; saint Jean, xii, 23, etc. C'est, pour le Fils de Dieu, une appellation 
d'humilité. 



s. MATTH., VIII, 23-31. 



25 




Barque de pêcheurs. 
(Antique peinture romaine.) 



-'Puis il monta dans une barque, et ses disciples le sui- 
virent. -^ Et voici qu'il s'éleva sur la mer une si grande 

tempête, que la barque était cou- 
verte par les flots ; et lui, il dormait. 
-^ Ses disciples s'appro- 
chèrent de lui, et l'éveil- 
lèrent, en disant : Sei- 
gneur, sauvez -nous, 
nous périssons. -^ Et Jé- 
sus leur dit : Pourquoi 
êtes-vous effrayés, hom- 
mes de peu de foi ? Alors 
se levant, il commanda aux vents et à la mer, et il se fit 
un grand calme. "-' Ces hommes furent dans l'admiration, 
et ils disaient : Quel est celui-ci, à qui les vents et la mer 
obéissent? 

-^ Lorsqu'il fut arrivé à l'autre bord, au pays des Géra- 
séniens (a), deux possédés vinrent au-devant de lui, sor- 
tant des sépulcres {è), s* 
furieux que personne 
n'osait passer par ce che- 
min. ^^ Et voici qu'ils se 
mirent en même temps 
à crier, en disant : Qu'y 
a-t-il entre vous et nous, 
Jésus, Fils de Dieu ? Êtes- 
vous venu ici pour nous 
tourmenter avant le 
temps (^) ? ^''Or, il y 
avait non loin d'eux un 









Troupeau de porcs. 
(Peinture égyptienne.) 



grand troupeau de porcs qui paissaient. '^ Et les démons le 
priaient, en disant : Si vous nous chassez d'ici, envoyez- 



(a) Habitants du district de Gérasa, au sud-est du lac de Tibériade. 

(i) Voyez saint Marc, v, 2, et la note. 

(c) Avant le jugement général. Jusque-là, les démons jouissent encore, sur 
la nature et spécialement sur les hommes, d'une puissance réelle, qui leur 
p?rmet d'assouvir au moins en partie leur haine contre le royaume de Dieu. 



26 s. MATTH., VIII, 32 — IX, 10. 

nous dans ce troupeau de porcs, ■^- Il leur dit : Alliez. Et 
étant sortis, ils entrèrent dans les pourceaux ; et voici que 
tout le troupeau alla se précipiter avec impétuosité dans 
la mer, et ils moururent dans les eaux. ^^ Alors les gar- 
diens s'enfuirent; et venant dans la ville, ils racontèrent 
tout cela, et ce qui était arrivé aux possédés. ^•*- Et voici 
que toute la ville sortit au-devant de Jésus, et, l'ayant vu, 
fis le priaient de s'éloigner de leur territoire. 

Guériêon d'un paralytique. Vocation de saisit Matthieu. La fille 
de y dire et l' hémorrhoisse. Deux aveugles et tin possédé muet. 

Chapitre IX. — ^ Montant alors dans une barque, il 
repassa le lac, et vint dans sa ville {ji). ^ Et voici qu'on lui 
présenta un paralytique couché sur un lit. Et Jésus, voyant 
leur foi, dit au paralytique : Aie confiance, mon fils, tes 
péchés te sont remis.^Et voici que quelques-uns des 
scribes dirent en eux-mêmes : Cet homme blasphème. 
*Et Jésus, ayant vu leurs pensées, dit : Pourquoi pensez- 
vous le mal-dans vos cœurs? ^ Lequel est le plus aisé, de 
dire : Tes péchés te sont remis; ou de dire : Lève-toi et 
marche? ^Or, afin que vous sachiez que le Fils de 
l'homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés : 
Lève-toi, dit-il alors au paral3'tique ; prends ton lit, et va 
dans ta maison. "^ Et il se leva, et s'en alla dans sa maison. 
^ Les foules, voyant cela, furent remplies de crainte (3), 
et glorifièrent Dieu, qui avait donné un tel pouvoir aux 
hommes. 

^ Jésus, sortant de là, vit un homme, appelé Matthieu, 
assis au bureau des impôts {c) ; et il dit : Suis-moi. Et se 
levant, il le suivit. ^^ Or, il arriva que, Jésus étant à 
table dans la maison, beaucoup de publicains et de pé- 

(a) C'est-à-dire, à Capharnaum, où Jésus avait fixé naguère son séjour. 
Voyez IV, 13. 

(è) On ne peut se défendre d'un sentiment de respectueuse frayeur envers 
Dieu, lorsqu'on est témoin d'un grand prodige. 

(0 Saint Matthieu appartenait donc à la classe si détestée des publicains. 
Voyez la note de v, 46, 



s. MAT TH., IX, I I -20. 



27 



cheurs vinrent se mettre à table avec Jésus et ses. dis- 
ciples. ^^Et voyant cela, les pharisiens dirent à ses disci- 
ples : Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains 
et les pécheurs? ^"- Mais Jésus, les ayant entendus, dit : 
Ce ne sont pas ceux qui se portent bien, mais les mala- 
des, qui ont besoin de médecin. ^^ Allez, et apprenez 
ce que signifie cette parole (a) : Je veux la miséricorde 
et non le sacrifice; car je ne suis pas venu a*ppeler les 
justes, mais les pécheurs. 

^^ Alors les disciples de Jean s'approchèrent de lui, et 
dirent : Pourquoi nous et les pharisiens jeûnons-nous 
souvent, tandis que vos disciples ne jeûnent point? ^^Et 
Jésus leur dit : Les amis de l'époux peuvent-ils être dans 
le deuil pendant que l'époux est avec eux? Mais les jours 
viendront où l'époux leur sera enlevé, et alors ils jeûne- 
ront. ^^ Personne ne met une pièce de drap neuf à un 
vieux vêtement ; car elle empor- 
terait une partie du vêtement, et 
la déchirure serait pire. ^" On ne 
met pas non plus du vin nouveau 
dans de vieilles outres {d) ; autre- 
ment les outres se rompent, le vin 
se répand, et les outres sont per- 
dues. Mais on met le vin nouveau 
dans des outres neuves, et tous 
deux se conservent. 

** Tandis qu'il leur disait cela, 
voici qu'un chef de synagogue (<:) 

s'approcha, et se prosterna devant lui, en disant : Sei- 
gneur, ma fille est morte il y a un instant ; mais venez, 
imposez-lui les mains, et elle vivra. ^^ Jésus, se levant, le 
suivait avec ses disciples. -^ Et voici qu'une femme qui 

(a) Osée, vr, 6. 

(5) Les Orientaux consen-ent le vin dans des outres de peau, de différentes 
dimensions. 

(c) Il s'appelait Jaïre, d'après les narrations parallèles de saint Marc, v, 22, 
et de saint Luc, viii, 41. 




Outre pleine. 



28 



s. M AT TH., IX, 2 1-2 




souffrait d'une perte de sangl depuis douze ans, s'appro- 
cha par derrière, et toucha la 
frange (^) de son vêtement.-^ Car 
elle disait en elle-même : Si je 
puis seulement toucher son vê 
tement,je serai guérie.-' Jésus, 
se retournant et la voyant, dit : 
Aie confiance, ma fille, ta foi 
t'a sauvée. Et la femme fut 
guérie à l'heure même. 

-^Lorsque Jésus fut arrivé à 
la maison du chef de synagogue, 
et qu'il eut vu les joueurs de 
flûte et une foule bruyante, il 
dit : -* Retirez-vous, car cette 
jeune fille n'est pas morte, mais 
elledort.Et 
ils se mo- 



quaient de lui. ^-^ Lorsque la foule 
eut été renvoyée, il entra, et prit la 
main de la jeune fille, et elle se leva {à). 
-^ Et le bruit s'en répandit dans tout 
le pays. 

^"^ Comme Jésus sortait de là, deux 
aveugles le suivirent, criant et disant : 
Fils de David (c), ayez pitié de nous. 
-^ Et lorsqu'il fut venu dans la maison, 
les aveugles s'approchèrent de lui. Et 
Jésus leur dit : Croyez-vous que je 



Scène de deuil 
auprès de deux morts. 

(Peinture égjyptienne.) 




Guérison 
de deux aveugles, 

(Bas-relief 
d'un sarcophage.) 



(a) Frange de laine, que les Juifs, en vertu d'une 
prescription spéciale de la loi (Nombres, xv, 38- 
39), portaient aux quatre coins de leur vêtement 
supérieur. Elle avait donc un caractère sacré. 

(b) Admirable simplicité dans le miracle et dans le récit. Jésus avait dit que 
la jeune fille dormait ; il la traite, en effet, comme quelqu'un que l'on vient 
doucement éveiller. La mort s'enfuit, effrayée, à son simple contact. 

(c) Titre qui équivalait h celui de Messie. Vovez i i. 



s. MATTH,, IX, 29 -- X, 2. 29 

puisse vous faire cela? Ils lui dirent : Oui, Seigneur. 
-^ Alors il toucha leurs yeux, en disant : Qu'il vous soit 
fait selon votre foi. ^^ Et leurs yeux s'ouvrirent. Et Jésus 
les menaça, en disant : Prenez bien garde que personne 
ne le sache. ^' Mais eux, s'en allant, répandirent sa renom- 
mée dans tout ce pays-là (a). 

^^ Lorsqu'ils furent sortis, voici qu'on lui présenta un 
homme muet, possédé du démon, ^^ Le démon ayant été 
chassé, le muet parla, et les foules furent dans l'admi- 
ration, disant : Jamais rien de semblable n'a été vu en 
Israël. 3^ Mais les pharisiens disaient : C'est par le prince 
des démons qu'il chasse les démons. 

§ V. — JÉSUS ET LES APÔTRES PRÊCHENT 
DANS LES VILLES DE GALILÉE. 

Jésus évangêlise toute la contrée. Election des apôtres 
et instructions qu'ils reçoivent de leur Maître. 

^' Or, Jésus parcourait toutes les villes et les villages, 
enseignant dans leurs synagogues, et prêchant l'évangile 
du royaume, et guérissant toute langueur et toute infir- 
mité. ^® Et voyant les foules, il en eut compassion ; car elles 
étaient accablées, et gisaient comme des brebis qui n'ont 
point de pasteur. ^" Alors il dit à ses disciples : La moisson 
est grande ; mais il y a peu d'ouvriers, ^^ Priez donc le 
maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa 
moisson. 

Chapitre X. — * Et ayant appelé ses douze disciples, il 
leur donna puissance sur les esprits impurs, pour les 
chasser, et pour guérir toute langueur et toute infirmité. 
- Or, voici le nom des douze apôtres : Le premier (3), Simon, 

(il) La reconnaissance les empêchant de taire le bienfait dont ils avaient 
été l'objet (saint Jérôme). 

(b) Expression remarquable, qui insinue clairement la primauté de saint 
Pierre, démontrée avec plus d'ampleur en divers autres passages. Voyez sur- 
tout saint Matthieu, xvi, 18-19 ; saint Luc, xxii, 31-32 ; saint Jean, xxi, 15-19 



30 



s. MATTH., X, 3-15. 




Ouvrier forgeron qui porte 
sa bourse suspendue au cou, 

(D'après une lampe antique.) 



qui est appelé Pierre, et André son frère ; ^ Jacques, fils 
de Zébédée, et Jean son frère ; Philippe et Barthéleni}^ ; 
Thomas et Matthieu le publicain ; Jacques, fils d'Alphée, et 

Thaddée ; ^ Simon le Cananéen, 
et Judas Iscariote, qui le trahit. 
^ Jésus envoya ces douze, en 
leur donnant ces instructions : 
N'allez pas vers les gentils, et 
n'entrez pas dans les villes des 
Samaritains {a) ; ^ mais allez plu- 
tôt vers les brebis perdues de la 
maison d'Israël. "^ Et en y allant, 
prêchez, et dites : Le royaume 
des cieux est proche. ^ Guéris- 
sez les malades, ressuscitez les 
morts, purifiez les lépreux, chas- 
sez les démons; vous avez reçu gratuitement, donnez 
gratuitement. ^Ne possédez ni or, ni argent, ni monnaie 
dans vos ceintures, ^''ni sac pour le chemin, ni deux 
tuniques, ni souliers, ni bâton ; car l'ouvrier mérite sa 
nourriture. ^*En quelque ville ou en quelque village que 
vous entriez, demandez qui y est digne, et demeurez 
chez lui jusqu'à ce que vous partiez. *^En entrant dans la 
maison, saluez-la, en disant : Paix à cette maison. *^ Et 
si cette maison en est digne, votre paix viendra sur elle ; 
et si elle n'en est pas digne, votre paix reviendra à vous. 
** Et si quelqu'un ne vous reçoit pas et n'écoute pas 
vos paroles, en sortant de cette maison ou de cette ville, 
secouez la poussière de vos pieds. ^^En vérité, je vous le 
dis, au jour du jugement, il y aura moins de rigueur pour 
Sodome et Gomorrhe (d) que pour cette ville. 

(a) Le moment n'était pas encore venu de prêcher l'évangile au monde 
entier, et il était conforme aux anciennes promesses divines qu'il ïùt d'abord 
annoncé aux Juifs. Les Samaritains, d'origine à moitié païenne et à moitié 
juive, habitaient la province de Samarie, entre la Judée et la Galilée. Il exis- 
tait, entre eux et les Juifs, une très vive hostilité, que signalent plusieurs pas- 
sages des Evangiles. Voyez saint Luc, ix, 52-53 ; saint Jean, iv, 9, et vin, 48. 

(5) Deux villes de la Palestine méridionale, qui furent entièrement et mi- 



s. MATTH., X, 16-27. 31 

*^ Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu 
des loups. Soyez donc prudents comme des serpents, et 
simples comme des colombes. ^'Mais mettez-vous en 
garde contre les hommes ; car ils vous livreront aux tri- 
bunaux, et ils vous flagelleront dans leurs S3'nagogues, 
^^ et vous serez traduits, à cause de moi, devant les gou- 
verneurs et devant les rois, pour servir de témoignage à 
eux et aux nations. *^ Mais, lorsqu'ils vous livreront, ne vous 
inquiétez pas de la manière dont vous parlerez, ni de ce 
que vous direz ; car ce que vous devrez dire vous sera 
donné à l'heure même. ^'^En effet, ce n'est pas vous qui 
parlez, mais c'est l'Esprit de votre Père qui parle en vous. 
■-* Or, le frère livrera son frère à la mort, et le père son fils ; 
les enfants se soulèveront contre leurs parents, et les fe- 
ront mourir. -^ Et vous serez haïs de tous, à cause de mon 
nom; mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. 
-■^Lors donc qu'ils vous persécuteront dans une ville, fuyez 
dans une autre. En vérité, je vous le dis, vous n'aurez pas 
achevé de parcourir les villes d'Israël, avant que le Fils de 
l'homme ne vienne {a). 

^^Le disciple n'est pas au-dessus du maître, ni le servi- 
teur au-dessus de son seigneur. ^^ Il suffit au disciple 
d'être comme son maître, et au serviteur, comme son sei- 
gneur. S'ils ont appelé le père de famille Béelzébub (^), 
combien plus ceux de sa maison ! ^® Ne les craignez donc 
point ; car il n'y a rien de caché qui ne doive être décou- 
vert, ni rien de secret qui ne doive être connu. ^' Ce que 
je vous dis dans les ténèbres, dites-le dans la lumière, et ce 



raculeuseraent détruites au temps d'Abraham, à cause de la conduite criminelle 
de leurs habitants. Mais elles n'avaient pas commis le péché, grand entre 
tous les autres, de rejeter la prédication de l'Evangile, confirmée par de nom- 
breux prodiges. 

(a) Selon l'opinion la plus vraisemblable, avant que Jésus-Christ ne vienne 
châtier Jérusalem par l'intermédiaire des Romains. 

(J) Béelzébub, ou dieu des mouches, était une idole adorée par les Philis- 
tins. Les Juifs donnaient ironiquement ce nom au prince des démons. Voyez 
XII, 24, 26. 



32 



s. MATTH., X, 28-36. 



qui vous est dit à l'oreille, prêchez-le sur les toits (a). -^Ne 
craignez pas ceux qui tuent le corps, et qui ne peuvent 
tuer l'âme ; mais craignez plutôt celui qui peut perdre et 
l'âme et le corps dans la géhenne (ô). ^^ Deux passereaux 
ne se vendent-ils pas un as (<:)? Cependant, il n'en tombe 




As romain. 

pas un à terre sans la volonté de votre Père. ^^ Les che- 
veux mêmes de votre tête sont tous comptés (d). '^^ Ne crai- 
gnez donc point; vous valez mieux que beaucoup de 
passereaux. ^^ C'est pourquoi, quiconque me confessera 
devant les hommes, je le confesserai aussi moi-même de- 
vant mon Père qui est dans les cieux; ^^ mais, quiconque 
me reniera devant les hommes, je le renierai aussi moi- 
même devant mon Père qui est dans les cieux, 

^'Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la 
terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. 
^•'Car je suis venu séparer l'homme d'avec son père, la 
fille d'avec sa mère, et la belle-fille d'avec sa belle-mère ; 
^^et l'homme aura pour ennemis ceux de sa propre mai- 



(a) En Palestine, les toits des maisons sont généralement plats. La locution 
« prêcher sur les toits » est donc synonyme de proclamer ouvertement. 

(b) Voyez v, 22, et la troisième note. 

(c) L'as était une monnaie romaine en bronze, valant environ six centimes. 

(d) Détail qui atteste de la manière la plus éloquente les attentions déli- 
cates de la divine Providence envers l'homme. 



s. MAT TH., X, 37 — XI, 7. 33 

son {a}. -^'Celiii qui aime son père ou sa mère plus que moi, 
n'est pas digne de moi ; et celui qui aime son fils ou sa 
fille plus que moi, n'est pas digne de moi. ^^ Celui qui ne 
prend pas sa croix et ne me suit pas, n'est pas digne de moi. 
^^Celui qui conserve sa |vie, la perdra; et celui qui aura 
perdu sa vie à cause de moi, la retrouvera. '^'^ Celui qui 
vous reçoit, me reçoit; et celui qui me reçoit, reçoit celui 
qui m'a envoyé. *' Celui qui reçoit un prophète en qua- 
lité de prophète, recevra une récompense de prophète (<5); et 
celui qui reçoit un juste en qualité de juste, recevra une 
récompense de juste. *^Et quiconque aura donné à boire 
seulement un verre d'eau froide à l'un de ces tout petits, 
parce qu'il est mon disciple, en vérité, je vous le dis, il 
ne perdra pas sa récompense. 

§ VI. — JÉSUS ET JEAN-BAPTISTE. 

Ze message du Précurseur. Eloge décerné a Jean par Jésus. 
Reproches aux villes impénitentes. Aller a Jésus et p^orter son joug. 

Chapitre XI. — ^ Il arriva que, lorsque Jésus eut achevé 
de donner ses instructions à ses douze disciples, il partit 
de là pour enseigner et prêcher dans les villes. "^Or, Jean 
ayant appris dans sa prison les œuvres du Christ, envoya 
deux de ses disciples ^lui dire : Etes- vous celui qui doit 
venir, ou devons-nous en attendre un autre? * Jésus leur 
répondit et dit : Allez raconter à Jean ce que vous avez en- 
tendu et ce que vous avez vu. ^Les aveugles voient, les 
boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds en- 
tendent, les morts ressuscitent, et les pauvres sont évan- 
gélisés(t), ^Et bienheureux est celui pour qui je ne serai 
pas une occasion de scandale. 

" Lorsqu'ils s'en allaient, Jésus se mit à dire aux 

(a) Echo de la prophétie de Michée, vu, 6. Les amis les plus intimes de- 
viennent parfois les ennemis les plus acharnés. 

(i) C'est-à-dire, la même récompense que s'il était lui-même un prophète. 
(t) Emprunt à une prophétie d'Isaïe (xxxv, 5-6) qui concernait le Messie. 



34 



s. MATTH., XI, 8-15. 



/-^ 



foules, au sujet de Jean : Qu'êtes-vous allés voir dans le 

désert ?Un roseau agité par le 
vent? ^Mais qu'été s-vous allés 
voir? Un homme vêtu avec 
mollesse ? Voici, ceux qui sont 
vêtus avec mollesse habitent 
dans les maisons des rois. 
^Qu'êtes-vous donc allés voir? 
Un prophète? Oui, je vous le 
.dis, et plus qu'un prophète. 
'•^Car c'est de lui qu'il a été 
écrit {a) : Voici que devant ta 
face j'envoie mon ange {è), qui 
préparera la voie devanf toi. 
^Œn vérité, je vous le dis, 
parmi les enfants des femmes, 
il n'en a pas surgi de plus grand 
que Jean-Baptiste; mais celui 
qui est le plus petit dans le 
royaume des cieux est plus 
grand que lui. *^Or, depuis les 
jours de Jean-Baptiste jusqu'à 
maintenant, le royaume des 
cieux se prend par violence, 
et ce sont les violents qui s'en 
emparent. ^^Car tous les pro- 
phètes et la loi ont prophétisé 
jusqu'à Jean ; ^* et si vous vou- 
lez comprendre, il est lui-même 

cet Élie qui doit venir (^).*''Oue celui qui a des oreilles 

pour entendre, entende. 




Roseaux des bords du Jourdain. 
(Arundo donax.) 



(a) Malachie, m, i. 

(i) Le mot ange a ici sa signification primitive de messager. 

(c) D'après le prophète Malachie, iv, 5, Élie doit revenir sur la terre avant 
la fin du monde, et les contemporains de Jésus-Christ supposaient que saint 
Jean-Baptiste pourrait bien être ce grand réformateur. En réalité, le précurseur 
exerçait un rôle analogue à celui d'Elie ; il était un Élie mj'stique et figuratif 
(saint Grégoire-Ie-Grand). Voyez saint Luc, i, 17, et saint Jean, i, 21. 



s. M ATT H., XI, 16-23. 35 

*^ Mais à qui comparerai-je cette génération? Elle est 
semblable à des enfants assis sur la place publique, et qui, 
criant à leurs compagnons, ^'^leur disent : Nous avons 
chanté pour vous, et vous n'avez pas dansé ; nous avons 
poussé des lamentations, et vous n'avez pas pleuré. ^^Car 




Égyptiens dansant deux à deux. (Peinture ancienne.) 

Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant, et ils disent ; 
Il est possédé du démon. ^^Le Fils de l'homme est venu, 
mangeant et buvant, et ils disent : Voici un homme vo- 
race et un buveur de vin, un ami des publicains et des 
pécheurs. Mais la sagesse a été justifiée par ses enfants (^t). 
■^*^ Alors il se mit à adresser des reproches aux villes dans 
lesquelles avaient été opérés beaucoup de ses miracles, 
parce qu'elles n'avaient point fait pénitence. -^Malheur à 
toi, Corozaïn ; malheur à toi, Bethsaïda (3) ; car si les mi- 
racles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits 
dans Tyr et dans Sidon {c), il y a longtemps qu'elles au- 
raient fait pénitence dans le sac et la cendre. -"^ C'est pour- 
quoi, je vous le dis, au jour du jugement Tyr et Sidon 
seront traitées moins rigoureusement que vous. --^Et toi, 



(a) Hébraïsme, qui revient à dire que tous les vrais sages, tels que les 
apôtres et les disciples, ont su reconnaître et admirer, dans la conduite de 
Jésus et de son précurseur, la sagesse divine, tristement dédaignée par la 
plupart des Juifs. 

(b) Corozaïn et Bethsaïda étaient deux petites villes florissantes, bâties 
non loin de Capharnaum, sur les bords du lac de Tibériade, au nord-ouest. 
Il n'en reste plus que des ruines. 

(c) Tyr et Sidon, les deux capitales si célèbres de la Phénicie. 



36 



s. MATTH., XI, 24 



XII, 2. 



Capharnaûm, t'éléveras-tu jusqu'au ciel ? Tu descendras 
jusqu'à l'enfer; car si les miracles qui ont été faits au 
milieu de toi avaient été faits dans Sodome, elle subsiste- 
rait peut-être encore aujourd'hui. -* C'est pourquoi, je 
vous le dis, au jour du jugement le pays de Sodome sera 
traité moins rigoureusement que toi {a). 

^^ En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : Je vous 
rends gloire. Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce 
que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, 

et de ce que vous les 
avez révélées aux pe- 
tits. ^^ Oui, Père, je vous 
rends gloire, parce qu'il 
vous a plu ainsi. ^^Toutes 
choses m'ont été don- 
nées par mon Père, et 
personne ne connaît le 
Fils, si ce n'est le Père ; 
personne non plus ne 
connaît le Père, si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils 
aura voulu le révéler. ^^ Venez à moi, vous tous qui êtes 
fatigués et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. ^^ Pre- 
nez mon joug sur vous, et recevez mes leçons (3), parce 
que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez 
le repos pour vos âmes; ^*^car mon joug est doux, et mon 
fardeau léger. 




Joug. (Palestine moderne.) 



§ VII. — JÉSUS ET LES PHARISIENS. 

Les épis de blé et le sabbat. La main desséchée. Douceur 
du Christ. 

Chapitre XII. — ^ En ce temps-là, Jésus passait le 
long des blés un jour de sabbat, et ses disciples, ayant 
faim, se mirent à arracher des épis, et à les manger. ^ Les 

{a) Voj'ez X, 15, et la note. 

(é) La traduction habituelle : Apprenez de moi que je suis doux..., est 
inexacte, et ne rend pas toute la force de la pensée. 



s. M ATT H., XII, 3-10. 



37 




pharisiens, voyant cela, lui dirent : Voici que vos disciples 
font ce qu'il n'est point permis de faire aux jours de sab- 
bat (a). ^ Mais il leur dit : N'avez-vous pas lu ce que fit 
David (d), lorsqu'il eut faim, ainsi que ceux qui étaient 
avec lui ; ^comment il entra dans la - - 

maison de Dieu, et mangea les 
pains de proposition (^r), qu'il ne lui 
était pas permis de manger, non 
plus qu'à ceux qui étaient avec lui, 
mais aux prêtres seuls? ^ Ou n'avez- 
vous pas lu dans la loi (d) que les 
prêtres, aux jours de sabbat, violent 
le sabbat dans le temple, et ne sont 
pas coupables? ^Or, je vous le dis, 
il y a ici quelqu'un plus grand que 
le temple. '' Si vous saviez ce que 
signifie cette parole : Je veux la 
miséricorde, et non le sacrifice (e), 
vous n'auriez jamais condamné des 
innocents. ^ Car le Fils de l'homme est maître même du 
sabbat. 

^ Etant parti de là, il vint dans leur synagogue. ^^ Et 
voici qu'il se trouva là un homme qui avait urte main 
desséchée. Et ils l'interrogeaient, en disant : Est-il permis 
de guérir aux jours de sabbat? afin de pouvoir l'accuser. 

(a) Les pharisiens n'accusent pas les disciples d'injustice et de vol, car la 
loi juive autorisait formellement quiconque traversait un champ de blé à 
cueillir des épis, pour les manger sur place (Deutéronome, xxiii, 2S) : mais, 
avec leur formalisme outré, ils prétendent que l'acte en question était une 
œuvre servile, interdite en un jour de sabbat. 

(ô) Premier livre des Rois, xxi, 1-6, 

(c) On nommait ainsi douze pains renouvelés chaque semaine, et déposés 
dans le sanctuaire sur une table d'or, comme un hommage perpétuel des douze 
tribus Israélites au Seigneur (Lévitique, xxrv, 5-7). 

(d) Dieu lui-même exigeait de ses prêtres, aux jours de sabbat, pour le ser- 
vice du culte (Lévitique, xxiv, 8 ; Nombres, xxviii, 9), des travaux qui, 
accomplis dans un but profane, auraient violé le repos prescrit. 

(c') Osée, VI, 6. Parole déjà citée plus haut, ix, 13. Elle signifie que Dieu 
préfère la charité au culte purement extérieur. 



Pains sur une table 

d' offrandes. 

(Peinture égyptienne.) 



38 s. MATTH., XII, 11-25. 

'* Mais il leur dit : Quel est l'homme d'entre vous qui, 
ayant une brebis, si elle tombe dans une fosse le jour 
du sabbat, ne la prendra pas pour l'en retirer? ^'' Com- 
bien un homme ne vaut-il pas plus qu'une brebis ! Il est 
donc permis de faire du bien les jours de sabbat. ^^ Alors 
il dit à l'homme : Etends ta main. Il l'étendit, et elle 
devint saine comme l'autre. ^* Les pharisiens, étant 
sortis, tinrent conseil contre lui, sur les moyens de le 
perdre. 

^^Mais Jésus, le sachant, s'éloigna de là; et beaucoup le 
suivirent, et il les guérit tous. ^^ Et il leur ordonna de ne 
pas le faire connaître, ^^ afin que s'accomplît ce qui avait 
jèté dit par le prophète Isaïe : *^ Voici mon serviteur, que 
j'ai choisi; mon bien-aimé, en qui mon âme a mis toutes 
ses complaisances; je ferai reposer sur lui mon Esprit, et 
il annoncera la justice aux nations. '^11 ne disputera point, 
il ne criera point, et personne n'entendra sa voix dans les 
places publiques. -^ Il ne brisera pas le roseau cassé, et il 
n'éteindra pas la mèche qui fume encore, jusqu'à ce qu'il 
ait amené le triomphe de la justice. ^^ Et les nations espé- 
reront en son nom (a). 

Le possédé aveugle et muet. Jésus réfute un grossier blasphème 
des Pharisiens. Le signe de Jonas. La mère et les frères du Sau- 
veur. ' 

-^ Alors on lui présenta un possédé aveugle et muet, et 
il le guérit, de sorte qu'il parlait et voyait. ^^ Et toutes 
les foules étaient dans l'admiration, et disaient : N'est-ce 
point là le Fils de David (3)? ^*Mais les pharisiens, en- 
tendant cela, dirent : Cet homme ne chasse les démons 
que par Béelzébub, prince des démons (^r). 

-^Or Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : Tout 

{a) Isaïe, xlii, 1-4. Ce beau texte met admirabltyiient en relief la douceur 
et l'humilité du Messie. 

(b) C'est-à-dire, le Messie. Voyez i, 1. 

(c) Voyez X, 25, et la note. 



s. MATTH., XII, 26-36. 



39 




Talisman phénicien 
en l'honneur de 
Béelzébub, le dieu 
des mouches. 



royaume divisé contre lui-même sera dévasté, et toute 
ville ou maison qui est divisée contre elle-même ne pourra 
subsister. ^^ Si Satan chasse Satan, il est 
divisé contre lui même ; comment donc 
son royaume subsistera-t-il.''"^ Et si c'est 
par Béelzébub que je chasse les démons, 
par qui vos fils les chassent-ils? C'est 
pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. 
^^ Mais si je chasse les démons par l'Es- 
prit de Dieu, le royaume de Dieu est 
donc venu au milieu de vous. -^ Ou, com- 
ment quelqu'un peut-il entrer dans la mai- 
son de l'homme fort, et piller ses meubles, 
si auparavant il n'a lié cet homme fort? Et 
ensuite il pillera sa maison. ^^ Celui qui n'est point avec 
moi, est contre moi, et celui qui n'amasse point avec moi, 
disperse. ^' C'est pourquoi je vous dis : Tout péché et tout 
blasphème sera remis aux hommes; mais le blasphème con- 
tre l'Esprit ne sera pas remis (a). ■^- Et quiconque aura parlé 
contre le Fils de l'homme, il lui sera pardonné; mais si 
quelqu'un a parlé contre le Saint-Esprit, il ne lui sera par- 
donné ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir. ^^ Ou bien, 
dites que l'arbre est bon, et que son fruit est bon ; ou dites 
que l'arbre est mauvais, et que son fruit est mauvais; car 
c'est par le fruit que l'on connaît l'arbre. ^^ Race de vipères, 
comment pouvez-vous dire de bonnes choses, vous qui êtes 
méchants? Car c'est de l'abondance du cœur que la bouche 
parle. ^"^ L'homme bon tire de bonnes choses de son bon 
trésor, et l'homme méchant tire de mauvaises choses de 
son mauvais trésor. ^^Or, je vous dis que les hommes ren- 
dront compte, au jour du jugement, de toute parole inu- 



(a) Dieu, qui est infiniment bon et infiniment puissant, peut remettre tous 
les péchés sans exception ;mais il faut, pour cela, que le pécheur ait la contri- 
tion de ses actes coupables : or, le blasphème contre le Saint-Esprit suppose 
un endurcissement volontaire dans le mal, de sorte que la contrition est exclue, 
et le pardon impossible (Bellarmin). 



40 



s. MATTH., XII, 37-42. 



tile (rt) qu'ils auront dite. ^'Car tu seras justifié par tes 
paroles, et tu seras condamné par tes paroles. 

^^ Alors quelques-uns des scribes et des pharisiens pri- 
rent la parole, et lui dirent : Maître, nous voulons voir un 
signe de vous (5). ^^ Il leur répondit : Cette génération mé- 




Le <i. poisson de Jonas » (le requin). 

chante et adultère demande un signe, et il ne lui sera 
donné d'autre signe que le signe du prophète Jonas. *** Car 

de même que Jonas fut trois 
jours et trois nuits dans le 
ventre d'un grand poisson, 
ainsi le Fils de l'homme 
sera trois jours et trois 
nuits dans le cœur de la 
terre. ''^ Les hommes de 
Ninive se lèveront au jour 
du jugement contre cette 
génération, et la condam- 
neront, parce qu'ils ont fait 
pénitence à la prédication 
de Jonas ; et voici qu'il y a ici plus que Jonas. *^ La reine 
du Midi (c) se lèvera au jour du jugement contre cette 

(a) « Une parole inutile est celle qui est proférée sans aucune utilité, soit 
pour celui qui parle, soit pour celui qui écoute ». (Saint Jérôme.) 

(b) Un signe, c'est-à-dire, un miracle éclatant, décisif, capable de dé- 
montrer à ces incrédules la mission divine de Jésus. Comme s'ils n'auraient 
pas pu le rejeter aussi ! (Saint Jérôme.) 

(c) Elle est plus connue sous le nom de reine de Saba. (Troisième livre 
des Rois, x, 1-13.) 




L'histoire de Jonas. 
(D'après une gemme antique.) 



s. MATTH., XTT, 43 — XIII, 2. 4I 

génération, et la condamnera; car elle est venue des extré- 
mités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon ; et 
voici qu'il y a ici plus que Salomon. 

*^ Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il erre 
dans des lieux arides (a), cherchant du repos, et il n'en 
trouve point. ** Alors il dit : Je retournerai dans ma mai- 
son, d'où je suis sorti. Et, y rev^enant, il la trouve vide, 
balayée et ornée. *'' Alors il va, et prend avec lui sept 
autres esprits plus méchants que lui ; et entrant dans la 
maison, ils y habitent, et le dernier état de cet homme 
devient pire qi>e le premier. C'est ce qui arrivera à cette 
génération très mauvaise. 

*^ Comme il parlait encore aux foules, voici que sa mère 
et ses frères (^), se tenant dehors, cherchaient à lui parler. 
'"^ Quelqu'un lui dit : Voici que votre mère et vos frères 
sont dehors, et vous cherchent. ^^ Mai^ il répondit à celui 
qui lui avait dit cela : Oui est ma mère, et qui sont mes 
frères? *^Et étendant sa main sur ses disciples, il dit : 
Voici ma mère et mes frères. ""^ Car quiconque fait la vo- 
lonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon 
frère, et ma sœur, et ma mère. 

§ VIII. — LES PARABOLES DU ROYAUME DES CIEUX. 

Paraboles de la semence, de l'ivraie, du graiji de sénevé, du levain, 
du trésor, de la perle et du filet. 

Chapitre XIII. — ^ Ce même jour, Jésus, étant sorti de 
la maison, s'assit au bord de la mer. '^ Et des foules nom- 
breuses s'assemblèrent autour de lui, de sorte qu'il monta 
dans une barque, et s'assit ; et toute la foule se tenait sur le 



{a) C'est-à-dire, à travers les déserts et les cités en ruines, lieux où la 
sainte Ecriture place assez fréquemment l'habitation des esprits mauvais. 
Voyez Isaïe. xiii, 21-22 ; Tobie, viii, 3, etc. 

(i) En Orient, le mot frère est souvent employé dans un sens large, de 
manière à désigner aussi les cousins ; et tel est ici le cas. 



42 



s. MATTH., XIII, 3-14. 



.«•ris-bvascv 




Un semeur. 
(Peinture égyptienne.) 



rivage. ^ Et il leur dit beaucoup de choses en paraboles (a), 
en ces termes : Voici que le semeur est sorti pour semer, 
* Et pendant qu'il semait, une partie de la semence tomba 
le long du chemin ; et les oiseaux du ciel vinrent, et la 
,..,^ mangèrent. ^Une autre 

^ "''^i^-i. partie tomba dans des 

endroits pierreux, où 
elle n'avait pas beau- 
coup de terre ; et elle 
leva aussitôt, parce 
que la terre n'avait 
^ pas de profondeur ; 
^ mais, le soleil s'é- 
tant levé, elle fut 
brûlée, et comme elle n'avait pas de racine, elle sécha. 
"^Une autre partie tomba dans des épines, et les épines 
grandirent et l'étouffèrent. ^ Une autre partie tomba dans 
une bonne terre, et elle donna du fruit, quelques grains 
rendant cent pour un, d'autres soixante, d'autres trente. 
^Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. 

*^Et les disciples, s'approchant, lui dirent : Pourquoi 
leur parlez-vous en paraboles ? 1* Il leur répondit : C'est 
parce qu'à vous il a été donné de connaître les mystères 
du royaume des cieux ; mais à eux, cela n'a pas été donné. 
*^ Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance; 
mais à celui qui n'a pas, on enlèvera même ce qu'il a. 
*^ C'est pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu'en re- 
gardant ils ne voient point, et qu'en écoutant, ils n'enten- 
dent et ne comprennent pas. ^*Et en eux s'accomplit la 
prophétie d'Isaïe, qui dit {d) : Vous entendrez de vos 



(a) On a donné la définition suivante de la parabole évangélique : « C'est 
un récit fictif, emprunté soit à la nature, soit à la vie humaine, et qui expose, 
sous une forme pittoresque, des vérités religieuses ou morales d'une certaine 
gravité. » Le mot parabole vient du grec et désigne une comparaison. 

(b) Isaïe, VI, 9-10. C'est un endurcissement volontaire dans le mal, qui est 
ici prédit par le prophète. Cet endurcissement des Juifs « a deux causes : la 
première et la principale, c'est leur volonté perverse et corrompue, qui re- 



s. M AT TH., XIII, 15-26. 43 

oreilles, et vous ne comprendrez pas ; vous regarderez de 
vos yeux, et vous ne verrez pas. *^Car le cœur de ce peu- 
ple s'est épaissi, et ils ont péniblement entendu de leurs 
oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu'ils ne 
voient de leurs yeux, et qu'ils n'entendent de leurs oreilles, 
et qu'ils ne comprennent de leur cœur, et qu'ils ne se con- 
vertissent, et que je ne les guérisse. '^Mais heureux sont 
vos yeux, parce qu'ils voient, et vos oreilles, parce qu'elles 
entendent. *' Car en vérité, je vous le dis, beaucoup de 
prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, 
et ne l'ont pas vu, et entendre ce que vous entendez, et 
ne l'ont pas entendu. 

*^ Vous donc, écoutez la parabole du semeur. *^ Si quel- 
qu'un entend la parole du royaume, et ne s'en pénètre 
pas, l'esprit malin vient, et enlève ce qui avait été semé 
dans son cœur; c'est celui-là qui a reçu la semence le long 
du chemin. -*^ Celui qui a reçu la semence dans les endroits 
pierreux, c'est celui qui entend la parole, et qui la reçoit 
aussitôt avec joie ; ^* mais il n'a pas de racine en lui-même, 
et il ne tient que pour un temps ; et lorsque viennent la tri- 
bulation et la persécution à cause de la parole, il est aussitôt 
scandalisé. ^^ Celui qui a reçu la semence parmi les épines, 
c'est celui qui entend la parole; mais les sollicitudes de ce 
siècle et la séduction des richesses étouffent cette parole, 
et la rendent infructueuse. ^-^ Quant à celui qui a reçu la 
semence dans une bonne terre, c'est celui qui entend la 
parole et la comprend, et qui porte du fruit, et donne 
cent, ou soixante, ou trente pour un. 

^* Il leur proposa une autre parabole, en disant : Le 
royaume des cieux est semblable à un homme qui avait 
semé du bon grain dans son champ. ^^Mais, pendant que 
les hommes dormaient, son ennemi vint, et sema de 
l'ivraie (a) au milieu du blé, et s'en alla. ^^ Lorsque l'herbe 

pousse la lumière : la seconde, qui découle de la première, c'est le juste 
jugement de Dieu, qui les prive de grâces dont ils se sont rendus indignes. » 
(Dehant.) 

(a) Le Lolium temu!eutum des botanistes ; plante de la famille des 



44 



s. MATTH., XIII, 27-32. 



eut poussé, et produit son fruit, alors l'ivraie parut aussi. 
^"^ Et les serviteurs du père de famille, s'ap- 
prochant, lui dirent : Seigneur, n'avez-vous 
pas semé du bon grain dans votre champ? 
D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie? ^^ Il 
leur répondit : C'est l'homme ennemi qui a 
fait cela. Ses serviteurs lui dirent : Voulez- 
vous que nous allions l'arracher? ^^ Et il 
dit : Non, de peur qu'en arrachant l'ivraie, 
vous ne déraciniez en même temps le blé. 
^'^ Laissez-les croître l'un et l'autre jusqu'à 
la moisson, et, au temps de la moisson, je 
dirai aux moissonneurs : Arrachez d'abord 
l'ivraie, et liez-la 
en bottes pour 
la brûler ; mais 
amassez le blé 
dans mon greni er. 
^^ Il leur pro- 
posa une autre 
parabole, en di- 
sant : Le royaume des cieux 
est semblable à un grain de 
sénevé (a), qu'un homme a 
pris et semé dans son champ. 
^^ C'est la plus petite de tou- 
tes les semences; mais lors- 
qu'elle a crû, elle est plus 
grande que tous les autres 
légumes, et elle devient un Le sénevé. 



Épi d': 




Graminées, qui ressemble beaucoup au blé tant qu'elle n'a pas formé son épi. 
Ses grains, mélangés en quantité notable à ceux du froment, pourraient em- 
poisonner le pain. 

(a) Le sénevé (Sùiapis nigra), qui ne diffère pas de la moutarde, atteint 
en Orient des dimensions considérables, qui lui donnent l'apparence d'un petit 
arbuste. Sa graine, qui est l'une des plus menues parmi celles que l'on sème 
en Orient, était proverbiale chez les Juifs pour désigner une quantité minime. 



s. MATTH., XIII, 3 3-4 3- 



45 



arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter sur 
ses branches. 

^^ Il leur dit encore une autre parabole : Le royaume 
des cieux est semblable au levain qu'une femme a pris et 
mêlé dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que toute 
la pâte soit levée. 

^* Jésus dit toutes ces choses au peuple en paraboles; 
et il ne leur parlait pas sans paraboles, ^^ afin que s'accom- 
plît ce qui avait été dit par le prophète (a) : J'ouvrirai 
ma bouche en paraboles, je publierai des choses cachées 
depuis la création du monde. 

^^ Alors Jésus, ayant renvoyé les foules, vint dans la 
maison ; et ses disciples s'approchèrent de lui, en disant : 
Expliquez-nous la parabole de l'ivraie du champ. ^"Et 
leur répondant, il leur dit : Celui 
qui sème le bon grain, c'est le Fils 
de l'homme. ^^ Le champ est le 
monde ; le bon grain, ce sont les 
enfants du royaume; l'ivraie, ce 
sont les enfants d'iniquité. ^^ L'en- 
nemi qui l'a semée, c'est le dia- 
ble; la moisson, c'est la fin du 
monde ; les moissonneurs. 



ce sont les ançes. 



40 



Or, 




Femme occupée à pétrir. 
(Statuette égy'ptienne.) 



comme on arrache l'ivraie, 
et qu'on la brûle dans le feu, 
il en sera de même à la fin du 
monde. ■^^Le Fils de l'homme 
enverra ses anges, qui enlè- 
veront de son royaume tous 

les scandales et ceux qui commettent l'iniquité, *' et ils 
les jetteront dr*ns la fournaise du feu. Là il y aura des 
pleurs et des grincements de dents (b). *^ Alors les justes 
brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. 

(a) Livre des Psaumes, lxxvii, 2. 

(i) « Des pleurs à cause de la souffrance, des grincements de dents à 
cause de la rage » des damnés. (Saint Bernard.) 



3. 



46 



s. M ATT H., XIII, 44-52, 



Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. 

*^ Le royaume des cieux est semblable à un trésor 
caché dans un champ. L'homme qui l'a trouvé le cache, et 
dans sa joie, il va, vend tout ce qu'il a, et achète ce 
champ. 

*^Le royaume des cieux est encore semblable à un 
marchand, qui cherche de bonnes perles. ^^ Ayant trouvé 
une perle de grand prix, il s'en est allé, a vendu tout ce 
qu'il avait, et l'a achetée. 

^'^ Le royaume des cieux est encore semblable à un filet 
^é dans la mer, et ramassant des poissons de toute 




Filet rempli de poissons, tiré sur le rivage. 
(Peinture égyptienne.) 

espèce. ** Lorsqu'il est plein, les pêcheurs le tirent, et 
s'étant assis sur le bord du rivage, ils choisissent les bons 
et les mettent dans des vases, et rejettent les mauvais. 
*^ Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges vien- 
dront, et sépareront les méchants du milieu des justes,^*^ et 
ils les jetteront dans la fournaise de feu. Là il y aura des 
pleurs et des grincements de dents. 

^^Avez-vous compris tout cela.? Ils lui dirent : Oui. 
^2 Et il leur dit : C'est pourquoi tout scribe instruit de 
ce qui regarde le royaume des cieux est semblable à un 
père de famille, qui tire de son trésor des choses nou- 
velles et des choses anciennes. 



s. MATTH., XIII, 53 — XIV, 6. 47 

§ IX. — DRERS VOYAGES ET MIRACLES DE JÉSUS 
EX GALILÉE. 

Le Messie est méprisé dans sa patrie. Mort de saitit Jean-Baptiste. 
Première multiplication des pains. Jésus marche sur les eaux. 
Guérison au pays de Génésar. 

^^ Il arriva que, lorsque Jésus eut achevé ces paraboles, 
il partit de là. ^* Et étant venu dans son pays {a), il les 
instruisait dans leurs synagogues, de sorte qu'ils étaient 
dans l'admiration, et disaient : D'où viennent à celui-ci 
cette sagesse et ces miracles? ^"^ N'est-ce pas là le fils du 
charpentier? Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie? et 
Jacques, Joseph, Simon et Jude ne sont-ils pas ses frères (3) ? 
■^^ Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous? D'où 
lui viennent donc toutes ces choses? ''" Et ils prenaient 
de lui un sujet de scandale. Mais Jésus leur dit : Un pro- 
phète n'est sans honneur que dans son pays et dans sa 
maison. ^* Et il ne fit pas là beaucoup de miracles, à cause 
de leur incrédulité. 

Chapitre XIV. — ^ En ce temps-là, Hérode le tétrar- 
que {c) apprit ce qui se publiait de Jésus, ^ et il dit à ses 
serviteurs : C'est Jean-Baptiste ; il est ressuscité d'entre les 
morts, et c'est pour cela que des miracles se font par 
lui. ^Car Hérode s'était saisi de Jean, et l'avait fait lier 
et mettre en prison, à cause d'Hérodiade, femme de son 
frère, * parce que Jean lui disait : Il ne t'est pas permis 
d'avoir cette femme. ^ Et voulant le faire mourir, il crai- 
gnit le peuple, qui regardait Jean comme un prophète. 

^ Or, le jour de la naissance d'Hérode, la fille d'Héro- 

(a) A Nazareth. 

(i) Voyez la note de xir, 46. 

(c) Hérode Antipas, l'un des fils d'Hérode le Grand. Il gouvernait les . 
pro%inces de Galilée et de Péree, situées l'une en deçà, l'autre au delà du Jour- 
dain. Primitivement, on nommait tétrarque un prince préposé à un État 
qui avait été démembré et divisé en quatre parties ; mais ce titre prit ensuite 
une signification plus large. Les Romains le conféraient souvent à leurs- 
vassaux. 



48 



s. MATTH., XIV, 7-19. 




diade dansa au milieu des convives, et elle plut à Hérode ; 
"'' aussi lui promit-il avec serment de 
lui donner tout ce qu'elle lui deman- 
derait. ^ Avertie d'avance par sa mère 
elle lui dit : Donne-moi ici, sur un plat 
la tête de Jean -Baptiste. ^ Le roi fut 
attristé ; mais, à cause de son serment, 
et de ceux qui étaient à table avec lui, 
il ordonna qu'on la lui donnât. ^^ Et il 
envoya décapiter Jean dans la prison. 
**Et sa tête fut apportée sur un plat, 
et donnée à la jeune fille, qui la porta 
à sa mère. ^^ Alors ses disciples vinrent, 
prirent son corps et l'ensevelirent ; puis 
ils allèrent l'annoncer à Jésus (a). 

^* Jésus, l'ayant appris, partit de là 
dans une barque, pour se retirer à 
l'écart dans un lieu désert; et les foules, 
l'ayant appris, le suivirent à pied des villes voisines. 
** En sortant de la barque, il vit une foule nombreuse, 

et il en eut compassion, et il 
guérit leurs malades. *^ Le 
soir étant venu, ses disciples 
s'approchèrent de lui, en di- 
Ce lieu est désert, et l'heure 
est déjà avancée; renvoyez les fou- 
les, afin qu'elles aillent dans les vil- 
lages pour s'acheter des vivres. 
^^Mais Jésus leur dit : Il n'est pas 
Les cinq pains et les deux nécessaire qu'ils s'en aillent ; donnez- 
poissons 1 -v ^ llTI 1 • 

.■o • . An. UN leur vous-mêmes a manger. ^' ils lui 

(Peinture des Catacombes). , * 

repondirent : Nous n'avons ici que 
cinq pains et deux poissons. ^^ Il leur dit : Apportez-les- 
moi ici. *^ Et après avoir ordonné à la foule de s'asseoir 



Danseuse. 

(D'après une peinture 
grecque.) 




(a) Saint Jean Chrysostome pense qu'à partir de cet instant ils s'attachèrent 
à lui, et lui demeurèrent fidèles comme à leur unique Maître. 



s. MATTH., XIV, 20-33. 49 

sur l'herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, 
levant les yeux au ciel, il les bénit ; puis rompant les 
pains, il les donna à ses disciples, et les disciples les don- 
nèrent aux foules. ^*^ Et tous mangèrent, et furent rassa- 
siés ; et on emporta les restes, douze corbeilles pleines de 
morceaux. -^ Or, le nombre de ceux qui mangèrent fut 
de cinq mille hommes, sans compter les femmes et les 
enfants. 

^-Aussitôt Jésus pressa ses disciples de monter dans 
la barque, et de le précéder sur l'autre rive, pendant qu'il 
renverrait les foules. "^^ Et lorsqu'il eut renvoyé la foule, 
il monta seul sur une montagne, pour prier {a) ; et le soir 
étant venu, il était là, seul. -^Cependant la barque était 
battue par les flots au milieu de la mer, car le vent était 
contraire. ^^ Mais, à la quatrième veille de la nuit (3), 
Jésus vint à eux, marchant sur la mer. -^ Et le voyant 
marcher sur la mer, ils furent troublés, et dirent : C'est 
un fantôme. Et ils poussèrent des cris d'effroi. -'Aussitôt 
Jésus leur parla, en disant : Ayez confiance ; c'est moi, ne 
craignez point. -* Pierre lui répondit : Seigneur, si c'est 
vous, ordonnez que j'aille à vous sur les eaux (c). -^ Jé- 
sus lui dit : Viens. Et Pierre, descendant de la barque, 
marchait sur l'eau pour aller à Jésus. ^® Mais voyant la 
violence du vent, il eut peur; et comme il commençait 
à enfoncer, il s'écria : Seigneur, sauvez-moi ! '^^ Et aussi- 
tôt Jésus, étendant la main, le saisit, et lui dit : Homme 
de peu de foi, pourquoi as-tu douté? 3- Et lorsqu'ils fu- 
rent montés dans la barque, le vent cessa. '^^ Alors ceux 
qui étaient dans la barque vinrent et l'adorèrent, en di- 
sant : Vous êtes vraiment Fils de Dieu. 

(a) Rien de plus beau, mais aussi rien de plus mystérieux, que ces prières 
de Notre-Seigntur Jésus-Christ, signalées de temps à autre par les évangé- 
listes. Elles sont uniques en leur genre, car c'étaient les supplications et les 
adorations d'une âme hypostatiquement unies à la divinité. 

(ô) Chez les Juifs, d'alors, la nuit était divisée en quatre parties, de trois 
heures chacune, que l'on nommait veilles. La première commençait le soir, 
à six heures. 

(c) « Partout se manifeste la foi très ardente de Pierre. ♦ (Saint Jérôme.) 



50 



s. M ATT H., XIV, 34 



XV 



■^* Lorsqu'ils eurent traversé la mer, ils vinrent dans le 
pays de Génésar (<z). ^^ Et les hommes 
de ce lieu, l'ayant reconnu, envoyè- 
rent dans toute cette région, et lui 
présentèrent tous ceux qui étaient 
malades. ^^ Et ils le priaient de leur 
laisser seulement toucher la frange {ô) 
de son vêtement. Et tous ceux qui la 
touchèrent furent guéris. 




Vêtement muni de fran- 
ges sacrées (chez les 
Juifs contemporains). 



Zes pharisiens et la tradition. La Chana- 
néenne. Seconde multiplication des pains. 

Chapitre XV. — • Alors des scribes 
et des pharisiens de Jérusalem s'ap- 
prochèrent de Jésus, en disant : 
^ Pourquoi vos disciples violent-ils la 
tradition des anciens ? Car ils ne lavent 
point leurs mains lorsqu'ils mangent 

du pain (i:).^Mais Jésus leur répondit : Et vous, pourquoi 

violez-vous le commandement de Dieu, à cause de votre 

tradition? Car Dieu a dit {cf) : 

* Honore ton père et ta mère ; et : 

Que celui qui maudira son père 

ou sa mère soit puni de mort. 

^Mais vous, vous dites : Quicon- 
que aura dit à son père ou à sa 

mère : Tout don que je fais à Dieu 

vous profitera, ^ ne sera pas tenu 

d'honorer son père ou sa mère (e). 

Ainsi, vous avez annulé le commandement de Dieu par 




Bassin et aiguière. 
(Bas-relief romain.) 



(a) Génésar, ou Génésareth, était un petit district fertile et gracieux, situé 
sur la rive occidentale du lac de Tibériade. 

(b) Voyez ix, 20, et la note. 

(<:) Sur cette coutuma, voyez des détails plus complets dans saint Marc, 
VII, 3-4. Le pain représente ici toute sorte d'aliments. 
(d) Exode, xx, 12, et xxi, 17. 
(4") Voyez saint Marc, vu, 11, et la note. 



s. MATTH., XV, 7-25. 51 

votre tradition. " Hypocrites, Isaïe a bien prophétisé de 
vous, quand il a dit (a) : ^Ce peuple m'honore des lèvres, 
mais son cœur est loin de moi; ^ils me rendent un culte 
inutile, enseignant des maximes et des ordonnances hu- 
maines. *® Puis, ayant appelé à lui les foules, il leur dit : 
Ecoutez, et comprenez. *'Ce n'est pas ce qui entre dans 
la bouche qui souille l'homme; mais ce qui sort de la 
bouche, voilà ce qui souille l'homme. 

^- Alors les disciples s'approchant, lui dirent : Savez- 
vous que les pharisiens, en entendant cette parole, se sont 
scandalisés? ^^Mais il répondit : Toute plante que mon 
Père céleste n'a pas plantée sera déracinée. *^ Laissez-les; 
ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles : or, 
si un aveugle conduit un aveugle, ils tombent tous deux 
dans la fosse. ^-^ Pierre, prenant la parole, lui dit : Expli- 
quez-nous cette parabole. ^^ Et Jésus dit : Vous aussi, 
êtes-vous sans intelligence? *'Ne comprenez-vous pas 
que tout ce qui entre dans la bouche va dans le ventre, 
et est jeté dans un lieu secret? *^Mais ce qui sort de la 
bouche part du cœur, et c'est là ce qui souille l'homme. 
'''Car c'est du cœur que sortent les mauvaises pensées, 
les meurtres, les adultères, les fornications, les vols, les 
faux témoignages, les blasphèmes. ^"^ Voilà les choses qui 
souillent l'homme ; mais manger sans s'être lavé les mains 
ne souille point l'homme. 

■^' Etant parti de là, Jésus se retira du côté de Tyr et 
de Sidon. --Et voici qu'une femme chananéenne, venue de 
ces contrées, s'écria, en lui disant : Ayez pitié de moi. 
Seigneur, Fils de David ; ma fille est affreusement tour- 
mentée par le démon. --^Mais il ne lui répondit pas un 
mot ; et ses disciples, s'approchant de lui, le priaient, en 
disant: Renvoyez-la, car elle crie derrière nous. -* Il 
répondit : Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de 
la maison d'Israël (3). -'' Mais elle vint, et l'adora, en di- 



(a) Isaïe, xxix, 13. 

(b) D'après le plan divin, le ministère personnel de Notre-Seigneur Jésus- 



52 



s. M AT TH., XV, 26-36. 




Petit chien sous la table de famille. 
(D'après une peinture grecque.) 



sant : Seigneur, secourez-moi. 26 n répondit : Il n'est pas 
bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux 
chiens. -"^ Mais elle dit : Oui, Seigneur ; mais les petits 

chiens mangent les 
miettes qui tombent de 
la table de leurs maî- 
tres, 28 Alors Jésus lui 
répondit : O femme, ta 
foi est grande; qu'il te 
soit fait comme tu le 
veux. Et sa fille fut gué- 
rie à l'heure même. 

-^ Étant parti de là, 
Jésus vint près de la 
mer de Galilée ; et mon- 
tant sur une montagne, il s'y assit. ,^^ Alors des foules 
nombreuses s'approchèrent de lui, ayant avec elles des 
muets, des aveugles, des boiteux, des estropiés, et beau- 
coup d'autres malades ; et elles les jetèrent à ses pieds (a), 
et il les guérit : '^^ de sorte que les foules étaient dans 
l'admiration, voyant les muets parler, les boiteux mar- 
cher, les aveugles voir; et elles glorifiaient le Dieu 
d'Israël. ^^ Or Jésus, ayant appelé ses disciples, leur dit : 
J'ai pitié de cette foule; car il y a déjcà trois jours qu'ils 
restent avec moi, et ils n'ont rien à manger; et je ne 
veux pas les renvoyer à jeun, de peur qu'ils ne défaillent 
en chemin. ^^Les disciples lui dirent : Comment donc 
trouverons-nous, dans ce lieu désert, assez de pains pour 
rassasier une si grande foule? ^* Et Jésus leur dit : Com- 
bien avez-vous de pains? Ils lui dirent : Sept, et quelques 
petit poissons. -^^ Alors il ordonna à la foule de s'asseoir 
parterre. ^"^Et prenant les sept pains et les poissons, et 



Christ était limité au monde juif ; or, la Chananéenne et sa fille appartenaient 
au paganisme. (Pensée de saint Augustin.) 

(a) Expression énergique, qui met en relief la foi admirable de ce bon 
peuple. On abandonnait, pour ainsi dire, ces malades à Jésus. 



s. MATTH., XV, 37 — XVI, 9. 53 

rendant grâces, il les rompit, et les donna à ses disciples; 
et les disciples les donnèrent au peuple. •" Tous mangè- 
rent, et furent rassasiés; et on emporta sept corbeilles, 
pleines des morceaux qui étaient restés. '^^ Or, ceux qui 
en mangèrent étaient au nombre de quatre mille hommes, 
sans compter les enfants et les femmes. ^^ Ayant ensuite 
renvoyé la foule, il monta sur une barque, et vint sur les 
confins de Magédan {a). 



Le signe du ciel. Le levain des pharisiens et des saddiicéens. 

Chapitre XVI. — ^ Alors les pharisiens et les sadducéens 
s'approchèrent de lui pour le tenter, et ils le prièrent de 
leur faire voir un signe {h) qui vînt du ciel. -Mais il leur 
répondit : Le soir venu, vous dites : Il fera beau, car le ciel 
est rouge. ^ Et le matin : Il y aura aujourd'hui de l'orage, 
car le ciel est sombre et rougeâtre. *Vous savez donc dis- 
cerner l'aspect du ciel, et vous ne pouvez pas connaître 
les signes des temps (^)r Cette génération mauvaise et 
adultère demande un signe, et il ne lui sera pas donné 
d'autre signe que celui du prophète Jonas (r/). Et les lais- 
sant, il s'en alla. 

^ Or ses disciples, étant passés sur l'autre rive, avaient 
oublié de prendre des pams. ^ Il leur dit : Voyez, et gar- 
dez-vous du levain des pharisiens et des sadducéens. "^Mais 
ils pensaient, et se disaient entre eux : C'est parce que 
nous n'avons pas pris de pains, ^ Jésus, le sachant, dit : 
Hommes de peu de foi, pourquoi pensez-vous en vous- 
mêmes que vous n'avez pas de pains ? ^ Xe comprenez- 



(<z) Magédan ne diffère peut-être pas de Magdala, village situé sur la rive 
occidefltale de la mer de Galilée. 

(i) C'est-à-dire, un miracle d'un genre extraordinaire. Voyez la note de' 
XII, 38. 

(£) C'est-à-dire, les signes avant-coureurs de la venue du Messie. 

(d) Voyez xii, 38-41. 




54 s. M ATT H,, XVI, 10- I 8. 

VOUS pas encore, et ne vous souvenez-vous pas des cinq 
pains distribués à cinq mille hommes, et du nombre de 
paniers que vous avez emportés? ^^ ni 
des sept pains distribués à quatre 
^^>, mille hommes, et du nombre de cor- 
beilles que vous avez emportées ? 
^^ Comment ne comprenez- vous pas 
r , .,, ,. ,^ que ce n'est point au sujet du pain 

La corbetlle dite couffin. , • t ^ 

,^ . ^ ^ ,., que je vous ai dit : Gardez-vous du 

(reinture de Pompei.) , • , , . . 

levain des pharisiens et des saddu- 
céens ? *- Alors ils comprirent qu'il ne leur avait pas dit 
de se garder du levain qu'on met dans le pain, mais de 
la doctrine des pharisiens et des sadducéens. 

§ X. — LE FAÎTE DU iMINLSTÈRE DE JÉSUS EN GALILÉE. 

Con/essioji de saint Pierre. Jésus prédit sa passion et sa 
résurrection. Nécessité du renoncement. 

*^ Jésus vint aux environs de Césarée de Philippe {a), et 
il interrogeait ses disciples, en disant : Que disent les hom- 
mes touchant le Fils de l'homme? *^ Ils lui répondirent : 
Les uns, qu'il est Jean-Baptiste ; les autres, Elie ; les autres, 
Jérémie, ou quelqu'un des prophètes. ^'^ Jésus leur dit : Et 
vous, qui dites-vous que je suis ? ^^ Simon Pierre, prenant 
la parole, dit : Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant {b). 
*^ Jésus lui répondit : Tu es bienheureux, Simon, fils de 
Jonas, parce que ce n'est pas la chair et le sang {c) qui t'ont 
révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. ^^ Et moi, 
jeté dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai 
mon église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point 

(a) Ville située non loin des sources du Jourdain, dans la partie nord-est 
de la Palestine. Elle s'était longtemps appelée Panéas. Le tétrarque PIfilippe 
l'avait naguère agrandie et embellie ; puis il l'avait nommée Césarée, en 
l'honneur de lempereur Tibère, alors régnant. 

{b) Admirable profession de foi, qui va aussitôt recevoir sa récompense. 

(^) Les simples lumières de la raison. 



Clé orientale. 



S. M AT TH., XVI, 19-28. 55 

contre elle. ''^ Et je te donnerai les clefs du royaume des 

cieux; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi 

dans les cieux, et tout ce 

que tu délieras sur la 

terre sera délié aussi dans ^""^^BÉÉ^mii^ÉËiMî 

les cieux (a). -'^ En même 

temps, il ordonna à ses 

disciples de ne dire à personne qu'il était Jésus, le Christ. 

"-* Dès lors, Jésus commença à montrer à ses disciples 
qu'il fallait qu'il allât h Jérusalem, qu'il souffrît beaucoup 
de la part des anciens, et des scribes, et des princes des 
prêtres, et qu'il fût mis à mort, et qu'il ressuscitât le 
troisième jour. -- Et Pierre, le prenant à part, commença 
à le reprendre, en disant : A Dieu ne plaise, Seigneur ! 
Cela ne vous arrivera point. --^ Mais Jésus, se retournant, 
dit à Pierre : Va-t'en derrière moi, Satan ; tu m'es un sujet 
de scandale, car tu n'as pas le goût des choses de Dieu, 
mais des choses des hommes. 

2^ Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu'un veut 
venir après moi, qu'il renonce à lui-même, et qu'il porte 
sa croix, et qu'il me suive. -'' Car celui qui voudra sauver 
sa vie, la perdra; mais celui qui perdra sa vie à cause de 
moi, la trouvera. -^ Que sert à l'homme de gagner le 
monde entier, s'il perd son âme ? ou qu'est-ce que l'homme 
donnera en échange de son âme?-" Car le Fils de l'homme 
viendra dans la gloire de son Père avec ses anges, et 
alors il rendra à chacun selon ses œuvres. -^ En vérité, je 
vous le dis, il y en a quelques-uns de ceux qui sont ici 
présents, qui ne goûteront pas la mort avant d'avoir vu 
le Fils de l'homme venant en son règne. 

(a) Dans cette promesse divine, si prodigieuse, mais si claire, la tradition 
catholique a toujours vu la primauté, soit d'honneur, soit de juridiction, 
conférée d'abord à saint Pierre, puis à ceux qui devaient être après lui les 
pontifes suprêmes de l'Eglise. 



56 



s. MATTH., XVII, 1-6. 



La transfiguration du Christ. L' avènement d'Elie. Guêrison d'un 
lunatique. Jésus prédit de nouveau sa mort prochaine. L'impôt 
du didrachme. 

Chapitre XVII. — ^ Six jours après, Jésus prit avec lui 
Pierre, Jacques, et Jean son frère, et les conduisit à l'écart 
sur une haute montagne. - Et il fut transfiguré devant 
eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vête- 
ments devinrent blancs comme la neige. -^ Et voici que 
Moïse et Élie leur apparurent, s'entretenant avec \\\\{a). 




Arabes dressant une tente. 

'^ Alors Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : Seigneur, 
il nous est bon d'être ici ; si vous le voulez, faisons-y 
trois tentes, une pour vous, une pour Moïse, et une pour 
Élie. ^ Comme il parlait encore, voici qu'une nuée lumi- 
neuse les couvrit ; et voici qu'une voix sortit de la nuée, 
disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis 
toutes mes complaisances; écoutez-le. '' Les disciples, l'en- 
tendant, tombèrent le visage contre terre, et furent saisis 



{a) Ainsi que les Pères l'ont souvent remarqué, ces deux saints person- 
nages venaient rendre hommage à Jésus-Christ au nom de l'ancienne Alliance 
tout entière. Par eux, « la loi et les prophètes » saluaient le divin fondateur 
du Nouveau Testament. 



s. M AT TH., XVII, 7-19. 57 

d'une grande crainte. ^ Mais Jésus, s'approchant, les 
toucha, et leur dit : Levez-vous, et ne craignez point. 
^ Alors, levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus 
seul. 

^Lorsqu'ils descendaient de la montagne, Jésus leur don- 
na cet ordre : Ne parlez à personne de ce que vous avez 
vu, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre 
les morts (a). ^^ Ses disciples l'interrogèrent alors, en di- 
sant : Pourquoi donc les scribes disent-ils qu'il faut qu'Elie 
vienne auparavant. *^Mais Jésus leur répondit : Il est 
vrai qu'Elie doit venir, et qu'il rétablira toutes choses. 
^"-Mais je vous dis qu'Elie est déjà venu {ô), et ils ne l'ont 
point connu, mais ils lui ont fait tout ce qu'ils ont voulu. 
C'est ainsi que le Fils de l'homme doit souffrir par eux. 
*-^ Alors les disciples comprirent que c'était de Jean- 
Baptiste qu'il leur avait parlé. 

^^ Lorsqu'il fut venu vers la foule, un homme s'approcha 
de lui, et se mit à genoux devant lui, et lui dit : Seigneur, 
ayez pitié de mon fils, qui est lunatique (c), et qui souffre 
beaucoup; car il tombe souvent dans le feu, et souvent 
dans l'eau. ^^Je l'ai présenté à vos disciples, et ils n'ont 
pu le guérir. *^ Jésus répondit : O génération incrédule et 
perverse, jusques à quand serai-je avec vous? jusques à 
quand vous souffrirai-je? Amenez-le-moi ici. ^'Et Jésus le 
menaça, et le démon sortit de l'enfant, qui fut guéri à l'heure 
même. ^^ Alors les disciples s'approchèrent de Jésus en 
particulier, et lui dirent : Pourquoi n'avons-nous pu le 
chasser? ^^ Jésus leur dit : A cause de votre incrédulité. 
Car en vérité, je vous le dis, si vous aviez de la foi comme 
un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Trans- 
porte-toi d'ici là, et elle s'y transporterait ; et rien ne 

(a) Interdiction analogue à celles que nous avons déjà rencontrées à plu- 
sieurs reprises. Voyez viii, 4 ; xvi, 20, etc. Jésus voulait éviter les manifes- 
tations trop enthousiastes et trop humaines du peuple. 

{b) Dans la personne de saint Jean-Baptiste (saint Augustin). Voyez xi, 14, 
et la note. 

(^) Sur cette maladie, voyez la note de iv, 24. 



58 



s. MATTH., XVII, 20-26. 



VOUS serait impossible. -<^Mais cette sorte de démon ne se 
chasse que par la prière et le jeûne. 

21 Pendant qu'ils se trouvaient en Galilée, Jésus leur 
dit : Le Fils de l'homme doit être livré entre les mains 
des hommes, -et ils le feront mourir, et le troisième 
jour il ressuscitera. Et ils furent vivement attristés. 

2'^ Lorsqu'ils furent venus à Capharnaiim, ceux qui re- 
cevaient les didrachmes 0?) s'approchèrent de Pierre, 

et lui dirent : Ton 
maître ne paye-t-il pas 
letribut?2*Ildit:Oui. 
Et quand il fut entré 
dans la maison, Jésus 
le prévint, en disant : 
Que t'en semble, Si- 
mon? De qui les rois 

Pêche à la ligne. (Peinture des Catacombes.) ^^ ^^ terre reçoivent- 

ils le tribut ou le cens ? 
De leurs fils, ou des étrangers? -'^Pierre répondit : Des 





T^^ 



Tétradrachme ou statêre. 



étrangers. Jésus lui dit : Les fils en sont donc exempts (3). 
-^Mais, pour que nous ne les scandalisions point, va à la 

{a) Le didrachme était une pièce d'argent qui valait deux drachmes, ou 
environ i fr. 80. L'impôt ici mentionné est celui que tout Israélite âgé de 
vingt ans et au-dessus payait annuellement, pour subvenir aux frais du temple 
de Jérusalem (Exode, xxx, 13). 

(b) Jésus, en tant que Fils de Dieu, n'était pas soumis à cet impôt. (Saint 



s. MATTH., XVIII, I-Q. 59 

mer, et jette l'hameçon, et tire le premier poisson qui 
montera, et en lui ouvrant la bouche, tu trouveras un sta- 
tère {û) ; prends-le, et donne-le leur pour moi et pour toi. 

Ze plus grand dans le royaume des deux. Contre le scandale. 
La brebis égarée. La correction fraternelle. Le pardon des 
injures. 

Chapitre XVIII. — ^ A cet instant, les disciples s'ap- 
prochèrent de Jésus, et lui dirent : Qui donc est le plus 
grand dans le royaume des cieux? -Jésus, ayant appelé 
un petit enfant, le mit au milieu d'eux, '^et dit : En vérité, 
je vous le dis, à moins que vous ne vous convertissiez, et 
que vous ne deveniez comme de petits enfants, vous n'en- 
trerez pas dans le royaume des cieux. •^ C'est pourquoi, 
quiconque se rendra humble comme cet enfant, sera le 
plus grand dans le royaume des cieux. ''Et quiconque 
reçoit en mon nom un enfant comme celui-ci, me reçoit 
moi-même. ''Mais si quelqu'un scandalise un de ces petits 
qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on sus- 
pendît à son cou une de ces meules qu'un âne tourne {b\ e t 
qu'on le plongeât au fond de la mer. "Malheur au monde 
à cause des scandales ! Car il est nécessaire qu'il arrive 
des scandales (c:) ; mais malheur à l'homme par qui le scan- 
dale arrive ! * Si ta main ou ton pied te scandalise, coupe- 
le, et jette-le loin de toi; il vaut mieux pour toi entrer 
dans la vie manchot ou boiteux, que d'avoir deux mains 
ou deux pieds, et d'être jeté dans le feu éternel {d). ^Et si 
ton œil te scandalise, arrache-le, et jette-le loin de toi; il 
vaut mieux pour toi entrer dans la vie n'ayant qu'un œil, 
que d'avoir deuxyeux,etd'êtrejeté dans lagéhenne de feu. 

Hilaire.) Il voulut néanmoins le payer, mais d'une manière miraculeuse, pour 
attester sa divinité. (Origène.) 

(a) Le statère était une pièce d'argent, de la valeur de quatre drachmes. 

(b) Voyez la gravure de la page 136. 

{c) Nécessaire, non pas d'une manière absolue, mais d'une manière rela- 
tive, à cause de la corruption et de la faiblesse de notre nature déchue. (Pen 
sée de saint Jean Chrysostome.) 

{d) Voyez la note de v, 30. 



6o 



s. MATTH., XVIII, 10-2 1. 




Le bon Pasteur. 

(D'après un ancien 

bas-relief.) 



^^Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits; car je 
vous dis que leurs anges dans le ciel voient sans cesse 
la face de mon Père qui est dans les 
cieux. ^*Car le Fils de l'homme est 
venu sauver ce qui était perdu. ^'^Que 
vous en semble? Si un homme a cent 
brebis, et qu'une d'elles s'égare, ne 
laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf 
autres sur les montagnes, pour aller 
chercher celle qui s'est égarée? *^Et 
s'il arrive qu'il la trouve, en vérité, 
je vous le dis, elle lui cause plus de 
joie que les quatre-vingt-dix-neuf qui 
ne se sont point égarées. ^* De même, 
ce n'est pas la volonté de votre Père qui est dans les 
cieux qu'un seul de ces petits périsse. 

*^Si ton frère a péché contre toi, va, et reprends-le entre 
toi et lui seul. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère. 
^•^Mais, s'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi une 
ou deux personnes, afin que toute l'affaire soit réglée 
par l'autorité de deux ou trois témoins, ^^S'il ne les 
écoute pas, dis-le à l'Eglise ; et s'il n'écoute pas l'Eglise^ 
qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain (rt).i^En 
vérité, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre 
sera lié aussi dans le ciel, et tout ce que vous délierez 
sur la terre sera délié aussi dans le ciel. ^^Je vous dis 
encore que si deux d'entre vous s'accordent sur la terre, 
quelque chose qu'ils demandent, ils l'obtiendront de mon 
Père qui est dans les cieux. ^"^ Car là où deux ou trois 
sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux (d). 

^^ Alors Pierre, s'approchant de lui, dit : Seigneur, com- 
bien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu'il aura 



(a) C'est-à-dire, qu'il soit retranché de la communion des fidèles. 

(6) C'est que deux ou trois chrétiens réunis au nom de Jésus-Christ repré- 
sentent l'Église entière, et que le Sauveur ne saurait être séparé de son 
Eglise bien-aimée. 



s. MATTH., XVIII, 22-32. 



61 



péché contre moi? Sera-ce jusqu'à sept fois? —Jésus lui 
dit : Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante- 
dix fois sept fois (a). 

^'■^ C'est pourquoi le royaume des cieux a été comparé 
à un roi, qui voulut faire rendre leurs comptes à ses servi- 
teurs, 2*Et lorsqu'il 
eut 



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Denier d'Auguste. 



eut commence a /^'^\^ï:r Jky^ 
faire rendre compte, // ^'[v'n/m^ ç>^ 
on lui en présenta j(y\î'^^-^^ -'^ 
un qui lui devait dix 
mille talents (b). 
-^ Mais, comme il 
n'avait pas de quoi 
les rendre, son maî- 
tre ordonna qu'on le vendît, lui, sa femme et ses enfants, 
et tout ce qu'il avait, pour acquitter la dette. -^ Ce servi- 
teur, se jetant à ses pieds, le priait, en disant : Ayez pa- 
tience envers moi, et je vous rendrai tout. -'Touché de 
compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller, et 
lui remit sa dette. -^ Mais ce serviteur, étant sorti, trouva 
un de ses compagnons qui lui devait cent deniers (c); et 
le saisissant, il l'étouffait, en disant : Rends-moi ce que tu 
me dois. -''Et son compagnon, se jetant à ses pieds, le 
priait, en disant : Aie patience envers moi, et je te ren- 
drai tout. •^*-' Mais il ne voulut pas; et il s'en alla, et le fit 
mettre en prison, jusqu'à ce qu'il lui rendît ce qu'il lui 
devait. '^^ Les autres serviteurs, ayant vu ce qui était 
arrivé, en furent vivement attristés, et ils allèrent ra- 
conter à leur maître tout ce qui s'était passé. ^- Alors son 
maître le fit appeler, et lui dit : Méchant serviteur, je t'ai 



(a) Un nombre de fois indéfini. Il faut donc pardonner toujours. (Saint 
Augustin.) 

(b) Il est probablement question ici du talent attique, qui équivalait ;i 
6000 drachmes. La somme entière serait donc de 60000000 de drachmes; 
somme énorme, surtout à cette époque. Voyez la note de xvii, 23. 

(c) Le denier était une monnaie romaine qui, au temps de Jésus-Christ, 
valait à peu près 78 centimes. 



62 s. MATTH., XVIII, 33 — XIX, 9. 

remis toute ta dette, parce que tu m'en avais prié; -^-^ ne 
fallait-il donc pas avoir pitié, toi aussi, de ton compagnon, 
comme j'avais eu pitié de toi? ^^ Et son maître, irrité, le 
livra aux bourreaux, jusqu'à ce qu'il payât tout ce qu'il 
devait. ^^ C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si 
chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son 
cœur. 



§ XL — LE DERNIER VOYAGE DE JÉSUS A JÉRUSALEM. 

Instruction sur le mariage et la virginité. Les petits enfants. Le 
jeune homme riche. Jésus promet le centuple a ceux qui ahan- 
donfient tout pour lui. 

Chapitre XIX. — 'Et il arriva que, lorsque Jésus eut 
achevé ces discours, il partit de Galilée, et vint aux con- 
fins de la Judée, au delà du Jourdain. -Des foules nom- 
breuses le suivirent, et il y fit des guérisons. ^ Alors les 
pharisiens s'approchèrent de lui pour le tenter; et ils lui 
dirent : Est-il permis à un homme de répudier sa femme 
pour quelque cause que ce soit? "^11 leur répondit : 
N'avez-vous pas lu que Celui qui créa l'homme dès le 
commencement, créa un homme et une femme, et qu'il 
dit (rt) : ■'A cause de cela, l'homme quittera son père et 
sa mère, et il s'attachera à sa femme, et ils seront deux 
dans une seule chair? '^ Ainsi, ils ne sont plus deux, mais 
une seule chair. Que l'homme ne sépare donc pas ce que 
Dieu a uni. "^ Ils lui dirent : Pourquoi donc Moïse a-t-il 
prescrit {b) de donner à la femme un acte de divorce et 
de la renvoyer? ^11 leur dit : C'est à cause de la dureté 
de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos 
femmes; mais, au commencement, il n'en était pas ainsi. 
^ Or, je vous dis que quiconque renvoie sa femme, si 
ce n'est pour infidélité, et en épouse une autre, commet 

{a) Genèse, ii, 24. 

(è) Deutéronome, xxiv, i. 



s. M ATT H., XIX, 10-19. 



63 




un adultère, et que celui qui épouse une femme renvoyée 
commet un adultère (a). 

•^ Ses disciples lui dirent : Si telle est la condition de 
l'homme à l'égard de la femme, il 
n'est pas avantageux de se marier. 
**I1 leur dit : Tous ne compren- 
nent pas cette parole, mais seule- 
ment ceux à qui cela a été donné. 
*-Car il y a des eunuques qui sont 
nés tels dès le sein de leur mère, et 
il y a des eunuques qui ont été faits 
tels par les hommes, et il y a des 
eunuques qui se sont eux-mêmes 
rendus tels à cause du royaume des 
cieux. Que celui qui peut compren- 
dre, comprenne (d). 

*'On lui présenta alors de petits 
enfants, afin qu'il leur imposât les mains, et priât pour eux. 
Et les disciples les repoussaient^ ** Mais Jésus leur dit : 
Laissez ces petits enfants, et ne les empêchez pas de venir 
à moi ; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur 
ressemblent. *■' Et leur ayant imposé les mains, il partit de là. 

^*^Et voici qu'un homme s'approcha, et lui dit : Bon 
Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éter- 
nelle? *' Jésus lui dit : Pourquoi m'interroges-tu sur ce 
qui est bon ? Dieu seul est bon. Si tu veux entrer dans la 
vie, garde les commandements. ^^ Lesquels? lui dit-il. Jésus 
dit : Tu ne commettras pas d'homicide ; Tu ne seras point 
adultère; Tu ne déroberas point; Tu ne diras pas de faux 
témoignage; ''^ Honore ton père et ta mère, et, Tu aimeras 



Jésus bénit les petits enfants. 
(Ancien sarcophage.) 



(a) Comme plus haut (voyez v, 32), Jésus-Christ rétablit solennellement 
r inviolabilité primitive du mariage, supprimant le divorce, qui avait été 
toléré sous la loi mosaïque. Tout ce qu'il permet, c'est une séparation des, 
époux, lorsque l'un d'eux se conduit mal ; mais, dans ce cas même, une nou- 
velle union matrimoniale est formellement interdite. 

(b) « Voix du Seigneur, qui exhorte, pour ainsi dire, et excite ses soldats 
à combattre en faveur de la virginité. * (Saint Jérôme.) 




64. s. M ATT H., XIX, 20-29. ' 

ton prochain comme toi-même. -"^ Le jeune homme lui dit: 
J'ai observé toutes ces choses dès ma jeunesse; que me 
manque-t-il encore? -' Jésus lui dit : Si tu veux être par- 
fait, va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres, et 
tu auras un trésor dans le ciel ; puis, viens et suis-moi. 
^^ Lorsque le jeune homme eut entendu cette parole, il 
s'en alla tout triste, car il avait de grands biens (a). 

2"^ Et Jésus dit à ses disciples : En vérité, je vous le dis, 
un riche entrera difficilement dans le royaume des cieux. 
-■''' Je vous le dis encore, il est plus 
facile à un chameau d'entrer par le 
trou d'une aiguille (3), qu'à un riche 
d'entrer dans le royaume des cieux. 
"-' Les disciples, ayant entendu cela, 
furent très étonnés; et ils disaient : 
Qui donc pourra être sauvé? 
-*^ Jésus, les regardant, leur dit : 
Chameau chargé. Cela est impossible aux hommes, 

(Bas-relief de la colonne mais tOUt eSt pOSSible à Dicu. 

de Théodose, à Constanti- 27 ^lors Pierre, prenant la parole 

nople.) , . j- TVT • • 

lui dit : Nous, VOICI que nous avons 
tout quitté, et que nous vous avons suivi ; qu'y aura-t-il 
donc pour nous? -^ Jésus leur dit : En vérité, je vous le 
dis, vous qui m'avez suivi, lorsque, au temps de la régé- 
nération (c), le Fils de l'homme siégera sur le trône de 
sa gloire, vous siégerez, vous aussi, sur douze trônes, et 
vous jugerez les douze tribus d'Israël. -^Et quiconque 
aura quitté sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou 
son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou 
ses champs, à cause de mon nom, recevra le centuple, et 

(a) Et il n'avait pas le courage de les sacrifier. 

(b) Locution proverbiale, pour désigner une chose impossible. Seulement 
dans l'application, il ne s'agit que d'une impossibilité morale, que l'on peut 
surmonter avec la grâce de Dieu. 

(c) A la fin du monde, lorsque la nature entière, pour assister à la glori- 
fication des élus, quittera ses vêtements de deuil, sa forme périssable, pour se 
parer d'un vêtement de fête incorruptible. (Epître de saint Paul aux Romains, 
VIII, 18 et suiv. ; deuxième épître de saint Pierre, m, 12-13.) 



s. MATTH., XIX, 30 — XX, I 3, 65 

possédera la vie éternelle. ■^'^Mais beaucoup des premiers 
seront les derniers, et beaucoup des derniers seront les 
premiers. 

Parabole des ouvriers envoyés a la vigne. La Passion est prédite 
pour la troisième fois. Demande indiscrète des enfants de 
Zébêdée. Les aveugles de Jéricho. 

Chapitre XX. — ^ Le royaume des cieux est semblable 
à un père de famille, qui sortit de grand matin, afin de 
louer des ouvriers pour sa vigne. - Et étant convenu avec 
les ouvriers d'un denier par jour, il les envoya à sa 
vigne. -^ En sortant vers la troisième heure {a), il en vit 
d'autres qui se tenaient oisifs sur la place publique. * Et il 
leur dit : Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donne- 
rai ce qui sera juste. •' Et ils y allèrent. Il sortit encore 
vers la sixième et vers la neuvième heure, et il fit de 
même. ^Et étant sorti vers la onzième heure {t>), il en 
trouva d'autres qui se tenaient là, et il leur dit : Pourquoi 
vous tenez- vous ici tout le jour sans rien faire? " Ils lui 
dirent : Parce que personne ne nous a loués. Il leur dit : 
Allez, vous aussi, à ma vigne. ^Lorsque le soir fut venu, 
le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les 
ouvriers, et paye-leur le salaire, en commençant par les 
derniers, et en finissant par les premiers. ^ Ceux de la 
onzième heure vinrent donc, et reçurent chacun un denier 
'•^Les premiers, venant ensuite, crurent qu'ils recevraient 
davantage ; mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier. 
** Et en le recevant, ils murmuraient contre le père de 
famille, *- disant : Ces derniers n'ont travaillé qu'une heure, 
et vous les avez traités comme nous, qui avons porté le 
poids du jour et de la chaleur. ^'^Mais il répondit à l'un 

(a) Chez les Juifs, le jour commençait à six heures du matin ; la troisième 
heure correspondait par conséquent à neuf heures, d'après notre manière de 
compter. 

(i) La sixième heure, la neuvième, la onzième : c'est-à-dire, midi, 3 heures 
et 5 heures du soir. 



66 s. MATTH., XX, 14-26. 

d'eux : Mon ami, je ne te fais point de tort; n'es-tii pas 
convenu avec moi d'un denier? ** Prends ce qui t'appar- 
tient, et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant 
qu'à toi. ^'^ Ne m'est-il pas permis de faire ce que je veux ? 
ou ton œil est-il méchant {a) parce que je suis bon ? *^ Ainsi 
les derniers seront les premiers, et les premiers seront 
les derniers; car il y en a beaucoup d'appelés, mais peu 
d'élus. 

*^ Or, Jésus, montant à Jérusalem, prit à part les douze 
disciples, et leur dit : *^ Voici que nous montons à Jérusa- 
lem, et le Fils de l'homme sera livré aux princes des prê- 
tres et aux scribes, et ils le condamneront à mort, ^^et ils 
le livreront aux gentils, pour qu'ils se moquent de lui, le 
flagellent et le crucifient (3); et il ressuscitera le troisième 
jour. 

^^ Alors, la mère des fils de Zébédée s'approcha de lui 
avec ses deux fils, et se prosterna 
pour lui demander quelque chose. 
•^* Il lui dit : Que veux-tu ? Ordon- 
nez, lui dit-elle, que mes deux fils, 
que voici, soient assis l'un à votre 
Prostration devant un supérieur, droite, et l'autre à votre gauche 
(Peinture éç^ptienne.) ^ans votre royaumc. ^- Mais Jésus 
répondit : Vous ne savez pas ce 
que vous demandez. Pou vez-vous boire le calice que je dois 
boire ? Ils lui dirent : Nous le pouvons. ^3 H leur dit : Oui, 
vousboirez mon calice; quant à être assis à ma droite ou à 
ma gauche, il ne m'appartient pas de vous le donner; ce 
sera pour ceux auxquels mon Père l'a préparé. 

^^Les dix, ayant entendu cela, s'indignèrent contre les 
deux frères. '^■' Mais Jésus les appela à lui, et leur dit : 
Vous savez que les princes des nations les dominent, et 
que les grands exercent la puissance sur elles, ^^ Il n'en 



(a) Locution orientale, qui désigne l'envie. 

(b) La prédiction est aussi complète que possible ; elle contient un résumé 
parfait de l'histoire de la Passion. 




s. MATTH., XX, 27 — XXI, 2. 67 

sera pas ainsi parmi vous; mais que celui qui voudra de- 
venir le plus grand parmi vous, soit votre serviteur, -' et 
que celui qui voudra être le premier d'entre vous soit 
votre esclave ; '^^ de même que le Fils de l'homme n'est 
pas venu pour être servi, mais pour servir, et pour don- 
ner sa vie comme la rançon d'un grand nombre {a). 

2^ Lorsqu'ils sortaient de Jéricho {^), une grande foule 
le suivit. '^^ Et voici que deux aveugles, assis au bord du 
chemin, apprirent que Jésus passait; et ils crièrent, en 
disant : Seigneur, Fils de David, ayez pitié de nous. ^^ Et 
la foule les reprenait, pour les faire taire ; mais ils criaient 
plus fort, en disant : Seigneur, Fils de David, ayez pitié 
de nous, ^^ Jésus s'arrêta; et il les appela, et leur dit : Que 
voulez-vous que je vous fasse? ^'Ils lui dirent : Seigneur, 
que nos yeux soient ouverts. -^^ Ayant pitié d'eux, Jésus 
toucha leurs yeux; et aussitôt ils recouvrèrent la vue, et 
le suivirent. 



TROISIEME PARTIE 

Les derniers jours de Jésus-Christ sur la terre 
et sa résurrection. 

§ I. — l'entrée triomphale a JÉRUSALEM. 

Ovation faite an Sauveur. Les vendeurs chassés du temple. 

Chapitre XXI. — * Lorsqu'ils approchèrent de Jéru- 
salem, et qu'ils furent arrivés à Bethphagé, près de la 
montagne des Oliviers (r), Jésus envoya deux de ses dis- 
ciples, - en leur disant : Allez au village qui est devant 
vous, et aussitôt vous trouverez une ânesse liée, et son 

{a) En principe, Jésus-Christ est mort pour tous les hommes, sans excep- 
tion ; mais, en fait, beaucoup refusent de se laisser sauver par lui. 

{h) Ville célèbre, bâtie à lest de Jérusalem, non loin de la rive droite du 
Jourdain. 

(c) Le mont des Oliviers s'élève immédiatement à lest de Jérusalem. Le 
hameau de Bethphagé était un peu plus loin, dans la même direction. 



68 



s. MATTH., XXI, 3-9. 



ânon avec elle; déliez-la et amenez-la-moi, '^ et si quel- 
qu'un vous dit quelque chose, dites que le Seigneur en a 
besoin, et aussitôt il les laissera emmener. 'Or tout cela 
s'est fait, afin que s'accomplît ce qui avait été dit par 
le prophète (a) : '' Dites à la fille de Sion (d) : Voici que 
ton roi vient à toi plein de douceur, monté sur une ânesse, 
et sur l'ânon de celle qui porte le joug (c). ^Les disciples 
allèrent, et firent ce que Jésus leur avait ordonné. ' Ils 
amenèrent l'ânesse et l'ânon, mirent sur eux leurs vête- 
ments et le firent 



asseoir dessus. 
^ Or, une foule 
nombreuse éten- 
dit ses vête- 
ments sur le che- 
min ; d'autres 
coupaient des 
branches d'ar- 
bres, et en jon- 
chaient le che- 
min. ^ Et les 
foules qui précé- 
daient Jésus, et 
T- , . , • 1 , ' T' 1 /CI» • . celles qui le sui- 

L entrée triomphale a Jérusalem. (Sculpture ancienne.) " 

valent, criaient ; 
Hosanna (d) au Fils de David ! Béni soit celui qui vient 
au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! 




(a) Isaïe, lxii, ii, et Zacharie, ix, 9. 

(ô) La fille de Sion : expression poétique des saints Livres, pour désigner 
Jérusalem avec ses habitants. Sion est une colline importante, située dans la 
partie sud-ouest de la capitale juive. Son versant septentrional était en en- 
tier recouvert de maisons. 

(c) Celle qui porte le joug : périphrase poétique pour désigner l'ânesse. 
Dans les deux prophètes auxquels il est emprunté, cet oracle annonce très 
directement le Messie, et c'est, en effet, comme Messie-roi que Jésus fut 
triomphalement accueilli par les Juifs en ce grand jour. 

(d) Hosanna est une expression hébraïque, légèrement modifiée, et signi- 
fiant : « £auve-donc ! » 



s. MATTH., XXI, 10-17, 



69 



'•^ Et lorsqu'il fut entré dans Jérusalem, toute la ville 

fut émue, et disait : Quel 

est celui-ci ? ^^Et le peuple 

disait : C'est Jésus, le 

prophète de Nazareth en 

Galilée. 

^^ Jésus entra dans le 
temple de Dieu, et il 
chassa tous ceux qui ven- 
daient et achetaient dans 
le temple, et il renversa 




Changeur assis auprès de sa table. 
(Antique bas-relief.) 



les tables des changeurs et les sièges de ceux qui ven- 
daient des colombes (a). ^^ Et il leur dit : Il est écrit (b) : 
Ma maison sera appelée une maison de prière ; mais vous, 
vous en avez fait une caverne de voleurs. ^* Alors des 
aveugles et des boiteux s'approchèrent de lui dans le 
temple, et il les guérit. ^'^Mais les princes des prêtres 
et les scribes, voyant les merveilles qu'il avait faites, et 
les enfants qui criaient dans le temple, et qui disaient : 
Hosanna au Fils de David ! s'indignèrent, ^^ et lui dirent : 
Entendez-vous ce qu'ils disent.' Jésus leur dit : Oui. 
N'avez-vous jamais lu cette parole (c) : De la bouche 
des enfants, et de ceux qui sont à la mamelle, vous 
avez tiré une louange parfaite? ^' Et les ayant laissés, 
il s'en alla hors de la ville, à Béthanie (d), où il demeura. 



(a) Ces colombes étaient destinées à être offertes en sacrifice. Il a été dit 
plus haut (note de xvii, 23) que tout Israélite devait payer chaque année 
l'impôt sacré ; mais comme l'on n'admettait, à cet effet, que la monnaie 
juive, des changeurs, établis sous les portiques du temple, procuraient aux 
pèlerins, non sans prélever un droit considérable sur les pièces grecques et 
romaines, le demi-sicle requis par la loi. Marchands et changeurs étaient né- 
cessaires ; mais, ce que Jésus réprouve, c'est la hardiesse irrespectueuse avec 
laquelle ils s'étaient installés jusque dans l'enceinte du temple. Il condamne 
l'abus, non l'usage. 

(b) Isaïe, Lvi, 7, et Jérémie, vu, 11. 

(c) Livre des Psaumes, viii, 3, 

(d) Village situé à l'est du mont des Oliviers, un peu au delà de Beth- 
phagé, à environ une demi-heure de Jérusalem. 



•jo s. jNiatth., XXI, 18-28, 

§ IL — LE MINISTÈRE DE JÉSUS A JÉRUSALEM 
IMMÉDIATEMENT AVANT SA PASSION. 

Le figuier desséché. L'autorité de Jésus. Paraboles des deux fils, 
des vigjierons homicides et des noces royales, 

*^ Le matin, en revenant à la ville, il eut faim. ^^ Et 
voyant un figuier près du chemin, il s'en approcha; mais 
il n'y trouva que des feuilles. Et il lui dit : Qu'à jamais il 
ne naisse de toi aucun fruit. Et aussitôt le figuier se des- 
sécha. -^Voyant cela, les disciples s'étonnèrent, et dirent : 
Comment s'est-il desséché en un instant? ^* Jésus leur ré- 
pondit : En vérité, je vous le dis, si vous aviez la foi et que 
vous n'hésitiez point, non seulement vous feriez ce que 
j'ai fait à ce figuier, mais quand même vous diriez à cette 
montagne : Ote-toi de là et jette-toi dans la mer, cela se 
ferait. ^"- Et quoi que ce soit que vous demandiez avec foi 
dans la prière, vous le recevrez. 

^^ Lorsqu'il fut arrivé dans le temple, les princes des 
prêtres et les anciens du peuple s'approchèrent de lui 
pendant qu'il enseignait, et lui dirent : Par quelle auto- 
rité faites-vous ces choses, et qui vous a donné ce pou- 
voir? ^* Jésus leur répondit : Je vous adresserai, moi aussi, 
une question; si vous m'y répondez, je vous dirai, moi 
aussi, par quelle autorité je fais ces choses. -■^Le baptême 
de Jean, d'où était-il? Du ciel ou des hommes? Mais ils 
raisonnaient entre eux, et disaient : -""Si nous répondons : 
Du ciel, il nous dira : Pourquoi donc n'avez-vous pas cru 
en lui? Et si nous répondons : Des hommes, nous avons à 
craindre la foule ; car tous regardaient Jean comme un 
prophète. '-''Ils répondirent donc à Jésus : Nous ne sa- 
vons {a). Et il leur répondit, lui aussi : Je ne vous dirai 
pas non plus par quelle autorité je fais ces choses. 

-** Que vous en semble? Un homme avait deux fils; et 

{a) Cette réponse et le raisonnement qui la dicta (verset 26) manifestent 
clairement la bassesse morale des hommes auxquels appartenait alors, chez 
les Juifs, l'exercice de l'autorité suprême en fait de religion. 



s. MATTH., XXI, 29-41. 



71 



'mmv 






s'approchant du premier, il lui dit : Mon fils, va aujour- 
d'hui travailler dans ma vigne. -^Celui-ci répondit : Je ne 
veux pas. Mais ensuite, touché de repentir, il y alla. 
^*^ S'approchant ensuite de l'autre, il lui dit la même chose. 
Celui-ci répondit : J'y vais, seigneur. Et il n'y alla point. 
^'Lequel des deux a fait la volonté de son père? Ils lui 
dirent : Le premier. Jésus leur dit : En vérité, je vous 
le dis, les publicains et les prostituées vous devanceront 
dans le royaume de Dieu. '^-Car Jean est venu à vous 
dans la voie de la justice, et vous n'avez pas cru en lui. 
Mais les publicains et les prostituées ont cru en lui ; et 
vous, voyant cela, vous ne vous êtes pas repentis ensuite, 
pour croire en lui. 

^^ Ecoutez une autre parabole. Il y avait un père de 
famille, qui planta une vigne, 
l'entoura d'une haie, y creusa 
un pressoir, et y bâtit une 
tour; puis il la loua à des vi- 
gnerons, et partit pour un 
pays lointain. -^^ Or, lorsque 
le temps des fruits approcha, 
il envoya ses serviteurs aux 
vignerons, pour recueillir les 
fruits de sa vigne. '^'Mais les 
vignerons, s'étant saisis de 
ses serviteurs, battirent l'un, 
tuèrent l'autre, et en lapidè- 
rent un autre. -^^ Il leur en- 
voya encore d'autres servi- 
teurs, en plus grand nombre que les premiers, et ils les 
traitèrent de même. ■^' Enfin il leur envoya son fils, en 
disant : Ils auront du respect pour mon fils. ^^Mais les 
vignerons, voyant le fils, dirent entre eux : Voici l'héri- 
tier; venez, tuons-le, et nous aurons son héritage. '^^Et 
s'étant saisis de lui, ils le jetèrent hors de la vigne, et le 
tuèrent. **^ Lors donc que le Seigneur de la vigne sera 
venu, que fera-t-il à ces vignerons? *' Ils lui dirent : Il 




Pressoir antique. 
(Peinture égyptienne.) 



72 



s. MATTH., XXI, 42 — XXII, 4. 



fera périr misérablement ces misérables, et il louera sa 
vigne à d'autres vignerons, qui lui en rendront les fruits 
en leur temps {a). 

*^"2 Jésus leur dit : N'avez-vous jamais lu dans les Ecri- 
tures {b) : La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient, 
ce.lle-là même est devenue la tête de l'angle? C'est le Sei- 
gneur qui a fait cela, et c'est une chose admirable à nos 
yeux. *3 C'est pourquoi, je vous dis que le royaume de 
Dieu vous sera enlevé, et qu'il sera donné à une nation 
qui en produira les friiits. **Et celui qui tombera sur 
cette pierre, s'y brisera, et celui sur qui elle tombera, elle 
l'écrasera. 

*^ Lorsque les princes des prêtres et les pharisiens 
eurent entendu ces paraboles, ils comprirent que Jésus 
parlait d'eux. ''•^Et, cherchant à se saisir de lui, ils crai- 
gnirent les foules, parce qu'elles le regardaient comme un 
prophète. 

Chapitre XXIL — ^ Jésus, prenant la parole, parla de 
nouveau en paraboles, disant : -Le royaume des cieux 
est semblable à un roi qui fit faire les noces de son fils. 
3 Et il envoya ses serviteurs appeler ceux qui étaient invi- 
tés aux noces, mais ils ne voulurent pas venir. ''^11 envoya 




^■/H. 



Engraissage d'oies dans l'ancienne Egypte. 
(Peinture de tombeau.) 

encore d'autres serviteurs, en disant : Dites aux invités : 
J'ai préparé mon festin, mes bœufs et mes animaux en- 

(a) Cette parabole sj^mbolise éloquemment, comme celles des deux fils 
(versets 28-32) et des noces ro)'ales (xxii, 1-14), la réprobation des Juifs, à 
cause de leur refus de croire à la mission divine de Jésus-Christ, et le salut 
offert aux païens et aux pécheurs, 
(ô) Psaumes, ex vu, 22. 



s. MATTH., XXII, 5-16. 73 

graissés sont tués; tout est prêt, venez aux noces. ^Mais 
ils ne s'en inquiétèrent point, et s'en allèrent, l'un à sa 
ferme et l'autre à son négoce ; *^ les autres se saisirent de 
ses serviteurs, et les tuèrent, après les avoir accablés d'ou- 
trages. ''Lorsque le roi l'apprit, il fut irrité ; et ayant envoyé 
ses armées, il extermina ces meurtriers et brûla leur 
• ville (rt). ^ Alors il dit à ses serviteurs : Les noces sont 
prêtes, mais ceux qui avaient été invités n'en étaient pas 
dignes. ^ Allez donc dans les carrefours, et appelez aux 
noces tous ceux que vous trouverez. ^'^ Ses serviteurs, s'en 
allant par les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils 
trouvèrent, mauvais et bons, et la salle des noces fut rem- 
plie de convives. ^* Le roi entra pour voir ceux qui étaient 
à table, et il aperçut là un homme qui n'était pas revêtu 
de la robe nuptiale (d). '- Il lui dit : Mon ami, comment 
es-tu entré ici sans avoir la robe nuptiale? Et cet homme 
demeura muet. ^'^ Alors le roi dit aux serviteurs : Liez-lui 
les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres exté- 
rieures; là il y aura des pleurs et des grincements de 
dents. **Car il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. 

Ze tribut a César. La résurrection. Le plus grand comtnandement. 
Le Messie, fils de David, 

^-^ Alors les pharisiens, s'étant retirés, tinrent conseil sur 
le moyen de le surprendre dans ses paroles. ^^Et ils lui 
envoyèrent leurs disciples avec les hérodiens {c), qui lui 
dirent : Maître, nous savons que vous êtes véridique, et 
que vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité, sans 
vous inquiéter de personne, car vous ne regardez pas 

(a) Allusion évidente à la ruine prochaine de Jérusalem. 

(6) Vêtement d'apparat, offert par l'hôte aux convives, de sorte que l'in- 
vité qui ne s'en était pas revêtu n'avait aucune excuse à alléguer. D'après le 
sentiment presque unanime des Pères et des commentateurs catholiques, cette 
robe nuptiale figure la divine charité, avec la sainteté produite par elle dans 
les âmes. 

(t:) Les hérodiens étaient des partisans dévoués de la famille et de la 
politique d'Hérode. 



74 



s. MA'ITH., XXII, 17-31. 




Buste de Tibère. 

(D'après une ancienne 
statue.) 



la condition des hommes. ''Dites-nous ce qu'il vous en 
semble : est-il permis de payecJe 
tribut {a) à César ou non? '^Mais 
Jésus, connaissant leur malice, dit : 
Pourquoi me tentez-vous, hypocri- 
tes? '^Montrez-moi la monnaie du 
tribut. Et ils lui présentèrent un 
denier {è). -^Et Jésus leur dit : De 
qui est cette image et cette inscrip- 
tion? -'Ils lui dirent : De César. 
Alors il leur dit : Rendez donc à Cé- 
sar ce qui est à César, et à Dieu ce 
qui est à Dieu, --Ayant entendu cela, 
ils furent étonnés (c), et le laissant, 
ils s'en allèrent. 

-■^ Ce même jour, les sadducéens (d), 
qui disent qu'il n'y a pas de résurrection, s'approchèrent 
de lui et l'interrogèrent, -* en disant : Maître, Moïse a dit : 
Si quelqu'un meurt sans enfant, son frère épousera sa 
femme, et suscitera une postérité à son frère (e). -^Or, il y 
avait parmi nous sept frères. Le premier, ayant épousé 
une femme, mourut; et n'ayant pas eu de postérité, il laissa 
sa femme à son frère. -''Il en fut de même du second, et 
du troisième, jusqu'au septième. -'Enfin, après eux tous, 
la femme mourut aussi. -^A la résurrection, duquel des 
sept sera-t-elle donc la femme, puisque tous l'ont eue? 
-^ Jésus leur répondit : Vous êtes dans l'erreur, ne com- 
prenant ni les Ecritures, ni la puissance de Dieu. '^^ Car, à 
la résurrection, les hommes ne prendront pas de femmes, 
ni les femmes de maris; mais ils seront comme les anges 
de Dieu dans le ciel. '■^^ Et pour ce qui est de la résurrec- 



(a) Tribut imposé aux Juifs par les Romains, Le titre de César était alors 
porté par tous les empereurs : c'est Tibère qu'il désigne ici directement. 

(b) Voyez la note de xviir, 28, 

(c) Emerveillés, malgré leur haine, de la sagesse de Jésus, 

(d) Voyez m, 7, et la note. 

(e) Deutéronorae, xxv, 5-6, 



s. MATTH., XXII, 32-46. 75 

tion des morts, n'avez-voiis pas lu ce que Dieu vous a 
dit (a) : •^- Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et 
le Dieu de Jacob? Or, Dieu n'est pas le Dieu des morts, 
mais des vivants. ■^'■^Et les foules, entendant cela, étaient 
dans l'admiration de sa doctrine. 

^•''Mais les pharisiens, ayant appris qu'il avait réduit les 
sadducéens au silence, se rassemblèrent; -^-^et l'un d'eux, 
docteur de la loi, lui fit cette ques 
tion pour le tenter : -^^ Maître 
quel est le plus grand commande- 
ment de la loi? ^' Jésus lui dit : Tu 
aimeras le Seigneur ton Dieu de 
tout ton cœur, et de toute ton âme, 
et de tout ton esprit (<^). -^^ C'est là 
le plus grand et le premier com- 
mandement. '^-Mais le second lui 
est semblable : Tu aimeras ton pro- 
chain comme toi-même (^). ^"^Dans Prisonniers de guerre servant 

ces deux commandements sont ren- '^ escabeau, 

fermés la Loi et les Prophètes. (Peinture égj'ptienne.) 

*^Les pharisiens étant rassemblés, Jésus les interrogea, 
*^ en disant : Que vous semble du Christ ? De qui est-il fils? 
Ils lui répondirent : De David. *-^Il leur dit : Comment 
donc David l'appelle-t-il en esprit son Seigneur, en 
disant (d) : '''' Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds- 
toi à ma droite, jusqu'à ce que j'aie fait de tes ennemis 
l'escabeau de tes pieds? *'Si donc David l'appelle son 
Seigneur, comment est-il son fils? *^Et personne ne pou- 
vait rien lui répondre, et, depuis ce jour, nul n'osa plu* 
lui proposer des questions. 

(a) Exode, III, 6. 

(è) Deutéronome, vi, 5. 

(c) Autre texte emprunté au Pentateuque. (Lévitique, xix, 18.) 

(d) Psaumes, cix, i. 




76 s. MATTH., XXIII, 1-6. 

Jésus défiance avec vigueur l'hypocrisie des pharisiens. 
Les crimes et le châtiment de Jérusalem. 

Chapitre XXIII. — * Alors Jésus parla aux foules et à 
ses disciples, -en disant : Les scribes et les pharisiens 
sont assis sur la chaire de Moïse. ^Observez donc et 
faites tout ce qu'ils vous disent (fz); mais n'agissez pas selon 
leurs œuvres, car ils disent, et ils ne font pas. *IIs lient 
des fardeaux pesants et insupportables {F), et ils les mettent 
sur les épaules des hommes; mais ils ne veulent pas les 




Phylactères de la tête (à gauche) et du bras (à droite). 

remuer du doigt. ^Ils font toutes leurs actions pour être 
vus des hommes; c'est pourquoi ils portent de larges phy- 
lactères {c') et de longues franges. *'Ils aiment les premières 
places dans les festins, et les premières chaires dans les 

(a) Lorsqu'ils parlent avec autorité, comme interprètes de la loi divine. 
Il faut dont donc respecter leur office, mais détester leurs œuvres. « Prenez- 
garde qu'en cueillant la bonne doctrine comme une fleur parmi les épines, 
vous ne vous laissiez déchirer la main par le mauvais exemple. » (Saint 
Augustin.) 

(h) Jésus nomme ainsi les prescriptions innombrables, minutieuses, extrê- 
mement onéreuses, qu'ils avaient surajoutées à celles de la loi. 

(c) Les phylactères, qui sont encore en usage chez les Juifs modernes, 
consistent en de petites bandes de parchemin, sur lesquelles sont écrits plu- 
sieurs passages de la loi mosaïque. Ces bandes, délicatement pliées, sont 
enfermées dans des boîtes minuscules, munies de longues lanières de cuir. 
On se les attache au front et au bras gauche, pour réciter certaines prières. 
Sur les franges sacrées, voyez la note de ix, 20. 



s. MATÏH., XXIII, 7-20. 77 

synagogues, "et à être salués dans les places publiques 
et à être appelés Rabbi (a) par les hommes. '^ Mais vous, ne 
vous faites point appeler Rabbi, car vous n'avez qu'un seul 
maître, et vous êtes tous frères, ^Et ne donnez à personne 
sur la terre le nom de père, car vous n'avez qu'un seul 
Père, qui est dans les cieux. "-'Et qu'on ne vous ap- 
pelle point maîtres, car vous n'avez qu'un seul maître, 
le Christ (^). '^ Celui qui est le plus grand parmi vous, sera 
votre serviteur. *- Quiconque s'élèvera, sera humilié, et 
quiconque s'humiliera, sera élevé. 

i-^Malheur à vous, scribes et pharisiens hvpocrites, parce 
que vous fermez le royaume des cieux devant les hommes ; 
car vous n'y entrez pas vous-mêmes, et vous ne laissez 
pas entrer ceux qui désirent entrer. 

^^ Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, 
parce que vous dévorez les maisons des veuves, sous 
prétexte de faire de longues prières; c'est pourquoi vous 
recevrez un jugement plus rigoureux. 

*•' Malheur à vous, scribes et pharisiens hvpocrites, 
parce que vous parcourez la mer et la terre pour faire un 
prosélyte (t:), et, après qu'il l'est devenu, vous faites de lui 
un fils de la géhenne (d) deux fois pire que vous. 

^^ Malheur à vous, conducteurs aveugles, qui dites : Si 
quelqu'un jure par le temple, ce n'est rien; mais si quel- 
qu'un jure par l'or du temple, il doit. ^"^ Insensés et aveu- 
gles ! Car lequel est le plus grand ? l'or, ou le temple 
qui sanctifie l'or? ^^ Et si quelqu'un jure par l'autel, ce 
n'est rien; mais si quelqu'un jure pur le don qui est sur 
l'autel, il doit. ^'^ Aveugles! Car lequel est le plus grand.'' 
le don, ou l'autel qui sanctifie le don? -'^ Celui donc qui 

(«) Rabbi, mot hébreu qui signifie : Mon maître. C'est de là que dérive 
le nom de rabbin. 

(b) Les versets 11 et 12 contiennent la clef lies trois précédents. Jésus lui- 
même a donné des chefs à son Église, et sa volonté est qu'ils soient traités, 
honorés comme tels ; mais il veut aussi qu'ils exercent leur autorité avec 
modestie. 

(c) Nom d'origine grecque, qui désigne les païens convertis au judaïsme. 

(d) C'est-à-dire, un fils de l'enfer, ou un homme digne de l'enfer. 



78 



s. MATTH., XXIII, 21-27. 



jure par l'autel, jure par l'autel et par tout ce qui est 
dessus. -' Et quiconque jure par le temple, jure par le 
temple et par celui qui y habite. --Et celui qui jure parle 
ciel, jure par le trône de Dieu et par celui qui y est assis. 
2^ Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui 

payez la dîme de la menthe, et 
de l'aneth, et du cumin (a), et 
qui avez abandonné ce qu'il y a 
de plus important dans la loi : 
la justice, la miséricorde, et la 
fidélité. Il fallait faire ceci, et ne 
pas omettre cela. -^Conducteurs 
aveugles, qui filtrez le mouche- 
ron (d), et qui avalez le cha- 
meau ! 

-■' Malheur à vous, scribes et 

pharisiens hypocrites, parce que 

vous nettoyez le dehors de la 

coupe et du plat (c), et qu'au dedans 

vous êtes pleins de rapine et d'impureté. 

-*^ Pharisien aveugle, nettoie d'abord le 

dedans de la coupe et du plat, afin que le 

dehors devienne pur aussi. 

^^ Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce 

que vous êtes semblables à des sépulcres blanchis, qui, au 

dehors, paraissent beaux aux hommes {d), mais qui, au de- 




L'anetl). 



(a) Trois plantes que les Juifs culti\aient volontiers, à cause de leurs pro- 
priétés aromatiques. C'était par pur scrupule que les pharisiens en payaient 
la dîme, car le précepte qui consacrait à Dieu et à ses ministres la dixième 
partie des récoltes (Lévitique, xxvii, 30) n'atteignait pas ces herbes insigni- 
fiantes. 

(b) Ils filtraient avec grand soin leur breuvage, de crainte qu'il ne contînt 
quelque insecte impur selon la loi. « Avaler le chameau » est une expression 
figurée, hyperbolique, qui dépeint avec beaucoup d'ironie le peu de cas que 
les pharisiens et les scribes faisaient souvent des prescriptions les plus rigou- 
reuses du Seigneur. 

Çc) Allusion à leurs ablutions sans fin. A'oyez saint Marc, vu, 4. 

(d) Chaque année, les Juifs faisaient blanchir les tombeaux à la chaux. 



s. MATTH., XXIII, 28-34. 



79 



dans, sont pleins d'ossements de morts et de toute sorte 
de pourriture. -^ Vous de même, au dehors, vous parais- 
sez justes aux hommes : mais, au dedans, vous êtes pleins 
d'hypocrisie et d'ini- 
quité. 

2^ Malheur à vous, 




scribes et pharisiens hypocrites, q 
bâtissez des tombeaux aux prophètes, 
et qui ornez les monuments des jus- 
tes, ^" et qui dites : Si nous avions 
vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas 
joints à eux pour répandre le sang des prophètes. '^^ Par là. 



Paissoire à filtrer le vin. 
(Bronze antique.) 




'-'"T 



Tombeaux taillés dans le roc, à Jérusalem. (Vallée du Cédron.) 

vous témoignez contre vous-mêmes que vous êtes les 
fils de ceux qui ont tué les prophètes. ^"- Comblez donc 
aussi la mesure de vos pères. 

^^ Serpents, race de vipères, comment échappperez-vous 
au jugement de la géhenne? -^^ C'est pourquoi, voici que 
je vous envoie des prophètes, et des sages, et des scribes; 
et vous tuerez et crucifierez les uns, et vous flagellerez 



pour les rendre bien visibles, et pour empêcher ainsi qu'on ne contractât 
quelque souillure légale en les touchant par inadvertance. 



80 s. M AT TH., XXIII, 35 — XXIV, 3. 

les autres dans vos synagogues, et vous les persécuterez 
de ville en ville, ■^•' afin que retombe sur vous tout le 
sang innocent qui a été répandu sur la terre, depuis le 
sang d'Abel le juste, jusqu'au sang de Zacharie, fils de 
Barachie, que vous avez tué entre le temple et l'autel (a). 
^^En vérité, je vous le dis, toutes ces choses retomberont 
sur cette génération. 

^' Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes, et qui 
lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je 
voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble 
ses petits sous ses ailes, et tu ne l'as pas voulu (3) ! ^^ Voici 
que votre maison vous sera laissée déserte. ^''Car je vous 
le dis, vous ne me verrez plus désormais, jusqu'à ce que 
vous disiez {c) : Béni soit celui qui vient au nom du Sei- 
gneur. 

Prédiction de la ruine du temple. Signes qui précéderont la des- 
truction de Jérusalem et exhortation a la vigilance. La fin du 
monde. 

Chapitre XXIV. — ^ Jésus, étant sorti du temple, 
s'en allait; alors ses disciples s'approchèrent de lui, pour 
lui faire remarquer les constructions du temple. -Mais 
il leur répondit : Voyez-vous tout cela ? En vérité, je vous 
le dis, il ne restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit 
renversée. ^ Et comme il était assis sur la montagne des 
Oliviers, ses disciples s'approchèrent de lui en particulier, 
et lui dirent : Dites-nous quand ces choses arriveront, et 

(a) C'est le roi Joas qui avait donné cet ordre cruel (II* livre des Parali- 
pomènes, xxiv, 20-22). « Entre le temple et l'autel f> : c'est-à-dire, dans le 
parvis dit des prêtres, situé entre le vestibule du sanctuaire proprement dit 
et l'autel des holocaustes. Voyez les figures des pages 183 et 279. 

(6) « Comme il a pleuré Jérusalem ! Avec quelle tendresse maternelle il a 
présenté ses ailes à ses enfants qui voulaient périr ! » (Bossuet.) 

(^) A la fin du monde, lorsque Jésus-Christ fera son second avènement. 
C'est donc la conversion des Juifs qui est prédite ici. « Un temps leur est 
donné pour la pénitence ; qu'ils bénissent celui qui viendra au nom du Sei- 
gneur, et ils jouiront de la vue du Christ. » (Saint Jérôme.) 



s. MATTH., XXIV, 4-I5. 01 

quel signe il y aura de votre avènement et de la consom- 
mation du siècle {a). 

* Et Jésus leur répondit (d) : Prenez garde que personne 




Égyptiens charriant une pierre énorme sur un traîneau. (Peinture de tombeau.) 

ne vous séduise. 'Car beaucoup viendront sous mon nom, 
disant : Je suis le Christ; et ils en séduiront beaucoup. 
^Vous entendrez parler de guerres et de bruits de 
guerres. Gardez-vous de vous troubler ; car il faut que ces 
choses arrivent, mais ce ne sera pas encore la fin. ' Car 
on verra se soulever peuple contre peuple, et royaume 
contre royaume ; et il y aura des pestes, et des famines, 
et des tremblements de terre en divers lieux. * Et tout 
cela ne sera que le commencement des douleurs. ^ Alors 
on vous livrera aux tourments, et on vous fera mourir; 
et vous serez en haine à toutes les nations, à cause de mon 
nom. **^ Alors aussi beaucoup seront scandalisés, et ils se 
trahiront et se haïront les uns les autres. ^* Et de nom- 
breux faux prophètes surgiront, et séduiront beaucoup 
de monde. ^'- Et parce que l'iniquité abondera, la charité 
d'un grand nombre se refroidira. ^'^Mais celui qui persé- 
vérera jusqu'à la fin sera sauvé. ^'' Et cet évangile du 
royaume sera prêché dans le monde entier, pour servir 
de témoignage à toutes les nations; et alors la fin 
viendra. 

*^ Quand donc (c) vous verrez l'abomination de la dé- 

(a) « Remarquez que, dans leur demande, ils confondent tout ensemble la 
ruine de Jérusalem, et celle de tout lunivers à la fin des siècles. C'est ce 
qui donne lieu à Jésus-Christ de leur parler ensemble de lune et de l'autre. * 
(Bossuet.) 

(i) Première partie de la réponse, ou description des signes avant-coureurs 
soit de la ruine de Jérusalem, soit de la fin des temps : versets 4-14. 

(c) Seconde partie de la réponse, ou des.iip'.ion spiciale des signes qui 



82 



s. MATTH., XXIV, 16-23. 




solation, dont a parlé le prophète Daniel {a), établie dans 
le lieu saint, que celui qui lit comprenne. ^^ Alors, que ceux 

qui seront en Judée s'enfuient 
dans les montagnes, ^' et que 
celui qui sera sur le toit (b) n'en 
descende pas pour emporter 
quelque chose de sa maison, 
*^ et que celui qui sera dans les 
champs ne retourne point pour 
prendre sa tunique. ^^ Malheur 
aux femmes qui seront encein- 
tes ou qui allaiteront en ces 
jours-là. ^"^ Priez pour que votre 
fuite n'ait pas lieu en hiver, ou 
un jour de sabbat (c). -^ Car il y 
aura alors une grande tribula- 

Enseignes romaines. (Bas-relief de tion, telle qu'il n'y en a paS eu 
lare de triomphe de Constantin de pareille dcpuis le COmmen- 

^ °'"^'' cément du monde jusqu'à pré- 

sent, et qu'il n'y en aura jamais. --Et si ces jours n'avaient 
été abrégés, nulle chair n'aurait été sauvée ; mais, à cause 
des élus, ces jours seront abrégés. 

23 Alors (d) si quelqu'un vous dit : Voici, le Christ est 

précéderont la ruine de l'État juif et des calamités qui éclateront alors dans 
le paj'S : versets 15-22. 

(rt) Daniel, ix, 27. D'après de savants interprètes, l'expression énergique 
« abomination de la désolation » (c'est-à-dire, une chose tout à fait affreuse 
et désolante) désignerait les aigles romaines, par lesquelles le temple de 
Jérusalem fut profané, lorsque Titus et ses soldats se furent emparés de la 
ville. Néanmoins, ce sentiment n'est pas certain. 

(1^) Les toits des maisons sont plats en Orient, et on monte souvent sur 
ces larges terrasses, pour converser, pour se reposer, pour prier. On peut 
d'ordinaire en descendre par un escalier extérieur, sans pénétrer dans la 
maison. Voyez la figure de la p. 151, 

(c) Aux jours de sabbat, la loi juive ne permettait de franchir que de 
courtes distances, par respect pour le repos sacré. 

(d) Troisième partie de la réponse, ou description de ce qui aura lieu à 
la fin du monde ; versets 23-35. Le mot « alors » ouvre ici une période nou- 
velle, séparée de celle qui précède par des siècles nombreux. (Pensée de saint 
Jean Chrysostome.) 



s. M AT TH., XXIV, 24-38. 8^ 

ici ; ou : Il est là, ne le croyez pas. "-* Car il s'élèvera de 
faux christs et de faux prophètes, qui feront de grands 
signes et des prodiges, au point de séduire, s'il était pos- 
sible, même les élus. -•Woici que je vous l'ai prédit. -''Si 
donc on vous dit : Le voici dans le désert, ne sortez pas ; 
Le voici dans le lieu le plus retiré de la maison, ne le 
croyez pas. -' Car comme l'éclair part de l'orient et se 
montre jusqu'à l'occident, ainsi sera l'avènement du Fils 
de l'homme. -^ Partout oia sera le corps, là s'assembleront 
les aigles. 

-^Aussitôt après la tribulation de ces jours, le soleil 
s'obscurcira, et la lune ne donnera plus sa lumière, et les 
étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux 
seront ébranlées. "^^ Alors le signe du Fils de l'homme {a) 
apparaîtra dans le ciel, et alors toutes les tribus de la 
terre se lamenteront, et elles verront le Fils de l'homme 
venant sur les nuées du ciel, avec une grande puissance 
et ime grande majesté. -^^ Et il enverra ses anges, avec la 
trompette et une voix éclatante, et ils rassembleront ses 
élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux 
jusqu'à l'autre. 

■^-Apprenez une comparaison prise du figuier. Quand 
ses branches sont déjà tendres, et que ses feuilles naissent, 
vous savez que l'été est proche ; ^'^ de même, lorsque vous 
verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l'homme 
est proche, qu'il est aux portes. ^* En vérité, je vous le dis, 
cette génération ne passera point que toutes ces choses 
n'arrivent. ^' Le ciel et la terre passeront, mais mes 
paroles ne passeront point. 

"•'Quant à ce jour et à cette heure {d), personne ne les 
connaît, pas même les anges des cieux, mais le Père seul. 
'^'' Ce qui arriva aux jours de Noé arrivera aussi à l'avène- 
ment du Fils de l'homme. ^^ Car de même que, dans les 

(a) C'est-à-dire, la croix, d'après l'interprétation presque unanime des Pères. 

(b) A partir d'ici, Jésus déduit, des descriptions qui précèdent, un certain 
nombre d'exhortations pratiques, qui se concentrent toutes dans la nécessité 
de la vigilance. 



84 



s. MATTH., XXIV, 3 9 - 5 O. 




Femmes syriennes o:;cupées à moudre. 
(D'après une photographie.) 



jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient 
et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jus- 
qu'au jour où Noé entra dans l'arche, ^''et qu'ils ne surent 
rien, jusqu'à ce que le déluge vint et les emporta tous, 
ainsi en sera-t-il à l'avènement du Fils de l'homme. 

*^ Alors deux 
hommes seront 
dans un champ : 
l'un sera pds, 
et l'autre laissé, 
*^ Deux fem- 
mes moudront 
à la meule 
(a) : l'une 
sera prise, et 
l'autre lais- 
sée. "Veillez 
donc, parce 

que vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur 
viendra. *^ Sachez-le bien, si le père de famille savait à 
quelle heure le voleur doit venir, il veillerait certaine- 
ment, et ne laisserait pas percer sa maison. ** C'est pour- 
quoi, vous aussi, soyez prêts, car le Fils de l'homme vien- 
dra à l'heure que vous ne savez pas. 

*^Quel est, pensez-vous, le serviteur fidèle et prudent 
que son maître a établi sur ses gens, pour leur distribuer 
leur nourriture en temps convenable ? ^^ Heureux ce 
serviteur, si son maître, à son arrivée, le trouve agis- 
sant ainsi ! " En vérité, je vous le dis, il l'établira sur tous 
ses biens. ^^ Mais si ce serviteur est méchant, et dit en 
son cœur : Mon maître tarde à venir, ^^ et s'il se met à 
fbattre ses compagnons, s'il mange et s'il boit avec les 
ivrognes, ^^ le maître de ce serviteur viendra au jour où 
il ne s'y attend pas, et à l'heure qu'il ne connaît pas, 

(a) Chaque famille orientale possède un petit moulin à main, dont on se 
sert pour moudre le grain nécessaire au pain quotidien. Cette opération est 
: réservée aux femmes. 



s. M ATT H., XXIV, 5I 



XXV. 8. 



85 



^* et il le séparera, et lui assignera sa part avec les hypo- 
crites; là il y aura des pleurs et des grincements de 
dents (r?). 

Paraboles des dix vierges et des talents. Description 
du jugement dernier. 

Chapitre XXV, — ^ Alors le royaume des cieux sera 
semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allè- 
rent au-devant de l'époux et de l'épouse. ^ Or, cinq d'entre 
elles étaient folles {h), et cinq étaient sages, ' Les cinq folles, 




Les vierges sages et les vierges folles, (D'après une fresque antique.) 

ayant pris leurs lampes, ne prirent pas d'huile avec elles; 
* mais les sages prirent de l'huile dans leurs vases avec 
leurs lampes, -^ L'époux tardant à venir, elles s'assoupirent 
toutes, et s'endormirent. ^ Mais, au milieu de la nuit, un 
cri se fit entendre : Voici l'époux qui vient; allez au- 
devant de lui. ' Alors toutes ces vierges se levèrent, et 
préparèrent leurs lampes (t-), ^ Mais les folles dirent aux 

(a) « Terribles paroles, A quoi donc penserons-nous, si nous ne pensons 
-^ ces choses ? Ah ! périssent toutes nos pensées, afin que celles-là vivent 
seules dans nos cœurs! » (Bossuet.) 

(è) C'est-à-dire, d'après la suite du récit, sans prévoyance, 

(c) Les lampes des anciens étaient d'ordinaire très petites, et il fallait 



86 



s, MATTH., XXV, <) - 2 I. 



Aiguille à lampe 
d'après les monu- 
ments romains- 

^* Car il en 
pour un long 



sages : Donnez-nous de votre huile, car nos lampes 
s'éteignent. ^ Les sages leur répondirent : De peur qu'il 
n'y en ait pas assez pour nous et pour 
vous, allez plutôt chez ceux qui en ven- 
dent, et achetez-en pour vous. ^^Mais^ 
pendant qu'elles allaient en acheter, l'é- 
poux vint, et celles qui étaient prêtes en- 
trèrent avec lui aux noces, et la porte 
fut fermée. ^* Enfin les autres vierges 
viennent aussi, en disant : Seigneur, Sei- 
gneur, ouvrez-nous. ^^ Mais il leur répon- 
dit : En vérité, je vous le dis, je ne vous 
connais point. ^"^ Veillez donc, parce que 
vous ne savez ni le jour ni l'heure, 
sera comme d'un homme qui, partant 
voyage, appela ses serviteurs et leur 
remit ses biens. ^' Il donna à l'un cinq talents (^), à un 
autre deux, et à un autre un seul, à chacun selon sa 
capacité (^); puis il partit aussitôt. ^"^ Celui qui avait reçu 
cinq talents s'en alla, les fit valoir, et en gagna cinq 
autres, ^"^ De même, celui qui en avait reçu deux, en 
gagna deux autres. ^^ Mais celui qui n'en avait reçu 
qu'un, s'en alla, creusa dans la terre et cacha l'argent 
de son maître. 

^^ Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, 
et leur fit rendre compte. ^"^ Et celui qui avait reçu cinq 
talents s'approcha, et présenta cinq autres talents, en 
disant : Seigneur, vous m'avez remis cinq talents; voici 
que j'en ai gagné cinq autres. ^^ Son maître lui dit : C'est 
bien, bon et fidèle serviteur ; parce que tu as été fidèle 

souvent les remplir d'huile ; on devait, en outre, à l'aide d'un instrument 
spécial, dont on trouvera la représentation ci-jointe, relever fréquemment la 
mèche et en détacher le lumignon. 

(a) Voyez la note de xviii, 24. 

(3) « Il n'est personne qui puisse dire avec vérité : Je n'ai reçu aucun 
talent ; on ne peut exiger de moi des comptes. Considérons donc ce que nous 
avons reçu, et veillons à l'emploi que nous en faisons ». (Saint Grégoire le 
Grand.) 



s. MATTH., XXV, 22-33. 87 

en peu de choses, je t'établirai sur beaucoup; entre dans 
la joie de ton Seigneur. -- Celui qui avait reçu deux ta- 
lents s'approcha aussi, et dit : Seigneur, vous m'avez remis 
deux talents; voici que j'en ai gagné deux autres. "--^ Son 
maître lui dit : C'est bien, bon et fidèle serviteur; parce 
que tu as été fidèle en peu de choses, je t'établirai sur 
beaucoup; entre dans la joie de ton Seigneur. -* Celui 
qui n'avait reçu qu'un talent s'approcha aussi, et dit : 
Seigneur, je sais que vous êtes un homme dur, qui mois- 
sonnez où vous n'avez pas semé, et qui ramassez où vous 
n'avez pas répandu; -' j'ai eu peur, et je suis allé cacher 
votre talent dans la terre ; le voici, vous avez ce qui est à 
voùs(rt). -^ Mais son maître lui répondit : Serviteur mauvais 
et paresseux, tu savais que je moissonne où je n'ai pas 
semé, et que je ramasse où je n'ai pas répandu; -'' il te 
fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon 
retour, j'aurais retiré avec usure ce qui est à moi. -^ En- 
levez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a dix 
talents. ^^ Car on donnera à celui qui a, et il sera dans 
l'abondance; mais, à celui qui n'a pas, on enlèvera même 
ce qu'il semble avoir. -^"^ Quant à ce serviteur inutile, 
jetez-le dans les ténèbres extérieures; là il y aura des 
pleurs et des grincements de dents. 

^* Or, lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa ma- 
jesté, avec tous les anges, il s'assiéra sur le trône de sa 



j ii'i-^-->t 



Jésus séparant les brebis et les boucs. (Ancien bas-relief.) 

majesté. ^- Toutes les nations seront assemblées devant 
lui; et il séparera les uns d'avec les autres, comme le 
berger sépare les brebis d'avec les boucs ; ''•^ et il placera 
les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. 

(<i) Langïige de la dernière arrogance, qui sera châtié comme il le mérite. 



55 S. MATTH., XXV, 34-45. 

•'** Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : 
Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui 
vous a été préparé dès l'établissement du monde. '■^'■' Car 
j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, 
et vous m'avez donné à boire; j'étais sans asile, et vous 
m'avez recueilli ;•'** j'étais nu, et vous m'avez vêtu; j'étais 
malade, et vous m'avez visité; j'étais en prison, et vous 
êtes venus à moi. '-^^ Alors les justes lui répondront : Sei- 
gneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim, 
et que nous vous avons donné à manger ; avoir soif, et 
que nous vous avons donné à boire ? ^^ Quand est-ce que 
nous vous avons vu sans asile, et que nous vous avons 
recueilli; ou nu, et que nous vous avons vêtu? '^^ Ou 
quand est-ce que nous vous avons vu malade, ou en pri- 
son, et que nous sommes venus à vous? ''"^ Et le Roi leur 
dira : En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous 
l'avez fait à l'un de ces plus petits d'entre mes frères, 
c'est à moi que vous l'avez fait (a). 

•^' Il dira ensuite à ceux qui seront à gauche : Retirez- 
vous de moi, maudits; allez au feu éternel, qui a été pré- 
paré pour le diable et pour ses anges (b). ''- Car j'ai eu faim, 
et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif, et 
vous ne m'avez pas donné à boire; '^-^ j'étais sans asile, 
et vous ne m'avez pas recueilli ; j'étais nu, et vous ne 
m'avez pas vêtu; j'étais malade et en prison, et vous ne 
m'avez pas visité. ^'^ Alors ils lui répondront, eux aussi : 
Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir 
faim, ou avoir soif, ou sans asile, ou nu, ou malade, ou en 
prison, et que nous ne vous avons pas assisté? *^ Alors il 
leur répondra : En vérité, je vous le dis, toutes les fois 

(rt) Grand encouragement à accomplir ce que les théologiens nomment les 
« œuvres de miséricorde ». 

(b) «. Au lieu de ce Venez si ravissant, plein d'une admirable douceur, qui 
satisfera le cœur de l'homme sans lui laisser rien à désirer, les méchants, les 
impénitents, entendront cet impitoyable Allez, retirez-vous. Et où iront-ils^ 
les malheureux ? Où, en s'éJoignant du souverain bien, si ce n'est au souverain 
mal !... Où, en perdant la joie éternelle, si ce n'est aux pleurs, au désespoir, 
à la rage, au grincement de dents, à l'éternelle fureur ? » (Bossuet.) 



s. MATTH., XXV, 46 — XXVI, I 3. 89 

que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, c'est 
à moi que vous ne l'avez pas fait. *^ Et ceux-ci iront au 
supplice éternel, mais les justes à la vie éternelle. 



§ III. — LA PASSION DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. 

Conspiration des membres du sanhédrin. Madeleine parfume la 
tête de Jésus. Trahison de Judas. La cène pascale et l'institution 
de r Eucharistie. Jésus prédit le reniement de saisit Pierre. 

Chapitre XXVI. — * Lorsque Jésus eut achevé tous 
ces discours, il dit à ses disciples : - Vous savez que la 
Pàque se fera dans deux jours, et le Fils de l'homme sera 
livré pour être crucifié. 

■^ Alors les princes des prêtres et les anciens du peuple (<z) 
s'assemblèrent dans la cour du grand prêtre, appelé 
Caïphe ; * et ils tinrent conseil pour se saisir de Jésus par 
ruse, et le faire mourir. -^ Mais ils disaient : Que ce ne 
soit pas pendant la fête, de peur qu'il n'y ait du tumulte 
parmi le peuple. 

^ Or, comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de 
Simon le lépreux, " une femme s'approcha de lui avec un 
vase d'albâtre, plein d'un parfum de grand prix, et elle le 
répandit sur sa tête, pendant qu'il était à table. ^ Les dis- 
ciples, voyant cela, s'indignèrent et dirent : A quoi bon 
cette perte ? ^ Car on aurait pu vendre ce parfum très 
cher, et en donner le prix aux pauvres. ^^ Mais Jésus, sa- 
chant ce qu'ils disaient, leur dit : Pourquoi faites-vous de 
la peine à cette femme? car elle a fait une bonne œuvre 
à mon égard. '' En effet, vous aurez toujours des pauvres 
avec vous; mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. 
'"- Cette femme, en répandant ce parfum sur mon corps, 
l'a fait en vue de ma sépulture {b). '' Er^ vérité, je vous le 

(a) C est-à-tlire, les membres du Sanhédrin. Voyez 11, 4, ei la note. 

(ô) « La tendresse de Marie-Madeleine, éclairée d'une lumière supérieure, 
lui disait que ce repas avait un caractère d'adieu et qu'on touchait à d'ex- 
trêmes événements. » (Lacordaire.) 




90 s. M ATT H., XXVI, I 4 - 2 4. 

dis, partout où sera prêché cet évangile, dans le monde 
entier, on racontera aussi, en souvenir d'elle, 
ce qu'elle vient de faire. 

^'* Alors un des douze, appelé Judas Iscariote, 
alla trouver les princes des prêtres, ^^ et leur dit : 
Que voulez-vous me donner, et je vous le livre- 
rai ? Et ils convinrent de lui donner trente pièces 
d'argent (a). ^'^ Depuis ce moment, il cherchait 
une occasion favorable pour le livrer. 

^"^ Or, le premier jour des azymes (d), les dis- 
ciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent : 
Où voulez- vous que nous vous préparions ce 
'^ qu'il faut pour manger la pâque (c) ? *^ Jésus leur 
Aiabastrum répondit : Allez dans la ville, chez un tel, et 
phénicien dites-lui *. Lc maître dit : Mon temps est pro- 
en terre che; je ferai la pâque chez toi avec mes dis- 
ciples. *^Les disciples firent ce que Jésus leur 
avait ordonné, et préparèrent la pâque. 

"^^ Le soir étant venu, il se mit à table avec ses douze 
disciples. -^ Et pendant qu'ils mangeaient, il dit : En vé- 
rité, je vous le dis, l'un de vous me trahira. ^^ Vivement 
attristés, ils commencèrent chacun à lui dire : Est-ce 
moi, Seigneur? -^ Il leur répondit : Celui qui met avec 
moi la main au plat (d) est celui qui me trahira. -'' Pour 
ce qui est du Fils de l'homme, il s'en va, selon ce qui a 
été écrit de lui ; mais malheur à l'homme par qui le Fils 
de l'homme sera trahi ! Il aurait mieux valu pour lui de 

(a) Vraisemblablement, tr(inte sicles. Le sicle était une monnaie juive, en 
argent, qu'on évalue à 2 fr. 83. (Vo)'ez la gravure de la p. 96.) Il est inutile 
di relever le caractère révoltant et cynique des paroles du traître. Le monde 
n'a jamais rien entendu de plus infâme. 

(ô) Azyvae est un mot grec, qui signifie: sans levain. L'usage du levairu 
était absolument interdit pendant toute l'octave pascale ; c'est pourquoi la 
pâque était souvent appelée fête des Azymes. 

(c) Manger la pâque équivaut ici à manger l'agneau pascal. 

(rf) Dans l'Orient biblique, comme le montre la figure ci-jointe (p, 91), 
chaque convive porte directement la main au plat commun, à chaque bou- 
chée qu'il consomme. Cette nouvelle désignation du traître était donc aussi 
générale que celle du verset 21 : « L'un de vous me trahira. » 



s. MATTH., XXVI, 25-35. 



91 




n'être jamais né. ^-^ Judas, celui qui le trahit, prenant la 
parole, lui dit : Est-ce moi, Maître? Jésus lui répondit : 
Tu l'as dit. 

-^ Or, pendant qu'ils soupaient, Jésus prit du pain, le 
bénit, le rompit, et le donna à ses disciples, en disant : 
Prenez et mangez; ceci est mon corps. -' Et prenant le 
calice, il rendit grâces, et le leur donna, en disant : Buvez- 
en tous; 2^ car ceci 
est mon sang, le 
sang de la nouvelle 
alliance, qui sera 
répandu pour beau- 
coup, pour la rémis- 
sion des péchés. 
-^Or, je vous le dis, 
je ne boirai plus 
désormais de ce 
fruit de la vigne, 
jusqu'à ce jour où je le boirai de nouveau avec vous, dans 
le royaume de mon Père (a). 

^0 Et, après avoir dit l'hymne (fi), ils allèrent à la mon- 
tagne des Oliviers. '^^ Alors Jésus leur dit : Vous serez 
tous scandalisés cette nuit à mon sujet; car il est écrit {c) : 
Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront 
dispersées. ^- Mais, après que je serai ressuscité, je vous 
précéderai en Galilée. ^'^ Pierre, prenant la parole, lui dit : 
Quand même tous seraient scandalisés à votre sujet, moi 
je ne me scandaliserai jamais. -^^ Jésus lui dit : En vérité, je 
te le dis, cette nuit même, avant que le coq chante, tu 
me renieras trois fois. ■^' Pierre lui dit : Quand il me 
faudrait mourir avec vous, je ne vous renierai point. Et 
tous les disciples parlèrent de même. 



Repas. (Scène de l'Orient moderne.) 



{a) C'est-à-dire, dans le ciel, au festin mystique que nous donnera le divin 
Agneau. 

((&) La prière d actions de grâces après le repas, composée de plusieurs 
psaumes. 

(c) Zacharie, xiii, 7. 



92 s. M ATT H., XXVI, 36-47. 

Agonie de Jésus à Getlisémani. Son arrestation. Il comparaît 
devant Caiphe, Reniement de saint Pierre. 

^^ Alors Jésus vint avec eux dans un domaine appelé 
Gethsémani {a) ; et il dit à ses disciples : Asseyez-vous 
ici, pendant que j'irai là pour prier. ^"^ Et ayant pris avec 
lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à être 
attristé et affligé. ^^ Alors il leur dit : Mon âme est triste 
jusqu'à la mort; demeurez ici, et veillez avec moi. 

^^ Et s'étant avancé un peu plus loin, il se prosterna le 
visage contre terre, priant et disant : Mon Père, s'il est 
possible, que ce calice {h) s'éloigne de moi ; cependant, qu'il 
en soit non pas comme je veux, mais comme vous voulez. 
*^ Et il vint vers ses disciples, et les trouva endormis; et 
il dit à Pierre : Ainsi, vous n'avez pas pu veiller une heure 
avec moi.'' *^ Veillez et priez, afin que vous ne tombiez 
point dans la tentation; l'esprit est prompt, mais la chair 
est faible. ''-Il s'en alla encore une seconde fois, et il pria, 
en disant : Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que 
je le boive, que votre volonté aoit faite. ''^ Il revint de nou- 
veau, et il les trouva endormis; car leurs yeux étaient 
appesantis. ■''^' Et les quittant, il s'en alla encore, et il pria 
pour la troisième fois, en disant les mêmes paroles, *'' Puis 
il vint à ses disciples, et leur dit : Dormez maintenant et 
reposez-vous; voici que l'heure approche, et le Fils de 
l'homme sera livré aux mains des pécheurs. *^ Levez-vous, 
allons(^); voici que celui qui doit me trahir approche. 

"Comme il parlait encore, Judas, l'un des douze, arriva, 
et avec lui une foule nombreuse, armée d'épées et de 
bâtons, envoyée par les princes des prêtres et par les 

{a) A l'est de Jérusalem et au pied du mont des Oliviers. 

(è) Le calice horriblement amer de sa passion et de sa mort. Toutefois, 
« les souffrances du Christ n'avaient pas seulement pour cause la perte de sa 
vie corporelle, mais aussi les péchés de tous les hommes. » (Saint Thomas 
d'Aquin.) 

(c) Entre ces paroles et celles du verset 45, il y eut une pause plus ou 
moins longue. 



s. MATTH., XXVI, 48-58. 



93 



anciens du peuple. ^"^Or, celui qui le trahissait leur avait 
donné un signe, en disant : Celui que je baiserai, c'est lui ; 
saisissez-le. ^^ Et aussitôt, s'approchant de Jésus, il dit : Je 
vous salue, Maître. Et il le baisa. ^^ Jésus lui dit : Mon 
ami, pourquoi es-tu venu {a) ? Alors ils s'avancèrent, mirent 
les mains sur Jésus, et le saisirent. •'* Et voici qu'un de 
ceux qui étaient avec Jésus, étendant la main, tira son 
épée, frappa le serviteur du grand prêtre, et lui coupa 
l'oreille. •^"- Alors Jésus lui dit : Remets ton épée à sa 
place, car tous ceux 
qui prendront l'épée 
périront par l'épée. 
'^'^ Penses-tu que je 
ne puisse pas prier 
mon Père, qui m'en- 
verrait à l'instant 
plus de douze lé- 
gions (d) d'anges? 
^^ Comment donc 
s'accompliront les 
Ecritures, qui an- 
noncent qu'il en 
doit être ainsi ? 

'-"■^ En même temps, Jésus dit à la foule : Vous êtes 
venus comme après un voleur, armés d'épées et de 
bâtons, pour vous emparer de moi; tous les jours j'étais 
assis au milieu de vous, enseignant dans le temple, et vous 
ne m'avez pas arrêté. ^^Mais tout cela s'est fait afin que 
ce que les prophètes ont écrit fût accompli. Alors tous 
les disciples, l'abandonnant, s'enfuirent. 

^''Mais ceux qui avaient arrêté Jésus le conduisirent 
chez Caïphe, le grand prêtre, oii les scribes et les anciens 
s'étaient rassemblés. -"^ Or Pierre le suivait de loin, jusqu'à 
la cour du grand prêtre ; et étant entré, il s'assit avec les 

(a) Dernier appel fait par Jésus au cœur et à la conscience de Judas, pour 
essayer de sauver son âme. 

(b) La légion romaine se composait de six mille soldats. 




Le baiser de Judas. 
(D'après une ancienne mosaïque.) 



94 



s. MATTH., XXVI, 5 9 - 7 O. 



serviteurs, pour voir la fin. '"^ Cependant les princes des 
prêtres et tout le conseil cherchaient un faux témoignage 
contre Jésus, pour le faire mourir ; ^^ et ils n'en trouvèrent 
point, quoique beaucoup de faux témoins se fussent pré- 
sentés. Enfin, il vint deux faux témoins, ^* qui dirent : 
Celui-ci a dit : Je puis détruire le temple de Dieu, et le 
rebâtir en trois jours. ^"- Alors le grand prêtre, se levant, 
lui dit : Tu ne réponds rien à ce que .ces hommes dé- 
posent contre toi ? ^^ Mais Jésus se taisait (a). Et le grand 
prêtre lui dit : Je t'adjure, par le Dieu vivant, de nous 
dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. ^^ Jésus lui répon- 
dit : Tu l'as dit. Car, je vous 
le dis, désormais vous ver- 
rez le Fils de l'homme assis 
à la droite de la puissance 
de Dieu, et venant sur les 
nuées du ciel. ^•* Alors le 
grand prêtre déchira ses 
vêtements {d), en disant : 
Il a blasphémé; qu'avons- 
nous encore besoin de té- 
moins? Voici que vous venez 
d'entendre le blasphème. 
•^^ Que vous en semble? Ils répondirent : Il mérite la 
mort. 

^'' Alors ils lui crachèrent au visage, et ils le frappèrent 
à coups de poing ; d'autres lui donnèrent des soufflets, 
^^en disant : Prophétise-nous, Christ; qui est-ce qui t'a 
frappé ? 

•"^ Cependant Pierre était assis dehors, dans la cour; et 
une servante s'approcha de lui, en disant : Toi aussi, tu 
étais avec Jésus de Galilée. "'^ Mais il le nia devant tous. 




Cour d'une maison de Pompéi. 



{a) « Une réponse eut été inutile, puisque personne ne l'eut écoutée. Il n'y 
avait là que l'apparence d'un jugement ; en réalité, c'était un antre de bri- 
gands. Voilà pourquoi Jésus se taisait. » (Saint Jean Chrysostome.) Admirable 
silence, que les Saints ont imité parfois, lorsqu'on les accusait injustement. 

(è) C'était un signe de deuil chez les Juifs, depuis la plus haute antiquité. 



s. M AT TH., XXVI, 71 — XXVII, 6. 95 

en disant : Je ne sais ce que tu dis. '' Et comme il fran- 
chissait la porte, une autre servante le vit, et dit à ceux 
qui étaient là : Celui-ci était aussi avec Jésus de Naza- 
reth. "- Et il le nia de nouveau avec serment : Je ne con- 
nais point cet homme. "-^ Peu après, ceux qui étaient là 
s'approchèrent, et dirent à Pierre : Certainement tu es 
aussi de ces gens-là; car ton langage te fait reconnaître {a). 
'* Alors il se mit à faire des imprécations, et à jurer qu'il 
ne connaissait pas cet homme. Et aussitôt le coq chanta. 
"•^Et Pierre se ressouvint de la parqle que Jésus lui avait 
dite : Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. 
Et étant sorti dehors, il pleura amèrement (ô). 

Jésus est livré à Pilate. Repentir et mort de Judas. Jésus 
et Barabbas, La sentence de mort et le couronnement d'épines. 

Chapitre XXVII. — ^ Le matin étant venu, tous les 
princes des prêtres et les anciens du peuple tinrent con- 
seil contre Jésus, pour le faire mourir. -Et l'ayant lié, ils 
l'emmenèrent, et le livrèrent à Ponce-Pilate, le gouver- 
neur {c). 

'Alors Judas, qui l'avait trahi, Voyant qu'il était con- 
damné, poussé par le repentir {d), rapporta les trente pièces 
d'argent aux princes des prêtres et aux anciens, *en di- 
sant : J'ai péché, en livrant le sang innocent. Ils lui répon- 
dirent : Que nous importe? c'est ton affaire. '^ Ayant jeté 
les pièces d'argent dans le temple, il se retira, et alla se 
pendre. *" Mais les princes des prêtres, ayant pris les pièces 
d'argent, dirent : Il ne nous est pas permis de les mettre 

{a) Les Galiléens se reconnaissaient aisément à leur accent, et à l'emploi 
<le certains mots qui leur étaient propres. 

(è) « Heureuses larmes, o saint apôtre ! Pour effacer la faute de votre re- 
niement, elles eurent la vertu d'un saint baptême. * (Saint Léon.) 

(j) Pilate gouvernait la Judée au nom de l'empereur. Les Romains avaient 
enlevé au sanhédrin juif le droit d'exécuter les sentences capitales ; c'est 
donc pour obtenir la ratification de l'arrêt de mort prononcé contre Jésus, que 
Jes membres du grand conseil se présentent au gouverneur. 

{d} Fau.x repentir, qui le porta à rendre son crime encore plus affreux. 



96 



s. MATTH., XXVII, 7 - I 9. 




dans le trésor (a), parce que c'est le prix du sang. ' Et ayant 
tenu conseil, ils en achetèrent le champ d'un potier, pour 

la sépulture des 

étrangers. ^ C'est 
pourquoi ce champ 
a été appelé jus- 
qu'à ce jour Hacel- 
dama (3), c'est-à- 
dire , champ du 
sang. ^ Alors s'ac- 

Sicle juif. *" Ti 

complit ce qui avait 
été prédit par le prophète Jérémie (c) : Ils ont reçu les 
trente pièces d'argent, prix de celui qui a été évalué, 
qu'on a évalué de la part des enfants d'Israël, *^ et ils les 
ont données pour le champ d'un potier, comme le Sei- 
gneur me l'a ordonné. 

**Or, Jésus comparut devant le gouverneur, et le gou- 
verneur l'interrogea en ces termes : Es-tu le roi des 
Juifs? Jésus lui répondit : Tu le dis. *^Et comme il était 
accusé par les princes des prêtres et les anciens, il ne ré- 
pondit rien. ''^ Alors Pilate lui dit : N'entends-tu pas quels 
graves témoignages ils portent contre toi? ^^ Mais il ne 
lui répondit pas un seul mot, de sorte que le gouverneur 
en fut très étonné. 

^•'Or, le jour de la fête, le gouverneur avait coutume de 
délivrer un prisonnier, celui que le peuple demandait (rt'). 
*^ Il avait alors un prisonnier insigne, nommé Barabbas. 
*'' Comme ils étaient donc assemblés, Pilate leur dit : 
Qui voulez- vous que je vous délivre? Barabbas, ou Jésus, 
qui est appelé Christ? ^^ Car il savait que c'était par envie 
qu'ils l'avaient livré. ^^ Pendant qu'il était assis sur son 



Ca) Le trésor du temple, composé des différentes offrandes. 

(b) Son emplacement est situé au sud-est de Jérusalem. 

(c) Dans cette citation, saint Matthieu semble avoir combiné, ensemble 
plusieurs oracles, qu'il emprunte soit à Jérémie, xviii, 2 et suiv., xxxii, 8 et 
suiv., soit à Zacharie, xi, 13. 

(d) Voyez saint Luc, xxiii, 17, et la note. 



s. M ATT H., XXVII, 2 0-2 7. 



97 



tribunal, sa femme lui envoya dire : Qu'il n'y ait rien 
entre toi et ce juste ; car j'ai beaucoup souftert aujourd'hui 
en songe (a), à cause de lui. -^ Mais les princes des prêtres 
et les anciens persuadèrent au peuple de demander 
Barabbas, et de faire périr Jésus. ^^^ Le gouverneur, pre- 
nant la parole, leur dit : Lequel des deux voulez-vous que 
je vous délivre? Ils dirent : Barabbas. --Pilate leur dit : 
Que ferai-je donc de Jésus, qui est appelé Christ? ^^ Ils 
répondirent tous : Qu'il soit crucifié ! Le gouverneur leur 
dit : Mais quel mal a-t-il fait? Et ils crièrent encore plus 
fort, en disant : Qu'il soit crucifié ! 

-'' Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que le tu- 
multe allait croissant, prit 
de l'eau, et se lava les 
mains devant le peuple, en 
disant : Je suis innocent du 
sang de ce juste; c'est à 
vous de voir {d). -■' Et tout 
le peuple répondit : Que 
son sang retombe sur nous 
et sur nos enfants! ■^'' Alors 
il leur délivra Barabbas, et 
après avoir fait flageller Jé- 
sus, il le leur livra pour être 
crucifié. 

-'' Alors les soldats du gouverneur, emmenant Jésus 
dans le prétoire (c), rassemblèrent autour de lui toute la 




Pilate se lave les mains. 
(Ancien bas-relief.) 



{a) Songe surnaturel et divin, d'après Origène, sairit Jean Chrysostome, 
saint Augustin, etc. Il est touchant d'entendre une païenne attester la parfaite 
innocence de Jésus, tandis que les Juifs condamnent leur Messie. 

(b) « Lave tes mains, ô Pilate ! Déclare-toi innocent de la mort du Christ. 
Pour toute réponse, nous disons chaque jour, et la postérité la plus reculée 
dira encore : Je crois en Jésus-Christ, le Fils unique du Père, qui a été conçu 
du Saint-Esprit, qui est né de la vierge Marie, et qui a enduré mort et passion 
sous Ponce Pilate. » (Mf Pie.) 

(c) Les Romains nommaient ainsi le quartier général de ceux de leurs hauts 
fonctionnaires qui étaient pourvus d'un commandement militaire. A Jérusalem, 
le prétoire était situé dans la partie orientale de la ville, au nord du temple. 



98 s. MATTH., XXVII, 28-37. 

cohorte {a), -^ et l'ayant dépouillé, ils le revêtirent d'une 
chlamyde écarlate {ô) ; -^puis, tressant une couronne 
d'épines, ils la mirent sur sa tête, et un roseau dans sa 
main droite ; et fléchissant le genou devant lui, ils se 
moquaient de lui, en disant : Salut, roi des Juifs! -^"^Et 
crachant sur lui, ils prenaient le roseau, et lui frappaient 
la tête. 

Za voie doulonreiise. Jésus en croix. Sa mort et sa sépulture. 
Les gardes auprès du sépulcre. 

•'' Lorsqu'ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la 
chlamyde, lui remirent ses vêtements, et l'emmenèrent 
pour le crucifier. •'- Comme ils sortaient, ils rencontrèrent 
un homme de Cyrène (^r), nommé Simon, qu'ils contrai- 
gnirent de porter la croix de Jésus. '■''■'' Et ils vinrent au 
lieu appelé Golgotha, c'est-à-dire, lieu du Calvaire {d). '^'* Et 
ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel (^') ; mais quand, 
il l'eut goûté, il ne voulut pas boire. 

^^ Après qu'ils l'eurent crucifié, ils partagèrent entre 
eux ses vêtements, les tirant au sort, afin que s'accom- 
plît ce qui avait été prédit par le prophète (/) : Ils se 
sont partagé mes vêtements, et ils ont tiré ma tunique au 
sort. ^^ Et s'étant assis, ils le gardaient. '^^ Ils mirent au- 
dessus de sa tête une inscription, indiquant le sujet de 
sa condamnation : Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. 

(«) La cohorte, lorsqu'elle était complète, se composait de six cents 
hommes. 

(è) Chlamyde est un mot grec, qui désigne ici un manteau de soldat. Voyez 
la gravure de la page 341. 

{c) Ville importante de la Libye, en Afrique, sur les bords de la Médi- 
terranée. 

(rf) Le Calvaire était alors en dehors et à l'ouest de la ville ; mais, peu 
d'années après la mort de Jésus-Christ, Hérode Agrippa agrandit considéra- 
blement l'enceinte de Jérusalem, de manière à englober toute la région du 
Golgotha. Voyez la carte. 

(é") Et mêlé aussi de myrrhe, d'après saint Marc, xv, 23. Voyez la note de 
ce passage. 

(/) Psaumes, xxi, 19. 



s. MATTH., XXVII, 38-51. 



99 




Tablette à inscription. 

(Bas-relief de l'arc de 
triomphe de Titus.) 



'^^ En même temps, on crucifia avec lui deux voleurs, l'un 
à sa droite, et l'autre à sa gauche. '^^ Et 
les passants le blasphémaient, branlant 
la tête, ^^ et disant : Allons, toi qui dé- 
truis le temple de Dieu, et qui le rebâtis 
en trois jours, sauve-toi toi-même ; si tu 
es le Fils de Dieu, descends de la croix. 
*' Les princes des prêtres se moquaient 
aussi de lui, avec les scribes et les an- 
ciens, et disaient : " Il a sauvé les autres, 
et il ne peut se sauver lui-même. S'il 
est le roi d'Israël, qu'il descende main- 
tenant de la croix, et nous croirons en 
lui. ''^11 a confiance en Dieu; que Dieu le délivre main- 
tenant, s'il l'aime ; car il a dit : Je suis le Fils de Dieu. 
**Les voleurs qui avaient été crucifiés avec lui, lui adres- 
saient les mêmes outrages. 

^■^ Or, depuis la sixième heure jusqu'à la neuviènie (a), 
il y eut des ténèbres sur toute la terre. *^ Et vers la neu- 
vième heure, Jésus cria d'une voix forte : Éli, Éli, lamma 
sabacthani? C'est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi 
m'avez-vous abandonné (3)? ^"^ Quelques-uns de ceux qui 
étaient présents, l'ayant entendu, disaient : Il appelle Élie. 
*^ Et aussitôt l'un d'eux, accourant, prit une éponge et la 
remplit de vinaigre; et l'ayant attachée à un roseau, 
il lui donnait à boire. ^^ Mais les autres disaient : Laisse^ 
voyons si Élie viendra le délivrer. -'^Mais Jésus, poussant 
de nouveau un grand cri, rendit l'esprit. 

"^ Et voici que le voile du temple (c) se déchira en 
deux, depuis le haut jusqu'en bas, et la terre trembla, et les 



(rt) De midi à trois heures. 

(b) Parole qui forme le début du psaume xxi. Elle suppose une désolation 
extrême dans l'àme du Christ mourant. 

(c) Ce voile, très épais et très riche, séparait les deux parties les plus 
intérieures du temple juif, nommées le Saint et le Saint des saints. En se 
déchirant d une manière miraculeuse, il symbolisait que, désormais, tous les 
hommes pourraient librement s'approcher de Dieu. (Pensée dOrigène.) 



100 



s. M ATT H., XXVII, 52-61, 



pierres se fendirent, •^- et les sépulcres s'ouvrirent, et beau- 
coup de corps des saints qui s'étaient endormis (a) res- 
suscitèrent, ''•^ et sortant de leurs tombeaux après sa 
résurrection, ils vinrent dans la ville sainte, et apparurent 
à beaucoup de personnes. -'^Le centurion et ceux qui 
étaient avec lui pour garder Jésus, ayant vu le tremble- 
ment de terre et tout ce qui se passait, furent saisis d'une 
grande frayeur, et dirent : Vraiment, cet homme était Fils 
de Dieu, 

''■' Il y avait là aussi, à quelque distance, des femmes 
nombreuses, qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, 
pour le servir; -^"^ parmi" elles étaient Marie-Madeleine, 
Marie mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils 
de Zébédée. 

•^"'Lorsque le soir fut venu, il vint un homme riche, 
nommé Joseph, d'Arimathie (è), qui était aussi disciple 
de Jésus. -'^ Cet homme alla trouver Pilate, et demanda 

le corps de Jé- 
sus. Alors Pi- 
late ordonna 
qu'on lui ren- 
dît le corps. 
°^ Et ayant pris 
le corps, Jo- 
seph l'enve- 
loppa d'un lin- 
ceul blanc. '^'^Et 

il le déposa dans son sépulcre neuf, qu'il avait fait tailler 
dans le roc; puis il roula une grande pierre à l'entrée du 
sépulcre, et il s'en alla. ^^ Or, Marie-Madeleine et l'autre 
Marie étaient là, assises en face du sépulcre {c). 




Pierre roulée et scellée en avant de l'ouverture d'un 
tombeau. (A gauche, on voit le sépulcre ouvert.) 



. (a) Belle expression pour désigner la mort. 

(è) Cette ville n'a pas été identifiée avec certitude. De nombreux autems 
la placent à Ramleh, sur la route de Jaffa à Jérusalem ; d'autres la con- 
fondent avec Rama, patrie du prophète Samuel, dont le nom complet en hé- 
breu était Ramathaïm-Sophim. 

(<:) Admirable fidélité. « Alors même que les autres s'éloignent, les sainies 



s. MATTH., XXVII, 6^ — XXVIII, 6. lOI 

^- Le lendemain, qui était le jour après la préparation (a)^ 
les princes des prêtres et les pharisiens allèrent ensemble 
trouver Pilate, ^-^ en disant : Seigneur, nous nous sommes 
souvenus que cet imposteur a dit, lorsqu'il vivait encore : 
Après trois jours je ressusciterai. ^* Ordonnez donc que 
le sépulcre soit gardé jusqu'au troisième jour, de peur 
que ses disciples ne viennent dérober son corps, et ne 
disent au peuple : Il est ressuscité d'entre les morts; 
dernière imposture qui serait pire que la première. *^' Pi- 
late leur dit : Vois avez des gardes; allez, gardez-le 
comme vous l'entendez. ^^ Ils s'en allèrent donc, et pour 
s'assurer du sépulcre, ils en scellèrent la pierre, et y 
mirent des gardes (è). 

§ IV. — LA RÉSURRECTIOX GLORIEUSE DE JÉSUS. 

Les saintes femmes au sépulcre. Le silence des gardes est acheté 
a prix d'argent. Jésus apparaît a ses disciples en Galilée. 

Chapitre XXVIII. — ^ Le sabbat passé, lorsque le pre- 
mier jour de la semaine commençait à luire, Marie- 
Madeleine et l'autre Marie vinrent pour voir le sépulcre. 
- Et voici qu'il se fit un grand tremblement de terre; car 
un ange du Seigneur descendit du ciel, et s'approchant, il 
renversa la pierre et s'assit dessus. ^ Son visage était 
comme l'éclair, et son vêtement comme la neige. * Les 
gardes furent atterrés d'effroi, et devinrent comme 
morts. "^ Mais l'ange, prenant la parole, dit aux femmes : 
Vous, ne craignez point; car je sais que vous cherchez 
Jésus qui a été crucifié (^). ^ Il n'est point ici ; car il est res- 

f-'mmes persévèrent dans leur pieux office de dévouement. C'est pour cela 
quelles méritèrent d'apprendre les premières la.résurrection. » (Saint Jérôme.) 

{a) Les Juifs appelaient « préparation » la veille du sabbat ou des fêtes 
solennelles, à cause des préparatifs spéciaux qu'on faisait ce jour-là. 

{V) Précaution qui servirent, disent à l'envi les Pères, à mettre hors de doute 
la réalité du fait de la résurrection. 

{c) « I-'ange mentionne la croix, il parle de la Passion ; mais c'est pour 
annoncer aussitôt la résurrection. » (Saint Thomas d'Aciuin.) 

6. 



102 



S. MATTH., XXVIII, 7-I 




suscité, comme il l'avait dit. Venez, et V03'ez le lieu où le 
Seigneur avait été mis. "' Et hâtez-vous d'aller dire à ses 
disciples qu'il est ressuscité. Et voici qu'il vous précède 
en Galilée ; c'est là que vous le verrez. Voici, je vous l'ai 
prédit. ^ Elles sortirent aussitôt du sépulcre, avec crainte 
et avec une grande joie, et elles coururent {a) porter la nou- 
velle à ses disciples. ^Et voici que Jésus vint au-devant 

d'elles, en disant : Je vous- 
salue. Elles s'approchèrent, 
et embra^-iîèrent ses pieds, et 
l'adorèrent. ^^ Alors Jésus 
leur dit : Ne craignez point; 
allez dire à mes frères de par- 
tir pour la Galilée ; c'est là 
qu'ils me verront. 

^^ Lorsqu'elles furent par- 
ties, quelques-uns des gardes 

Scènes de la résurrection de Jésus, yinreut à la ville, et annon- 

(Sarcophage de Milan.) cèrent aux princes des prê- 

tres tout ce qui s'était passé. ^-Ceux-ci, s'étant assemblés- 
avec les anciens, et ayant tenu conseil, donnèrent une forte 
somme d'argent aux soldats, ^^ en leur disant (<^) : Dites :Ses 
disciples sont venus pendant la nuit, et ils l'ont enlevé 
tandis que nous dormions. ^* Et si le gouverneur l'ap- 
prend, nous le persuaderons, et nous vous mettrons à 
couvert. ^'^ Les soldats, ayant reçu l'argent, agirent d'après 
ces instructions, et ce bruit s'est répandu parmi les Juifs 
jusqu'à ce jour. 

^^Or, les onze disciples s'en allèrent en Galilée, sur la 
montagne que Jésus leur avait indiquée. ^^ Et le voyant, 
ils l'adorèrent ; cependant, quelques-uns eurent des 
doutes. ^^Et Jésus, s'approchant, leur parla ainsi : Toute 
puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. 



(a) Trait pittoresque, qui manifeste leur joyeux empressement. 

(b) Ils ne reculent devant aucune infamie pour arriver à leurs fins hou-, 
teuses. 



s. -M AT TH., XXVIII, I9-2O. 



103 



*^ Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant 
au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, -'^ et leur 
enseignant à observer tout ce que je vous ai commandé. 
Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la 
consommation des siècles (a). 

(a ) Douce et consolante promesse, à laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a 
pas cessé un seul instant d'être fidèle. 




EVANGILE 

SELON 

SAINT MARC 



PREMIERE PARTIE 
La vie publique de Jésus. 

§ I. — LE PRÉCURSEUR ET LE MESSIE. LES PREMIÈRES 

ACTIONS d'Éclat de jésus. 
Prédication de Jean-Baptiste. Baptême et tentation de Jésus, 

Chapitre premier. — ' Commencement de l'Evangile 
de Jésus-Christ, Fils de Dieu (<z).- Selon qu'il est écrit dans 
le prophète Isaïe (^) : Voici que j'envoie mon ange {c) 
devant ta face, et il préparera ton chemin devant toi ; 
•^ voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le che- 
min du Seigneur, rendez droits ses sentiers; 'Jean était 
daîis le désert, baptisant, et prêchant le baptême de péni- 

(<z) L'Evangile ne commence, à proprement parler, qu'avec la prédication 
de Jean-Baptiste : c'est pour cela que saint Marc, qui tient à la brièveté, passe 
sous silence tous les événements antérieurs. Les trois noms par lesquels le 
Sauveur est désigné ici résument toute son œuvre : Jésus, c'est l'homme ; 
Christ, c'est la fonction ; Fils de Dieu, c'est la nature divine. 

(i) Malachie, m, i, et Isaïe. xl, 3. Saint Marc réunit ici des oracles de ces 
deux prophètes. 

(t) C'est-à-dire, mon messager. 



I o6 s. M A R C, I, 5 - I 3 . 

tence pour k rémission des péchés. '■' Et tout le pays de 
Judée et tous les habitants de Jérusalem venaient à lui ; 
et ils étaient baptisés par lui dans le fleuve du Jourdain, 
confessant leurs péchés. '' Or, Jean était vêtu de poils de 
chameau, il avait une ceinture de cuir autour de ses 
reins, et il se nourrissait de sauterelles et de miersau- 




La sauterelle {Œdipoda migratoria'). 

vage {a). Et il prêchait, en disant : ' Il vient après moi, celui 
qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de 
délier, en me baissant, la courroie de ses sandales. ^Moi, 
je vous ai baptisés dans l'eau ; mais lui, il vous baptisera 
dans l'Esprit-Saint. 

^Or, il arriva qu'en ces jours-là Jésus vint de Nazareth, 
qui est en Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jour- 
dain. 1^ Et soudain, comme il sortait de l'eau, il vit les cieux 
s'ouvrir, et l'Esprit, comme une colombe, descendre et 
s'arrêter sur lui. *^ Et une voix se fit entendre des cieux : 
Tu es mon Fils bien-aimé; en toi j'ai mis mes complai- 
sances. 

*^ Et aussitôt l'Esprit le poussa dans le désert. ^^ Et il 
passa dans le désert quarante jours et quarante nuits. 
Il était tenté par Satan, et il était avec les bêtes sauvages, 
et les anges le servaient {h). 

(a) L'historien Josèphe trace ce portrait du précurseur : «..C'était un homme 
parfait, qui ordonnait aux Juifs de s'exercer à la vertu, à la justice les uns à 
l'égard des autres, à la piété envers Dieu, et de se réunir afin de recevoir son 
baptême. » 

(i^) Saint Marc abrège considérablement le récit de la tentation de Jésus. 
Voyez les détails complets dans saint Matthieu, iv, i-ii, et dans saint Luc, 

IV, I-I^. 



s. .M A R C, 1,14 



107 



Jésus commence a prêcher. Vocation des premiers disciples. Gué- 
rison d'un démoniaque, de la belle-mère de saint Pierre et de 
nombreux malades. Jésus évangélise la Galilée. Lépreux guéri. 

** Mais, après que Jean eut été mis en prison, Jésus 
vint en Galilée, prêchant l'Evangile du royaume de Dieu, 
''' et disant : Le temps est accompli, et le royaume de 
Dieu est proche; faites pénitence, et croyez à l'Evangile. 

*^ Or, comme il passait le long de la mer de Galilée, il 
vit Simon et André, son frère, qui jetaient leurs filets 
dans la mer, car ils étaient pêcheurs. '' Et Jésus leur dit : 
Suivez-moi, et je vous ferai .devenir pêcheurs d'hommes. 
*^Et aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. ^^De là, 
s'étant un peu avancé, il vit Jacques, fils de Zébédée, et 
Jean, son frère, qui étaient aussi dans une barque, raccom- 
modant leurs filets. -^ Et aussitôt il les appela ; et ayant 
laissé Zébédée, leur père, dans la barque avec les merce- 
naires, ils le suivirent {a). 

2* Ils allèrent à Capharnaûm ; et aussitôt, les jours de 
sabbat, entrant dans la synagogue, il les instruisait. --Et 
ils étaient frappés de sa doctrine, car il les instruisait 
comme ayant autorité, 
et non pas comme les 
scribes {h). -^ Or, il y 
avait dans leur synago- 
gue un homme possédé 
d'un esprit impur, qui 
s'écria, "-^disant : Qu'y 
a-t-il entre nous et 
vous, Jésus de Naza- 
reth? Êtes-vous venu 
pour nous perdre? Je sais qui vous êtes : le Saint de Dieu. 
""' Et Jésus le menaça, en disant : Tais-toi, et sors de cet 




Scribes égyptiens. 
(D'après une ancienne peinture,) 



{à) Le sacrifice des quatre disciples est aussi prompt que généreux. « Nous 
avons tout laissé pour vous suivre », dira plus tard à bon droit saint Pierre. 

(i) Voyez saint Matthieu, 11, 4, et la note. Les scribes appartenaient pour 
!a plupart à la secte des pharisiens ; leur enseignement était froid et sans vie. 



I08 s. MARC, I, 26-44. 

homme. -*'Et l'esprit impur, l'agitant avec violence, et 
poussant un grand cri, sortit de lui. ^'' Et tous furent dans 
l'admiration, de sorte qu'ils se demandaient entre eux : 
Qu'est-ce que ceci.'' quelle est cette nouvelle doctrine? Il 
commande avec empire même aux esprits impurs, et ils 
lui obéissent. '^^ Et sa renommée se répandit aussitôt dans 
tout le pays de Galilée. 

^^Et aussitôt, sortant de la synagogue, ils vinrent dans 
la maison de Simon et d'André, avec Jacques et Jean. 
'^Or, la belle-mère de Simon était couchée, ayant la fièvre ; 
et aussitôt ils lui parlèrent d'elle. -^^Et s'approchant, il 
la fit lever, la prenant par la main ; et à l'instant la fièvre 
la quitta, et elle les servait. 

■^-Le soir venu, lorsque le soleil fut couché, on lui ame- 
na tous les malades et les possédés du démon ;^^ et toute 
la ville était rassemblée devant la porte. ^*Et il en guérit 
beaucoup qui étaient tourmentés de diverses maladies, et 
il chassa de nombreux démons, et il ne leur permettait 
pas de dire qu'ils le connaissaient. 

■^•'S'étant levé de très grand matin, il sortit, et alla dans 
un lieu désert, et là il priait. ^'' Simon le suivit, ainsi que 
ceux qui étaient avec lui. "'' Et quand ils l'eurent trouvé, 
ils lui dirent : Tout le monde vous 
cherche. ^^Et il leur dit : Allons dans 
les villages voisins et dans les villes, 
afin que j'y prêche îiussi; car c'est 
pour cela que je suis venu. ^^Et il 
prêchait dans leurs synagogues et dans 
toute la Galilée, et chassait les dé- 

Égvptien priant à genoux. I"t)ii». 

(Peinture ancienne.) "^^r un lépreux vint à lui, le Sup- 
pliant ; et fléchissant le g«uou, il lui dit : 
Si vous voulez, vous pouvez me guérir. '^^ Jésus, ayant pitié 
de lui, étendit la main, le toucha, et lui dit : Jç le veux, 
sois guéri. ''^-Et lorsqu'il eut dit cette parole, la lèpre le 
quitta aussitôt, et il fut guéri. '*^^ Jésus le menaça et le 
renvoya aussitôt, ''^^en lui disant : Garde-toi de rien dire 




s. MARC, I, 4 5 



II, 4. 



109 



à personne ; mais va, montre-toi au prince des prêtres, et 
oftre pour ta giiérison ce que ]\Ioïse a ordonné (a), afin 
que cela leur serve de témoignage (^). ^-'Mais cet homme, 
étant parti, se mit à raconter et à publier la chose, de 
sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans 
une ville ; mais il se tenait dehors, dans des lieux déserts, 
et l'on venait à lui de toutes parts {c). 

§ II. — DÉBUTS DE l'opposition COXTREJÉSUS. 

Gîiérison d'iai paralytique. Vocation de Lévi, Les épis de blé. 
Le sabbat. La maiji desséchée. 



Chapitre II. — ^Quelques jours après, il entra de 
nouveau dans Caphar- 
naûm ; - et on apprit 
qu'il était dans une mai- 
son, et il s'y rassembla 
un si grand nombre de 
personnes, que l'espace 
même qui était devant 
la porte ne pouvait les 
contenir ; et il leur prê- 
chait la parole. ^ Alors 
quelques-uns vinrent, 
lui amenant un para- 
lytique, qui était porté 
par quatre hommes. *Et 
comme ils ne pouvaient 
le lui présenter à cause 
de la foule, ils découvri- 
rent le toit de la maison 
oi:i il était, et v avant 




Le paralytique introduit par le toit. 
(Miniature du v« siècle.) 



{a) Voyez saint Matthieu, viir, 4, et la note. 

(b) En témoignage soit du respect que Jésus manifestait pour la loi mosaïque 
(saint Jean Chrysostôme), soit de la guérison complète du lépreux. 

(O Détail exquis : le bon Maître a beau fuir : la foule, qu'il a ravie par sa 
parole et par ses miracles, sait le trouver partout. 



IIO s. MARC, II, 5-16. 

fait une ouverture, ils descendirent le grabat sur lequel 
le paralytique était couché. ^ Jésus, ayant vu leur foi, dit 
au paralytique : Mon fils, tes péchés te sont remis (a). 

^Or, il y avait là quelques scribes assis, qui pen- 
saient dans leurs cœurs : ''Pourquoi cet homme parle-t-il 
ainsi? Il blasphème. Qui peut remettre les péchés, si ce 
n'est Dieu seul ? ^Jésus, connaissant aussitôt, par son esprit, 
qu'ils pensaient ainsi en eux-mêmes, leur dit : Pourquoi 
avez-vous ces pensées dans vos cœurs? ^Lequel est le 
plus aisé, de dire au paralytique : Tes péchés te sont 
remis; ou de dire : Lève-toi, prends ton grabat, et 
marche {d)l *^Or, afin que vous sachiez que le Fils de 
l'homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés : 
**Je te l'ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends 
ton grabat, et va dans ta maison. ^-Et aussitôt, il se leva, 
et ayant pris son grabat, il s'en alla en présence de tous, 
de sorte qu'ils furent tous dans l'admiration, et qu'ils 
rendaient gloire à Dieu, en disant : Jamais nous n'avons 
rien vu de semblable. 

^^ Jésus étant de nouveau sorti du côté de la mer, toute 
la foule venait à lui, et il les enseignait. *''Et tandis qu'il 
passait, il vit Lévi (<:), fils d'Alphée, assis au bureau de 
péage, et il lui dit : Suis-moi. Et se levant, il le suivit. 

^"Et il arriva que, comme Jésus était à table dans la 
maison de cet homme, beaucoup de publicains et de 
pécheurs étaient aussi à table avec lui et avec ses 
disciples; car il y en avait beaucoup qui le suivaient. 
'*' Les scribes et les pharisiens, voyant qu'il man- 
geait avec les publicains et les pécheurs, disaient à ses 

(rt) Ce langage inattendu, tenu par le divin Maître à un malade qui venait 
chercher auprès de lui sa guérison physique, démontre que l'infirmité était, 
dans le cas présent, le châtiment d'une vie coupable. Jésus fait d'abord dis- 
paraître la cause, avant d'enlever l'effet. 

(b) « Lequel est le plus facile ? Dire ou agir ? Le premier, évidemment, 
attendu que le résultat n'est soumis à aucun contrôle. Eh bien ! puisque vous 
refusez d'ajouter foi à une simple assertion, j'y vais associer les faits, qui 
serviront de preuve à ce qui ne tombe pas sous les sens. » (Victor d'Antioche.) 

(c) C'était le nom de saint Matthieu avant sa vocation à l'apostolat. 



s. MARC, II, 17-24. 



m 




Médecin pansant un blessé. 
(Peinture de Pompéi.) 



disciples : Pourquoi votre maître mange-t-il et boit-il 
avec les publicains et les pécheurs? ''Avant entendu 
cela, Jésus leur dit : Ce ne sont 
pas ceux qui se portent bien qui 
ont besoin de médecin, mais les 
malades. Je ne suis pas venu 
appeler les justes, mais les pé- 
cheurs (rt;). 

'^ Or, les disciples de Jean 
et les pharisiens jeûnaient; et 
étant venus, ils lui dirent : 
Pourquoi les disciples de Jean 
et ceux des pharisiens jeûnent- 
ils, tandis que vos disciples ne 
jeûnent pas? ^^ Jésus leur répondit : Les amis de l'époux 
peuvent-ils jeûner pendant que l'époux est avec eux? 
Aussi longtemps qu'ils ont l'époux avec eux, ils ne 
peuvent pas jeûner. -'^ Mais les jours viendront où l'époux 
leur sera enlevé; et alors ils jeûneront en ces jours-là. 
"-'Personne ne coud une pièce de drap neuf à un vieux 
vêtement ; autrement, la pièce de drap neuf emporte 
une partie du vieux, et la déchirure devient plus grande. 
-■-Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles 
outres; autrement, le vin nouveau rompra les outres, 
et le vin se répandra, et les outres seront perdues; mais 
le vin nouveau doit être mis dans des outres neuves (è). 
-' Il arriva encore que, le Seigneur passant le long des blés 
un jour de sabbat, ses disciples se mirent, chemin faisant, 
à arracher des épis. -'* Et les pharisiens lui disaient : Voyez, 
pourquoi font-ils, le jour du sabbat, ce qui n'est pas 



(a) « Dans tout i 'univers, depuis l'orient jusqu'à l'occident, est étendu un 
grand malade. Pour guérir le grand malade, un médecin tout-puissant est des- 
cendu (des cieux). » (Saint Augustin.) 

(b) Rien de plus admirable que l'éloquence si familière, et pourtant si 
noble, du divin Maître. Sans rien perdre de sa dignité, il entre, pour instruire 
ses disciples, dans les détails les plus communs de ta vie réelle, dont il tire 
des leçons saisissantes. 



112 



S. MARC, II, 25 — III, 6. 




La table des pains de proposition. 
(Bas-relief de l'arc de triomphe de Titus.) 



permis (a)? ^^ Il leur dit : N'avez-vous jamais lu ce que 
fit David lorsqu'il fut dans le besoin, et qu'il eut faim, lui 

et ceux qui l'accom- 
pagnaient; 2^ com- 



ment il entra dans 
la maison de Dieu, 
au temps du grand 
prêtre Abiathar, et 
mangea les pains 
de proposition (â), 
qu'il n'était permis 
qu'aux prêtres de 
manger, et en donna 
même à ceux qui 
étaient avec lui? 
^'' Il leur disait encore : Le sabbat a été fait pour 
l'homme, et non pas l'homme pour le sabbat. ^^ C'est pour- 
quoi le Fils de l'homme est maître même du sabbat. 

Chapitre III. — ^ Jésus entra de nouveau dans la syna- 
gogue, et il s'y trouvait un homme qui avait une main 
desséchée. ^ Et ils l'observaient, pour voir s'il le guérirait 
le jour du sabbat, afin de l'accuser. ^ Et il dit à l'homme 
qui avait une main desséchée (c) : Lève-toi, là au milieu. 
* Puis il leur dit : Est-il permis, le jour du sabbat, de 
faire du bien ou du mal? de sauver la vie ou de l'ôter? 
Mais ils se taisaient (rt').-^ Alors, promenant sur eux ses re- 
gards avec colère, attristé de l'aveuglement de leur cœur, 
il dit à l'homme : Etends ta main. Il l'étendit, et sa main 
lui fut rendue saine. ^ Les pharisiens, étant sortis, tinrent 

(a) Voyez saint Matthieu, xii, 2, et la note. 

(ô) Voyez saint Matthieu, xii, 4, et la note. C'est Abimélech qui était alors 
grand prêtre (i*'' livre des Rois, xxr, i) ; son fils Abiathar lui servait proba- 
blement de coadjuteur. 

(^) C'est-à-dire, paralysée. 

(d) La question était si habilement posée, qu'une seule réponse était pos- 
sible ; mais les ennemis de Jésus se gardaient bien de faire cette réponse, qui 
les aurait compromis à leur point de vue. Mais quelle humiliation pour eux 
dans leur silence ! 



s. MARC, III, 7-13. 



113 



aussitôt conseil contre lui avec les hérodiens (a), sur les 
moyens de le perdre. 

§ III. — DEPUIS l'élection DES APÔTRES JUSOU'a LA 
MISSION QUE LEUR CONFIA LEUR MAITRE. 

Ministère de Jésus sur les bords du lac. Vocation des Douze. 
Le blasphème des scribes. La ?nère et les frères du Christ. 

' Mais Jésus se retira avec ses disciples vers la mer, et 
une foule nombreuse le suivit, de la Galilée, et de la Judée, 
^ et de Jérusalem, et de l'Idumée {b), et d'au delà du 
Jourdain; et 
ceux des envi- 



rons de Tyr et [ A|^"^3v3? 
de Sidon, ayant \J *vk/M \X 
appris ce qu'il ^l^^-rfA iV ^--^ 




Jésus dans une barque, avec les quatre évangélistes. 
(Bas-relief d'un tombeau.) 



appris ce qu 
faisait, vinrent 
en grand nom- 
bre auprès de 
lui. 9 Et il dit à 
ses disciples de 
lui tenir prête 
une barque, à 
cause de la foule, pour qu'il n'en fût pas accablé. ^"^Car, 
comme il en guérissait beaucoup, tous ceux qui avaient 
quelque mal se jetaient sur lui, pour le toucher. ^^Et 
les esprits impurs, quand ils le voyaient, se proster- 
naient devant lui, et criaient, en disant : *- Vous êtes 
le Fils de Dieu. Et il leur défendait, avec de sévères me- 
naces, de le faire connaître. 

*'^ Il monta ensuite sur une montagne, et il appela à 
lui ceux que lui-même voulut (<:) ; et ils vinrent auprès de 

(a) Voyez saint Matthieu, xxii, 16, et la note. 

(i) L'Idumée était située au sud et au sud-ouest de la mer Morte. Elle 
faisait alors partie de l'État juif. 

(c) Profonde parole. « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi 



114 s. MARC, III, 14-29. 

lui. ^'^ Il en établit douze, pour les avoir avec lui et pour 
les envoyer prêcher. ^'^ Et il leur donna le pouvoir de 
guérir les maladies et de chasser les démons. ^^ C'étaient : 
Simon, auquel il donna le nom de Pierre; *^ Jacques, fils 
de Zébédée, et Jean, frère de Jacques, qu'il nomma 
Boanergès, c'est-à-dire, fils du tonnerre(rt); *^ André, Phi- 
lippe, Barthélémy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d'Al- 
phée, Thaddée, Simon le Cananéen, *^ et Judas Iscariote, 
qui le trahit. 

2^ Ils vinrent dans la maison, et la foule s'y rassembla 
de nouveau, de sorte qu'ils ne pouvaient pas même man- 
ger du pain (^). ^* Ses proches, ayant appris cela, vin- 
rent pour se saisir de lui; car ils disaient : Il a perdu 
l'esprit (r). -- Et les scribes qui étaient descendus de Jéru- 
salem disaient : Il est possédé de Béelzébub (d), et c'est 
par le prince des démons qu'il chasse les démons. 

23 Jésus, les ayant appelés auprès de lui, leur disait en 
parabole : Comment Satan peut-il chasser Satan? ^^ Si un 
royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut 
subsister. -■' Et si une maison est divisée contre elle-même, 
cette maison ne peut subsister. ^^ Si donc Satan se sou- 
lève contre lui-même, il est divisé, et il ne pourra sub- 
sister, mais sa puissance prendra fin. -^ Personne ne peut 
entrer dans la maison d'un homme fort et piller ses biens, 
si, auparavant, il ne lie cet homme fort; alors il pillera sa 
maison. -^ En vérité, je vous le dis, tous les péchés seront 
remis aux enfants des hommes, ainsi que les blasphèmes 
qu'ils auront proférés; ^^ mais celui qui aura blasphémé 

qui vous ai choisis. » (Saint Jean, xv, 16.) « Nul ne s'attribue cette dignité (de 
pontife), s'il n'est appelé de Dieu, comme Aaron. » (Epître de saint Paul aux 
Hébreux, v, 4.) 

(a) C'est-à-dire, les tonnants. Ce nom contient un bel éloge du zèle des 
deux frères. 

(ô) Manger du pain, c'est-à-dire, prendre leurs repas. 

(c) Cette conduite des proches de Jésus étonne moins, si l'on se rappelle 
la réflexion de saint Jean, vu, 5 : « Ses frères (ou du moins une partie d'entre 
eux) ne croyaient pas en lui. » 

(d) Voyez saint Matthieu, x, 25, et la note. 



s. MARC, III, 30 — IV, 5. 



115 



contre l'Esprit-Saint n'obtiendra jamais de pardon (a), 
et il sera coupable d'un péché éternel. ''^ Il parla ainsi, 
parce qu'ils disaient : Il est possédé d'un esprit impur {/>). 
^^ Cependant sa mère et ses frères (c) survinrent, et se 
tenant dehors, ils l'envoyèrent appeler. "- Or, la foule 
était assise autour de lui ; et on lui dit : Voici que votre 
mère et vos frères sont là dehors, et vous demandent. 
^■^ Et il leur répondit : Qui est ma mère, et qui sont mes 
frères? ^^ Et promenant ses regards sur ceux qui étaient 
assis autour de lui, il dit : Voici ma mère et mes frères; 
'■^■' car quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon 
frère, et ma sœur, et ma mère. 

Paraboles du semeur, de la semence gui croît peu a peu, 
du grain de sénevé. 

Chapitre IV. — ^ Il se mit de nouveau à enseigner 
auprès de la mer ; et une foule nombreuse se rassembla 
autour de lui, de sorte qu'il monta dans une barque et 
s'assit, sur la mer ; et toute la foule était à terre, au bord 
de la mer. -Et il leur en- 
seignait beaucoup de cho- 
ses en paraboles {d^, et il 
leur disait dans son ensei- 
gnement : 

•^ Ecoutez ! Voici que le 
semeur, sortit pour semer. 
^ Et tandis qu'il semait, 
une partie de la semence 
tomba le long du chemin; 
et les oiseaux du ciel vin- 
rent et la mangèrent. '"" Une autre partie tomba dans des 




^ M 



On mesure le blé sur l'aire. 
(Peinture égyptienne.) 



(a) Voyez saint Matthieu, xii, 31-32, et la note. 

(i) En tenant ce langage, ils commettaient donc Ihorrible blasphème qu2 
Jésus vient de condamner si énergiquement. 
(f) Voyez saint Matthieu, xii, 46, et la note. 
(d) Sur ce mot, voyez saint Matthieu, xili, 3, et la note. 



Il6 s. MARC, IV, 6-20. 

endroits pierreux, où elle n'avait pas beaucoup de terre, et 
elle leva aussitôt, parce que la terre n'avait pas de profon- 
deur; ^ et lorsque le soleil se fut levé, elle fut brûlée, et 
comme elle n'avait pas de racines, elle sécha. "' Une autre 
partie tomba dans les épines, et les épines montèrent et 
l'étouffèreut, et elle ne donna pas de fruit. ^ Une autre 
partie tomba dans une bonne terre, et elle donna du fruit 
qui montait et croissait, de sorte qu'un grain rapporta 
trente, un autre soixante, et un autre cent. ^ Et il disait : 
Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. 

*^ Lorsqu'il se trouva seul, les douze qui étaient avec 
lui l'interrogèrent sur cette parabole. *^ Et il leur dit : 
A vous il a été donné de connaître le mystère du 
royaume de Dieu; mais pour ceux qui sont dehors, tout 
■se passe en paraboles, ^^ afin que, regardant, ils voient et 
ne voient pas, et qu'écoutant, ils écoutent et ne compren- 
nent pas, de peur qu'ils ne se convertissent, et que leurs 
péchés ne leur soient pardonnes (a). 

^^ Il leur dit : Vous ne comprenez pas encore cette 
parabole? comment donc comprendrez-vous toutes les 
paraboles? ^* Celui qui sème, sème la parole. ^^ Il en est 
qui sont le long du chemin où la parole est semée, et 
lorsqu'ils l'ont entendue, Satan vient aussitôt, et enlève 
la parole qui avait été semée dans leurs cœurs. ^^ Il en est 
d'autres, pareillement, qui reçoivent la semence en des 
endroits pierreux : quand ils entendent la parole, ils la 
reçoivent aussitôt avec joie; ^"^ mais, n'ayant pas.de ra- 
cine en eux-mêmes, il ne durent qu'un temps; et 
lorsqu'il survient une tribulation et une persécution à 
cause de la parole, ils sont aussitôt scandalisés. ^^ Il en est 
d'autres qui reçoivent la semence parmi les épines : ce 
sont ceux qui écoutent la parole ; ^^ mais les sollicitudes 
du siècle, l'illusion des richesses, et les autres convoitises, 
entrant en eux, étouffent la parole, et elle devient infruc- 
tueuse. -^ Enfin, ceux qui ont reçu la semence dans une 

(a) Emprunt à Isaïe, vi, 9-10. Voyez saint Matthieu, xiii, 14, et la note. 



s. MARC, IV, 21-30. 



117 




bonne terre, sont ceux qui écoutent la parole, la reçoivent 
et portent du fruit, l'un trente pour un, l'autre soixante, 
et l'autre cent. 

-* Il leur disait aussi : Est-ce qu'on apporte la lampe 
pour la mettre sous le boisseau, ou sous le lit? N'est-ce 
pas pour la mettre sur le candélabre (a) ? -- Car il n'y a rien 
de caché qui ne doive être découvert, et rien ne se fait 
en secret qui ne doive paraître en public. -" Si quelqu'un 
a des oreilles pour entendre, qu'il entende. 

-' Il leur disait encore : Prenez garde à ce que vous en- 
tendrez. On vous mesurera avec la 

mesure dont vous vous serez servis en- 

vers les autres, et l'on y ajoutera pour \fy 
vous (3).--'Car on donnera à celui qui 
a déjà, et, à celui qui n'a pas, on enlè- 
vera même ce qu'il a. 

-^ Il disait aussi : Il en est du 
royaume de Dieu comme lorsqu'un 
homme jette de la semence en terre; 
-'qu'il dorme ou qu'il se lève, la nuit et le jour, la semence 
germe, et croît sans qu'il s'en aperçoive. "-* Car la terre 

produit d'elle-même, 
d'abord l'herbe, ensuite 
l'épi, puis le blé tout 
formé dans l'épi. -^ Et 
lorsque le fruit est mûr, 
aussitôt on y met la fau- 
M cille, parce que c'est le 
temps de la moisson, 

•^•^ Il disait encore : 
A quoi comparerons- 
nous le royaume de Dieu ? ou par quelle parabole le 



Modius 

ou boisseau romain. 




Scène de moisson da:. ~ . r >.:.:: 
(Peinture de tombeau.) 



(a) Pied de lampe portatif, dont la hauteur était plus ou moins considérable, 
selon qu'il devait être placé sur un meuble ou déposé à terre. Voyez les figures 
des pages 12 et 202. 

(b) « Plus la capacité de notre foi est grande, plus nous puisons de grâces 
débordantes. » (Saint C\'prien.) 



7. 



Il8 s. MARC, IV, 31 — V, 2. 

représenterons-nous? ^^ Il est comme un grain de 
sénevé (a) qui, lorsqu'on le sème, est la plus 'petite de 
toutes les semences qui sont sur la terre; ^- mais, lors- 
qu'il a été semé, il monte, et devient plus grand que 
tous les légumes, et pousse de grandes branches, de sorte 
que les oiseaux du ciel peuvent habiter sous son ombre. 
■^■^ Il leur exposait la parole par de nombreuses paraboles 
de ce genre, selon qu'ils étaient capables de l'entendre, 
■''' et il ne leur parlait point sans parabole ; mais, en par- 
ticulier, il expliquait tout à ses disciples. 

Za tempête apaisée. Le déinoniaque gérasénien. L' /le'morrhoïsse 
et la fille de Jahe. 

^^ Il leur dit ce même jour, lorsque le soir fut venu : 
Passons à l'autre bord. '^^ Et ayant renvoyé la foule, ils 
l'emmenèrent avec eux dans la barque où il était; et 
d'autres barques le suivaient. '^'^ Et il s'éleva un grand 
tourbillon de vent, et les flots entraient dans la barque, 
de sorte qu'elle se remplissait. ^^ Et lui, il dormait à la 
poupe, sur un coussin iF). Ils le réveillèrent, et lui dirent : 
Maître, vous est-il indifférent que nous périssions ? 
^^ Alors, s'étant levé, il menaça le vent, et dit à la mer : 
Tais-toi, calme-toi. Et le vent cessa, et il se fit un grand 
calme. *'^' Puis il leur dit : Pourquoi êtes-vous effrayés? 
N'avez-vous pas encore la foi? Et ils furent saisis d'une 
grande crainte; et ils se disaient l'un à l'autre : Quel est 
donc celui-ci, à qui les vents et la mer obéissent? 

Chapitre V. — ^ Ils arrivèrent de l'autre côté de la 
mer, au pavs des Géraséniens {c). - Et comme il sortait de la 
barque, tout à coup vint à lui, sortant des sépulcres (^), un 

(a) Voyez saint Matthieu, xiii, 31, et la note. 

(b) Touchant tableau, dont on peut rapprocher celui qu'a esquissé saint 
Jean, iv, 6. Rien ne manifeste mieux les fatigues de Jésus que ce sommeil en 
pleine tempête. 

(c) Voyez saint Matthieu, viii, 28, et la note. 

(d) On trouve en Palestine de nombreux tombeaux taillés dans le roc ; 
leurs chambres sépulcrales, souvent assez vastes, peuvent servir d'habitation. 



s. MARC, V, 3-15. 



119 




Guérison d'un démoniaque. 
(D'après un ancien ivoire.) 



homme possédé d'un esprit impur, ■'" qui avait sa demeure 
dans les sépulcres. Et personne ne pouv^ait plus le lier, 
même avec des chaînes; * car sou- 
vent il avait eu les fers aux pieds, 
et avait été lié de chaînes, mais il 
avait rompu les chaînes et brisé 
les fers, et personne ne pouvait 
le dompter. "^ Il était sans cesse, 
jour et nuit, dans les sépulcres 
et sur les montagnes, criant 
et se meurtrissant avec des 
pierres. ^ Avant donc vu Jésus 
de loin, il accourut et l'adora; 
"^ et poussant un grand cri, il 
dit : Qu'y a-t-il entre vous et 
moi, Jésus, Fils du Dieu très- 
haut? Je vous en conjure au 
nom de Dieu, ne me tourmentez pas {a). ^Car Jésus 
lui disait : Esprit impur, sors de cet homme. ^Et il lui 
demanda : Quel est ton nom? Il répondit : Mon nom 
est Légion (3), parce que nous sommes nombreux. ^^ Et 
il le priait avec instance de ne point les chasser hors 
du pays. ^^ Or, il y avait là, près de la montagne, un 
grand troupeau de pourceaux qui paissaient. ^'^ Et les 
démons le suppliaient, en disant : Envoyez-nous dans 
ces pourceaux, afin que nous y entrions. *^ Jésus le 
leur permit aussitôt; et les esprits impurs, sortant du 
possédé, entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau 
se précipita avec impétuosité dans la mer. Il y en avait 
environ deux mille, et ils furent no3'és. ^* Ceux qui 
les faisaient paître s'enfuirent, et portèrent la nouvelle 
dans la ville et dans les champs. Et les gens sortirent 
pour voir ce qui était arrivé. ^■' Ils vinrent auprès de 

(a) Les démons, semblables à des esclaves fugitifs, ne songent, lorsqu'ils 
aperçoivent leur Maître, qu'aux châtiments qui les attendent. (Pensée de saint 
Jérôme.) 

{b) Voyez saint Matthieu, xxvi, 53, et la note. 



120 



S. MARC, V, 16-28. 



Jésus, et virent celui qui avait été tourmenté par le 
démon, assis, vêtu, et dans son bon sens; et ils furent 
effrayés. ^^ Ceux qui avaient vu ce qui s'était passé leur 
racontèrent ce qui était arrivé au possédé et aux pour- 
ceaux. ^"^ Et ils se mirent à prier Jésus de sortir de leur 
territoire. *^ Comme il montait dans la barque, celui qui 
avait été tourmenté par le démon se mit à lui demander 
de pouvoir rester avec lui. *^ Mais Jésus ne l'accepta pas, 
et lui dit : Va dans ta maison, auprès des tiens, et 
annonce leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi, et 
comment il a eu pitié de toi. -^ Et il s'en alla, et se mit à 
publier dans la Décapole (a) tout ce que Jésus avait fait 
pour lui; et tous étaient dans l'admiration. 

-* Jésus ayant de nouveau gagné l'autre rive sur la 
barque, une foule nombreuse s'assembla autour de lui ; et 
il était au bord de la mer. --Alors vint un des chefs de la 
synagogue, nommé Jaïre, qui, le voyant, se jeta à ses 
pieds, -^ et le suppliait avec instance, en disant : Ma fille 

est à l'extrémité; ve- 



nez, imposez -lui les 
mains, afinqu'elle gué- 
risse et qu'elle vive. 
-^ Et Jésus alla avec 
lui ; et une grande foule 
le suivait et le pressait. 
-^ Alors une femme, 
atteinte d'une perte 
de sang depuis douze 
ans, -^qui avait beau- 
coup souffert entre 




Guérison de l'hémorrhoïsse et résurrection 
de la fille de Jaïre. (Ancien bas-relief.) 



les mains de plusieurs médecins, et qui avait dépensé 
tout son bien, et n'en avait éprouvé aucun soulagement, 
mais s'en trouvait encore plus mal, -'^ ayant entendu parler 
de Jésus, vint dans la foule par derrière, et toucha son 
vêtement. -^Car elle disait : Si je puis seulement toucher 



(a) Voyez saint Matthieu, iv, 25, et la note. 



s. MARC, V, 29-39. 



121 



son vêtement, je serai guérie. -''Et aussitôt la source du 
sang qu'elle perdait fut séchée, et elle sentit dans son corps 
qu'elle était guérie de sa maladie. ^^ Aussitôt Jésus, con- 
naissant en lui-même la vertu qui était sortie de lui, se 
tourna vers la foule, et dit : Qui a touché mes vêtements? 
^^ Et ses disciples lui disaient : Vous voyez la foule qui 
vous presse, et vous dites : Oui m'a touché (a)} -^-Et il 
regardait tout autour (^), pour voir celle qui avait fait 
cela. ^-^ Mais la femme, effrayée et tremblante, sachant 
ce qui s'était passé en elle, vint se jeter à ses pieds, 
et lui dit toute la vérité. ■^* Et Jésus lui dit : Ma fille, ta 
foi t'a sauvée; va en paix, et sois guérie de ton mal. 

•^•' Comme il parlait encore, survinrent des gens du chef 
de la synagogue, 
qui dirent : Ta 
fille est morte; 
pourquoi impor- 
tuner davantage 
le Maître ?-^^Mais 
Jésus, ayant en- 
tendu cette pa- 
role, dit au chef 
de la synagogue : 
Ne crains point, 
crois seulement. 
^"^ Et il ne permit 
à personne de le suivre, si ce n'est à Pierre, à Jacques 
et à Jean, frère de Jacques. ^^ Ils arrivent à la maison du 
chef de la synagogue, et Jésus voit le tumulte, et des 
personnes qui pleuraient et poussaient de grands cris. 
•^'^ Et étant entré, il leur dit : Pourquoi êtes-vous troublés 
et pleurez- vous? La jeune fille n'est pas morte, mais 




Scène de deuil auprès d'un mort. 
(Bas-relief grec.) 



(a) « Le Christ parle comme s'il ignorait, afin d'obtenir un aveu. C'est 
ainsi que Dieu avait interrogé Adam. » (Tertullien.) 

(b) On a remarqué que saint Marc aime à signaler les regards de Jésus- 
Comparez m, 34 ; x, 23 ; xi, 11. 



122 S. MARC, V, 40 — VI, 5, 

elle dort (a). ''" Et ils se moquaient de lui. Mais lui, ayant 
fait sortir tout le monde, prend le père et la mère de l'en- 
fant, et ceux qui étaient avec lui, et il entre au lieu où la 
jeune fille était couchée.*^ Et prenant la main de la jeune 
fille, il lui dit : Talitha, cumi {d);ce qui signifie : Jeune fille 
(je te l'ordonne), lève-toi. '^^Et aussitôt la jeune fille se 
leva, et se mit à marcher; car elle avait douze ans. Et 
ils furent frappés d'une grande stupeur. ^^ Et il leur 
ordonna fortement que personne ne le sût, et il dit de 
donner à manger à la jeune fille. 

yesus est méprisé dans sa patrie. Mission et puissance des apôtres. 

Chapitre VI. — ' Étant sorti de là, il alla dans son 
pays {/), et ses disciples le suivirent. - Le jour du sabbat 
étant venu, il se mit à enseigner dans la synagogue; et beau- 
coup de ceux qui l'entendaient, étonnés de sa doctrine, 
disaient : D'où lui viennent toutes ces choses? quelle est 
cette sagesse qui lui a été donnée, et d'où vient quêtant de 
merveilles se font par ses mains? 
■^N'est-ce pas là le charpentier, fils de 
Marie, frère {<£) de Jacques, de Jo- 
seph, de Jude et de Simon? et ses 
sœurs ne sont-elles pas ici avec nous ? 
Et ils se scandalisaient à son sujet. 
'* Et Jésus leur dit : Un prophète 
n'est sans honneur que dans sa patrie. 
Charpentier au travail. ^^ ^j,^^^ ^^ maison, et dans sa parenté. 

(Daprès un vase antique.) ,g^ jj ^^^ p^^^ f^j^.^ j,^ ^^^^^ miracle, 

si ce n'est qu'il guérit un petit nombre de malades, en 

{a) Touchant euphémisme, qui avait d'autant plus d'à-propos dans la cir- 
constance présente, que Jésus allait immédiatement ressusciter l'enfant. Com- 
parez saint Matthieu, xxvii, 52, et saint Jean, xi, 11-13. 

(ô) Mots araméens, ou S5T0-chaldaïques, que saint Marc est seul à citer. 

{c) A Nazareth. 

(d) Voyez saint Matthieu, xti, 46, et la note. D'après le sentiment commun 
des Pères et des commentateurs catholiques, Jacques, Joseph, Jude et Simon 
étaient fils d'une sœur de la très sainte Vierge. 




s. MARC, VI, 6-17. 123 

leur imposant les mains. ''Il s'étonnait de leur incrédu- 
lité (a); et il parcourait les villages d'alentour, en ensei- 
gnant. 

"' Alors il appela les douze, et il se mit à les envoyer 
deux à deux, et il leur donna puissance sur les esprits 
impurs. ^ Et il leur commanda de ne rien prendre pour 
le chemin, si ce n'est un bâton seulement, ni sac, ni 
pain, ni argent dans leur bourse, ^ mais de chausser leurs 
sandales, et de ne pas revêtir deux tuniques (3). '"^ Et il leur 
disait : Dans quelque maison que vous entriez, demeurez-y 
jusqu'à ce que vous partiez de ce lieu; ^^et lorsqu'on ne 
voudra pas vous recevoir, ni vous écouter, sortez de là, 
et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage con- 
tre eux, ^- Étant donc partis, ils prêchaient qu'on fît pé- 
nitence, '^ et ils chassaient de nombreux démons, et ils 
oignaient d'huile de nombreux malades et les guéris- 
saient. 



§ IV. — VOYAGES DE JÉSUS A TRAVERS LA GALILÉE. 

Martyre de saiiit Jean-Baptiste . Première rniiltiplication des pains. 
Jésus marche sur les eaux. Nombreux miracles dans le pays de 
Génésareth. 

*''Or, le roi Hérode {c) entendit parler de Jésus, car 
son nom était devenu célèbre; et il disait : Jean-Baptiste 
est ressuscité d'entre les morts, et c'est pour cela qu'il se 
fait par lui des miracles. ^-^ D'autres disaient : C'est Élie. 
D'autres encore disaient : C'est un prophète, comme l'un 
des anciens prophètes. *•' Ayant entendu cela, Hérode dit : 
Ce Jean, à qui j'ai fait trancher la tête, c'est lui qui est 
ressuscité d'entre les morts. '' Car Hérode avait env03'é 

(rt) Car ils avaient des motifs nombreux de croire en lui. 

{b) Un prédicateur de l'Évangile ne doit pas se préoccuper des choses 
temporelles, car Dieu saura pourvoir à ses besoins. (Pensée du Yen. Bède.) ^- 

(c) Hérode Antipas n'avait droit, en réalité, qu'au titre de tétrarque (voyez 
saint Matthieu, xiv, i, et la note) ; saint Marc le nomme roi dans le sens 
large et populaire de cette expression. 



124 s. MARC, VI, 18-3 I. 

prendre Jean, et l'avait enchaîné en prison {a), à cause 
d'Hérodiade, qu'il avait épousée. ^^ Car Jean disait à 
Hérode : Il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton 
frère. ^^ Or, Hérodiade tendait des pièges à Jean, et voulait 
le faire mourir; mais elle ne le pouvait pas, -^ car Hérode 
craignait Jean, sachant qu'il était un homme juste et 
saint, et il le gardait, faisait beaucoup de choses selon 
ses avis, et l'écoutait volontiers. 

-' Mais il arriva un jour opportun (è) : à l'anniversaire 
de sa naissance, Hérode donna un festin aux grands, aux 
officiers et aux principaux de la Galilée. -- La fille d'Héro- 
diade (c) étant entrée, et ayant dansé, et ayant plu à 
Hérode et à ceux qui étaient à table avec lui, le roi dit à la 
jeune fille^: Demande-moi ce que tu voudras, et je te le don- 
nerai.-^ Et il lui fit ce serment : Tout ce que tu me deman- 
deras, je te le donnerai, quand ce serait la moitié de mon 
royaume. -''■ Elle, étant sortie, dit à sa mère : Que deman- 
derai-je.'* Sa mère lui dit : La tête de Jean-Baptiste. -'Et 
étant rentrée aussitôt en hâte auprès du roi, elle fit sa 
demande, en disant : Je veux que tu me donnes à l'instant 
sur un plat la tète de Jean-Baptiste. -^ Le roi fut attristé ; 
mais, à cause de son serment et de ceux qui étaient à 
table avec lui, il ne voulut pas l'affliger par un refus. -'' Il 
envoya donc un de ses gardes, et lui ordonna d'apporter 
la tête de Jean sur un plat. Le garde le décapita dans 
la prison, -^ et il apporta la tête sur un plat, et la donna 
à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère. 
-^L'ayant appris, les disciples de Jean vinrent, et prirent 
son corps, et le mirent dans un sépulcre. 

'■^^ Or les apôtres, revenant auprès de Jésus, lui racon- 
tèrent tout ce qu'ils avaient fait, et tout ce qu'ils avaient 
enseigné. ^^ Et il leur dit : Venez à l'écart dans un lieu 

(a) D'après l'historien juif Josèphe, dans la citadelle de Machaerous ou I\Ia- 
chéronte, située au nord-est de la mer Morte. 

(b) Un jour opportun, c'est-à-dire, favorable au cruel dessein d'Héro- 
diade. 

(c) Elle se nommait Salomé. 



s. MARC, VI, 32-4 I. 



125 



désert, et reposez-vous un peu (a). Car ceux qui allaient et 
venaient étaient nombreux, et ils n'avaient pas même le 
temps de manger. '■^- Montant donc dans 
une barque, ils se retirèrent à l'écart 
dans un lieu désert. 

•^•^Mais beaucoup les virent 
partir et en eurent connaissan- 
ce, et ils y accoururent à pied 
de toutes les villes, et arrivè- 
rent avant eux. -^^ Jésus, sortant 
de la barque, vit une foule nom- 
breuse, et il en eut compassion, 
parce qu'ils étaient comme des 
brebis qui n'ont point de pas- 
teur; et il se mit à leur ensei- 
gner beaucoup de choses. 
^^ Comme l'heure était déjà fort 
avancée, ses disciples s'appro- 
chèrent de lui, en disant : Ce 
lieu est désert, et il est déjà 
tard; ^^renvoyez-les, afin qu'ils 




aillent dans les villages et les 



Spiculator, ou soldat de la 
garde chez les Romains. (Bas- 
relief de la colonne Trajane.) 



bourgs voisins, et s'y achètent de quoi manger. ^' Il leur 
répondit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Ils lui 
dirent : Irons-nous donc acheter pour deux cents de- 
niers (b) de pain, afin de leur donner à manger? -^^Et 
il leur dit : Combien avez-vous de pains.'' Allez et voyez. 
Et lorsqu'ils s'en furent informés, ils dirent : Cinq, et 
deux poissons. -^^ Alors il leur commanda de les faire tous 
asseoir par groupes sur l'herbe verte; '"'^et ils s'assirent 
par troupes de cent et de cinquante. '' Avant pris les 
cinq pains et les deux poissons, levant les yeux au ciel, il 
les bénit ; puis il rompit les pains, et les donna à ses disci- 
ples, afin qu'ils les présentassent au peuple ; il partagea 

(a) Délicatesse exquise du cœur de Jésus, qui songe à faire reposer ses 
disciples, fatigués par leurs jjrédications. 

{b) Voyez saint Matthieu, xviii, 28, et la note. 



126 



s. MARC, VI, 42-56. 



aussi les deux poissons entre tous. '^-Tous mangèrent, 
et furent rassasiés. '''' Et, des morceaux de pain qui étaient 
restés, et des poissons, ils apportèrent douze corbeilles 
pleines. '''*^ Or, ceux qui avaient mangé étaient au nombre 
de cinq mille hommes. 

^'^ Aussitôt il obligea ses disciples de monter dans la 
barque, et de le précéder sur l'autre rive, vers Bethsaïda(rt), 
pendant qu'il congédierait le peuple. *^Et lorsqu'il l'eut 
congédié, il s'en alla sur la montagne, pour prier. '''' Le 
soir étant venu, la barque était au milieu de la mer, et 
Jésus était seul à terre. ^^ Et voyant qu'ils avaient beau- 
coup de peine à ramer (car le vent leur était 
contraire), vers la quatrième veille de la 
nuit ((^), il vint à eux, marchant sur la mer, 
et il voulait les devancer. ^'^ Mais eux, le 
voyant marcher sur la mer, crurent que 
c'était un fantôme, et ils poussèrent des 
cris; ''^car ils le virent tous, et furent épou- 
vantés. Mais aussitôt il leur parla, et leur 
dit : Avez confiance ; c'est moi, ne craignez 
point. '^ Il monta ensuite avec eux dans la 
barque, et le vent cessa. Et ils s'étonnaient 
de plus en plus en eux-mêmes; ""-car ils 
Les franges sacrées n'avaient pas compris le miracle des pains, 
chez les anciens parce que leur cœur était aveuglé. 
"^^"^' -'-^ Après avoir traversé la mer, ils vinrent 

(Bas-relief de ^^ territoire de Génésareth (c), et v abor- 

rersepolis.) .. , .' 

dèrent. '* Et lorsqu ils furent sortis de la 
barque, les gens du pavs reconnurent aussitôt Jésus; ''•'et 
parcourant toute cette contrée, ils se mirent à apporter 
de tous côtés les malades sur des lits, partout oiî ils en- 
tendaient dire qu'il était. ■'''Et en quelque lieu qu'il en- 
trât, dans les bourgs, dans les villages ou dans les villes, 
on mettait les malades sur les places publiques, et on le 

(a) Bourgade située sur la rive occidentale de la mer de Galilée. 
{b) Voyez saint Matthieu, xiv, 25, et la note. 
{c) Voyez saint Matthieu, xiv, 34, et la note. 




s. MARC, VII, 1-9. 127 

priait de leur laisser seulement toucher la frange (a) de 
son vêtement ; et tous ceux qui le touchaient étaient 
guéris. 

Zes pharisiens et la tradition. La Chananêenne. Gnérison 
d'un sourd-miiet. 

Chapitre VII. — * Les pharisiens et quelques scribes, 
venus de Jérusalem, s'assemblèrent auprès de Jésus. -Et 
ayant vu quelques-uns de ses disciples manger du pain 
avec des mains impures, c'est-à-dire non lavées, ils les 
blâmèrent. -^ Car les pharisiens et tous les Juifs ne man- 
gent pas sans s'être souvent lavé les mains, gardant en 
cela la tradition des anciens (3); '*• et lorsqu'ils reviennent 
de la place publique, ils ne mangent pas sans s'être lavés. 
Ils ont encore beaucoup d'autres traditions qu'ils obser- 
v'ent, comme de laver les coupes, les vases de terre et 
d'airain, et les lits. 

'■' Les pharisiens et les scribes lui demandèrent donc : 
Pourquoi vos disciples n'observent-ils point la tradition 
des anciens, et mangent-ils du pain avec des mains im- 
pures? ^11 leur répondit : Isaïe a bien prophétisé sur 
vous, hypocrites, ainsi qu'il est écrit (^) : Ce peuple m'ho- 
nore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi ; ' c'est 
en vain qu'ils m'honorent, enseignant des doctrines et des 
ordonnances humaines. ^ Car, laissant de côté le com- 
mandement de Dieu, vous observez la tradition des 
hommes, lavant les vases et les coupes, et faisant beaucoup 
d'autres choses semblables. ^ Et il leur disait : Vous 
détruisez fort bien le commandement de Dieu, pour gar- 

(a) Voyez saint Matthieu, ix, 20, et la note. 

{b) On nommait ainsi, chez les Juifs, un ensemble de prescriptions innom- 
brables, ajoutées peu à peu à celles de la loi par les docteurs, et transmises 
de génération en génération, au moyen de l'enseignement oral. Elles avaient 
presque toutes un caractère pratique, et elles surchargeaient étrangement la 
vie religieuse, qu'elles avaient rendue tout extérieure, aux dépens de la vraie 
piété. 

(^) Isa'ie, XXIX, 13. 



128 



s. MARC, VII, 10-2 I. 




der votre tradition. ^° Car Moïse a dit (a) : Honore ton 
père et ta mère; et : Que celui qui maudira son père ou 
sa mère soit puni de mort. ^^ Mais vous dites, vous : Si un 
homme dit à son père ou à sa mère : Tout corban {b) 
(c'est-à-dire, don) que je fais vous profitera, ^^ vous ne le 
laissez rien faire de plus pour son père ou sa mère, 
^•^annulant la parole de Dieu par votre tradition que vous 
avez établie; et vous faites encore beaucoup d'autres 

choses sem- 
blables. 

^''' Alors, ap- 
pelant de nou- 
veau la foule, 
il lui disait : 
Ecoutez -moi 
tous, et com- 
prenez. ^'^ Il n'y a rien au dehors de l'homme, qui, entrant 
en lui, puisse le souiller; mais ce qui sort de l'homme, 
c'est là ce qui souille l'homme. '^Oue celui qui a des 
oreilles pour entendre, entende. 

^^ Et lorsqu'il fut entré dans une maison, loin de la 
foule, ses disciples l'interrogèrent sur cette parabole. 
^^ Et il leur dit : Est-ce ainsi que vous avez vous-mêmes 
si peu d'intelligence? Ne comprenez-vous pas que tout ce 
qui, du dehors, entre dans l'homme, ne peut le souiller, 
^^ parce que cela n'entre pas dans son cœur, mais va dans 
son ventre, puis est rejeté dans le lieu secret, qui purifie 
tous les aliments? -^Mais, disait-il, ce qui sort de l'homme, 
c'est là ce qui souille l'homme. -^ Car c'est du dedans, du 



Antique coupe d'argile. 



(a) Exode, xx, 12, et xxi, 17. 

(ô) Mot hébreu, qui désigne une offrande faite au Seigneur. Dès qu'on 
avait prononcé ce simple mot au sujet d'une propriété, d'une somme d'argent, 
d'un objet quelconque, ces choses étaient consacrées à Dieu irrévocablement, 
et, les parents du donateur fussent-ils dans un besoin extrême, les docteurs 
ne permettaient pas qu'il reprît quoi que ce fût de son offrande, pour leur 
venir en aide. N'était-ce point là annuler le quatrième commandement ? 
« Dieu ne veut pas d'un don qui réduirait les parents à la famine », dit éner- 
giquement saint Ambroise. 



s, MARC^ VII, 22-33, 



129 



cœur des hommes, que sortent les mauvaises pensées, les 
adultères, les fornications, les homicides, -- les vols, l'ava- 
rice, les méchancetés, la fraude, les impudicités, l'œil 
mauvais (n), le blasphème, l'orgueil, la folie. -^ Tous ces 
maux sortent du dedans, et souillent l'homme. 

-* Partant de là, il s'en alla sur les confins de Tyr et de 
Sidon. Et étant entré dans une maison, il voulait que 
personne ne le sût ; mais il ne put rester caché. -'' Car 
une femme, dont la fille était possédée d'un esprit impur, 
ayant entendu parler de lui, entra aussitôt, et se jeta à 
ses pieds. -"^C'était une femme païenne, Syro-phénicienne 
de nation (3). Et elle le priait de chasser le démon de 
sa fille. ^'' Mais Jésus lui dit : Laisse d'abord les enfants 
se rassasier; car il n'est pas bon de prendre le pain des 
enfants, et de le jeter aux chiens. 
2^ Mais elle répondit et lui dit : 
C'est vrai, Seigneur; mais les 
petits chiens mangent sous la 
table les miettes des enfants. 
^^ Alors il lui dit : A cause de 
cette parole, va, le démon est 
sorti de ta fille (<:). ^^ Et s'en étant 
allée dans sa maison, elle trouva 
la jeune fille couchée sur le lit; . , ^ , 

•• , . . Jeune malade étendue sur un ht. 

le démon était sorti. ^_ . . ^ 

(Peinture antique.) 

3^ Quittant de nouveau les con- 
fins de Tyr, il vint par Sidon vers la mer de Galilée, 
en traversant le milieu de la Décapole. ■^- Et on lui 
amena un homme sourd et muet, et on le suppliait 
de lui imposer les mains. '^'^ Alors Jésus, le tirant à part 
de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et lui 




(a) L'œil mauvais, c'est-à-dire, les regards envieux. 

(b) Tyr et Sidon étaient les villes principales de la Phénicie, et cette 
contrée faisait alors partie de la province romaine de Syrie : de là la déno- 
mination employée par saint Marc. 

(c) « Jésus avait montré à la Chananéenne, comme autrefois Joseph à ses 
frères, un visage sévère ; toutefois, comme Joseph, il ne put garder longtemps 
cet aspect. * (Un commentateur contemporain.) 



I30 



s. MARC, VII, 3 4 — VIII, 7. 



toucha la langue avec sa salive. ^'' Et levant les yeux 
au ciel, il soupira, et lui dit : Ephphétha (n); c'est-à-dire : 
Ouvre-toi. ^'^ Et aussitôt ses oreilles furent ouvertes, et 
le lien de sa langue fut rompu, et il parlait distincte- 
ment. "^ Il leur défendit de le dire à personne; mais 
plus il le leur défendait, plus ils le publiaient, ^'' et plus 
ils étaient saisis d'admiration, disant : Il a bien fait toutes 
choses; il a fait entendre les sourds et parler les muets. 



Seconde mitltiplication des pains. Le signe du ciel. Le levain des 
pharisiens. Guérison d'im aveugle. 

Chapitre VIII, — ^ En ces jours-là, comme la foule était 
de nouveau nombreuse et n'avait pas de quoi manger, il 
appela ses disciples, et leur dit : ^ J'ai compassion de cette 
foule, car voilà déjà trois jours qu'ils sont avec moi, et ils 
n'ont pas de quoi manger ; -^ et si je les renvoie à jeun dans 
leurs maisons, les forces leur manqueront en chemin, car 
quelques-uns d'entre eux sont venus dé loin. '^ Ses disci- 
ples lui répondirent : Comment pourrait-on les rassasier 
dé pain ici, dans le désert {py. '■' Et il leur demanda : Combien 

avez-vous de pains? 
Ils lui dirent : Sept. 
^ Alors il ordonna à 
la foule de s'asseoir 
par terre. Et pre- 
nant les sept pains, 
et ayant rendu grâ- 
ces, il les rompit, et 
les donna à ses dis- 
ciples pour les dis- 
tribuer ; et ils les distribuèrent à la foule. "^ Ils avaient 
encore quelques petits poissons; il les bénit aussi, et les 



^^^^ 




Poisson ilu lac de Tibériade. 
( Ch ro m is Siin on is. ) 



ici) Autre expression araméenne que saint Marc nous a seul conservée. 
Comparez v, 41. 

(b) Comment n'avaient-ils pas une plus grande confiance en leur Maître, 
après avoir vu ses mira-:les antérieurs? (Pensée de Victor d'Antioche.) 



s. MARC. VIII. 8-2 0. 



131 



fit distribuer. ^Ils mangèrent donc et furent rassasiés; et 
on emporta sept corbeilles pleines des morceaux qui 
étaient restés. ^ Or, ceux qui mangèrent étaient environ 
quatre mille ; et il les renvoya. 

*^ Et aussitôt, montant dans une barque avec ses dis- 
ciples, il alla dans le pays de Dalmanutha (a). ^^ Les 
pharisiens survinrent, et se mirent à discuter avec lui, 
lui demandant un signe du ciel, pour le tenter. *- Mais 
Jésus, gémissant dans son cœur, dit : Pourquoi cette gé- 
nération demande-elle un signe? En vérité, je vous le dis, 
il ne sera pas donné de signe à cette génération. ^^ Et 
les renvoyant, il monta de nouveau dans la barque, et pa«sa 
sur l'autre rive. 

^^ Or, ils avaient oublié de prendre des pains, et ils 
n'avaient qu'un seul pain avec eux dans la barque. ^^ Comme 
Jésus leur donnait cet ordre : Gardez-vous avec soin 
du levain (è) des pharisiens et du levain d'Hérode, ^^ ils 
raisonnaient, et disaient entre eux : C'est parce que nous 
n'avons pas de pain. ^' Jésus, l'ayant connu, leur dit : Pour- 
quoi pensez-vous que vous n'avez pas de pains? X'avez- 
vous encore ni sens ni intelligence? votre cœur est-il 
encore aveuglé ? ^^ Ayant des 
yeux, ne voyez-vous pas? et 
ayant des oreilles, n'entendez- 
vous pas? et n'avez-vous 
de mémoire? *^ Quand j'ai 
rompu lès cinq pains pour 
cinq mille hommes, combien 
avez-vous emporté de cor- 
beilles pleines de morceaux? 
Ils lui dirent : Douze. ^^ Et 
quand j'ai rompu les sept pains pour quatre mille hommes, 
combien avez-vous emporté de corbeilles pleines de mor- 

(a) Localité située sur les bords du lac de Tibériade ; mais on ignore son 
emplacement exact. 

(b) Métaphore qui désigne ici une doctrine perverse. Voyez saint Matthieu, 
XVI, 12. 




Corbeilles et paniers. (Orient moderne. ) 



132 s. MARC, VIII, 21-33. 

ceaux? Ils lui dirent : Sept. -^ Et il leur disait : Comment 
ne comprenez-vous pas encore? 

-- Ils vinrent à Bethsaïda, et on lui amena un aveugle, 
et on le priait de le toucher. ^"^ Ayant pris la main de 
l'aveugle, il le conduisit hors du bourg («); puis il lui mit de 
la salive sur les yeux, et, lui ayant imposé les mains, il lui 
demanda ce qu'il voyait. ^* Celui-ci, regardant, répondit : 
Je vois les hommes marcher, semblables à des arbres. 
2^^ Jésus lui mit de nouveau les mains sur les yeux, et il 
commença à voir, et il fut si bien guéri qu'il voyait toutes 
choses distinctement. -*' Alors il le renvoya dans sa mai- 
son, en disant : Va dans ta maison ; et si tu entres dans 
le bourg, ne dis rien à personne. 

§ V. — JÉSUS MANIFESTE SA GLOIRE AUX DISCIPLES, 
POUR LES PRÉPARER A SES HUMILIATIONS. 

La co7ifession de saint Pierre. Prêdictioji de la Passion. 
Nécessité de porter la croix. La transfiguratioti du Christ. 

^"^ Jésus s'en alla, avec ses disciples, dans les villages 
de Césarée de Philippe {b) ; et il interrogeait ses disciples 
en chemin, en disant : Oui dit-on que je suis? -^ Ils lui 
répondirent : Jean-Baptiste; les autres, Elie; les autres, 
l'un des prophètes. -'^ Alors il leur dit : Mais vous, qui 
dites-vous que je suis? Pierre, répondant, lui dit : Vous 
êtes le Christ. '-^^ Et il leur défendit avec menace de dire 
cela de lui à personne. 

3^ Et il commença à leur déclarer qu'il fallait que le 
Fils de l'homme souffrît beaucoup, qu'il fût rejeté par les 
anciens, par les princes des prêtres et par les scribes, qu'il 
fût mis à mort et qu'il ressuscitât après trois jours. ^^ Et 
il parlait de ces choses ouvertement. Alors Pierre, le 
tirant à part, se mit à le reprendre. ^-^ Mais lui, se retour- 
nant et regardant ses disciples, réprimanda Pierre, en 

(ci) Détail aussi gracieux qu'émouvant. Jésus était alors, dit saint Jean 
Chr3'sostome, « la route et le guide du pauvre aveugle. » 
(J)) Voyez saint Matthieu, xvi, 13, et la note. 



s. MARC, VIII, 34 — IX, 3. 



133 



disant : Retire-toi de moi, Satan (<?); car tu n'as pas le goût 
des choses de Dieu, mais des choses des hommes. 

^* Et ayant appelé à lui la foule, avec ses disciples, il 
leur dit : Si quelqu'un veut me suivre, qu'il renonce à soi- 
même, et qu'il porte sa croix, et qu'il me suive. '^"^ Car 
celui qui voudra sauver sa vie, la perdra ; mais celui qui 
la perdra à cause de moi et de l'Evangile, la sauvera. 
^^ En effet, que servirait à l'homme de gagner le monde 
entier et de perdre son âme? ^"Ou que donnera l'homme 
en échange de son âme.'' '^^ Car si quelqu'un rougit de 
moi et de mes paroles au milieu de cette génération 
adultère et pécheresse, le Fils de l'homme rougira aussi 
de lui, lorsqu'il viendra dans la gloire de son Père, avec 
les anges saints. '^^ Et il leur disait : En vérité, je vous 
le dis, il y en a quelques-uns de ceux qui sont ici, qui ne 
goûteront pas la mort, avant d'avoir vu le royaume de 
Dieu venir avec puissance. 

Chapitre IX. — ^ Six jours après, Jésus prit Pierre, 
Jacques et Jean, et 
les conduisit seuls, à 
l'écart, sur une haute 
montagne ; et il fut 
transfiguré devant 
eux. - Ses vêtements 
devinrent resplendis- 
sants et tout à fait 
blancs, comme la 
neige, tels qu'aucun 
foulon sur la terre 
n'en peut faire d'aussi 
blancs. ^Elie et Moïse leur apparurent, et ils s'entrete- 




Foulons au travail. (Peinture de Pompéi.) 



(a) Paroles qui paraissent doublement sévères, si on les compare aux 
glorieuses promesses qui précèdent. Mais Pierre, en essaj-ant de dissuader Jésus 
d'accomplir jusqu'au bout, par l'humiliation et la souffrance, son rôle de ré' 
dempteur, se conduisait envers lui comme l'avait fait Satan le jour de laten- 
talion dans le désert. (Pensée de saint Jean Chrysostome.) Saint Pierre avait 
donc été mal guidé par son ardent amour. 



134 s. MARC, IX, 4-16. 

naient avec Jésus. * Et Pierre, prenant la parole, dit à 
Jésus : Maître, il est bon pour nous d'être ici ; faisons 
trois tentes, une pour vous, une pour Moïse, et une pour 
Elle. •''Car il ne savait pas ce qu'il disait, l'effroi les ayant 
saisis. ^ Il se forma une nuée, qui les couvrit; et une 
voix sortit de la nuée, disant : Celui-ci est mon Fils bien- 
aimé ; écoutez-le. " Et aussitôt, regardant tout autour, ils 
ne virent plus personne, si ce n'est Jésus seul avec eux. 
^ Et comme ils descendaient de la montagne, il leur 
ordonna de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu, 
jusqu'à ce que le Fils de l'homme fût ressuscité d'entre 
les morts (,t). ^Et ils tinrent cette parole secrète dans 
leur cœur, se demandant entre eux ce que signifiait : Jus- 
qu'à ce qu'il fût ressuscité d'entre les morts. ^"^Et ils l'in- 
terrogeaient, en disant : Pourquoi donc les pharisiens et 
les scribes disent-ils qu'il faut qu'Elie vienne d'abord? ^^11 
leur répondit : Elle, lorsqu'il viendra d'abord, rétablira 
toutes choses, et comme il est écrit du Fils de l'homme, 
il souffrira beaucoup, et sera méprisé. ^"-Maisje vous dis 
qu'Elie est déjà venu {b), et ils lui ont fait tout ce qu'ils 
ont voulu, selon qu'il a été écrit de lui. 

Guérison d'un démofiiaque. Seconde annonce de la Passion. 
Instructions relatives à rhnmilité, a la tolérance, aux scandales. 

^•^ Lorsqu'il fut venu vers ses disciples, il vit une grande 
foule autour d'eux, et des scribes qui discutaient avec 
eux. ^* Et aussitôt tout le peuple, voyant Jésus, fut saisi 
d'étonnement et de frayeur {c) ; et étant accourus, ils le 
saluaient. ^^ Il leur demanda : Pourquoi discutez-vous 
ensemble? ^^Et un homme de la foule, prenant la parole, 
dit : Maître, je vous ai amené mon fils, qui est possédé 

{a) Voyez saint Matthieu, xvii, 9, et la note. 

(ô) Voyez saint Matthieu, xvii, 12, et la note. 

{c) Selon toute vraisemblance, parce que le visage du Sauveur conservait 
un reflet de la Transfiguration, comme autrefois celui de Moïse descendant 
du Sinaï. 



s. MARC, IX, 17-29. 



135 




d'un esprit muet ; *" et en quelque lieu qu'il le saisisse, 
il le jette à terre, et l'enfant écume, grince des dents, et 
se dessèche. J'ai dit à vos disciples de le chasser, mais ils 
ne l'ont pu. ^^ Jésus leur répondit : O génération incré- 
dule, jusques à quand serai-je avec 
vous? jusques à quand vous souffri- 
rai-je? Amenez-le-moi. "^ Ils l'ame- 
nèrent; et aussitôt qu'il eut vu Jé- 
sus, l'esprit l'agita avec violence, et, 
jeté à terre, il se roulait en écu- 
mant. -^ Jésus demanda au père de 
l'enfant : Combien y a-t-il de temps 
que cela lui arrive? Il répondit : De- 
puis son enfance; "-' et l'esprit l'a 
souvent jeté dans le feu, et dans 
l'eau, pour le faire périr. Mais, si 
vous pouvez quelque chose, secou- 
rez-nous, avez pitié de nous. "^-Jé- 
sus lui dit : Si tu peux croire, 
tout est possible à celui qui croit. ^'^ Et aussitôt, le père 
de l'enfant s'écria, disant avec larmes : Je crois. Seigneur; 
aidez mon incrédulité (<?). -''Et Jésus, voyant accourir la 
foule, menaça l'esprit impur, et lui dit : Esprit sourd et 
muet, je te l'ordonne, sors de cet enfant, et ne rentre 
plus en lui. "-' Alors l'esprit, poussant des cris, et l'agitant 
avec violence, sortit ; et l'enfant devint comme mort, de 
sorte que beaucoup disaient : Il est mort. -^ Mais Jésus, 
l'ayant pris par la main, le souleva, et il se leva. -' Lors- 
que Jésus fut entré dans la maison, ses disciples lui deman- 
daient en secret : Pourquoi n'avons-nous pu le chasser? 
-^ Il leur répondit : Cette sorte de démon ne peut se chas- 
ser que par la prière et par le jeûne (b). 

-^ Etant sortis de là, ils traversèrent la Galilée, et il vou- 



Jésus guérit un démoniaque 

en le bénissant. 

(Ancien sarcophage.) 



(a) La scène entière est admirablement pathétique. 

(ô) Comme le dit fort bien un ancien auteur, par le jeiine la chair est 
soumise à l'esprit, par la prière l'esprit est soumis à Dieu, et, de la sorte, 
[homme devient pour ainsi dire un ange, supérieur à la chair et au démon. 



136 



s. MARC, IX, 30-42. 



lait que personne ne le sût. "^ Cependant il instruisait ses 
disciples, et leur disait : Le Fils de l'homme sera livré entre 
les mains des hommes, et ils le feront mourir, et le troisième 
jour après sa mort, il ressuscitera. ^' Mais ils ne compre- 
naient pas cette parole, et ils craignaient de l'interroger. 

•^^ Ils vinrent à Capharnaiim; et lorsqu'ils furent dans 
la maison, il leur demanda : Sur quoi discutiez-vous en 
chemin? ^^Mais ils se taisaient; car, en chemin, ils avaient 
discuté ensemble, pour savoir lequel d'entre eux était le 
plus grand. •^'''Et s'étant assis, il appela les douze, et leur 
dit : Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier 
de tous, et le serviteur de tous. -^^ Puis, prenant un enfant, 
il le plaça au milieu d'eux ; et après l'avoir embrassé, il 
leur dit : ^^ Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant 
comme celui-ci, me reçoit ; et quiconque me reçoit, reçoit 
non pas moi, mais celui qui m'a envoyé. 

'^'^ Alors Jean, prenant la parole, lui dit : Maître, nous 
avons vu un homme qui chasse les démons en votre nom, 
et il ne nous suit pas; et nous l'en avons empêché. ''^ Mais 
Jésus dit : Ne l'en empêchez pas; car il n'y a personne 
qui, après avoir fait un miracle en mon nom, puisse aus- 
sitôt après parler mal de moi. ^^ Qui n'est pas contre vous, 
est pour vous. ^'^Et quiconque vous donnera un verre 
d'eau en mon nom, parce que vous appartenez au Christ 

en vérité, je vous, 
le dis, il ne perdra 
point sa récom- 
pense. *^ Mais si 
quelqu'un scan- 
dalisait un de ces 
petits qui croient 
en moi, il vau- 
drait mieux pour 
lui qu'on lui mît autour du cou une de ces meules que les 
ânes tournent, et qu'on le jetât dans la mer. "^^Et si ta 
main te scandalise, coupe-la ; il vaut mieux pour toi entrer 
manchot dans la vie, que d'aller, ayant deux mains, dans la 




Moulin à âne. (Bas-relief antique.) 



s. MARC, IX, 43 — X, 2. 137 

géhenne (a), dans le feu inextinguible, '"^'là où leur ver ne 
meurt pas, et où le feu ne s'éteint pas {d). ''^ Et si ton pied 
te scandalise, coupe-le ; il A'aut mieux pour toi entrer boi- 
teux dans la vie éternelle, que d'être jeté, ayant deux 
pieds, dans la géhenne du feu inextinguible, *■' là où leur 
ver ne. meurt pas, et où le feu ne s'éteint pas. -"^Et si ton 
œil te scandalise, arrache-le (c); il vaut mieux pour toi en- 
trer borgne dans le royaume de Dieu, que d'être jeté, 
ayant deux yeux, dans la géhenne du feu, *' là où leur 
ver ne meurt pas, et où le feu ne s'éteint pas. ''^ Car tous 
seront salés par le feu, comme toute victime est salée 
avec le sel {d). -^^ Le sel est bon ; mais si le sel devient fade, 
avec quoi Tassai sonnerez- vous? Ayez du sel en vous, et 
ayez la paix entre vous. 

§ VI. — SÉJOUR DE JÉSUS EN PÉRÉE. SON DERNIER 
VOYAGE A JÉRUSALEM. 

L'indissolubilité du mariage. Les petits enfants. Le jeune homme 
riche. Récompense de ceux qui abandonnent tout pour Jésus. 

Chapitre X. — * Jésus, étant parti de là, vint aux con- 
fins de la Judée, au delà du Jourdain; et les foules s'as- 
semblèrent auprès de lui, et, selon sa coutume, il les in- 
struisît de nouveau. - Et s'approchant, les pharisiens lui 
demandèrent, pour le tenter : Est-il permis à un homme 



(a) Voyez saint Matthieu, v, 22, et la note. 

(ô) Le ver impérissable du remords et le feu éternel de l'enfer. Emprunt 
fait à Isaïe, Lxvi, 24. 

(c) La fuite et la séparation, tels sont donc les vrais remèdes du scandale. 
■n. Si quelqu'un t'est aussi étroitement uni que ta main, ton pied, ton œil, 
■et qu'il te scandalise, il vaut mieux te passer des avantages de sa société ». 
(Saint Jérôme.) Il faut le traiter comme un membre gangrené. Le langage du 
Sauveur est ici d'une étonnante énergie. 

(rf) Allusion à un rite des sacrifices chez les Juifs. La pensée de Notre- 
Seigneur est assez énigmatiquc dans ce verset. D'après l'interprétation la plus 
•simple, elle signifie que les hommes, étant tous coupables, doivent tous passer 
d'une manière ou de l'autre par le feu : ce sera par celui de l'enfer, si ce 
jiest point par celui de Ui mortification volontaire. 



138 



S. MARC, X, 3-1 



de renvoyer sa femme? ^ Mais il leur répondit : Que vous 
a ordonné Moïse? * Ils dirent : Moïse a permis d'écrire un 
acte de divorce, et de la renvoyer (a). '■' Jésus leur dit : 
C'est à cause de la dureté de votre cœur qu'il a écrit pour 
vous cette ordonnance. ^ Mais, au commencement de la 
création, Dieu fit un homme et une femme. "' C'est pour- 
quoi l'homme quittera son père et sa mère, et il s'atta- 
chera à sa femme ; ^ et ils seront deu.x dans une seule 
chair (^). Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. 
^Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni. 

**^ Dans la maison, ses disciples l'interrogèrent encore 
sur le même sujet. ^^ Et il leur dit : Quiconque renvoie 
sa femme, et en épouse une autre, commet un adultère à 
l'égard de celle-là. *-Et si une femme renvoie son mari, et 
en épouse un autre, elle commet un adultère {c). 

*^On lui présentait de petits enfants, afin qu'il les tou- 
chât (d) ; mais les disciples repoussaient durement ceux qui 
les présentaient. ** Jésus, les voyant, 
en fut indigné, et leur dit : Laissez ve- 
nir à moi les petits enfants, et ne les 
en empêchez pas; car le royaume de 
Dieu est à ceux qui leur ressemblent. 
^■^ En vérité, je vous le dis, quiconque 

f- ne recevra pas le royaume de Dieu 

comme un enfant, n'y entrera point. 
^^Et les embrassant, et imposant les 
mains sur eux, il les bénissait. 

^"^ Comme il se mettait en chemin, 

quelqu'un accourut, et fléchissant le 

genou devant lui,, il lui demandait : 

Bon Maître, que ferai-je pour acquérir la vie éternelle? 

^^ Jésus lui dit : Pourquoi m'appelles-tu bon? Personne n'est 




Jésus bénit un enfant 
agenouillé devant lui. 

(Fresque 
des Catacombes.) 



(«) Deutéronome, xxiv, i. 
(è) Genèse, 11, 24. 

(c) Voyez saint Matthieu, xix, 9, et la note. 

(d) Grande « foi du peuple, qui croyait que, par la seule imposition de ses 
mains, Jésus porterait bonheur aux enfants ». (Théophylacte.) 



s. MARC, X, 19-29. 



139 



bon, si ce n'est Dieu seul. '"^ Tu connais les commande- 
ments : Ne commets pas l'adultère; Ne tue pas; Ne dé- 
robe pas; Ne porte pas de faux témoignage ; Ne fais tort 
à personne ; Honore ton père et ta mère. -*^I1 lui répondit : 
Maître, j'ai observé toutes ces choses depuis ma jeunesse. 
-* Jésus, l'avant regardé, l'aima (û:), et lui dit : Il te manque 
une chose; va, vends tout ce que tu as et donne-le aux 
pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens et 
suis-moi. ■-- Mais lui, affligé de cette parole, s'en alla triste, 
car il avait de grands biens, 

^■^ Alors Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disci- 
ples : Qu'il est difficile à ceux qui ont des richesses d'en- 
trer dans le royaume de Dieu! -''Les disciples étaient 
étonnés de ses paroles. Mais Jésus, reprenant, leur dit : 
Mes petits enfants, qu'il est difficile à ceux qui se confient 
dans les richesses d'entrer 
dans le royaume de Dieu ! 
-■^ Il est plus facile à un 
chameau de passer par le 
trou d'une aiguille, qu'à 
un riche d'entrer dans le 
royaume de Dieu. -^ Ils fu- 
rent encore plus étonnés, 
et ils se disaient les uns 
aux autres : Et qui donc 
peut être sauvé? -"Jésus, 
les regardant, dit : Cela est 
impossible aux hommes, 
mais non pas à Dieu; car tout est possible à Dieu. 

-^ Alors Pierre se mit à lui dire : Nous, voici que nous 
avons tout quitté, et que nous vous avons suivi. -'' Jésus 
répondit : En vérité,^ je vous le dis, personne ne quittera, 
pour moi et pour l'Evangile, sa maison, ou ses frères, ou 
ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou ses enfants, ou ses 




On charge un chameau. 
(Bas-relief de Ninive.) 



(a) Encore un de ces traits qui nous permettent de lire bien avant dans le 
cx-ur de N'otre-Seigneur. 



140 



s. MARC, X, 30-37. 



champs, •^'^ qu'il ne reçoive maintenant, en ce temps pré- 
sent, cent fois autant, des maisons, des frères, des sœurs, 
des mères, des enfants, et des champs, avec des persécu- 
tions {a), et dans le siècle futur, la vie éternelle. ^^ Mais 
beaucoup des premiers seront les derniers, et beaucoup 
des derniers les premiers. 

Nouvelle amionce de la Passion. La demande indiscrète 
des fils de Zébédêe. Guérison de l'aveugle Bartimée. 



■^■- Or, ils étaient en chemin pour monter à Jérusalem ; 
et Jésus marchait devant eiix, et ils étaient 
troublés, et ils le suivaient av^ec crainte {})). Et 
prenant de nouveau les douze à part, il se mit 
à leur dire ce qui devait lui arriver : 
■^•^ Voici que nous montons à Jérusalem, et 
le Fils de l'homme sera livré aux princes 
des prêtres, et aux scribes, et aux an- 
ciens ; ils le condamneront à mort, et 
ils le livreront aux gentils; '^^ et ils 
l'insulteront, et cracheront sur lui, et 
le flagelleront, et le feront mourir; et 
il ressuscitera le troisième jour. 

^•^ Alors Jacques et Jean, fils de Zé- 
bédêe, s'approchèrent de lui, en di- 
sant : Maître, nous voulons que vous 
Fiageiium, ou fouet dont fassiez pour nous tout cc quc nous 
on se servait pour la demanderons. ''*' Il leur dit : Que vou- 
flageiiation. lez-vous que je fasse pour vous? ^' Et 

(D'après les anciens 

monuments.) («î) Avec des persécutions : ce détail, propre 

à saint Marc, paraît surprenant au premier abord. 
-« Est-ce donc que les persécutions font partie des promesses de Jésus-Christ, 
et des récompenses qu'il promet à ses serviteurs ? Oui, sans doute. Les per- 
sécutions, les peines, les travaux sont la joie et le partage des chrétiens ; c'est 
le gage assuré de leur bonheur futur. Jésus-Christ partage ses amis comme il 
s'est partagé lui-même. » (Calmet.) 

(è) Ils tremblaient idout lui et pour eux-mêmes, comprenant à demi le 
-danger. 




s. MARC, X, 3 8-49- Mi 

ils dirent : Accordez-nous d'être assis, l'un ù votre droite, 
et l'autre à votre gauche, dans votre gloire {a). ^^ Mais 
Jésus leur répondit : Vous ne savez pas ce que vous de- 
mandez, Pouvez-vous boire le calice que je dois boire, et 
être baptisés du baptême dont je dois être baptisé? -^^Ils 
lui dirent : Xous le pouvons. Mais Jésus leur dit : Vous 
boirez, en etfet, le calice que je dois boire, et vous serez 
baptisés du baptême dont je dois être baptisé; ''^mais, 
quant à être assis à ma droite ou à ma gauche, il ne m'ap- 
partient pas de vous le donner à vous, mais à ceux pour 
lesquels cela a été préparé. '' Et les dix autres, entendant 
cela, commencèrent à s'indigner contre Jacques et Jean. 
*- Mais Jésus, les appelant, leur dit : Vous savez que ceux 
qui sont regardés comme les chefs des nations les domi- 
nent, et que leurs princes ont puissance sur elles. "Il n'en^ 
est pas de même parrni.jk:pus,; mais quiconque voudra de- 
venir le plus grand, sera votre serviteur ; *^et quiconque 
voudra être le premier parmi vous, sera le serviteur de 
tous. " Car le Fils de l'homme lui-même n'est pas venu 
pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie comme 
la rançon d'un grand nombre. 

■'^ Ils vinrent ensuite à Jéricho {d) ; et, comme il partait 
de Jéricho avec ses disciples et une foule considérable, le 
fils de Timée, Bartimée l'aveugle, était assis sur le bord 
du chemin, demandant l'aumône. '"' Ayant appris que 
c'était Jésus de Nazareth, il se mit à crier et à dire : 
Jésus, fils de David, ayez pitié de moi. '^ Et beaucoup le 
menaçaient pour qu'il se tût ; mais il criait bien plus fort : 
Fils de David, ayez pitié de moi. ^^ Alors Jésus, s'arrêtant, 



(a) Saint Jacques et saint Jean demandaient donc, à l'instigation de leur mère 
^voyez saint Matthieu, xx, 20-21), d'être les premiers ministres de Jésus 
dans son futur royaume, qu'ils se représentaient sous une forme purement 
terrestre ; car ils partageaient encore, sur ce point, les préjugés de leurs com- 
patriotes. « Que personne ne se trouble de voir ces apôtres imparfaits ; ils 
n'avaient pas encore reçu la grâce de l' Esprit-Saint. » (Saint Jean Chrysos- 
tome.) 

(b) Voyez saint Mathieu, xx, 29, et la note. 



142 



s. MARC, X, 50 — XI, 3. 



ordonna qu'on l'appelât. Et ils appelèrent l'aveugle, en 

lui disant : Aie 
bon courage ; 
lève-toi, il t'ap- 
pelle. °'^ Ayant 
jeté son man- 
teau, il vint en 
sautant vers Jé- 
sus. ^^ Et Jésus, 
prenant la pa- 
role, lui dit : 
- Que veux -tu 
-' que je te fasse? 
L'aveugle lui 
répondit : Rab- 
Ti» j- . , /o 1 *• j ^ boni (a), que ie 

Mendiant- aveugle. (Palestine moderne.) >. ^ ■' 

voie. •'"-Jésus lui 
dit : Va, ta foi t'a sauvé. Et aussitôt il vit, et il suivait 
Jésus sur le chemin. 




SECONDE PARTIE 



Les derniers jours et la Passion de Jésus. 



§ I- 



LE MESSIE TRIOMPHANT. 



Entrée triomphale de Jésus a yériisalem. 

Chapitre XI. — * Comme ils approchaient de Jérusalem 
et de Béthanie, vers la montagne des Oliviers {h), il en- 
voya deux de ses disciples, ^et leur dit : Allez au village 
qui est devant vous, et aussitôt que vous y serez entrés, 
vous trouverez un ânon attaché, sur lequel nul homme 
ne s'est encore assis; déliez-le, et amenez-le. ^Et si quel- 
qu'un vous dit : Pourquoi faites- vous cela? répondez : 

{a) Mot hébreu, qui signifie : Mon maître. 

(ô) Voyez saint Matthieu, xxi, i, 17, et les notes.. 



s. MARC, XI, 4-13. 



143 



Le Seigneur en a besoin; et aussitôt on le laissera ame- 
ner ici (rz). *^ Etant donc allés, ils trouvèrent l'ànon attaché 
dehors, auprès d'une porte, entre deux chemins, et ils le dé- 
lièrent. -^ Quelques-uns de ceux qui étaient là leur dirent : 
Que faites-vous? Pourquoi déliez-vous cet ànonp^lls leur 
répondirent comme Jésus le leur avait ordonné ; et ils le leur 
laissèrent emmener. 'Ils amenè- 
rent à Jésus l'ànon, sur lequel ils 
mirent leurs vêtements, et il s'as- 
sit dessus. ^ Beaucoup étendirent 
leurs vêtements sur le chemin ; 
d'autres coupaient des branches 
d'arbres, et les jetaient sur le che- 
min. ^ Et ceux qui marchaient de- 
vant, et ceux qui suivaient, criaient, 
en disant : Hosanna (3) i ^^ Béni 
soit celui qui vient au nom du 
Seigneur ! Béni soit le règne de 
notre père David, qui arrive ! Ho- 
sanna au plus haut des cieux ! ^^ Jésus entra à Jérusalem 
dans le temple (c) ; et, après avoir regardé toutes choses, 
comme il était déjà tard, il s'en alla à Béthanie avec les 
douze. 




Jési;s monté sur l'Anesse. 
(Fond de cuiller gravé.) 



§ n. 



LE CHRIST AGIT EX JUGE SGl^ERAIX. 



Ze figuier maudit. Les vendeurs chassés du temple. Puissance de la 
foi. Source de l'autorité de Jésus. Parabole des vignerons 
homicides. 



^■-Le lendemain, comme ils sortaient de Béthanie, il eut 
faim. ' ' Et voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, 

{ci) Jésus, qui a refusé avec vigueur, durant toute sa vie publique, de se 
prêter aux manifestations enthousiastes de la foule, donne lui-même, cette fois, 
des ordres en vue de son triomphe. C'est que son Père le voulait, et que 
l'Ecriture l'avait prédit Voyez saint Matthieu, xxi, 4-5, et les notes. 

(6) Voyez saint Matthieu, xxi, 9, et la note. 

(<;) « On Conduit le Sauveur avec cette pompe sacrée jar le milieu de 



144 



s. MARC, XI, 14-22. 



il alla voir s'il y trouverait quelque chose; et, s'en étant 
approché, il n'y trouva que des feuilles, car ce n'était pas 
le temps des figues, i*- Prenant la parole, il lui dit : 
Que jamais personne ne mange de toi aucun fruit. Et ses 
disciples l'entendirent. 

*=» Ils vinrent ensuite à Jérusalem, et Jésus, étant entré 
dans le temple, se mit à chasser ceux qui vendaient et 
qui achetaient dans le temple; et il renversa lès tables 

des changeurs, et les sièges 

de ceux qui vendaient des 

colombes, ^^ Et il ne per- 

ip-|] \ mettait pas que personne 

— \ transportât aucun objet à 

1 travers le temple. ^'' Et il 



enseignait, en leur disant : 
N'est-il pas écrit (a) : Ma 
maison sera appelée une 
maison de prière pour 
toutes les nations? Mais 
vous, vous en avez fait une 
caverne de voleurs. ^^ Ayant 
entendu cela, les princes des 




Table de changeur. 
(Antique sculpture.) 



prêtres et les scribes cherchaient un moyen de le faire 
mourir; car ils le craignaient, parce que toute la foule 
était dans l'admiration au sujet de sa doctrine. ^^ Quand 
le soir fut venu, il sortit de la ville. 

2<>Le matin, en passant, ils virent le figuier, desséché 
jusqu'à la racine ((^).-*Et Pierre, se ressouvenant, lui dit i 
Maître, voici que le figuier que vous avez maudit s'est 
desséché. 2- Jésus, prenant la parole, leur dit : Ayez foi en 

Jérusalem jusqu'à la montagne du temple. Il y paraît comme le Sauveur et 
comme le Maître, comme le Fils de la maison, le Fils de Dieu qu'on y sert. » 
(Bossuet.) 

(a) Isaïe, lvi, 7 ; Jéréraie, vii, 11. 

(b) C'était là « une parabole de choses » (Bossuet), et cette parabole an- 
nonçait la ruine prochaine de la synagogue juive, qui, bien qu'elle ressemblât 
alors à un arbre verdoyant, était en réalité complètement stérile et dépourvue 
de fruits de salut. COrigène, saint Jérôme, saint Hilaire.) 



s. MARC, XI, 23-33. 



145 




Chrétienne en prière. 
(Peinture des Catacombes.) 



Dieu. -^En vérité, je vous le dis, quiconque dira à cette 
montagne : Ote-toi de là, et jette- 
toi dans la mer, s'il n'hésite pas 
dans son cœur, mais s'il croit que 
tout ce qu'il aura dit arrivera, il 
le verra arriver. -''■ C'est pourquoi 
je vous dis : Quoi que ce soit que 
vous demandiez en priant, croyez 
que vous le recevrez, et cela vous 
arrivera. "-' Et lorsque vous vous" 
tiendrez debout pour prier, si vous 
avez quelque chose contre quel- 
qu'un, pardonnez-lui, afin que votre 
Père qui est dans les cieux vous 
pardonne aussi vos péchés. -^ Si 
vous ne pardonnez point, votre 
Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera pas non 
plus vos péchés. 

-' Ils vinrent de nouveau à Jérusalem. Et comme Jésus 
se promenait dans le temple, les princes des prêtres, les 
scribes et les anciens vinrent à lui, -^et lui dirent : Par 
quelle autorité faites-vous ces choses? et qui vous adonné 
l'autorité de les faire? -^ Jésus leur répondit : Je vous 
adresserai, moi aussi, une question ; répondez-moi, et je 
vous dirai par quelle autorité je fais ces choses. ^^ Le bap- 
tême de Jean était-il du ciel ou des hommes? Répondez- 
moi. ^' Mais ils raisonnaient en eux-mêmes, disant : Si 
nous répondons : Du ciel, il dira : Pourquoi donc n'avez- 
vous pas cru en lui? ^^ Si nous disons : Des hommes, 
nous avons à craindre le peuple ; car tous regardaient 
Jean comme un vrai prophète. -^Uls répondirent donc à 
Jésus : Nous ne savons. Et Jésus leur répliqua. Moi non 
plus, je ne vous dirai point par quelle autorité je fais ces 
choses (a). 



(a) « C'est à bon droit qu'il refusa de leur répondre, parce qu'ils agissaient 
avec malice. » (Saint Jean Clirysostonie.) 



146 



s. MARC, XII, I-I2, 




Tour de gardiens dans 
une vigne. (Orient moderne.) 



Chapitre XII. — Hl se mit ensuite à leur parler en 
paraboles : Un homme planta une vigne, et l'entoura d'une 
haie, et creusa un pressoir, et bâtit une tour, et la loua à 

des vignerons, puis s'en alla dans 
un pays lointain. -Le temps venu, 
il envoya un serviteur aux vigne- 
rons, pour recevoir du fruit de la 
vigne. -^Mais l'ayant pris, ils le bat- 
tirent, et le renvoyèrent les mains 
vides. '' Il leur envoya de nouveau 
un autre serviteur, et ils le bles- 
sèrent de nouveau à la tête, et le 
chargèrent d'outrages. -^ Il en 
envoya un autre, qu'ils tuèrent ; 
puis plusieurs autres, dont ils 
battirent les uns, et tuèrent les autres. •'Enfin, avant 
encore un fils unique, qui lui était très cher, il le leur 
envoya en dernier lieu, disant : Ils respecteront mon fils, 
^ Mais les vignerons dirent entre eux : Voici l'héritier; 
venez, tuons-le, et l'héritage sera à nous. ^ Et s'étant 
saisis de lui, ils le tuèrent, et le jetèrent hors de la vigne. 
^ Que fera donc le maître de la vigne? Il viendra, et fera 
périr les vignerons, et il donnera la vigne à d'autres. 
*^ N'avez-vous pas lu cette parole de l'Ecriture (a) : La 
pierre rejetée par ceux qui bâtissaient est devenue la 
tête de l'angle. ^^ C'est le Seigneur qui a fait cela, et 
c'est une merveille à nos yeux. ^-Et ils cherchaient à 
s'emparer de lui, mais ils craignirent la foule; car ils com- 
prirent que c'était pour eux qu'il avait dit cette parabole. 
Et l'avant laissé, ils s'en allèrent. 



(a) Psaume, cxvii, 22. Cette pierre angulaire, méprisée et rejetée par les 
Juifs, puis placée par Dieu à l'endroit le plus honorable de l'édifice, symbo- 
lyse Notre-Seigneur Jésus-Christ. 



s. MARC^ XII, 13-24. 147 

Questions insidieuses proposées a J^ésus sur le tribut, la résurrec- 
tion et le plus grand commandement. Le Messie, fils de David. 
Prendre garde aux scribes. L'-obole de la veuve. 

'•^Ils envoyèrent auprès de lui quelques-uns des phari- 
siens et des hérodiens {a), pour le surprendre dans ses 
paroles. ^'' Et ils vinrent lui dire : Maître, nous savons que- 
vous êtes véridique, et que vous n'avez souci de qui que 
ce soit ; car vous ne considérez^point l'apparence des 
personnes, mais vous enseignez la voie de Dieu selon la 
vérité. Est-il permis de payer le tribut à César (<^), ou ne 
le payerons-nous pas? *'^ Connaissant leur hypocrisie, il 
leur dit : Pourquoi me tentez- vous? Apportez-moi un 
denier, afin que je voie. ^" Ils lui en apportèrent un; et il 
leur dit : De qui est cette image et cette inscription? Ils 
lui dirent : De César. ^^ Jésus leur répondit : Rendez 
donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à 
Dieu. Et ils étaient dans l'étonnement à son sujet. 

*^ Alors les sadducéens, qui disent qu'il n'ya pas de résur- 
rection (6"), vinrent auprès de lui, et ils l'interrogeaient, 
en disant : ^'^ Maître, Moïse a écrit pour nous que, si un 
homme meurt, laissant sa femme sans enfants, son frère 
doit épouser cette femme, et susciter une postérité à son 
frère (^/). -'^ Or, il y avait sept frères; et le premier prit 
une femme, et mourut sans laisser de postérité. -^ Le second 
la prit ensuite, et mourut, et ne laissa pas non plus de 
postérité. Et le troisième de même. -- Et les sept la pri- 
rent pareillement, et ne laissèrent pas de postérité. La 
femme mourut aussi, la dernière de tous. -"A la résur- 
rection, lorsqu'ils seront ressuscites, duquel d'entre eux 
sera-t-elle la femme? car tous les sept l'ont eue pour 
femme? -•'•Et Jésus leur répondit : X'êtes-vous pas dans 

{a) Voyez saint Matthieu, xxii, 16, et la note. 

(b) Voyez saint Matthieu, xxii, 17, et la note : saint Luc. xx, 20, et la 
note. 

(c) Voyez saint Matthieu, m, 7, et la note. 

(d) Deutéronome, xxv, 5-6. 



148 



s. MARC, XII, 25-33. 



l'erreur, parce que vous ne comprenez ni les Écritures, 
ni la puissance de Dieu? "-'Car, lorsqu'ils seront ressus- 
cites d'entre les morts, les hommes ne prendront pas de 
femmes, ni les femmes de maris; mais ils seront comme 




Cortège nuptial. (D'après un vase grec.) 

les anges dans le ciel. "-*^ Et quant à la résurrection des 
morts, n'avez-vous pas lu dans le livre de Moïse, à l'en- 
droit du buisson, ce que Dieu lui dit {a) : Je suis le Dieu 
d'Abraham, et le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob? ^'' Or, il 
n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Vous êtes 
donc dans une grande erreur. 

-^ Alors un des scribes, qui les avait entendus disputer, 
V03"ant que Jésus leur avait bien répondu, s'approcha, et 
lui demanda quel était le premier de tous les comman- 
dements. -^ Jésus lui répondit : Le premier de tous les 
commandements est celui-ci (è) : Ecoute, Israël ; le Sei- 
gneur ton Dieu est le Dieu unique. ^^ Et tu aimeras le Sei- 
gneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et 
de tout ton esprit, et de toute ta force. C'est là le premier 
commandement. ^^ Le second lui est semblable (c) : Tu 
aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas 
d'autre commandement plus grand que ceux-là. ^'^ Le 
scribe lui dit : Bien, Maître ; vous avez dit avec vérité qu'il 
n'y a qu'un seul Dieu, et qu'il n'y en a pas d'autre que 
lui, ^'^ et qu'on doit l'aimer de tout son cœur, et de tout 
son esprit, et de toute son âme, et de toute sa force, et 

(rt) Exode, III, 6. Dans ce passage, il est question du buisson ardent. 
(b) Deutéronome, vi, 4-5. 
(c} Lévitique, xix, 18. 



s. MARC, XII, 34-41. 



149 




Le roi Darius foule aux 
pieds un ennemi vaincu. 

(Bas-relief persan.) 



qu'aimer le prochain comme soi-même est quelque chose 
de plus grand que tous les holocaustes et les sacrifices. 
^* Jésus, voyant qu'il avait sagement répondu, lui dit : Tu 
n'es pas loin du royaume de Dieu. Et per- 
sonne n'osait plus lui adresser de ques- 
tions {û). 
— — *'1Mais Jésus, enseignant dans le temple, 
disait : Comment les scribes disent-ils que 
le Christ est Fils de David? -'^ Car 
David lui-même a dit par le Saint- 
Esprit : Le Seigneur a dit à mon 
Seigneur : Assieds-toi à ma droite, 
jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis 
l'escabeau de tes pieds (à)? ■^'' Ainsi, 
David lui-même l'appelle Seigneur; 
comment donc est-il son fils? La foule, 
qui était nombreuse, l'écoutait avec plaisir. 

■^^ Et il leur disait dans son enseignement : Gardez-vous 

O 

des scribes, qui aiment 

à se promener vêtus 

de longues robes, et à 

être salués sur la place 
39 



publique; ^''à occuper 
les premières chaires 
dans les synagogues et 
les premières places 
dans les festins; '^'^ qui 
dévorent les maisons 
des veuves, sous pré- 
texte de longues priè- 
res. Ils subiront un ju- 
gement plus prolongé. 




L'obole de la veuve. 
(D'après une mosaïque de Ravenne.) 



41 



Après cela Jésus, s'étant assis vis-à-vis du tronc, 



(a) Tous ceux qui en avaient posé à Jésus, dans l'espoir de l'cmbarranser, 
ayant été eux-mêmes couverts de confusion. 

{b) Psaumes, cix, i. De toute la teneur tle ce psaume, il résulte que le 
Messie doit être bien plus qu'un roi temporel. 



150 s. MARC^ XII, 42 — XIIÎ, 8. 

regardait comment la foule y jetait de l'argent; et beau- 
coup de riches en jetaient beaucoup. ■^-11 vint aussi une 
pauvre veuve, qui y mit deux petites pièces, valant le quart 
d'un as (a). '^^ Alors Jésus, appelant ses disciples, leur dit : 
En vérité, je vous le dis, cette pauvre veuve a plus donné 
que tous ceux qui ont mis dans le tronc. *''Car tous ont 
mis de leur superflu ; mais elle a donné, de son indigence 
même, tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour 
vivre. 

Prédiction relative a la ruine de Jérusalem et à la fin du monde. 
Exhortation a la vigilance. 

Chapitre XIII. — ^ Comme il sortait du temple, un de 
ses disciples lui dit : Maître, regardez quelles pierres et 
quelles constructions ((^). -Jésus répondant, lui dit :Tu vois 
tous ces grands édifices? Il n'en restera pas pierre sur 
pierre qui ne soit renversée. ^ Et comme il était assis sur 
la montagne des Oliviers, en face du temple, Pierre, 
Jacques, Jean et André lui demandèrent en particulier : 
^ Dites-nous quand cela arrivera, et quel signe il y aura 
quand toutes ces choses commenceront à s'accomplir. 

■' Et Jésus leur répondant, se mit à dire {c) : Prenez garde 
que personne ne vous séduise. "^Car beaucoup viendront 
sous mon nom, disant : C'est moi ; et ils séduiront beau- 
coup de monde. "* Quand vous entendrez parler de guerres 
et de bruits de guerres, ne craignez point ; car il faut que 
ces choses arrivent, mais ce ne sera pas encore la fin. 
^ Car on verra se soulever nation contre nation, et 

(rt) Voyez saint Mallhieu, v, 26, et la note. 

(ô) La splendeur et la richesse de ces constructions étaient proverbiales. 
Qui n'a pas vu le temple d'Hérode, disait-on, n'a pas vu de bel édifice. 
D'après les descriptions que nous en possédons, il formait, comme l'a dit un 
juge compétent, ♦; l'une des combinaisons architecturales les plus splendides 
de l'ancien monde ». 

(c) Les versets 5-13 exposent les signes a\'ant-coureurs soit de la ruine de 
Jérusalem, soit de la fin du monde. Chacun de ces événements sera précédé 
d'une période de trouble et de crise. 



s. MARC, XIII, 9-15. 



151 



royaume contre royaume, et il y aura des tremblements 
de terre en divers lieux, et des famines. Ce sera là le 
commencement des douleurs. ^ Pour vous, prenez garde à 
vous-mêmes; car on vous livrera aux tribunaux, et vous 
serez battus dans les synagogues, et vous comparaîtrez 
devant les gouverneurs et devant les rois à cause de moi, 
pour me rendre témoignage devant eux. ^"^Il faut aupa- 
ravant que l'Evangile soit prêché à toutes les nations. ^^ Et 
lorsqu'on vous emmènera pour vous livrer, ne pensez pas 
d'avance à ce que vous direz ; mais dites ce qui vous sera 
inspiré à l'heure même; car ce n'est pas vous qui par- 
lerez, mais l'Esprit-Saint. ^- Alors le frère livrera son 
frère à la mort, et le père son fils; les enfants s'élèveront 
contre leurs parents, et les feront mourir (a). ^'^ Et vous 
serez haïs de tout 

le monde à cause j'^'^Ë 

de mon nom ; 
mais celui qui per- 
sévérera jusqu'à 
la fin sera sauvé. 
^^ Or , quand 
vous verrez l'abo- 
mination de la dé- 
solation (d) éta- 
blie là où elle ne 
doit pas être (que 
celui qui lit en- 
tende), alors, que 
ceux qui seront 
dans la Judée 
s'enfuient sur les 
montagnes;*"' que 
celui qui sera sur le toit (c) ne descende pas dans sa mai- 




Maisons aux toits plats. (Orient moderne.) 






(a) Écho du prophète Michée, vu, 6. 

(ô) Voyez saint Matthieu, xxiv, 15, et la seconde note. Les versets 14-20 
décrivent sommairement la ruine de l'Etat juif. 
(t) Voyez saint Matthieu, xxiv, 17, et la note. 



152 s. MARC, XIII, 16-29. 

son, et n'y entre pas pour en emporter quelque chose ; 
'^ et que celui qui sera dans les champs ne retourne pas 
en arrière pour prendre sa tunique. ^^Malheur aux femmes 
qui seront enceintes ou qui allaiteront en ces jours-là. 
^^ Priez pour que ces choses n'arrivent point en hiver. 
*^ Car les tribulations de ces jours seront telles, qu'il n'y 
en a pas eu de semblables depuis le commencement du 
monde que Dieu a créé, jusqu'à présent, et qu'il n'y en 
aura jamais {a). -^ Et si le Seigneur n'avait abrégé ces 
jours, aucune chair n'aurait été sauvée; mais, à cause des 
élus qu'il a choisis, il a abrégé ces jours. 

2^ Et alors {d), si quelqu'un vous dit : Voici que le 
Christ est ici, voici qu'il est là; ne le croyez point. -- Car 
il s'élèvera de faux christs et de faux prophètes, qui feront 
des prodiges et des miracles pour séduire, s'il était pos- 
sible, les élus eux-mêmes. ^-^Vous donc, prenez garde; 
voici que je vous ai tout prédit. 

-^ Mais en ces jours-là, après cette tribulation, le soleil 
s'obscurcira, et la lune ne donnera plus sa lumière; -■' les 
étoiles du ciel tomberont, et les puissances qui sont dans 
les cieux seront ébranlées. -^ Et alors on verra le Fils de 
l'homme venant sur les nuées, avec une grande puissance 
et une grande gloire. -' Et alors il enverra ses anges, et il 
rassemblera ses élus des quatre vents, de l'extrémité de 
la terre jusqu'à l'extrémité du ciel. 

-^ Apprenez une comparaison tirée du figuier. Lorsque 
ses branches sont déjà tendres et que ses feuilles viennent 
de naître, vous savez que l'été est proche, ^^ De même, 
lorsque vous verrez ces choses arriver, sachez que c'est 



{a) L'historien juif Flavius Josèphe, témoin oculaire, auquel saint Jean 
Chrysostome renvoie ici comme au meilleur commentateur, termine dans les 
termes suivants sa lugubre description de la prise de Jérusalem par les Ro- 
mains : « Aucune autre ville n'a jamais souffert tant de misères. Si les mal- 
heurs du monde entier, depuis la création du monde, étaient comparés à ceux 
que les Juifs endurèrent alors, on les trouverait inférieurs aux leurs. » 

(i) Signes qui précéderont et annonceront la fin des temps, versets 21-31. 
Les versets 32-37 ont un caractère pratique et exhortent à la vigilance. 



s. MARC, XllI, 30 — XIV, 3. 153 

proche, à la porte. '^ En vérité, je vous le dis, cette géné- 
ration ne passera point, que toutes ces choses n'arrivent. 
^' Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne pas- 
seront point. 

'^- Quant à ce jour ou à cette heure, nul ne sait rien, 
ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul. 
•^^ Prenez garde, veillez et priez, car vous ne savez quand 
ce temps viendra. '■'* Il en sera comme d'un homme qui, 
s'en allant au loin, laisse sa maison et remet l'autorité à 
ses serviteurs, marquant à chacun sa tâche, et ordonne au 
portier de veiller. ^-^ Veillez donc, car vous ne savez pas 
quand viendra le maître de la maison, si ce sera le soir, 
ou au milieu de la nuit, ou au chant du coq, ou le matin ; 
■^^ de peur que, survenant tout à coup, il ne vous trouve 
endormis. -^^Ce que je vous dis, je le dis à tous : Veillez. 

§ III. — LE MESSIE SOUFFRANT. 

Complot contre Jésus. La pieuse onction de Béthanie. Trahison 
de Judas. La dernière cène et V institution de l' Eucharistie. 
Trots prédictions du Sauveur. 

Chapitre XIV. — ' Or, deux jours après, c'était la 
Pâque et les Azymes (<?), et les princes des prêtres et les 
scribes cherchaient comment ils se saisiraient de Jésus 
par ruse (3), et le feraient mourir. - Mais ils disaient : 
Que ce ne soit pas le jour de la fête, de peur qu'il ne 
s'élève quelque tumulte parmi le peuple. 

^ Comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de 
Simon le lépreux, et qu'il était à table, une femme entra, 
portant un vase d'albâtre plein d'un parfum précieux, de 



id) Voyez saint Matthieu, xxvi, 17, et la note. 

(h) Trait douloureusement significatif. Un écrivain rationaliste le reconnaît 
franchement, ces détails préliminaires montrent que le Sanhédrin visait « à 
une exécution sommaire, si .ce n'est à un assassinat ». Si les Juifs firent 
mourir Jésus « le jour de la fête » (verset 2), à l'encontre de leur premier 
projet, c'est parce que la trahison de Judas précipita le dénouement. 



154 



s. MARC, XIV, 4-1 2. 



nard d'épi (a), et ayant rompu le vase, elle répandit le 
parfum sur la tête de Jésus. "^Or, il y en avait là quelques- 
uns qui s'indignèrent en eux-mêmes, et qui disaient : 
A quoi bon perdre ainsi ce parfum ? '■' Car on pouvait ven- 
dre ce parfum plus de trois cents deniers (è), et les donner 
aux pauvres. Et ils s'irritaient contre elle. ^Mais Jésus 

dit : Laissez-la; pour- 
quoi lui faites-vous de 
la peine? Elle a fait 
une bonne œuvre à 
mon égard. "^ Car vous 
avez toujours des pau- 
vres avec vous, et 
quand vous voudrez, 
vous pourrez leur faire 
du bien; mais moi, 
vous ne m'aurez pas 
toujours. ^ Ce qu'elle a 
pu, elle l'a fait; elle 
a d'avance embaumé 
mon corps pour la sé- 
pulture. ^ En vérité, je 
vous le dis, partout où 
sera prêché cet Evan- 
gile, dans tout le monde, on racontera aussi, en mémoire de 
cette femme, ce qu'elle a fait. 

^° Alors Judas Iscariote, l'un des douze, s'en alla vers les 
princes des prêtres, pour leur livrer Jésus. ^^ Après l'avoir 
entendu, ils se réjouirent, et promirent de lui donner de 
l'argent. Et il cherchait une occasion favorable pour le 
livrer. 

^-Le premier jour des Azymes, oi^i l'on immolait la 




Plante qui produit le nard. 



(a) Le nard était une huile aromatique très estimée, extraite de la racine, 
des feuilles ou de l'épi de la plante du même nom, qui appartient à la famille 
des Valérianées. 

(b) Voyez saint Matthieu, xviii, 28, et la note. 



s. MARC, XIV, 13-21. 



pâque (r?), les disciples lui dirent : Où voulez-vous que nous 
allions vous préparer ce qu'il faut pour manger la pâque? 
*^ Et il envova deux de ses disciples, et leur dit : Allez à 
la ville, et vous rencontrerez un homme portant une cru- 
che d'eau ; suivez-le, ^^ et en quelque lieu qu'il entre, dites 
au maître de la maison (d) : Le Maître vous envoie dire : 
Où est le lieu où je pourrai manger la pâque avec mes disci- 
ples? ''Et il vous montrera une grande chambre haute, 
toute meublée; là faites-nous 



les préparatifs. ^'^ Ses dis- 
ciples s'en allèrent donc, et 
vinrent dans la ville ; et ils 
trouvèrent les choses comme 
il le leur avait dit, et ils pré- 
parèrent la pâque. 

^' Le soir étant venu, il se 
rendit là avec les douze. 
*^Et tandis qu'ils étaient à 
table, et qu'ils mangeaient, 
Jésus dit : En vérité, je vous 
le dis, l'un de vous, qui mange K 
avec moi, me trahira. '^ Ils 

commencèrent à s'attrister, Meuble égyptien antique, en forme 
et à lui dire l'un après l'au- "^^ ^^i^on, montrant le toit plat et 
T^ • - 0.1 Ti 1 la- chambre haute. 

tre : Est-ce moi.-' -^11 leur 

répondit : C'est l'un des douze, qui met avec moi la main 
au plat. "-* Pour le Fils de l'homme, il s'en va selon ce qui 
a été écrit de lui ; mais malheur à l'homme par qui le Fils 
de l'homme sera trahi. Mieux vaudrait pour cet homme 
qu'il ne fût pas né (^r). 

(a) C'est-k-dire, l'agneau pascal. 

(i) « Les évangélistes ne le nomment pas, et Jésus même, sans le nommer 
à ses disciples, leur donna seulement des marques certaines pour le trouver. » 
(Bossuet.) Par cette indication mystérieuse, le Sauveur voulait sans doute 
empêcher Judas de connaître d'avance le lieu de la réunion, et, par suite, de 
troubler l'institution de la sainte Eucharistie, s'il venait arrêter son Maître 
dans le cénacle. 

(c) « Ces mots, pris à la lettre et en toute rigueur, ferment à jamais, la 




IS6 



s. MARC, XIV, 22-30. 



" Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain, et 
l'ayant béni, il le rompit, et le leur donna, en disant : 

Prenez, ceci est 




mon corps. 



23 



Et 



Jésus à table avec ses apôtres. 
(D'après une ancienne mosaïque.) 



ayant pris le ca- 
lice, et rendu grâ- 
ces, il le leur 
donna, et ils en 
burent tous. -^ Et 
il leur dit : Ceci 
est mon sang, le 
sang de la nou- 
velle alliance, qui 
sera répandu 
pour un grand 
nombre (n). "-'^En 



vérité, je vous le dis, désormais je ne boirai plus de ce 
fruit de la vigne, jusqu'au jour où j'en boirai du nouveau 
dans le royaume de Dieu. 

-^ Et après avoir dit l'hymne (è), ils s'en allèrent à la mon- 
tagne des Oliviers. ^^ Et Jésus leur dit : Vous serez tous 
scandalisés cette nuit à mon sujet, car il est écrit (c) : Je frap- 
perai lepasteur, et les brebis seront dispersées. -^ Mais, après 
que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. ^^ Or 
Pierre lui dit : Quand tous seraient scandalisés à votre 
sujet, je ne le serai pas. ^^ Et Jésus lui dit : En vérité, je 
te le dis, aujourd'hui, pendant cette nuit, avant que le coq 

porte de l'espérance. Ils écartent toute pensée d'un salut ultérieur et final ; 
car, s'il pouvait y avoir une rédemption pour l'âme de Judas dans les futures 
révolutions des âges, il serait meilleur pour lui d'avoir reçu la vie. » (Un 
commentateur contemporain.) 

(a) « Quelle simplicité, quelle netteté, quelle force dans ces paroles !... 
Jésus dit : Ceci est mon corps ; c'est son corps : Ceci est mon sang ; c'est 
son sang. Qui peut parler en cette sorte, sinon celui qui a tout en sa main ?.., 
Mon âme, arrête-toi ici sans discourir; crois aussi simplement, aussi fortement 
que ton Sauveur a parlé, avec autant de soumission qu'il fait paraître d'au- 
torité et de puissance... Je me tais, je crois, j'adore. » (Bossuet.) 

(b) Voyez saint Matthieu, xxvi, 30, et la note. 

(c) Zacharie, xiii, 7, 



s. MARC, XIV, 31-43. 157 

ait chanté deux fois, tu me renieras trois fois. ■'' Mais 
Pierre insistait encore davantage : Quand il me faudrait 
mourir avec vous, je ne vous renierai pas. Et tous di- 
saient la même chose. 

L'agonie à Gethsématii. Ai'restation de Jésus. 
Il comparaît devant Caïphe. Reniement de saint Pierre. 

^■-Ils allèrent ensuite au lieu appelé Gethsémani (rt). Et 
il dit à ses disciples : Asseyez-vous ici, pendant que je prie- 
rai. '-^ Et il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il com- 
mença à être saisi de frayeur et d'angoisse. -^'Et il leur 
dit : Mon âme est triste jusqu'à la mort; demeurez ici, et 
veillez. '^'^Et s'étant avancé un peu, il se prosterna contre 
terre, et il priait pour que, s'il était possible, cette heure 
s'éloignât de lui. ''^ Et il dit : Abba {h), Père, tout vous 
est possible ; transportez ce calice loin de moi ; toutefois, 
non pas ce que je veux, mais ce que vous voulez. -^'11 
vint vers les disciples, et il les trouva endormis. Et il dit 
à Pierre : Simon, tu dors ! Tu n'as pas pu veiller une 
heure? -^^ Veillez et priez, afin que vous n'entriez point en 
tentation ; l'esprit est prompt, mais la chair est faible. 
■^^ Et s'en allant de nouveau, il pria, redisant les mêmes 
paroles. '"^Et étant venu, il les trouva encore endormis; 
car leurs yeux étaient appesantis de sommeil, et ils ne 
savaient que lui répondre. '*^ Il revint encore pour la troi- 
sième fois, et il leur dit : Dormez maintenant et reposez- 
vous (<:). C'est assez, l'heure est venue; voici que le Fils de 
l'homme va être livré aux mains des pécheurs. *- Levez- 
vous, allons; voici que celui qui me livrera est proche. 

'*'^ Et comme il parlait encore. Judas Iscariote, l'un des 
douze, vint, et avec lui une grande foule, armée d'épées 
et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, et les scribes, 

{a) Voyez saint Matthieu, xxvi, 36, et la note. 
(h) Mot chaldéen, qui est aussitôt traduit par saint Marc : Père. 
(c) Voyez saint Matthieu, xxvi, 46, et la note. Jésus éveille maintenant 
les apôtres, pour aller avec eux au devant de ses ennemis. 



158 



s. MARC, XIV, 44-5 




m'W 


'l 


Il 1 



et les anciens. ^* Or, celui qui le trahissait leur avait donné 
ce signal, en disant : Celui que je baiserai, 
c'est lui ; saisissez-le, et emmenez-le avec 
précaution. '"'■' Etant donc arrivé aussitôt, il 
s'approcha de Jésus, et dit : Maître, je vous 
salue. Et il le baisa. *^ Alors ils mirent les 
mains sur Jésus, et le saisirent. '^''Un de 
ceux qui étaient présents, tirant son épée, 
frappa le serviteur du grand prêtre, et lui 
coupa l'oreille. '^^ Jésus, prenant la parole, 
leur dit : Vous êtes venus armés d'épées et 
de bâtons, pour me prendre, comme contre 
un voleur. ■'^Tous les jours j'étais au milieu 
de vous, enseignant dans le temple, et vous 
ne m'avez point arrêté ; mais c'est pour que 
les Ecritures soient accomplies. ^^ Alors ses 
disciples, l'abandonnant, s'enfuirent tous. 
^' Un jeune homme le suivait, couvert seu- 
lement d'un drap, et ils le saisirent. '^^Mais lui, rejetant le 
drap, s'enfuit nu de leurs mains. 

^^ Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre, où s'as- 
semblèrent tous les prêtres, les scribes et les anciens. 
^*^ Pierre le suivit de loin, jusque dans la cour du grand 
prêtre, et il s'assit auprès du feu avec les serviteurs, et il 
se chauffait. 

'''' Cependant, les princes des prêtres et tout le conseil {a} 
cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire 
mourir; et ils n'en trouvaient point. ^^ Car beaucoup ren- 
daient de faux témoignages contre lui; mais les témoi- 
gnages ne s'accordaient pas ((^). ^^ Quelques-uns, se levant, 
portèrent un faux témoignage contre lui, en disant : ^^ Nous 
l'avons entendu dire : Je détruirai ce temple, fait de 
main d'homme, et, en trois jours, j'en bâtirai un autre, qui 



Épées romaines. 

(D'après les mo- 
numents.) 



(a) C'est-à-dire, le Sanhédrin. Vo^-ez Saint Mathieu, 11, 4, et la note. 

(ô) Or, d'après le texte même de la loi juive d'alors, « un témoignage 
était de nulle valeur si tous ceux qui le jîortaient n'étaient pas d'accord sur 
tous les points du même fait. » 



s. MARC, XIV, 59-72. 159 

ne sera pas fait de main d'homme (a). -'^ Mais ce témoi- 
gnage même ne concordait pas. ^'^ Alors le grand prêtre, 
se levant au milieu de l'assemblée, interrogea Jésus, en 
disant : Tu ne réponds rien à ce que ces hommes dépo- 
sent contre toi? ^* Mais Jésus se taisait, et il ne répondit 
rien. Le grand prêtre l'interrogea de nouveau, et lui dit : 
Es-tu le Christ, le fils du Dieu béni ? ^'- Jésus lui répondit : 
Je le suis ; et vous verrez le Fils de l'homme assis à la 
droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du 
ciel. '^-^ Alors le grand prêtre, déchirant ses vêtements, dit : 
Qu'avons-nous encore besoin de témoins? ^^Vous avez 
entendu le blasphèm?. Que vous en 
semble? Tous le condamnèrent comm? 
méritant la mort. ^' Alors quel- 



ques-uns commencèrent à cracher {^i::^:,Jh-i^^^^. 



-. - m^i^-rê^t, 

sur lui, et à lui voiler le visage, et yi^^^'#|î^~"v/^'V% 



à le frapper à coups de poing, et à f}'^^r^}^<^'fJ-- ^^-i^^. 

le meurtrissaient de soufflets. V^^ ->>^-/ 

'^'' Tandis que Pierre était en bas 
dans la cour, survint une des ser- ^"■^'^^'' ^^P""^" duquel on se 

, 1 » c- chauffe en plein air. 

vantes du grand prêtre; ""et 

T-,- • ^ n- ■ (Orient moderne.) 

avant vu Pierre qui se chauffait, 

elle le regarda, et dit : Toi aussi, tu étais avec Jésus 
de Xazareth. ^^Mais il le nia, en disant : Je ne sais pas 
et je ne comprends pas ce que tu dis. Et il sortit dehors, 
devant la cour, et le coq chanta. ^^ La servante, l'avant 
vu de nouveau, se mit à dire à ceux qui étaient pré- 
sents : Celui-ci est un d'entre eux. '*^ Mais il le nia de 
nouveau. Et peu après, ceux qui étaient présents dirent 
encore à Pierre : Certainement tu es un d'entre eux, car tu 
es aussi Galiléen. "' Il se mit alors à faire des imprécations, 
et à dire avec serment : Je ne connais pas cet homme 
dont vous parlez. '"- Et aussitôt le coq chanta de nouveau. 

{a) Allusion à la parole citée par saint Jean, 11, 19. Mais Jésus n'avait pas 
dit qu'il détruirait lui-même le temple : de plus, c'est au temple mystique 
de son corps que se rapportait son assertion. 



l60 s. MARC, XV, I -I 5. 

Et Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite : 
Avant que le coq chante deux fois, tu me renieras trois 
fois. Et il se mit à pleurer. 

Jésus devant Pilate. On lui préfère Barabbas. Scènes d'outrages 
au prétoire. La voie douloureuse. Le crucifiement, la mort et la 
sépulture de Jésus. 

Chapitre XV. — ^ Dès le matin, les princes des prê- 
tres, ayant délibéré avec les anciens, et les scribes, et 
tout le conseil, lièrent Jésus, l'emmenèrent, et le livrè- 
rent à Pilate {a). -Et Pilate l'interrogea : Es-tu le roi des 
Juifs? Jésus lui répondit : Tu le dis {F). ^Les princes des 
prêtres l'accusaient de beaucoup de choses. '^ Pilate l'in- 
terrogea de nouveau, en disant : Tu ne réponds rien? 
Vois de combien de chos3s ils t'accusent. ^ Mais Jésus ne 
répondit plus rien, de sorte que Pilate était étonné. 

^Or, le jour de la fête, il avait coutume de leur délivrer 
un des prisonniers, celui qu'ils demandaient. "^ Il y en avait 
un, nommé Barabbas, qui avait été emprisonné avec 
d'autres séditieux, pour un meurtre qu'il avait commis dans 
une émeute. ^ La foule, étant montée, se mit à réclamer 
ce qu'il leur accordait toujours. ^ Pilate leur répondit, 
et dit : Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs? 
^^ Car il savait que c'était par envie que les princes des 
prêtres l'avaient livré. ^^ Mais les princes des prêtres exci- 
tèrent la foule à demander qu'il leur délivrât plutôt Barab- 
bas. ^"-Pilate, prenant de nouveau la parole, leur dit : 
Que voulez-vous donc que je fasse du roi des Juifs? 
^^ Mais il crièrent de nouveau : Crucifiez-le. ^'^ Pilate, cepen- 
dant, leur disait : Mais quel mal a-t-il fait? Et ils criaient 
encore plus fort : Crucifiez-le. '-^ Pilate, voulant satisfaire 
le peuple, leur remit Barabbas, et après avoir fait flageller 
Jésus, il le livra pour être crucifié. 

(iz) Voyez saint Matthieu, xxvii, 2, et la note. 

{b) Jésus reconnaît ouvertement sa royauté devant le représentant de César, 
de même qu'il a proclamé sa dignité de Messie et de Fils de Dieu devant le 
Sanhédrin. 



s. MARC, XV, 16-25. 



161 




'"Alors les soldats le conduisirent dans la cour du pré 
toire (rt) ; puis ils rassemblent toute la 
cohorte. *^ Ils le revêtent de pourpre (b), 
et lui mettent sur la tête une couronne 
d'épines qu'ils avaient tressée. *^Ils se 
mirent ensuite à le saluer : Salut, roi des 
Juifs. *^Ils lui frappaient la tête avec un 
roseau et crachaient sur lui, et, fléchissant 
les genou-X, ils l'adoraient (t). 

-'^ Après s'être moqués de lui, ils lui ôtè- 
rent la pourpre, et lui remirent ses vête- 
ments; puis ils l'emmènent pour le cru- 
cifier. ■-' Et ils contraignirent un certain Simon de Cy- 
rène {d), père d'Alexandre et de Rufus, qui 
passait par là en revenant des champs, de 
porter la croix de Jésus. "-- Ils le conduisi- 
rent ainsi au lieu appelé Golgotha; ce qui 
signifie : lieu du Calvaire. -'^ Et ils lui don- 
naient à boire du vin mêlé de myrrhe (e) ; 
mais il n'en prit pas. -'Après l'avoir crucifié, 
ils partagèrent ses vêtements, tirant au sort 
ce que chacun en emporterait. -' C'était la 



Soldat brandissant 

un flagellum ou fouet. 

(Revers d'un denier 

romain.) 




(a) Voyez saint Matthieu, xxvii, 27, et la note. 
{b) Voyez saint Matthieu, xxvii, 28, et la seconde note. 
(c) Et lui, cependant, il réalisait l'oracle d'Isaïe (lui, 7) : 
« Comme une brebis conduite à la boucherie, comme un 
agneau en présence de celui qui le tond, il se tait et 
n'ouvre pas même la bouche. > Ou, selon la belle parole 
de saint Pierre (1''" Épître, n, 23 : •:^ Maudit, il ne maudit 
pas ; tourmenté, il ne menace personne : mais il s'abandonne 
à celui qui le juge avec injustice. * 
La croix, avec le (d) Voyez saint Matthieu, xxvit, 32, et la note. 

chevalet sur le- (e) La mj-rrhe est une sorte d: gomme-résine, très 
qtiel montait le parfumée, que fournit le Balsainodcndron jnyrrlta, arbre 
crucifié. des régions orientales. Les anciens la faisaient infuser dans 

le vin, pour le rendre plus aromatique ; ils regardaient, 
en outre, ce mélange comme un narcotique puissant, et c'est pourcf'a qu'on 
l'offrait parfois aux condamnés à mort, pour qu'ils sentissent moins l'hor- 
reur des tortures. 



102 S. MARC, XV, 26-39. 

troisième heure (a) quand ils le crucifièrent. -*" Et l'ins- 
cription qui indiquait la cause de sa condamnation por- 
tait : Le roi des Juifs. ^'' Ils crucifièrent avec lui deux vo- 
leurs, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche, -^ Ainsi fut 
accomplie cette parole de l'Ecriture (à) : Il a été rangé 
parmi les criminels. -^ Les passants le blasphémaient, bran- 
lant la tête, et disant : Eh ! toi qui détruis le temple de 
Dieu et qui le rebâtis en trois jours (c), ^^ sauve-toi toi- 
même, en descendant de la croix. ^^ Pareillement, les 
princes des prêtres, se moquant de lui avec les scribes, se 
disaient l'un à l'autre : Il a sauvé les autres, et il ne peut 
se sauver lui-même. ^- Que le Christ, lé roi d'Israël, des- 
cende maintenant de la croix, afin que nous voyions et 
que nous croyions ! Ceux qui avaient été crucifiés avec lui 
l'insultaient aussi. 

^^La sixième heure {d) étant venue, les ténèbres cou- 
vrirent toute la terre, jusqu'à la neuvième heure. ^*Et à 
la neuvième heure (c), Jésus poussa un grand cri, en 
disant : Eloï, Eloï, lamma sabacthani? Ce qui signifie : 
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? 
^"^ Quelques-uns de ceux qui étaient présents l'ayant en- 
tendu, disaient : Voici qu'il appelle Elie. ^^ Et l'un d'eux 
courut, et remplit une éponge de vinaigre; et l'ayant mise 
au bout d'un roseau, il lui présentait à boire, en disant : 
Laissez; voyons si Elie viendra le détacher. •^'' Mais Jésus, 
ayant poussé un grand cri, expira. 

3^ Alors le voile du temple (/} se déchira, depuis le haut 
jusqu'en bas. ■^'^ Et le centurion qui était en face de Jésus, 

Ca) Neuf heures du matin. 

(b) Isaïe, LUI, 12. 

(^) Voyez XIV, 58, et la note. « Une sorte de ocmmisération, de respect pour 
la souffrance, entoure d'ordinaire les plus vils criminels dès qu'ils sont montés 
sur l'échafaud ; Jésus n'eut pas même cette triste consolation ». (M. Fouard.) 

(rf) C'est-à-dire, midi. 

(^) Trois heures. Eloï : la forme syro-chaldaïque, qui fut probablement celle 
qu'employa Jésus, au lieu de Eli, l'hébreu pur, qu'on lit dans saint Matthieu 
(xxvii, 46). 

(/) Voyez saint Matthieu, xxvii, 51, et la note. 



s. MARC, XV, 40 — XVI, 3. 163 

voyant qu'il avait expiré en poussant ce grand cri, dit : 
Cet homme était vraiment le Fils de Dieu. *^ Il y avait là 
aussi des femmes qui regardaient de loin. Parmi elles 
étaient Marie-Madeleine, et Marie, mère de Jacques le 
Mineur et de Joseph, et Salomé, *^ qui le suivaient et le 
servaient lorsqu'il était en Galilée ; et ^beaucoup d'autres 
encore, qui étaient montées avec lui à Jérusalem. 

*^Le soir étant déjà venu, comme c'était la prépara- 
tion (a), c'est-à-dire, la veille du sabbat, *^ Joseph d'Ari- 
mathie {^), membre distingué du conseil, qui attendait, lui 
aussi, le royaume de Dieu, vint et entra hardiment chez 
Pilate, et demanda le corps de Jésus. *^Pilate s'étonna 
qu'il fût mort sitôt (c) ; et ayant fait venir le centurion, 
il lui demanda s'il était déjà mort. *' Et lorsqu'il s'en fût 
assuré par le centurion, il donna le corps à Joseph. ''■'^Jo- 
seph, ayant acheté un linceul, descendit Jésus de la croix, 
l'enveloppa dans le linceul, et le déposa dans un sépulcre 
qui était taillé dans le roc ; puis il roula une pierre à l'en- 
trée du sépulcre. *' Cependant Marie-Madeleine, et Ma- 
rie, mère de Joseph, regardaient où on le mettait. 

TROISIÈME PARTIE 
La résurrection et rascension de Jésus. 

Les saintes /emmes au sépulcre. Apparitions du Christ ressuscité. 
L' ascension. 

Chapitre XVI. — ' Lorsque le sabbat fut passé, Marie- 
Madeleine, et Marie mère de Jacques, et Salomé, achetè- 
rent des parfums pour venir embaumer Jésus. -Et de 
grand matin, le premier jour après le sabbat, elles vinrent 
au sépulcre, le soleil étant déjà levé. -^ Et elles disaient 
entre elles : Oui nous retirera la pierre de devant 

ia) Voyez saint Matthieu, xxvii, 62, et la note. 
(Jj) Voyez saint Matthieu, xxvii, 57, et la note. 

{c) C'est que, d'ordinaire, les crucifiés vivaient plusieurs jours sur l'instru- 
ment de leur supplice, la vie ne s'en allant que goutte à goutte, pour ainsi dire. 



164 



s. MARC, XVI, 4-9. 



l'entrée du sépulcre ?' Et en regardant, elles virent que 
cette pierre, qui était fort grande, avait été roulée. ^ Et 
entrant dans le sépulcre, elles virent un jeune homme 
assis du côté droit, vêtu d'une robe blanche, et elles 
furent effrayées. ''Mais il leur dit : Ne vous effrayez pas; 
vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié ; il est 
ressuscité, il n'est point ici ; voici le lieu où on l'avait mis. 








Sépulcre taillé dans le roc. (Tombeau dit des Juges, à Jérusalem.) 

'' Mais allez dire à ses disciples et à Pierre (a), qu'il vous 
précède en Galilée ; c'est là que vous le verrez, comme il 
vous l'a dit. ^ Elles sortirent du sépulcre, et s'enfuirent, 
car le tremblement et la peur les avaient saisies; et 
elles né dirent rien à personne, à cause de leur crainte^ 
^ Or Jésus, étant ressuscité le matin, le premier jour 
après le sabbat, apparut d'abord à ]\Iarie-Madeleine, dont 

(a) La mention spéciale de saint Pierre est certainement remarquable, 
Jésus voulait montrer ainsi qu'il lui avait complètement pardonné sa faute. 
(Pensée de Victor d'Antioche.) 



s.. MARC, XVI, 10-20. 165 

il avait chassé sept démons (a).^^ Elle alla l'annoncer à ceux 
qui avaient été avec lui, et qui s'affligeaient et pleuraient. 
*' Mais eux, entendant dire qu'il vivait et qu'elle l'avait 
vu, ne la crurent point. 

*- Après cela, il apparut, sous une autre forme, à deux 
d'entre eux, qui étaient en chemin et qui allaient à la 
campagne (3). *-^Et ceux-ci vinrent l'annoncer aux autres; 
mais ils ne les crurent pas non plus. 

^* Enfin il apparut aux onze, tandis qu'ils étaient à table ; 
et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur 
cœur, parce qu'ils n'avaient pas cru ceux qui avaient vu 
qu'il était ressuscité. *•' Et il leur dit : Allez dans le monde 
entier, et prêchez l'Evangile à toute créature. *^ Celui qui 
croira et qui sera baptisé, sera sauvé ; mais celui qui ne 
croira pas sera condamné. ^' Voici les miracles qui accom- 
pagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasse- 
ront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ^^ ils 
prendront les serpents, et s'ils boivent quelque breuvage 
mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les 
mains sur les malades, et ils seront guéris. 

^^ Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut élevé 
dans le ciel, et il est assis à la droite de Dieu. -^ Et eux, 
étant partis, prêchèrent partout, le Seigneur coopérant 
avec eux, et confirmant leur parole par les miracles dont 
elle était accompagnée^ 

(a) Sur ce détail, voyez saint Luc, vin, 2. 

(b) A Emmaûs. ^'oyez le récit de saint Luc, xxiv, 13-35. 





MONTAGNE OU MAUVAIS CONSEIL 






i J-^- p . ^ ^ ''^ .^ ' - '^^ -— y ": "^■•>:G:/U/'' 



EVANGILE 

s E L O X 

SAINT LUC 



PREMIERE PARTIE 
Quelques récits relatifs à l'enfance de Jésus. 

§ I. — TOUT EST DIVINEMENT PRÉPARÉ POUR 
l'avènement du MESSIE. 

Préface de l'évangéliste. Un ange prédit la naissance du Précurseur^ 
Annonciation de Marie et incarnation du Verbe. 

Chapitre premier. — ' Plusieurs ayant entrepris d'é- 
crire l'histoire des choses qui se sont accomplies parmi 
nous, -suivant ce que nous ont transmis ceux qui les ont 
vues eux-mêmes dès le commencement, et qui ont été les 
ministres de la parole, ^ il m'a paru bon, à moi aussi, 
après m'être soigneusement informé de tout depuis l'ori- 
gine (rt), de te les exposer par écrit d'une manière suivie, 
excellent Théophile (3), *afin que tu reconnaisses la vérité 
des paroles que l'on t'a enseignées. 



(a) « L'inspiration du Saint-Esprit n'exclut pas la science, la diligence, 
la fidélité de l'écrivain. » (Calmet.) 

{b) Personnage demeuré inconnu, auquel saint Luc dédie son livre, à la 
manière des anciens. 



i68 



s. LUC, I, 5-15. 



^ 11 y avait, aux jours d'Hérode (a), roi de Judée, un 
prêtre nommé Zacharie, de la classe d'Abia (d); et sa 
femme était d'entre les filles d'Aaron, et s'appelait Elisa- 
beth. ^ Ils étaient tous deux justes devant Dieu, marchant 
sans reproche dans tous les commandements et tous les 
préceptes du Seigneur. "' Et ils n'avaient pas d'enfant, 
parce qu'Elisabeth était stérile, et qu'ils étaient tous deux 
avancés en âge. 

^ Or, il arriva, lorsqu'il accomplissait devant Dieu les 
fonctions du sacerdoce selon le rang de sa classe, ^ qu'il 
lui échut par le sort, d'après la cou- 
tume établie entre les prêtres, d'en- 
trer dans le temple du Seigneur pour 
y offrir l'encens; *^ et toute la mul- 
titude du peuple était dehors, en 
prière, à l'heure de l'encens. ^Œt 
un ange du Seigneur lui apparut, 
se tenant debout à la droite de l'au- 
tel de l'encens (c). ^- Zacharie fut 
troublé en le voyant, et la frayeur 
le saisit. ^'^Mais l'ange lui dit : Ne 
crains point, Zacharie, car ta prière 
a été exaucée, et ta femme Elisa- 
beth t'enfantera un fils, auquel tu 
donneras le nom de Jean, ^* Il sera 
pour toi un sujet de joie et d'allégresse, et beaucoup se 
réjouiront de sa naissance, ^^ car il sera grand devant le 




L'autel des parfums. 



(,';) Hérode le Grand, dont l'autorité s'exerçait sur toute la Palestine. 

(i)) David avait divisé les prêtres en ving;t-quatre classes, qui servaient 
autour de rôle dans le temple pendant une semaine. Celle qui portait le nom 
d'Abia était la huitième. 

i^c) Petit autel en bois de cèdre, recouvert d'or, sur lequel on brûlait 
matin et soir des parfums sacrés. Il était placé dans l'intérieur du temple. 
L'autel des holocaustes, en airain et de dimensions beaucoup plus considé- 
rables, sur lequel on consumait les victimes, était dressé dans la cour exté- 
rieure. Voyez la gravure de la page 14. La fonction que remplissait alors 
Zacharie était regardée comme la plus honorable parmi celles qui étaient 
exercées par les simples prêtres. 



LUC, I, l6-2 



169 



Seigneur. 11 ne boira pas de vin, ni de liqueur enivrante ; 
et il sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère- 
^^ Il convertira un grand nombre des enfants d'Israël au 
Seisneur leur Dieu, *' et il marchera devant lui dans l'es- 
prit et la vertu d'Elie, pour ramener les cœurs des pères 
vers les enfants, et les incrédules à la prudence des justes, 
de manière à préparer au Seigneur un peuple parfait. 

'^ Zacharie dit à l'ange : A quoi connaîtrai-je cela? car 
je suis vieux, et ma femme est avancée en âge. ^^ Et l'ange 
lui répondit : Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu; 
et j'ai été envoyé pour te parler, et pour t'annoncer cette 
bonne nouvelle (a). -^ Et voici que tu seras muet, et que 
tu ne pourras plus parler, jusqu'au jour où ces choses arri- 
veront, parce que tu n'as pas 
cru à mes paroles, qui s'ac- 
compliront en leur temps. 
-• Cependant, le peuple at- 
tendait Zacharie, et on s'é- 
tonnait qu'il s'attardât dans 
le temple. -- Mais, étant 
sorti, il ne pouvait leur 
parler; et ils comprirent 
qu'il avait eu une vision 
dans le temple. Et lui, il 
leur faisait des signes, et 
il demeura muet. 

-^' Lorsque les jours de 
son ministère furent écoulés, il s'en alla dans sa maison. 
-* Quelque temps après, Elisabeth sa femme conçut, et elle 
se tenait cachée durant cinq mois, disant : ^'^ Voilà ce que 
le Seigneur a fait pour moi aux jours où il m'a regardée, 
afin de me délivrer de mon opprobre parmi les hommes. 

(a) « Dès que nous voyons l'ange saint Gabriel envoj-é, nous devons 
attendre quelque excellente nouvelle sur la venue du Messie. Lorsque Dieu 
voulut apprendre à Daniel l'arrivée prochaine du Saint des saints, le même 
ange fut envoyé à ce saint prophète. » (Bossuet.) Bientôt encore, c'est lui qui 
sera envové à Marie. 




L'annonciation de la sainte Vierge. 
(Peinture des Catacombes.) 



10 



lyo 



s. LUC, I, 26-3 



-^ Or, au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé de Dieu 
dans une ville de Galilée, appelée Nazareth (a), "-' auprès 
d'une vierge fiancée à un homme de la maison de David, 
nommé Joseph ; et le nom de la vierge était Marie. 
-^ L'ange, étant entré auprès d'elle, lui dit : Je vous salue, 
pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie 
entre les femmes. -^ Elle, l'ayant entendu, fut troublée de 
ses paroles, et elle se demandait quelle pouvait être 
cette salutation. -^"^ Et l'ange lui dit : Ne craignez point, 
Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. 
■^^ Voici que vous concevrez dans votre sein, et 
vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le 
nom de Jésus. ■^- Il sera grand, et sera appelé le 
Fils du Très-Haut; et le Seigneur Dieu lui don- 
nera le trône de David son père, et 
il régnera éternellement sur la mai- 
son de Jacob, -^'^ et son règne n'aura 
pas de fin. "'"Alors Marie dit à l'ange : 
Comment cela se fera-t-il? car je ne 
connais point d'homme. ■^'' L'ange 
lui répondit : L'Esprit-Saint survien- 
dra en vous, et la vertu du Très-Haut 
vous couvrira de son ombre; c'est 
pourquoi le fruit saint qui naîtra de 
vous sera appelé le Fils de Dieu (à). 
^^ Et voici qu'Elisabeth, votre pa- 
rente, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et ce 
mois est le sixième de celle qui est appelée stérile ; •'"' car 
il n'y a rien d'impossible à Dieu. '^^ Et Marie dit : Voici 
la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre 
parole (c). Et l'ange s'éloigna d'elle. 




Trône égyptien. 
(Peinture ancienne.) 



(a) Voyez saint Matthieu, 11, 23, et la note. 

(b) « Voilà donc une nouvelle dignité créée sur la terre : c'est la dignité 
de mère de Dieu, qui renferme de si grandes grâces, qu'il ne faut ni tenter ni 
espérer de comprendre par sa pensée. C'est ici le solide fondement de la grande 
dévotion que l'Eglise a toujours eue pour la sainte Vierge. » (Bossuet.) 

(c) On a fort bien dit de Marie qu'elle nous apparaît, dans cette scène de 



s. LUC, I, 3 9-5 5- 171 

La sainte Viei-ge visite Elisabeth. Naissance et circoncision 
de Jean-Baptiste ; sa vie dans le désert. 

'■'^ En ces jours-là, Marie, se levant, s'en alla en grande 
hâte vers les montagnes, dans une ville de Juda {a) ; ■"^ et 
elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Elisabeth. 
•^^ Et il arriva, aussitôt qu'Elisabeth eut entendu la salu- 
tation de Marie, que l'enfant tressaillit dans son sein ; et 
Elisabeth fut remplie du Saint-Esprit. '- Et elle s'écria 
d'une voix forte : Vous êtes bénie entre les femmes, et le 
fruit de votre sein est béni. *-^ Et d'où m'est-t-il accordé que 
la mère de mon Seigneur vienne à moi ? ^''^ Car voici, dès 
que votre voix a frappé mon oreille, quand vous m'avez 
saluée, l'enfant a tressailli de joie dans mon sein. •^•^ Et vous 
êtes bienheureuse d'avoir cru ; car ce qui vous a été dit 
de la part du Seigneur s'accomplira. 

**" Et Marie dit {K) : Mon àme glorifie le Seigneur, ^' et 
mon esprit a tressailli d'allégresse en Dieu mon Sauveur, 
*^ parce qu'il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. 
Car voici que, désormais, les générations me diront bien- 
heureuse, -^^ parce que celui qui est puissant a fait en moi 
de grandes choses, et son nom est saint, ^'"^ et sa miséricorde 
se répand d'âge en âge sur ceux qui le craignent. -'^ Il a 
déployé la force de son bras ; il a -dispersé ceux qui s'en- 
orgueillissaient dans les pensées de leur cœur. ■'- Il a 
renversé les puissants de leur trône, et il a élevé les 
humbles. '-^ Il a rempli de biens les affamés, et il a ren- 
voyé les riches les mains vides. '''* Il a relevé Israël, son 
serviteur, se souvenant de sa miséricorde, ^-^ selon ce qu'il 

l'Annonciation, comme un « type idéal de pureté, d'humilité, de candeur, de 
foi naïve et forte. » (M?"" Bougaud.) 

{a) Au sud de la Palestine, probablement à Hébron. 

ip) Les commentateurs de tous les âges louent à l'envi la beauté douce et 
sereine de ce cantique, qui nous permet de voir jusqu'au fond de l'âme de 
Marie, nous révélant sa piété, son amour pour Dieu, sa parfaite connaissance 
des saints Livres, auxquels elle fait plusieurs emprunts. « Que l'esprit de 
Marie soit en nous, pour glorifier le Seigneur ! » (Saint Ambroise.) 




172 s. LUC, I, 56-71. 

avait dit à nos pères, à Abraham et à sa race, pour tou- 
jours. 

■'^ Marie demeura environ trois mois avec Elisabeth ; 
puis elle s'en retourna dans sa maison. '■''' Cependant, le 
temps où Elisabeth devait enfanter s'accomplit, et elle 
mit au monde un fils. ''^ Ses voisins et ses parents appri- 
rent que le Seigneur avait signalé envers elle sa miséri- 
corde, et ils s'en réjouissaient avec elle. -'^ Et il arriva 
qu'au huitième jour ils vinrent pour cir- 
concire l'enfant, et ils l'appelaient Zacha- 
rie, du nom de son père. ^^ Mais sa mère, 
prenant la parole, dit : Non ; mais il sera 
appelé Jean.^^ Ils lui dirent : Il n'y a per- 
sonne dans ta famille qui soit appelé de 
Tablettes et style ce nom. ^""Et ils faisaient des signes à 
pour écrire. sou père, pour savoir comment il voulait 
(Peinture des Cata- ^^-^^^ l'appelât. ^3 Et demandant des ta- 

combes.» ' ^ n .1 • • • t 

blettes {a), il écrivit : Jean est son nom. 
Et tous furent dans l'étonnement. ^'* Au même instant, 
sa bouche s'ouvrit, sa langue se délia, et il parlait en 
bénissant Dieu. ^'' Et la crainte s'empara de tous leurs 
voisins, et, dans toutes les montagnes de la Judée, toutes 
ces choses furent divulguées. ^""Et tous ceux qui les enten- 
dirent, les conservèrent dans leur cœur, en disant : Que pen- 
sez-vous que sera cet enfant ? Car la main du Seigneur 
éxait avec lui. 

''' Et Zacharie, son père, fut rempli du Saint-Esprit, et 
il prophétisa, en disant : ^^ Béni soit le Seigneur, le Dieu 
d'Israël, de ce qu'il a visité et racheté son peuple, ^^ et 
nous a suscité un puissant Sauveur (d) dans la maison de 
David, son serviteur; "^ ainsi qu'il a dit par la bouche de 
ses saints prophètes des temps anciens, '' qu'il nous déli- 
vrerait de nos ennemis et de la main de tous ceux qui 

(rt) Planchettes en bois, enduites de cire, sur lesquelles on écrivait au 
moyen d'un poinçon. 

(è) A la lettre, dans le texte primitif : une corne de salut. D'après le 
langage oriental, la corne est un emblème de puissance. 



s. LUC, T, 72 — II, 5- 173 

nous haïssent, '-pour exercer sa miséricorde en\ers nos 
pères, et se souvenir de son alliance sainte, '''selon le 
serment qu'il a juré à Abraham, notre père, de nous accor- 
der cette grâce, '''qu'étant délivrés de la main de nos enne- 
mis, nous le servions sans crainte, ^'marchant devant lui 
dans la sainteté et la justice, tous les jours de notre vie. 
■''Et toi, petit enfant, tu seras appelé le prophète du 
Très-Haut; car tu marcheras devant la face du Seigneur, 
pour préparer ses voies, ^^ afin de donner à son peuple la 
connaissance du salut, pour la rémission de leurs péchés, 
"^par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, grâce 
auxquelles le soleil levant {a) nous a visités d'en haut, ''^ pour 
éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l'ombre 
de la mort, pour diriger nos pas dans la voie de la paix. 

'^'^Or, l'enfant croissait, et se fortifiait en esprit; et il de- 
meurait dans les déserts, jusqu'au jour de sa manifestation 
à Israël. 

§ IL — NATIVITÉ DE XOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. 

Ze Messie naît a Bethléem. Adoration des bergers. 
Circoncision de Jésus. 

Chapitre IL — 'Or, il arriva qu'en ces jours-là, il parut 
un édit de César Auguste (J)), ordonnant un recensement 
de toute la terre. -Ce premier recensement fut fait par 
Cyrinus, gouverneur de Syrie. '^ Et tous allaient se faire 
enregistrer, chacun dans sa ville. ' Joseph aussi monta de 
Nazareth, ville de Galilée, en Judée, dans la ville de David, 
appelée Bethléem {c), parce qu'il était de la maison et de 
la famille de David, 'pour se faire enregistrer avec Marie 
son épouse, qui était enceinte.^ Or il arriva, pendant qu'ils 
étaient là, que les jours où elle devait enfanter furent 

<a) Gracieuse expression, qui désigne le Messie, lumière du monde. 
i.b) Le premier des empereurs romains, 
(f) Voyez saint Matthieu, 11, i, et la note. 

10 



174 



s. LUC, II, 6-1 5. 



accomplis, ^ et elle enfanta son fils premier-né (a) ; et elle 
l'enveloppa de langes, et le coucha dans une crèche, parce 

qu'il n'y avait pas déplace pour 
eux dans l'hôtellerie (5). 

^ Et il y avait, dans la même 
contrée, des bergers qui pas- 
saient les veilles de la nuit à la 
garde de leur troupeau. ^ Et 
voici qu'un ange du Seigneur 
leur apparut, et une lumière di- 
vine resplendit autour d'eux; 
et ils furent saisis d'une grande 
crainte. ^'^Et l'ange leur dit : 
Ne craignez point; car voici 

Naissance de lenfant Jésus. ^^^^ -^ ^.^^^^ annOUCe Une bonne 
(D'après une pierre gravée.) nouvelle, qui SCra le SUJCt d'une 

grande joie pour tout le peuple : ^^ c'est qu'il vous est 
né aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur, 
qui est le Christ, le Seigneur. ^- Et vous le reconnaîtrez 
à ce signe : vous trouverez un enfant enveloppé de 
langes, et couché dans une crèche (<:).^'^ Au même instant, 
il se joignit h. l'ange une troupe de l'armée céleste, louant 
Dieu, et disant : ^■^ Gloire à Dieu au plus haut des cieux, 
et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté. 

^^ Et il arriva que, lorsque les anges les eurent quittés 
pour retourner dans le ciel, les bergers se disaient l'un 




(a) Voj'ez saint Matthieu, i, 25, et la note. , 

(b) C'est-à-dire, dans le khan, ou caravansérail, bâti à l'entrée de la 
ville, d'après la coutume de l'Orient. « Il n'y a plus, pour Jésus, qu'une étable 
abandonnée et déserte, et une crèche pour le coucher. Digne retraite pour 
celui qui, dans le progrès de son âge, devait dire : Le Fils de l'homme n'a 
pas où reposer sa tête. » (Bossuet.) 

(c) « Allez dans la cour des rois, vous reconnaîtrez le prince nouveau-né 
par ses couvertures rehaussées d'or, et par un superbe berceau, dont on vou- 
drait bien faire un trône. Mais pour connaître le Christ qui vous est né, ce 
Seigneur si haut, que David son père, tout roi qu'il est, appelle son Seigneur, 
on ne vous donne pour signal que la crèche où il est couché, et les pauvres 
langes où est enveloppée sa faible enfance. » (Bossuet.) 



s. LUC, II, I 6-2 5. 



175 



à l'autre : Passons jusqu'à Bethléem, et voyons ce qui 
est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. 
*^ Et ils y allèrent en grande 
hâte, et ils trouvèrent Ma- 
rie et Joseph, et l'enfant 
couché dans une crèche. 
*' Et en le voyant, ils recon- 
nurent la vérité de ce qui 
leur avait été dit au sujet de 
cet enfant. ^^ Et tous ceux 
qui l'entendirent, admirè- 
rent ce qui leur avait été ra- 
conté par les bergers. *^Or, 
Marie conservait toutes 
ces choses, les repassant dans son cœur. ^° Et les bergers 
s'en retournèrent, glorifiant et louant Dieu de tout ce 
qu'ils avaient entendu et vu, selon qu'il leur avait été dit. 
-^ Le huitième jour, auquel l'enfant devait être circoncis, 
étant arrivé, on lui donna le nom de Jésus, nom que 
l'ange avait indiqué avant qu'il fût conçu dans le sein de 
sa mère. 




Les bergers à la crèche. 
(Ancien bas-relief.) 



§ III. — l'eXFANXE et la vie cachée de JÉSUS. 

La purification de Marie et la présentation de l'enfant Jésus. 
Jésus au fiîilieu des docteurs. A brégé de sa vie a Nazareth. 

"Quand les jours de la purification de Marie furent 
accomplis, selon la loi de Moïse, ils le portèrent à Jérusa- 
lem, pour le présenter au Seigneur, -^ selon qu'il est pres- 
crit dans la loi du Seigneur (,7) : Tout enfant mâle pre- 
mier-né sera consacré au Seigneur ; -* et pour offrir en 
sacrifice, selon qu'il est prescrit dans la loi du Seigneur {F), 
deux tourterelles, ou deux petits de colombes. 

^' Et voici qu'il y avait à Jérusalem un homme appelé 



{a) Exode, xiii, i. 
(i) Lévitique, xii, 6-8. 



176 s. LUC, II, 2 6-3 9- 

Siméon, et cet homme était juste et craignant Dieu, et il 
attendait la consolation d'Israël {a), et l'Esprit-Saint était 
en lui. -^Et il lui avait été révélé par l'Esprit-Saint qu'il 
ne verrait pas la mort, avant d'avoir vu le Christ du Sei- 
gneur, "-'Il vint au temple, poussé par l'Esprit de Dieu. 
Et comme les parents de l'enfant Jésus l'apportaient, afin 
d'accomplir pour lui ce que la loi ordonnait, -^ il le prit 
entre ses bras, et bénit Dieu, et dit : -'' Maintenant, Sei- 
gneur, vous laisserez votre serviteur s'en aller en paix, 
selon votre parole, ^^ puisque mes yeux ont vu le salut 
cjui vient de vous, ^^ que vous avez préparé à la face de 
tous les peuples : '^^ lumière pour éclairer les nations, et 
gloire d'Israël votre peuple {è). 

■^■^ Son père et sa mère étaient dans l'admiration des 
choses qu'on disait de lui. '^* Et Siméon les bénit, et dit à 
Marie sa mère : Voici que cet enfant est établi pour la 
ruine et pour la résurrection d'un grand nombre en Israël, 
et comme un signe qui excitera la contradiction, '■'■' et, à 
vous-même, un glaive vous percera l'âme, afin que les 
pensées de cœurs nombreux soient dévoilées (c). 

^^ Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Pha- 
nuel, de la tribu d'Aser; elle était très avancée en âge, 
et elle avait vécu sept ans avec son mari depuis sa virgi- 
nité. ^"^ Elle était veuve alors, et âgée de quatre-vingt- 
quatre ans; elle ne s'éloignait pas du temple, servant Dieu 
jour et nuit dans les jeûnes et les prières, ^^ Elle aussi 
étant survenue à cette même heure, elle louait le Sei- 
gneur, et parlait de lui à tous ceux qui attendaient la ré- 
demption d'Israël. 

3^ Après qu'ils eurent tout accompli selon la loi du Sei- 
gneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville. 

(a) C'est-à-dire, le Messie. 

(ô) Il est remarquable que les quatre cantiques du Nouveau Testament, le 
Magnificat, le BenedicUis, le Gloria iyt excehis et le Nitnc dimitiis, nous 
ont tous été conservés par saint Luc. 

(c) En prenant parti pour ou contre Jésus, les hommes devaient nécessai- 
rement dévoiler leurs sentiments et leurs affections les plus intimes. 



s. n'c, II, 40-51, 



177 



**^ Cependant, l'entant croissait et se fortifiait, rempli de 
sagesse, et la grâce de Dieu était en lui. ''* Ses parents 
allaient tous les ans à Jérusalem, au jour solennel de la 
Pàque. '--Et lorsqu'il fut âgé de douze ans, ils montèrent 
à Jérusalem, selon la coutume de la fête. *^ Puis, les jours 
de la fête étant passés, lorsqu'ils s'en retournèrent, l'enfant 
Jésus resta à Jérusalem, et ses parents ne s'en aperçurent 
pas. ** Et pensant qu'il était avec ceux de leur compagnie, 
ils marchèrent du- , — __ . ..--^ — ^ ^ . , — ^ ^v ■-. - — ^o. i. » 

Wà 




mm^' 



rant un jour, et 
ils le cherchaient 
parmi leurs pa- 
rents et leurs con- 
naissances. •'•^Mais 
ne le trouvant pas, 
ils revinrent à Jé- 
rusalem pour le 
chercher. ^'^ Et il 
arriva qu'après 
trois jours ils le 
trouvèrent dans le ' "■*'■'••" 

temole ( Z^ assis ^^^^^ ^^ milieu des docteurs. (Sculpture ancienne.) 

au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. 
*' Et tous ceux qui l'entendaient étaient ravis de sa sa- 
gesse et de ses réponses. '^En le voyant, ils furent étonnés ; 
et sa mère lui dit : Mon fils, pourquoi avez-vous agi ainsi 
avec nous.'' Voici que votre père et moi nous vous cher- 
chions, tout affligés. '"Il leur dit : Pourquoi me cherchiez- 
vous? Xe saviez-vous pas qu'il faut que je sois aux affaires 
de mon Père? ■^'^Mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur 
disait (<^). ''Et il descendit avec eux, et vint à Nazareth; et 



(a) Non pas dans le sanctuaire proprement dit, mais dans un des édifices . 
qui l'entouraient. Voyez la gravure de la p. 183. 

(è) C'est-à-dire, qu'ils n'en comprirent pas toute l'étendue. Cette parole, en 
effet, a une portée immense, et résume le ministère entier de Notre-Seigneur 
Jésus-Christ, dans les détails comme dans l'ensemble. Voyez saint Jean, iv, 34 : 
v;ii, 19 ; IX. 4 : XIV, xt, etc. 



178 



s. LUC, II, 52 — III, 3. 



il leur était soumis. Sa mère conservait toutes ces choses 
dans son cœur. ^-Et Jésus croissait en sagesse, et en âge, 
et en grâce, devant Dieu et devant les hommes (û). 



§ I- 



SECONDE PARTIE 
Le ministère de Jésus en Galilée. 

IXAl'GURATIOX DE LA VIE PUBLIQUE DU MESSIE. 



Apparitio7i et prédicatio7i du Précurseur. Il est mis en prison. 

Chapitre IIL — * La quinzième année du règne de 
Tibère César, Poncé Pilate {h) étant gouverneur de la 

Judée; Hérode, té- 
^^^ trarque de la Gali- 
^•^, lée {c) , Philippe, son 
t,;\ fi-ère^ tétrarque de 
ITturée et de la pro- 
vince de Tracho- 
nite {d), et Lysa- 
nias, tétrarque de 
l'Abilène (^); -sous 
les grands prêtres Anne et Caïphe (/), la parole du Seigneur 
se fit entendre à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. 
•' Et il vint dans toute la région du Jourdain, prêchant 




Monnaie du tétrarque Philippe. 



(a) « Il fallait que, comme les autres enfants, il sentît le progrès de l'âge. 
La sagesse même dont il était plein se déclarait par degrés... Cependant, dès 
k- berceau et dès le sein de sa mère, il était rempli de sagesse » (Bossuet), 
en tant que Fils de Dieu. 

(ô) Voyez saint Matthieu, xxvii, 2, et la note. 

(c) Voyez saint Matthieu, xiv, i, et la note. 

(rf) Ces deux districts étaient situés au sud de Damas, au nord-est de la 
Palestine. Voyez la carte. 

{e) Province située dans la même région que les précédentes, mais au 
nord-ouest de Damas. 

(/) Caïphe était alors le grand prêtre officiel. Anne, son beau-père, qui 
l'avait été précédemment, recevait sans doute encore ce titre, à cause de l'in- 
fluence prépondérante qu'il continuait d'exercer. 



s. LUC, III, 4-14. 



179 



le baptême de pénitence, pour la rémission des péchés^ 
'■■ ainsi qu'il est écrit au livre des paroles du prophète 
Isaïe {a) : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez 
le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers; '■' toute 
vallée sera comblée, et toute montagne et toute colline 
seront abaissées ; ce qui est tortueux sera redressé, et ce 
qui est raboteux sera aplani {d) ; ^ et tout homme verra le 
salut de Dieu. 

'Il disait donc aux foules qui venaient pour être bap- 
tisées par lui : Race de vipères, qui vous a montré à fuir 
la colère à venir? ^Faites donc de dignes fruits de pé- 
nitence, et ne commencez point par dire : Xous avons 
Abraham pour père. Car je vous déclare que, de ces pier- 
res, Dieu peut susciter des enfants à Abraham. ^Déjà la 
cognée est mise à la racine des arbres : tout arbre donc 
qui ne produit pas de bon fruit, sera coupé et jeté au 
feu. 

^'Œt les foules l'interrogeaient, en disant : Que ferons- 
nous donc? ^^ Et il leur répondait en ces 
termes : Que celui qui a deux tuniques en 
donne une à celui qui n'en a point, et que 
celui qui a de quoi manger fasse de même. 
^-Des publicains vinrent aussi pour être 
baptisés, et ils lui dirent : Maître, que 
ferons-nous? ^-^Et il leur dit : 
X' exigez rien au delà de ce 
qui vous a été ordonné. ^^Les 
soldats l'interrogeaient aussi, 
disant : Et nous, que ferons- 
nous? Et il leur dit : X'u- 
sez envers personne de vio- 




Esclave déliant les sandales de son 
maître. (Ancien bas-relief.) 



lence et de fraude, et contentez-vous de votre solde. 



{a) Isaïe, XL, 3. 

(b) Cette métaphore très expressive est empruntée aux coutumes orientales. 
Lorsque le roi doit traverser une contrée, comme les routes existent à peine, 
ou sont fort mal entretenues, on envoie d'avance des messagers qui les font 
préparer. 




i8o s. LUC, III, 15-24- 

1'' Cependant, comme le peuple supposait, et que tous pen- 
saient dans leurs cœurs, que Jean était peut-être le Christ, 
^•^Jean répondit, en disant à tous : 
J^^ Moi, je vous baptise dans l'eau ; mais 

i^y^/^ il viendra quelqu'un de plus puissant 

=^=*,-,i^..,^\ que moi, et je ne suis pas digne de 

délier la courroie de ses 
sandales. Lui, il vous bap- 
tisera dans l'Esprit-Saint 
et dans le feu. ^^ Le van est 
dans sa main, et il net- 

Pavsan romain occupé à vanner. ^ • • .m 

" f-r,- , , ,■ , toiera son aire ; et il amas- 

(reinture antique.) ^ 

sera le blé dans son gre- 
nier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint 
point. 

**^ Il évangélisait le peuple, en lui adressant encore 
beaucoup d'autres exhortations {a). ^''Mais, comme il re- 
prenait Hérode le tétrarque, au sujet d'Hérodiade, femme 
de son frère, et de toutes les mauvaises actions qu'il avait 
commises, -"^Hérode ajouta encore à tous ses crimes celui 
d'enfermer Jean en prison. 



Baptême de Jésus. Sa généalogie humaine. Sa tentation. 

-* Or, il arriva que, tout le peuple recevant le baptême, 
Jésus ayant aussi été baptisé, comme il priait, le ciel 
s'ouvrit, -- et l'Esprit-Saint descendit sur lui sous une 
forme corporelle, comme une colombe. Et une voix se fit 
entendre du ciel : Tu es mon Fils bien-aimé; en toi je 
me suis complu. 

^^Or, Jésus avait environ trente ans lorsqu'il commença 
son ministère, étant, comme on le croyait, fils de Joseph, 
qui le fut d'Héli, qui le fut de Mathat, ^^qui le fut de Lévi, 
qui le fut de Melchi, qui le fut de Janné, qui le fut de 

{a) Saint Lu: est celui des évangélistes qui nous a conservé le plus de 
détails sur la pridication du précurseur. 



s. LUC, III, 25-38. 



181 



Joseph, --^qui le fut de Mathathias, qui le fut d'Amos, qui 
le fut de Xahum, qui le fut d'Hesli, qui le fut de Naggé, 
-^ qui le fut de Mahath, qui le fut de Mathathias, qui le fut 
de Séméi, qui le fut de Joseph, qui le fut de Juda, -' qui 
le fut de Joanna,qui le fut de Résa, qui le fut de Zorobabel, 
qui le fut de Sala- 
thiel, qui le fut de 
Néri, ^^qui le fut 
de Melchi, qui le 
fut d'Addi, qui le 
fut de Cosan, qui 
le fut d'Elmadan, 
qui le fut de Her, 
-" qui le fut de 
Jésus, qui le fut 
d'Eliézer, qui le 
fut de Jorim, qui 
le fut de Mathat, 
qui le fut de Lévi, 
^•^qui le fut de Si- 
méon, qui le fut 
de Juda, qui le fut 
de Joseph, qui le 
fut de Jona, qui le fut d'Eliakim, -^^qui le fut de Méléa, qui 
le fut de Meiina, qui le fut de Mathatha, qui le fut de Na- 
than, qui le fut de David, ^^ qui le fut de Jessé qui le fut 
d'Obed, qui le fut de Booz, qui le fut de Salmon, qui 
le fut de Xaasson, ^-^qui le fut d'Aminadab, qui le fut 
d'Aram, qui le fut d'Esron, qui le fut de Phares, qui le fut 
de Juda, ^*qui le fut de Jacob, qui le fut d'Isaac, qui le fut 
d'Abraham, qui le fut de Tharé, qui le fut de Xachor, 
^•'qui le fut de Sarug, qui le fut de Ragaii, qui le fut de 
Phaleg, qui le fut d'Héber, qui le fut de Salé, ^^qui le 
fut de Caïnan, qui le fut d'Arphaxad, qui le fut de Sem 
qui le fut de Noé, qui le fut de Lamech, ^"qui le fut de. 
Mathusalé, qui le fut d'Enoch, qui le fut de Jared, qui le 
fut de Malaléel, qui le fut de Caïnan, '^ qui le fut d'Enos, 




Baptême de Jésus. (Ancienne mosaïque.) 



II 



l82 s, LUC, IV, I-II. 

qui le fut de Seth, qui le fut d'Adam, qui le fut de 
Dieu (a). 

Chapitre IV. — ^ Jésus, plein de l'Esprit-Saint, revint 
du Jourdain, et il fut poussé par l'Esprit dans le désert 
- pendant quarante jours, et il fut tenté par le diable. Et 
il ne mangea rien durant ces jours-là, et lorsqu'ils furent 
écoulés, il eut faim. -^ Alors le diable lui dit : Si vous êtes 
le Fils de Dieu, dites à cette pierre qu'elle devienne du 
pain. ^ Jésus lui répondit : Il est écrit (3) : L'homme ne 
vit pas seulement de pain, mais de toute parole de Dieu. 
'■' Et le diable le conduisit sur une haute montagne, et lui 
montra en un instant tous les royaumes de la terre; ^puis 
il lui dit : Je vous donnerai toute cette puissance, et la 
gloire de ces royaumes; car ils m'ont été livrés, et je les 
donne à qui je veux. '' Si donc vous vous prosternez 
devant moi, ils seront tous à vous. ^ Jésus lui répondit : 
Il est écrit (c) : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu 
le serviras lui seul. ^ Et il le conduisit à Jérusalem, et le 
plaça sur le pinacle du temple (d) ; puis il lui dit : Si vous 
êtes le Fils de Dieu, jetez-vous d'ici en bas; ^^car il est 
écrit {e) : Il a donné des ordres à ses anges à ton sujet, 
afin qu'ils te gardent, ^'et ils te porteront dans leurs 
mains, de peur que tu ne heurtes ton pied contre une 



{a) Selon l'intéressante remarque de saint Ambroise, cette liste généalo- 
gique commence par Jésus, le vrai Fils de Dieu, et se termine par Adam, 
également fils de Dieu, mais par une simple adoption. La généalogie de 
Jésus-Christ, telle que la donne ici saint Luc, diffère notablement, sur plu- 
sieurs pomts, de celle qu'on lit au début de l'évangile selon saint Matthieu. 
Elles sont l'une et l'autre d'une parfaite exactitude, ayant été puisées à des 
sources contemporaines absolument authentiques ; leurs divergences provien- 
nent surtout de ce qu'elles suivent des branches distinctes pour arriver à 
l'ancêtre commun. En outre, saint Matthieu, qui écrit pour les Juifs, s'ar- 
rête à Abraham, le fondateur du peuple de Dieu, tandis que saint Luc, dont 
les pages s'adressent à tous les hommes, remonte jusqu'à Adam, le chef de 
l'humanité. 

(b) Deutéronome, viii, 3. 

.(f) Deutéronome, vi, 13. 

(d) Voyez la figure ci-jointe, p. 1S3. 

(i) Psaumes, xc, 11, 



s. LUC, IV 



183 




184 ^- LUC, IV, 12-20. 

pierre. ^"- Jésus lui répondit : Il a été dit {a) : Tu ne ten- 
teras pas le Seigneur ton Dieu. *-^ Après avoir achevé 
toutes ces tentations, le diable s'éloigna de lui pour un 
temps (d). 

§ IL — LE MLMSTÈRE DE JÉSUS AVANT l'ÉLECTIOX 
DES APÔTRES. 

J^èsus commence a prêcher. Il est méprisé a Nazareth par ses com- 
patriotes. Guérison d'un possédé, de la belle-mère de saint Pierre 
et de nombreux malades. 

^'* Alors, Jésus retourna en Galilée par la vertu de l'Es- 
prit, et sa renommée se répandit dans tout le pays. ^'^ Et 
il enseignait dans leurs synagogues, et il était glorifié par 
tous. 

^^ Il vint à Nazareth, où il avait été élevé ; et il entra selon 
sa coutume, le jour du sabbat, dans la synagogue, et il se 
leva pour lire. ^'^ On lui donna le livre 
du prophète Isaïe. Et ayant déroulé le 
livre (c"), il trouva l'endroit où il était 
écrit {d) : ^^ L'esprit du Seigneur est 
sur moi; c'est pourquoi il m'a sacré 
par son onction ; il m'a envoyé évangé- 
liser les pauvres, guérir ceux qui ont 
le cœur broyé, ^^ annoncer aux captifs 
la délivrance, et aux aveugles le re- 
couvrement de la vue, mettre en liberté 
ceux qui sont brisés sous les fers, pu- 
blier l'année favorable du Seigneur et 
le jour de la rétribution. 2*^ Ayant replié 
le livre, il le rendit au ministre, et s'as- 
sit. Et tous, dans la synagogue, avaient les yeux arrêtés 

{a) Deutéronome, vi, i6. 

(i) « Pour un temps », car il devait venir de nouveau tenter Jésus à 
l'époque de sa passion. Voyez saint Jean, xiv, 30. 

{c) Les livres consistaient, chez les Juifs, en feuilles de parchemin cousues 
bout à bout, et plpyées en forme de rouleau. '■' 

{d) Isaïe, LXi, 1-2. 




Personnage lisant 

sur un rouleau. 

(Antique peinture 

romaine.) 



s. LUC, IV, 21-34. 185 

sur lui. -' Et il commença à leur dire : Aujourd'hui, cette 
parole de l'Ecriture, que vous venez d'entendre, est ac- 
complie. "Et tous lui rendaient témoignage; et ils admi- 
raient les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche, et 
ils disaient : N'est-ce pas là le fils de Joseph? 

-•^ Alors il leur dit : Sans doute, vous m'appliquerez ce 
proverbe : Médecin, guéris-toi toi-même; les grandes 
choses faites à Capharnaûm, dont nous avons entendu 
parler, faites-les également ici, dans votre pays. -* Et il 
ajouta : En vérité, je vous le dis, aucun prophète n'est 
bien reçu dans sa patrie (a). -^En vérité, je vous le dis, 
il y avait beaucoup de veuves en Israël au temps d'Elie, 
lorsque le ciel fut fermé pendant trois ans et six mois, et 
qu'il y eut une grande famine sur toute la terre; -^ et 
cependant, Elie ne fut envoyé à aucune d'elles, mais à une 
femme veuve de Sarepta, dans le pays de Sidon {f>). -'' Il 
y avait aussi beaucoup de lépreux en Israël au temps du 
prophète Elisée; et aucun d'eux ne fut guéri, si ce n'est 
Xaaman, le Syrien (t). 

-^ Ils furent tous remplis de colère, dans la synagogue, 
en entendant ces paroles. -^Et se levant, ils le chassèrent 
hors de la ville, et le menèrent jusqu'au sommet de la 
montagne sur laquelle leur ville était bâtie, pour le pré- 
cipiter en bas. '^^ Mais lui, passant au milieu d'eux, s'en alla. 

^* Et il descendit à Capharnaûm, ville de Galilée, et là 
il les enseignait les jours de sabbat. "- Et ils étaient 
frappés de sa doctrine, car il parlait avec autorité. ^'-^ Il v 
avait dans la synagogue un homme possédé d'un démon 
impur, qui criait d'une voix forte, ■''en disant : Laissez- 
nous; qu'y a-t-il de commun entre nous et vous, Jésus de 

(a) « Il est presque nécessaire que des concitoyens se jalousent entre eux. 
Sans regard pour les oeuvres actuelles d'un homme, ils n'ont de lui que le 
souvenir de sa fragile enfance. » (Le Vén. Bède.) Les habitants de Nazareth 
ne voulaient voir en Jésus que son origine si humble selon la chair, et la 
vulgaire profession qu'il avait exercée chez eux durant de longues années. 

(b) Troisième livre des Rois, xvii, 9. Sarepta était bâtie au bord de la 
Méditerranée, entre Sidon et Tyr. 

(<:) Quatrième livre des Rois, v, 1-19. 



i86 s, LUC, IV, 3 5 — V, I. 

Nazareth? Etes-vous venu pour nous perdre? Je sais qui 
vous êtes : le Saint de Dieu. ^-'Mais Jésus le menaça, en 
disant : Tais-toi, et sors de cet homme. Et le démon, 
l'ayant jeté à terre au milieu de l'assemblée, sortit de lui, 
sans lui faire aucun mal. '^''Et l'épouvante les saisit tous, 
et ils se parlaient l'un à l'autre, en disant : Quelle est 
cette parole ? Il commande avec autorité et avec puissance 
aux esprits impurs, et ils sortent. '■^'' Et sa renommée se 
répandit de tous côtés dans le pays. 

■^^ Étant sorti de la synagogue, il entra dans la maison de 
Simon. Or, la belle-mère de Simon était retenue par une 
forte fièvre; et ils le prièrent pour elle. ^'^ Alors, debout 
auprès d'elle, il commanda à la fièvre, et la fièvre la quitta. 
Et se levant aussitôt, elles les servait. 

■''^ Lorsque le soleil fut couché, tous ceux qui avaient 
des malades atteints de diverses maladies les lui ame- 
naient; et lui, imposant les mains sur chacun d'eux, les 
guérissait. ''* Et les démons sortaient d'un grand nombre, 
criant et disant : Vous êtes le Fils de Dieu. Mais il les 
menaçait, et il ne leur permettait pas de dire qu'ils sa- 
vaient qu'il était le Christ. 

^2 Lorsqu'il fut jour, il sortit et alla dans un lieu désert ; 
et les foules le cherchaient, et elles vinrent jusqu'à lui, 
et elles voulaient le retenir, de peur qu'il ne les quittât (a). 
'■•'Il leur dit : Il faut que j'annonce aussi aux autres villes 
la bonne nouvelle du royaume de Dieu ; car c'est pour 
cela que j'ai été envoyé. ''''Et il prêchait dans les synago- 
gues de Galilée. 

Péc/ie miraadeuse et vocatio}i des premiers disciples. Guérison 
d'un lépreux et d'un paralytique. Vocation de Lévi. Les épis et 
le sabbat. La main desséchée. 

Chapitre V. — ^ Or, il arriva, tandis que les foules se pré- 
cipitaient sur lui pour entendre la parole de Dieu, qu'il 

{a) Il est consolant de voir à que! point le « bon Maître » était alors aimé 
et recherché. Les foules ne pouvaient se séparer de lui. 



s. LUC, V, 2 



187 




Filet di- pêcheur. 
(Débris d'un ancien filet égyptien.) 



était lui-même au bord du lac de Génésareth. -Et il vit 
deux barques arrêtées 
au bord du lac ; les pê- 
cheurs étaient descen- 
dus, et lavaient leurs 
filets. -^ Et montant dans 
l'une de ces barques, 
qui appartenait à Si- 
mon, il le pria de s'é- 
loigner un peu de la 
terre ; et s'étant assis, 
il enseignait les foules 
de dessus la barque. 
* Lorsqu'il eut cessé de 
parler, il dit à Simon : 
Pousse au large, et jette tes filets pour pêcher. ^ Simon, 

lui répondant, dit : Maître, nous 
avons travaillé toute la nuit sans 
rien prendre ; mais, sur votre pa- 
role, je jetterai le filet. ^ Lorsqu'ils 
l'eurent fait, ils prirent une si 
grande quantité de poissons, que 
leur filet se rompait. ' Et ils firent 
signe à leurs 
compagnons, 
qui étaient dans 
l'autre barque, 
de venir les ai- 
der. Ils vinrent, 
et ils rempli- 
rent les deux 

lU 

les 
étaientpresque 

Barque du lac de Tibériade. (D'après une photographie.) SUDmergees. 

^Ouand Simon- 
Pierre vit cela, il tomba aux pieds de Jésus, en disant : 




i88 s. LUC, V, 9-19. 

Seigneur, retirez-vous de moi, car je suis un pécheur. 
^ Car l'épouvante l'avait saisi, et aussi tous ceux qui étaient 
avec lui, à cause de la pèche des poissons qu'ils avaient 
faite ; ^^ et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui 
étaient compagnons de Simon. Alors Jésus dit à Simon : 
Ne crains point; désormais ce sont des hommes que tu 
prendras (a). '^Et ayant ramené les barques à terre, ils 
quittèrent tout, et le suivirent. 

'■- Et comme il était près d'une des villes, voici qu'un 
homme couvert de lèpre, voyant Jésus, se prosterna la 
face contre terre, et le pria, en disant : Seigneur, si vous 
voulez, vous pouvez me guérir. *^ Jésus, étendant la main, 
le toucha, et dit : Je le veux, sois guéri. Et au même ins- 
tant, la lèpre le quitta. ^* Et il lui ordonna de n'en parler 
à personne : Mais, dit-il, va, montre-toi au prêtre, et 
offre pour ta guérison ce que Moïse a prescrit (d), afin 
que cela leur serve de témoignage. ^-^ Cependant, sa renom- 
mée se répandait de plus en plus, et des foules nom- 
breuses venaient pour l'entendre, et pour être guéries de 
leurs maladies. *^ Mais il se retirait dans le désert et 
priait. 

^'' Il arriva qu'un jour il était assis et enseignait, et 
des pharisiens et des docteurs de la loi, qui étaient venus 
de tous les villages de la Galilée, et de la Judée, et de Jé- 
rusalem, étaient assis auprès de lui; et la puissance du Sei- 
gneur agissait pour opérer desguérisons. ^^ Et voici que des 
gens, portant sur un lit un homme qui était paralytique, 
cherchaient à le faire entrer et à le déposer devant Jésus. 
^^ Mais, ne trouvant point par où le faire entrer, à cause de 
la foule, ils montèrent sur le toit {c), et, par les tuiles, ils le 
descendirent avec le lit au milieu de l'assemblée, devant 



(a) « Nouvelle méthode de pêcher, assurément. Car les pêcheurs tirent les 
poissons hors de l'eau pour leur donner la mort ; mais les apôtres lancent leurs 
filets dans l'eau, et ceux qu'ils prennent sont vivifiés. » (Saint Jean Chrysos- 
tome). 

(b) Voyez saint Matthieu, viii, 4, et les notes. 

(c) Voyez saint Matthieu, xxiv, 17, et la note. 




Grabat. (D'après une terre cuite.) 



S. LUC, V, 20-33. 189 

Jésus. -^ Dès qu'il vit leur foi, il dit : Homme, tes péchés 
te sont remis, -* Alors, les scribes et les pharisiens se 
mirent à penser et à dire en eux-mêmes : Quel est celui-ci, 
qui profère des blasphèmes? Oui peut remettre les péchés, 
si ce n'est Dieu seul? "-- Mais Jésus, connaissant leurs 
pensées, prit la parole et leur dit : Que pensez-vous dans 
vos cœurs? --^Lequel est le plus facile, de dire : Tes péchés 
te sont remis; ou de dire : Lève-toi et marche? -* Or, afin 
que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le 
pouvoir de remettre les péchés : Je te l'ordonne, dit-il au 
paralytique ; lève-toi, prends ton lit, et va dans ta maison (a). 
-■^Et aussitôt, se levant devant 
eux, il prit le lit sur lequel il 
était couché, et s'en alla dans 
sa maison, glorifiant Dieu. 
-^ Et la stupeur les saisit, et 
ils glorifiaient Dieu. Et ils 
furent remplis de crainte, et ils disaient : Xous avons vu 
aujourd'hui des choses prodigieuses. 

■-' Après cela, Jésus sortit, et vit un publicain, nommé 
Lévi (A), assis au bureau des impôts. Et il lui dit : Suis-moi. 
-* Et, laissant tout, il se leva et le suivit. -^ Lévi lui fit un 
grand festin dans sa maison, et il y avait une foule nom- 
breuse de publicains et d'autres personnes qui étaient à 
table avec eux. -^^^ Mais les pharisiens et les scribes mur- 
muraient, et disaient à ses disciples : Pourquoi mangez- 
vous et buvez- vous avec des publicains et des pécheurs? 
^* Et Jésus, prenant la parole, leur dit : Ce ne sont pas 
ceux qui se portent bien qui ont besoin du médecin, mais 
les malades. -^-Je ne suis pas venu appeler les justes, mais 
les pécheurs, à la pénitence. 

■^•^ Alors ils lui dirent : Pourquoi les disciples de Jean 
font-ils souvent des jeûnes et des prières, de même ceux 
des pharisiens, tandis que les vôtres mangent et boivent? 

(a) « Jésus opère un miracle matériel, pour faire la preuve du prodige spiri- 
tuel. » (Saint Jérôme.) 

(6) Voyez saint Marc, 11, 14, et la note. 

II. 



190 



s. LUC, V, 3 4 



VI, 2. 




Chez le marchand d'étoffes. (Peinture de Pompéi.) 



•^•■^11 leur répondit : Pouvez-vous faire jeûner les amis de 

l'époux, pendant 
que l'époux est 
avec eux?3-^Mais 
viendront les 
jours où l'époux 
leur sera enlevé, 
et alors ils jeû- 
neront en ces 
jours-là (a). 
'•^^ Il leur pro- 
J posa aussi cette 
comparaison : 
Personne ne met 

une pièce d'un vêtement neuf à un vieux vêtement ; 

autrement, on déchire le neuf, et la 

pièce du vêtement neuf ne convient 

point au vieux vêtement. ^' Et personne 

ne met du vin nouveau dans de vieilles 

outres; autrement, le vin nouveau rom- 
pra les outres, et il se répandra, et les 

outres seront perdues. ^^ Mais il faut 

mettre le vin nouveau dans des outres 

neuves, et ainsi les deux se conservent. ^ 

. ' i-emme vidant une 

"^ ht personne, buvant du vin vieux, outre. 

n'en veut aussitôt du nouveau; car il (Peinture de Pompéi.) 
dit : Le vieux est meilleur. 

Chapitre VI. — ' Or, un jour de sabbat appelé second- 
premier, il arriva que, comme il passait le long des blés, 
ses disciples arrachaient des épis, et les mangeaient, après 
les avoir froissés dans leurs mains. -Et quelques-uns des 
pharisiens leur disaient : Pourquoi faites-vous ce qui 

(a) Jésus est l'époux céleste, descendu sur la terre pour célébrer son ma- 
riage mystique avec l'Eglise. Ses disciples pouvaient-ils convenablement se 
livrer à la tristesse, tandis qu'ils jouissaient de sa présence sensible ? Mais le 
temps ne devait pas tarder à venir où il leur serait enlevé par la mort, et 
alors les mortifications et les peines ne leur manqueraient pas. 




s. LUC, VI, 3-14. 191 

n'est pas permis aux jours de sabbat (rz)? -^ Et Jésus leur 
répondit : N'avez-vous pas lu {d) ce que fit David, lors- 
qu'il eut faim, lui et ceux qui l'accompagnaient; * comment 
il entra dans la maison de Dieu, et prit les pains de pro- 
position {c), en mangea, et en donna à ceux qui étaient 
avec lui, quoiqu'il ne soit permis qu'aux seuls prêtres d'en 
manger? •'Et il leur disait : Le Fils de l'homme est 
maître même du sabbat. 

^ Il arriva, un autre jour de sabbat, qu'il entra dans la syna- 
gogue et qu'il enseignait ; et il y avait là un homme dont 
la main droite était desséchée. ' Or, les scribes et les 
pharisiens l'observaient, pour voir s'il ferait une guérison 
le jour du sabbat, afin de trouver de quoi l'accuser. ^ Mais 
lui, il connaissait leurs pensées, et il dit à cet homme qui 
avait la main desséchée : Lève-toi, et tiens-toi là au milieu. 
Et se levant, il se tint debout, ^ Alors Jésus leur dit : Je 
vous demande s'il est permis, les jours de sabbat, de faire 
du bien ou de faire du mal, de sauver la vie ou de l'ôter.'' 
^'^ Et ayant promené ses regards sur eux tous, il dit à 
l'homme : Etends ta main. Il l'étendit, et sa main fut 
guérie. *' Mais eux, remplis de démence, s'entretenaient 
ensemble de ce qu'ils feraient à Jésus. 

§ III. — LE MINISTÈRE DE JÉSUS EX GALILÉE 

APRÈS l'Élection des apôtres. 
Vocation des Douze. Le discours sur la mofitagne. 

*'^ Or, il arriva qu'en ces jours-là il s'en alla sur une mon- 
tagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu (a^). 
'•^ Et quand le jour fut venu, il appela ses disciples; et il 
en choisit douze d'entre eux, qu'il nomma apôtres : ^* Si- 
mon, auquel il donna le surnom de Pierre, et André son 

{a) Voyez saint Matthieu, xii, 2, et la note. 
(i) Premier livre des Rois, xxr, 1-6. 
(^) Voyez saint Matthieu, xii, 4, et la note. 

{d) Cette montagne, qui porte aujourd'hui le nom de Kouroûn-Hattîn, est 
située à l'ouest et non loin du lac de Tibériade. 



192 



s. LUC, VI, 15-25. 




frère, Jacques et Jean, Philippe et Barthélémy, ^'^ Matthieu 

et Thomas, Jacques fils 
d'Alphée, et Simon appelé 
le Zélé, ^^ Jude frère de 
Jacques, et Judas Isca- 
riote, qui fut le traître. 

^'' Et descendant avec 
eux, il s'arrêta dans une 
plaine {a), avec la troupe 
de ses disciples et une 
grande multitude de peu- 
ple de toute la Judée, et 
de Jérusalem, et de la 
contrée maritime, et de 

Les apôtres rangés autour de leur Maître. Tvr et de Sidon " '^ ils 

(D'après un fond de coupe.) étaient venus pour l'en- 

tendre et pour être guéris de leurs maladies. Et ceux 
qui étaient tourmentés par des esprits impurs étaient 
guéris. '^ Et toute la foule cherchait à le toucher, parce 
qu'une vertu sortait de lui et les guérissait tous. 

2^ Et lui, levant les yeux sur ses disciples, disait (è) : 
Bienheureux, vous qui êtes pauvres, parce que le royaume 
de Dieu est à vous. -* Bienheureux, vous qui avez faim 
maintenant, parce que vous serez rassasiés. Bienheureux, 
vous qui pleurez maintenant, parce que vous rirez. ^'^ Bien- 
heureux serez-vous lorsque les hommes vous haïront, et 
vous repousseront, et vous outrageront, et lorsqu'ils re- 
jetteront votre nom comme infâme, à cause du Fils de 
l'homme. -^ Réjouissez-vous en ce jour-là et soyez dans 
l'allégresse, parce que votre récompense est grande dans 
le ciel; car c'est ainsi que leurs pères traitaient les pro- 
phètes. ^* Mais malheur à vous, riches, parce que vous 
avez votre consolation. -'' Malheur à vous qui êtes rassa- 



(a) « Dans une plaine », relativement au sommet que Jésus venait de 
quitter (comparez le verset 12) ; mais, en réalité, sur un plateau très élevé. 

(b) Saint Luc abrège considérablement le discours sur la montagne, que 
saint Matthieu a seul transcrit d'une manière intégrale. 



s. LTC, VI, 26-38. 



193 



siés, parce que vous aurez faim. Malheur à vous qui riez 
maintenant, parce que vous serez dans le deuil et dans les 
larmes. -*" Malheur à vous lorsque les hommes diront du 
bien de vous, car c'est ainsi que leurs pères traitaient 
les faux prophètes. 

-'' Mais à vous qui m'écoutez, je dis : Aimez vos enne- 
mis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, -^ bénissez 
ceux qui vous maudissent, et priez pour ceux qui vous 
calomnient. -^ Et à celui qui te frappe sur 
une joue, présente encore l'autre; et celui 
qui te prend ton manteau, ne l'empêche pas 
de prendre aussi ta tunique. '-^^ Donne à qui- 
conque te demande, et ne redemande pas ton 
bien à celui qui s'en empare (a). ^^ Et ce que 
vous voulez que les hommes vous fassent, fai- 
tes-le-leur, vous aussi, pareillement. •^- Si vous 
aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous 
en saura-t-on? car les pécheurs aussi aiment 
ceux qui les aiment. ■^'■^ Et si vous faites du 
bien à ceux qui vous en font, quel gré vous 
en saura-t-on? car les pécheurs aussi font 
cela. '^^ Et si vous prêtez à ceux de qui vous manteau. (An- 
espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on .'' cienne mosaï- 
car les pécheurs aussi prêtent aux pécheurs, ^"^ 
afin de recevoir la pareille. -^-^ Mais vous, aimez vos enne- 
mis, faites du bien, et prêtez sans en rien espérer; et 
votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très- 
Haut, car il est bon pour les ingrats et les méchants. ''' Soyez 
donc miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux. 
•^' Xe jugez point, et vous ne serez pas jugés; ne condam- 
nez point, et vous ne serez pas condamnés (^) ; pardonnez, 
et on vous pardonnera; -^^ donnez, et on vous donnera : on 




Personnage 
drapé dans son 



(a) Voyez saint Matthieu, v, 39, et la note. 

{b) « Excusez l'intention, si vous ne pouvez excuser l'œuvre. Supposez 
l'inadvertance, supposez la surprise, supposez le hasard. ♦ (Saint Bernard.) 
« Ne jugez pas celui dont vous n'êtes pas le juge. » (Bossuet.) 



194 



s. LUC, VI, 39-4, 




La mesure comble. 
(Peinture des Catacombes.) 



versera dans votre sein (a) une bonne mesure, pressée, 
et secouée, et qui débordera ; car la même mesure avec la- 
quelle vous aurez mesuré servira de mesure pour vous. 

^^ Il leur proposait aussi cette comparaison : Est-ce 
qu'un aveugle peut conduire un aveugle? Ne tomberont- 
ils pas tous deux dans la 
fosse.? *'^ Le disciple n'est 
pas au-dessus du maître; 
mais tout disciple sera par- 
fait, s'il est comme son maî- 
tre. ^^ Pourquoi vois-tu le 
fétu dans l'œil de ton frère, 
sans apercevoir toi-même 
la poutre qui est dans ton 
œil? ''■- Ou, comment peux- 
tu dire à ton frère : Frère, 
laisse-moi ôter le fétu qui est dans ton œil, toi qui ne 
vois pas la poutre qui est dans le tien? Hypocrite, ôte 
d'abord la poutre qui est dans ton œil, et ensuite tu 
verras comment tu pourras ôter le fétu de l'œil de ton 
frère. ^^ Car un arbre n'est pas bon, s'il produit de mauvais 
fruits, et un arbre n'est pas mauvais, s'il produit de bons 
fruits. ** Car chaque arbre se connaît à son fruit. On ne 
cueille point de figues sur les épines, et on ne vendange 
pas le raisin sur des ronces. ''■' L'homme bon tire de 
bonnes choses du bon trésor de son cœur, et l'homme 
mauvais tire de mauvaises choses de son mauvais trésor; 
car la bouche parle de l'abondance du cœur. 

^^ Pourquoi m'appelez-vous Seigneur ! Seigneur ! et ne 
faites-vous pas ce que je dis? *'' Quiconque vient à moi, et 
écoute mes paroles, et les met en pratique, je vous mon- 
trerai à qui il ressemble, *^ Il ressemble à un homme qui, 
bâtissant une maison, a creusé bien avant, et a posé le 
fondement sur la pierre. L'inondation étant survenue, le 



. (a) C'est-à-dire, dans les larges plis que forme, sur la poitrine, la robe 
flottante des Orientaux. 



s. LUC, VI, 49 — VII, 8. 195 

torrent s'est précipité sur cette maison et n'a pu l'ébranler, 
parce qu'elle était fondée sur la pierre. *-^ Mais celui qui 
écoute et ne met pas en pratique, ressemble à un homme 
qui a bâti sa maison sur la terre, sans fondement ; le tor- 
rent s'est précipité sur elle, et aussitôt elle est tombée, et 
la ruine de cette maison a été grande (a). 

Le serviteur du centurion. Résurrection du fils de la veuve. Message 
de Jean-Baptiste a Jésus. Eloge du précurseur. La pécheresse. 

Chapitre VII, — * Lorsqu'il eut achevé de faire enten- 
dre au peuple toutes ces paroles, il entra dans Caphar- 
naiim. - Or, un centurion {K) avait un 
serviteur malade et sur le point de rh\ 

mourir, qui lui était très cher. ^ Et ayant ^^ 

entendu parler de Jésus, il lui envoya w^^^RTlk 

quelques anciens des Juifs, le priant /iC^^^^ 

de venir et de guérir son serviteur. Ov!^^^S|^ 

* Ceux-ci, étant venus auprès de Jésus, riJ^^^^lr 
le priaient avec instance, en lui disant : fj^^^^^ 
Il mérite que vous lui accordiez cela, /^^uMt^^ 
'car il aime notre nation, et il nous a (y|/^^V^^|r°Tïl 
lui-même bâti une synagogue. ^Et Jésus ^•À^^^^^^' 
allait avec eux. Et comme il n'était plus \ ^IIM \\ 
guère éloigné de la maison, le centurion / ; J^ r^ 
lui envoya de ses amis, pour lui dire : ^7 ^^J^^ 
Seigneur, ne prenez pas tant de peine, gr^^L^^^^^^~~ 
car je ne suis pas digne que vous ^«^ 

entriez sous mon toit. 'C'est pour cela Centurion romain. 

que je ne me suis pas cru digne de venir (l^ après un ancien bas- 

j • j-^ relief.) 

moi-même auprès de vous; mais dites 

un mot, et mon serviteur sera guéri. ^ Car moi, qui suis 

un homme soumis à des chefs, j'ai sous moi des soldats; 

(a) Conclusion : « Mettez en pratique la parole (divine), et ne vous bornez 
pas à l'écouter. » (Saint Jacques.) « C'est en agissant que l'on confirme et 
consolide ce qu'on a entendu. » (Saint Augustin.) 

(è) Voyez saint Matthieu, viii, 5, et la note. 



196 



s. LUC, VII, 9-1 



et je dis à l'un : Va, et il va; et à l'autre : Viens, et il 
vient; et à mon serviteur : Fais ceci, et il le fait. ^ Ayant 
entendu ces paroles, Jésus fut dans l'admiration (a) ; 
et se tournant vers les foules qui le suivaient, il dit : En. 
vérité, je vous le dis, même en Israël je n'ai pas trouvé 
une aussi grande foi. ^^De retour à la maison, ceux que 
le centurion avait envoyés trouvèrent guéri le serviteur 
qui avait été malade, 

^* Il arriva ensuite que Jésus allait dans une ville, appelée 
Naïm (3) ; et ses disciples allaient avec lui, ainsi qu'une 
foule nombreuse. ^-Et comme il approchait de la porte de la 
ville, voici qu'on emportait un mort, fils unique de sa mère, 

_ et celle-ci était 

^"^^ ^"^ veuve; et il y 

l\ JÀ ['m^J avait avec elle 

beaucoup de 

personnes de la 

ville. ^'^ Lorsque 




le Seigneur 



Funérailles. (Peinture égA'ptienne.) 



l'eut vue, tou- 
ché de com- 
passion pour elle, il lui dit : Ne pleure point. ^'* Puis 
il s'approcha, et toucha le cercueil. Ceux qui le portaient 
s'arrêtèrent. Et il dit : Jeune homme, je te l'ordonne, 
lève-toi. '"'Et le mort se mit sur son séant, et commença 
à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. '*^Tous furent 
saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, en disant : Un 
grand prophète a surgi parmi nous, et Dieu a visité 
son peuple. ^' Et le bruit de ce miracle se répandit 
dans toute la Judée, et dans tout le pays d'alentour. 

^^''Les disciples de Jean lui rapportèrent toutes ces 



(a) On a dit à bon droit que « ne rien admirer est une règle de la per- 
fection divine ». Mais Jésus est homme en même temps qu'il est Dieu, et il 
peut s'étonner sans préjudice de sa science universelle, de même qu'un astro- 
nome contemple avec admiration une éclipse qu'il a depuis longtemps prévue 
et annoncée. (Saint Thomas d'Aquin.) 

(ô) Bourgade située au sud de Nazareth et du Thabor. 



s. LUC, VII, 19-29, 197 

choses; *^et Jean appela deux de ses disciples, et les en- 
voya vers Jésus, pour lui dire : Êtes-vous celui qui doit 
venir, ou devons-nous en attendre un autre (a)? -*^ Ces 
hommes, étant venus auprès de Jésus, lui dirent : Jean- 
Baptiste nous a envoyés vers vous, pour vous dire : Etes- 
vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un 
autre? -^A cette heure même, Jésus guérit beaucoup de 
personnes qui avaient des maladies, et des plaies, et des 
esprits mauvais, et il rendit la vue à de nombreux aveu- 
gles. 2^ Puis, leur répondant, il dit : Allez, et rapportez à 
Jean ce que vous avez entendu et ce que vous avez vu : 
les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux 
sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, 
l'Evangile est annoncé aux pauvres ; --^ et bienheureux 
est celui qui ne sera pas scandalisé en moi. 

-* Lorsque les envoyés de Jean furent partis, il se 
mit à dire aux foules, au sujet de Jean : Ou'êtes-vous 
allés voir dans le désert.'' Un roseau agité par le vent? 
-''Mais qu'êtes-vous allés voir? Un homme vêtu avec 
mollesse? Ceux qui portent des vêtements précieux et qui 
vivent dans les délices sont dans les maisons des rois. 
-^ Qu'êtes-vous donc allés voir? Un prophète: Oui, vous 
dis-je, et plus qu'un prophète. "-' C'est de lui qu'il est 
écrit (3) : Voici que j'envoie mon ange {c) devant ta 
face, et il préparera ton chemin devant toi. -* Car, je vous 
le dis, parmi ceux qui sont nés des femmes, nul n'est 
plus grand prophète que Jean-Baptiste; mais celui qui 
est le plus petit dans le royaume de Dieu, est plus grand 
que lui (d). -'-'Tout le peuple qui l'a entendu et les publi- 

(û) Cette question du Précurseur ne provenait ni de 1 ignorance, ni du 
doute ; mais ses disciples refusaient en partie de croire à la mission divine 
de Jésus, et c'est pour les en convaincre qu'il lui envoya cette ambassade. 
(Saint Jean Chrj'sostome, saint Jérôme, etc.) 

(b) Malachie, m, i. 

(c) C'est-à-dire, mon messager. 

(d) Les anciens prophètes n'avaient annoncé le Messie que de loin, tandis 
que Jean-Baptiste était son héraut immédiat : circonstance glorieuse, qui lui 
donnait le pas sur les plus grands personnages de l'Ancien Testament, Et 



198 



s. LUC, VII, 30-3 



cains ont justifié Dieu, en se faisant baptiser du baptême 
de Jean. -^^Mais les pharisiens et les docteurs de la loi 
ont méprisé le dessein de Dieu à leur 
égard, en ne se faisant pas baptiser par 
Jean. 

•^' Le Seigneur ajouta : A qui donc com- 
parerai-je les hommes de cette génération, 
et à qui sont-ils semblables? •^- Ils sont 
semblables à des enfants assis sur la place 
publique, et qui, se parlant les uns aux 
autres, disent : Nous vous avons joué de 
la flûte, et vous n'avez pas dansé ; nous 
avons chanté des airs lugubres, et vous 
n'avez pas pleuré. -^ '■ Car Jean-Baptiste est 
venu, ne mangeant pas de pain, et ne bu- 
vant pas de vin ; et vous dites : Il est pos- 
sédé du démon. ^-^ Le Fils de l'homme est 
(Antique bas-relief.) ^.^^^^^^ mangeant et buvant; et vous dites : 

Voici un homme de bonne chère et un buveur de vin, un 
ami des publicains et des pécheurs. ^-'Mais la sagesse a 
été justifiée par tous ses enfants {a). 

■^^ Or, un pharisien pria Jésus de manger avec lui. Et 
étant entré dans la maison du pharisien, il se mit à table. 
■'^Et voici qu'une femme, qui était une pécheresse dans la 
ville, ayant su qu'il était à table dans la maison du phari- 
sien, apporta un vase d'albâtre rempli de parfum ; ^^ et 
se tenant derrière lui, à ses pieds ((5), elle se mit à arroser 
ses pieds de ses larmes, et elle les essuyait avec les che- 
veux de sa tête, et elle baisait ses pieds et les oignait de 




Joueuse de flûte. 



pourtant, il est « plus petit en privilèges que les saints de la nouvelle 
Alliance. » (Saint Augustin.) 

(a) Voyez saint Matthieu, xr, 19, et la note. 

(ô) Les figures ci-jointes montrent à quoi ressemblait alors une salle à man- 
ger, et quelle était l'attitude des convives. On voit, en avant, une console et une 
table. Autour de la table est une rangée de divans en fer à cheval. On 
s'étendait sur ces divans, garnis de coussins. Les pieds étaient en dehors, 
du côté du mur, de sorte qu'il fut aisé à la sainte amie de Jésus d'accomplir 
son onction. Comparez la gravure de la p. 156, Jésus à table avec ses apôtres. 



s. LUC, VII, 39-46. 



199 




Triclinium. (^Bas-relicf de Pompéi.) 



parfum. ^^ Voyant cela, le pharisien qui l'avait invité dit 
en lui-même : Si cet homme était prophète, il saurait cer- 
tainement qui 
et de quelle es- 
pèce est la fem- 
me qui le touche; 
car c'est une pé- 
cheresse . -^^ Et 
Jésus, prenant la 
parole, lui dit : 
Simon, j'ai quel- 
que chose à te 
dire. Il répondit : 
Maître, dites. 
^^ Un créancier 
avait deux débiteurs : l'un devait cinq cents deniers, et 
l'autre cinquante (a). " Comme ils n'avaient pas de quoi les 
rendre, il leur remit à tous deux leur dette. Lequel donc 
l'aimera davantage? *^ Si- 
mon répondit : Je pense 
que c'est celui auquel il a 
remis davantage. Jésus lui 
dit : Tu as bien jugé. ^* Et 
se tournant vers la femme, 
il dit à Simon : Tu vois-là 
cette femme? Je suis en- 
tré dans ta maison : tu ne 
m'as pas donné d'eau pour 
mes pieds; mais elle a ar- 
rosé mes pieds de ses lar- 
mes, et elle les a essuyés avec ses cheveux. ■^^•'Tu ne m'as 
pas donné de baiser; mais elle, depuis qu'elle est entrée, 
n'a pas cessé de baiser mes pieds. ''^Tu n'as pas oint ma 
tête d'huile; mais elle, elle a oint mes pieds de par- 




Génies à table. (Peinture anliqr.e.) 



(a) Voyez saint Matthieu, xviii, 28, et la note. 



200 



S. LUCj VII, 47 



VIII, 7. 



fums (a). *' C'est pourquoi, je te le dis, beaucoup de pé- 
chés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Mais 
celui à qui on remet moins, aime moins. *^ Alors il dit à 
cette femme : Tes péchés te sont remis. ''^ Et ceux qui 
étaient à table avec lui commencèrent à dire en eux- 
mêmes : Quel est celui-ci, qui remet même les péchés ? 
■'^ Et il dit à la femme : Ta fci t'a sauvée ; va en paix (3). 

Jésus parcourt la Galilée en prêchant. Parabole du semeur. La 
mère et les frères du Christ. Tempête apaisée. Les démoniaques 
géraséniens. L'hémorrhoïsse et la fille de Jaïre. 

Chapitre VIII. — ^ Il arriva ensuite que Jésus par- 
courait les villes et les villages, prêchant et annonçant 
l'Evangile du royaume de Dieu. Et les douze étaient avec 
lui, ^ comme aussi quelques femmes, qui avaient été 
guéries d'esprits malins et de maladies : Marie, appelée 
Madeleine, de laquelle sept démons étaient sortis ; ^ Jeanne, 
femme de Chusa, intendant d'Hérode, et Susanne, et 
beaucoup d'autres, qui l'assistaient de leurs biens. 

*0r, comme une grande foule s'était assemblée, et 
qu'on accourait des villes auprès de lui, il dit en parabole : 

^ Celui qui sème alla semer sa 
semence. Et tandis qu'il se- 
mait, une partie de la semence 
tomba le long du chemin; et 
elle fut foulée aux pieds, et 
les oiseaux du ciel la mangè- 
rent. ^Une autre partie tomba 
sur la pierre ; et ayant levé, 

Lieurs de gerbes. ., , , , ,. , 

elle sécha, parce qu elle n avait 

(Peinture égyptienne.) ,,, • ,. . ^ tt 

pas d humidité. ' Une autre 
tomba au milieu des épines; et les épines, croissant avec 




{a) Laver les pieds, embrasser à l'arrivée, oindre d huile parfumée étaient 
des devoirs de l'hospitalité orientale. 

(è) « Peu de pages de l'Evangile ont laissé au cœur des hommes un trair 
aussi pénétrant » que cet admirable récit de saint Luc. (Lacordaire.) 



s. LUC, VIII, 8-19. 201 

la semence, l'étouffèient. ^Uiie autre partie tomba dans 
une bonne terre, et ayant levé, elle porta du fruit au cen- 
tuple. En disant cela, il criait : Que celui-là entende, qui 
a des oreilles pour entendre. 

^ Ses disciples lui demandèrent ensuite ce que signifiait 
cette parabole. *^ Il leur dit : A vous il a été donné de 
connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais aux 
autres il n'est proposé qu'en paraboles, afin que, regardant, 
ils ne voient point, et qu'entendant, ils ne comprennent 
point (a). ^' Voici le sens de cette parabole. La semence, 
c'est la parole de Dieu. ^-Ceux qui sont le long du chemin 
sont ceux qui écoutent; ensuite le diable vient, et enlève 
de leur cœur la parole, de peur qu'ils ne croient et ne soient 
sauvés. *-^Ceux qui sont sur la pierre sont ceux qui, en- 
tendant la parole, la reçoivent avec joie; mais ils n'ont 
pas de racines ; ils croient pour un temps, et, au moment 
de la tentation, ils se retirent. ** Ce qui tombe parmi les 
épines, ce sont ceux qui ont écouté la parole, et qui s'en 
vont et sont étouffés par les sollicitudes, les richesses, et 
les plaisirs de la vie, et ils ne portent pas de fruit. *^Ce 
qui tombe dans la bonne terre, ce sont ceux qui, avant 
écouté la parole avec un cœur bon et excellent, la retien- 
nent, et portent du fruit par la patience. 

*^ Personne, après avoir allumé une lampe, ne la couvre 
d'un vase ou ne la met sous un lit ; mais il la met sur un 
candélabre, afin que ceux qui entrent voient la lumière. 
*"' Car il n'y a rien de caché qui ne soit manifesté, ni rien 
de secret qui ne soit connu et ne vienne au grand jour. 
** Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez. Car 
à celui qui a, on donnera ; et à celui qui n'a pas, on ôtera 
même ce qu'il croit avoir. 

"^ Cependant, sa mère et ses frères vinrent auprès de 
lui, et ils ne pouvaient l'aborder, à cause de la foule. 

(a) L'enseignement de Jésus sous forme de parabole revêtait ainsi un 
caractère pénal : les Juifs étaient punis de leur incrédulité, en ne recevant 
plus, comme auparavant, la vérité sous une forme simple et nue, facile à 
saisir, mais soûs les \oil.es plus ou moins épais des symboles. 



202 



S. LUC, VIII, 2 0- ly. 




-^ On l'en avertit : Votre mère et vos frères {a) sont 
dehors et veulent vous voir, -' Et répondant, il leur dit : 

Ma mère et mes 
frères, ce sont ceux 
qui écoutent la pa- 
role de Dieu, et qui 
la pratiquent. 

-- Or, il arriva 
qu'un de ces jours, 
il monta sur une 
barque avec ses dis- 
ciples ;etilleurdit : 
Passons de l'autre 
côté du lac. Et ils 
partirent.-'^Pendant 
qu'ils naviguaient, 
il s'endormit; et un 
tourbillon de vent 
fondit sur le lac, 
et la barque se 
remplissait d'eau, et ils étaient en péril. -'*■ S'approchant 
donc, ils l'éveillèrent, en lui disant : Maître, nous péris- 
sons. Mais lui, s'étant levé, menaça le vent et les flots 
agités; et ils s'apaisèrent, et le calme se fit. -''Alors il 
leur dit : Où est votre foi ? Mais eux, remplis de crainte 
et d'admiration, se disaient l'un à l'autre : Quel est donc 
celui-ci, qui commande aux vents et à la mer {b), et ils 
lui obéissent ? 

-^ Ils abordèrent dans le pays des Géraséniens (^r), qui 
est en face de la Galilée. -"^ Et lorsque Jésus fut descendu 
à terre, il vint au-devant de lui un homme qui était pos- 
sédé du démon depuis longtemps déjà, et qui ne portait 
pas de vêtement, et qui ne demeurait pas dans une mai- 

(a) Voyez saint Matthieu, xii, 46, et la note. 

(è) La mer et les vents, ces êtres fougueux, indociles, qu'aucune main, si 
ce n'est celle de Dieu, n'a pu c'ompter. 

(<:) Voyez saint Matthieu, viii, 28, et \x note. 



Candélabre à deux branches. 
(D'après un modèle antique.) 



s. LUC, VIII, 28-36. 



JO3 



son, mais dans les sépulcres (a). -*Dès qu'il eut vu Jésus, 
il se prosterna devant lui, et poussant un grand cri, il dit : 
Jésus, Fils du Dieu très haut, qu'y a-t-il entre vous et 
moi? Je vous en conjure, ne me tourmen- 
tez pas. "-^Car il commandait à l'esprit im- 
pur de sortir de cet homme. Il s'était, en 
effet, emparé de lui depuis longtemps, et 
quoiqu'on le gardât lié de chaînes et les 
fers aux pieds, il rompait ses liens, et était 
entraîné par le démon dans les déserts. 
^^ Jésus l'interrogea, en disant : Quel est 
ton nom ? Il répondit : Légion (d) ; car de 
nombreux démons étaient entrés en lui. 
^^ Et ils le suppliaient de ne pas leur com- 
mander de s'en aller dans l'abîme. '- Or, 
il y avait là un grand troupeau de pour- 
ceaux, qui paissaient sur la montagne ; et 
les démons le suppliaient de leur permettre 
d'entrer dans ces pourceaux, et il le leur P"sonnier ayant les 
permit. ^3 Les démons sortirent donc de "^-^i^seues pieds 

^ enchaînes. (Bas- 

cet homme, et entrèrent dans les pour- relief de Ninive.) 
ceaux ; et aussitôt, le troupeau alla se pré- 
cipiter impétueusement dans le lac, et se nova. 

^* Quand ceux qui les faisaient paître eurent vu ce qui 
était arrivé, ils s'enfuirent, et ils l'annoncèrent dans la 
ville et dans les campagnes. '^'Les habitants sortirent pour 
voir ce qui était arrivé ; et ils vinrent auprès de Jésus, et 
ils trouvèrent l'homme, de qui les démons étaient sortis, 
assis à ses pieds, vêtu, et plein de bon sens ; et ils furent 
saisis de crainte. '^^Ceux qui avaient vu ce qui s'était passé 




(a) Voyez saint Marc, v, 2, et la note. Dans son récit de ce miracle, saint 
Matthieu mentionne deux démoniaques ; saint Marc et saint Luc n'en nom- 
ment qu'un seul. Il y en eut deux en réalité. « Saint Marc et saint Luc sont 
moins précis (en cet endroit) et ne parlent que de celui dont la guérison est la 
plus importante. La même observation s'applique à beaucoup d'autres exem- 
ples analogues. » (F. \'igouroux.) 

(b) Voyez saint Matthieu, xxvi, 53, et la note. 



2 04 



s. LUC, VIII, 37-47. 



leur racontèrent comment il avait été délivré de la légion. 
■^^ Alors tout le peuple du pays des Géraséniens pria Jésus 
de s'éloigner d'eux, car ils étaient saisis d'une grande 
crainte. Et lui, montant dans la barque, s'en retourna. ^^ Et 
l'homme de qui les démons étaient sortis lui demandait 
de rester avec lui ; mais Jésus le renvoya, en disant : 
^^ Retourne dans ta maison, et raconte les grandes choses 
que Dieu t'a faites. Et il s'en alla par toute la ville, pu- 
bliant les grandes choses que Jésus lui avait faites. 

**^ Or, il arriva que Jésus, à son retour, fut reçu par la 
foule ; car tous l'attendaient. ^^ Et voici qu'un homme, 
nommé Jaïre, qui était chef de la synagogue, vint et se jeta 
aux pieds de Jésus, le suppliant d'entrer dans sa maison, 
■''■- parce qu'il avait une fille unique, âgée d'environ douze 
ans, qui se mourait. Et il arriva 
qu'en y allant (a), il était pressé par la 
foule. *'^ Et une femme qui souffrait 
d'une perte de sang depuis douze ans, 
et qui avait dépensé tout son bien en 
médecins, sans qu'aucun eût pu la 
guérir, '*'* s'approcha par derrière, et 
toucha la frange {d) de son vête- 
ment ; et aussitôt sa perte de sang s'ar- 
rêta. ''■^ Et Jésus dit : Qui est-ce qui 
m'a touché ? Mais comme tous s'en 
défendaient, Pierre et ceux qui étaient 
avec lui répondirent : Maître, les fou- 
les vous pressent et vous accablent, et 
vous dites : Qui [m'a touché ? ^^ Et Jésus dit : Quelqu'un 
m'a touché, car j'ai connu qu'une vertu était sortie de moi. 
*' Alors la femme, voyant qu'elle n'avait pu rester cachée, 
vint toute tremblante, et se jeta à ses pieds; et elle décla- 
ra devant tout le peuple pour quel motif elle l'avait tou- 

(a) « La grâce est tellement surabondante en ce Prince de la vie, que, tandis 
qu'il se hâte pour aller accomplir une œuvre de puissance, il en produit une 
autre comme en passant. » (Un ancien auteur.) 

(b) Voyez saint Matthieu, ix, 20, et la note. 




Guérison de Ihémorrhoïsse 
(Ancien bas-relief.) 



s. LUC, V.III, 48 — IX, 2. 



205 




Scène de deuil auprès d'un mort. (Peinture grecque.) 



ché, et comment elle avait été guérie à l'instant. ^^ Et Jé- 
sus lui dit : Ma fille, ta foi t'a sauvée ; va en paix. 

*^ Comme il parlait encore, quelqu'un vint dire au chef 
de synago- 
gue : Ta fille 
est morte ; ne 

l'importune 
pas. ''^ Mais Jé- 
sus, ayant en- 
tendu cette 
parole, dit au 
père de la 
jeune fille : Xe 
crains point ; 
crois seule- 
ment, et elle vivra. '"^ Et, lorsqu'il fut arrivé à la maison, 
il ne permit à personne d'entrer avec lui, si ce n'est à 
Pierre, à Jacques et à Jean, et au père et à la mère de la 
jeune fille. ■^- Or, tous pleuraient et se lamentaient sur 
elle. Mais il dit ; Ne pleurez pas; la jeune fille n'est pas 
morte, mais elle dort (^z). ^'Œt ils se moquaient de lui, sa- 
chant qu'elle était morte. -^'"Mais lui, la prenant par la 
main, s'écria, en disant : Jeune fille, lève-toi. ^^ Et son 
esprit revint, et elle se leva aussitôt. Et il ordonna de 
lui donner à manger. •'•'Ses parents furent remplis d'éton- 
nement ; et il leur commanda de ne dire à personne ce 
qui était arrivé. 

Mission et pouvoirs des apôtres. Ce qu'Hêrode pensait de Jésus. 
Première multiplicatio7i des pains. Confession de saint Pierre. 
Nécessité du renoncement. La transfiguration. Guérison d'un 
lunatique. Leçon d'humilité et de tolérance. 

Chapitre IX. — ^ Jésus, ayant assemblé les douze 
apôtres, leur donna puissance et autorité sur tous les dé- 
mons, et le pouvoir de guérir les maladies. - Puis il les 

{ci) Voyez saint Marc, v, 39, et la note. 



12 



206 s. LUC, IX, 3-15. 

envoya prêcher le royaume de Dieu et guérir les malades. 
•^ Et il leur dit : Ne portez rien en route, ni bâton, ni 
sac, ni pain, ni argent, et n'ayez pas deux tuniques. '' Dans 
quelque maison que vous soyez entrés, demeurez-y et 
n'en sortez pas. ^ Et lorsqu'on ne vous aura pas reçus, 
sortant de cette ville, secouez la poussière même de vos 
pieds, en témoignage contre eux. ^ Etant donc partis, ils 
parcouraient les villages, annonçant l'Evangile et guéris- 
sant partout. 

'' Cependant, Hérode le tétrarque {a) entendit parler de 
tout ce que faisait Jésus; et il était perplexe, parce que les 
uns disaient : ^ Jean est ressuscité d'entre les morts; les 
autres : Elle est apparu; et d'autres : Un des anciens 
prophètes est ressuscité. ^ Et Hérode dit : J'ai décapité 
Jean; quel est donc celui-ci, de qui j'entends dire de telles 
choses? Et il cherchait à le voir. 

^° Les apôtres, étant revenus, racontèrent à Jésus tout 
ce qu'ils avaient fait. Et les prenant avec lui, il se retira 
à l'écart dans un lieu désert, près de Bethsaïda (/?). 
^' Quand les foules l'eurent appris, elles le suivirent; et 
ils les accueillit, et il leur parlait du royaume de Dieu, 
et guérissait ceux qui avaient besoin d'être guéris. ^-Or, 
le jour commençait à baisser, et les douze, s'approchant, 
lui dirent : Renvoyez les foules, afin qu'elles aillent dans 
les villages et dans les campagnes, pour se loger et trouver 
des vivres; car nous sommes ici dans un lieu désert. 
^■^ Mais il leur dit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. 
Ils lui répondirent : Nous n'avons que cinq pains et deux 
poissons; à moins que nous n'allions nous-mêmes acheter 
des vivres pour cette foule. ^'" Or, il y avait là environ 
cinq mille hommes. Alors il dit à ses disciples : Faites- 
les asseoir par groupes de cinquante. ^Hls firent ainsi, 



(rt) Hérode Antipas, fils d'Hérode le Grand, et tétrarque de Galilée. 

(b) Non pas la bourgade du même nom qui est mentionnée plus bas 
(X, 13), et qui était bâtie sur la rive occidentale de la mer de Galilée, mais 
une autre Bethsaïda, située légèrement au nord-est du lac, à peu de distance 
de l'endroit où le Jourdain s'y jette. Voyez la carte. 



s. LUC, IX, 16-26. 



207 




et les firent tous asseoir. ^^ Alors Jésus, avant pris les 
cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au ciel, et 
les bénit, les rompit, et les distribua à ses disciples, afin 
qu'ils les présentassent aux fou- 
les. '" Ils mangèrent tous et furent 
rassasiés; et on emporta douze 
corbeilles de morceaux qui étaient 
restés. 

*^ Un jour, comme il priait à 
l'écart, ayant ses disciples avec 
lui, il les interrogea, en disant : 
Les foules, qui disent-elles que je 

suis? ^^ Ils répondirent, en disant : Paysan portant deux couffins 0*1 

Jean-Baptiste; les autres, Élie; corbeilles. (D'après un vase 

, , , j . peint.) 

les autres, qu un des anciens pro- 
phètes est ressuscité (n). -'^ Et il leur dit : Mais vous, qui 
dites-vous que je suis? Simon-Pierre, prenant la parole, 
dit : Le Christ de Dieu (d). -^ Alors il leur défendit, avec de 
sévères recommandations, dédire cela à personne, --ajou- 
tant : Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, 
qu'il soit rejeté par les anciens, par les princes des prêtresr^ 
et par les scribes, qu'il soit mis à mort, et qu'il ressuscite 
le troisième jour. 

-" Il disait aussi à tous : Si quelqu'un veut venir après 
moi, qu'il renonce à lui-même, et qu'il porte sa croix tous- 
les jours, et qu'il me suive. -* Car, celui qui voudra sauver 
sa vie, la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de 
moi, la sauvera. -' Et que servirait à un homme de gagner 
le monde entier, s'il se perd lui-même et cause sa ruine? 
-^ Car, si quelqu'un rougit de moi et de mes paroles, le- 
Fils de l'homme rougira de lui, lorsqu'il viendra dans sai 



(a) « Frappés de l'éloquence toute divine du Sauveur, de sa sagesse, de 
ses vertus, des œuvres merveilleuses qu'il semait partout sur ses pas, les Juifs, 
étaient bien forcés de reconnaître que ce n'était pas un homme ordinaire, que 
c'était un prophète inspiré de Dieu. » (Dehaut.) 

{b) Voyez les récits plus complets de saint Matthieu, xvr. 1^-2^, et de saint 
Marc, viir, 27-33. 



208 s, LUC, IX, 27-37. 

gloire, et dans celle du Père et des saints anges, -"^Je 
vous le dis, en vérité, il en est quelques-uns, ici présents, 
qui ne goûteront pas la mort avant d'avoir vu le royaume 
de Dieu (a). 

-^ Or, il arriva qu'environ huit jours après ces paroles, 
il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il monta sur 
une montagne pour prier. -^ Et pendant qu'il priait, l'as- 
pect de son visage devint tout autre, et ses vêtements de- 
vinrent blancs et brillants. ^^ Et voici que deux hommes 
s'entretenaient avec lui : c'étaient Moïse et Elle, "^^ appa- 
raissant avec gloire ; et ils parlaient de sa sortie du 
monde (3), qu'il devait accomplir à Jérusalem. ^- Cepen- 
dant, Pierre et ceux qui étaient avec lui étaient appesantis 
par le sommeil ; et, s'éveillant, ils virent sa gloire, et les 
deux hommes qui étaient avec lui. '-^^ Et il airiva qu'au 
moment où ceux-ci s'éloignaient de Jésus, Pierre lui dit : 
Maître, il est bon pour nous d'être ici ; faisons trois tentes, 
une pour vous, une pour Moïse et une pour Elie. Il ne savait 
pas ce qu'il disait (c). -^^Comme il parlait ainsi, une nuée se 
forma et les couvrit; et ils furent effrayés en les voyant 
entrer dans la nuée. ^-^ Et une voix sortit de la nuée, 
disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé; écoutez-le. -^^Et 
pendant que la voix retentissait, Jésus se trouva seul. Et 
les disciples se turent, et ne dirent à personne, en ces 
jours-là, rien de ce qu'ils avaient vu. 

^" Or il arriva, le jour suivant, comme ils descendaient 
de la montagne, qu'une foule nombreuse vint au-devant 

(a) « Le royaume de Dieu venant avec puissance, » dit saint Marc, vin, 39 ; 
ce qui désigne, d'après l'opinion la plus probable, la manifestation éclatante et 
terrible de la toute-puissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ lors de la des- 
truction de Jérusalem, quarante ans environ après sa mort. Comparez saint 
Matthieu, xvi, 28. 

(b) C'est-à-dire, de sa passion, de sa résurrection et de son ascension. Trait 
remarquable, que saint Luc est seul à mentionner. Il nous aide à bien saisir 
la signification intime de ce mystère. La Transfiguration consacrait donc Jésus 
pour la croix et pour la mort, en même temps qu'elle le remplissait de force 
et de courage en vue de sa douloureuse passion. 

(c) Son extase l'avait transporté dans des sphères sublimes, et il oubliait 
les conditions de l'existence présente. (Pensée de TertuUien.; 



s. LUC, IX, 38-45- 



209 



d'eux. ■'* Et voici qu'un homme s'écria, du sein de la 
foule, et dit : Maître, je vous en supplie, jetez un regard 




Tente orientale. (D'après une photographie.) 

sur mon fils, car c'est mon unique enfant. '-^^ Un esprit se 
saisit de lui, et aussitôt il pousse des cris; il le renverse à 
terre, il l'agite en le faisant écumer, et il ne le quitte 
qu'à grand'peine, après l'avoir tout déchiré. ^^ J'ai prié 
vos disciples de le chasser, et ils n'ont pas pu. *^ Alors 
Jésus, prenant la parole, dit : O race incrédule et perverse, 
jusques à quand serai-je avec vous et vous souffrirai-je? 
Amène ici ton fils. *- Et comme il approchait, le démon le 
jeta par terre et l'agita violemment. *^ Mais Jésus menaça 
l'esprit impur, guérit l'enfant et le rendit h son père. 

** Et tous étaient frappés de la grandeur de Dieu. 
Et comme tous étaient dans l'admiration de tout ce 
que faisait Jésus, il dit à ses disciples : Vous, mettez 
bien dans vos cœurs ces paroles : le Fils de l'homme doit 
être livré entre les mains des hommes. *"' Mais ils ne 



iio s. LUC, IX, 46-53. 

comprenaient pas cette parole, et elle était voilée pour 
eux, de sorte qu'il n'en avaient pas le sens; et ils crai- 
gnaient de l'interroger à ce sujet. 

^"^ Or, une pensée leur vint dans l'esprit : lequel d'entre 
eux était le plus grand. *^ Mais Jésus, voyant les pensées. 
de leurs cœurs, prit un enfant et le plaça auprès de lui {a)~ 
*^ Puis il leur dit : Quiconque reçoit cet enfant en mon 
nom, me reçoit ; et quiconque me reçoit, reçoit celui qui 
m'a envoyé. Car, celui qui est le plus petit parmi vous 
tous, celui-là est le plus grand. ''^ Alors Jean, prenant la 
parole, lui dit : Maître, nous avons vu un homme chasser 
les démons en votre nom, et nous l'en avons empêché, 
parce qu'il ne vous suit pas avec nous. -'^ Et Jésus lui 
dit : Ne l'en empêchez point ; car celui qui n'est pas 
contre vous est pour vous. 



TROISIEME PARTIE 
Le dernier voyage de Jésus à JérusalenL. 

§ I. — LES DÉBUTS DU VOYAGE. 

Le feu du ciel. Conditions nécessaires pour suivre jfésus. Les 
soixante-dojize disciples. Le bon Samaritain. Marthe et Marie. 

■'' Or, il arriva, lorsque les jours où il devait être enlevé 
du monde approchaient, qu'il prit un visage assuré (3), pour 
aller à Jérusalem. '■''- Et il envoya devant lui des messagers. 
Ceux-ci, étant partis, entrèrent dans une ville des Samari- 
tains (t-), pour lui préparer un logement. ''■^ Mais ils ne le 
reçurent point, parce que son aspect était celui d'un 

(a) Saint Marc, ix, 35, ajoute un gracieux trait à ce tableau : « Et il l'em- 
brassa. » 

{V) Cette locution peint au vif le noble et tout divin courage avec lequel le 
Sauveur s'élançait au-devant de sa croix. 

{c) Voyez saint Matthieu, x, 5, et la note. 



8; LUC, 1^, 5 4 --- X, 2. 



211 



homme qui va à Jérusalem. '"'' Ayant vu cela, ses disciples 
Jacques et Jean lui dirent ; Seigneur, voulez-vous que 
nous commandions que le feu descende du ciel et les con- 
sume? ■'•' Et se tournant vers eux, il les réprimanda, en 
disant : Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes. -'^ Le 
Fils de l'homme n'est pas venu pour perdre les âmes,, 
mais pour les sauver. Et ils s'en allèrent dans un autre 
bourg. 

'•"'* Or, il arriva, tandis qu'ils étaient en chemin, que 
quelqu'un lui dit : Je vous suivrai partout oij vous irez. 
■'** Jésus lui répondit : Les renards ont des tanières, et les 
oiseaux du ciel des nids; mais le Fils de l'homme n'a pas 
où reposer sa tête (a). '^ Il dit à un autre : Suis-moi. Mais 
celui-ci répondit : Seigneur, permettez-moi d'aller d'abord 
ensevelir mon père. ^^ Et Jésus lui dit : Laisse les morts 
ensevelir leurs morts ; pour toi, va et annonce le royaume 
de Dieu. ^' Un autre dit : Seigneur, je vous suivrai; mais 
permettez-moi d'abord de disposer de ce qui est dans 
ma maison. ^'- Jésus lui dit : Quiconque met la main à la 
charrue et regarde 
en arrière, n'est pas 
propre au royaume 
de Dieu. 

Chapitre X. — 
* Après cela, le Sei- 
gneur désigna en- 
core soixante-douze 
autres disciples, et 
il les envoya de- 
vant lui, deux à deux, dans toutes les villes et dans tous 
les lieux où il devait aller lui-même. ^ Et il leur disait : La 
moisson est grande, mais les ouvriers sont peu nombreux. 
Priez donc le maître de la moisson d'envover des ouvriers. 




Scène de labour. (Peinture égyptienne.) 



(a) Expression qui désigne un dénûment complet. « Je suis tellement 
pauvre, que je ne possède pas même un petit abri, et un toit qui m'appartienne 
en propre. » (Saint Jérùme.) 



212 



S. LUC, X, 3-14. 




dans sa moisson. -^ Allez ; voici que je vous envoie comme 
des agneaux au milieu des loups. *Ne 
portez ni bourse, ni sac, ni chaussures, 
et ne saluez personne en chemin. 
•^Dans quelque maison que vous en- 
triez, dites d'abord : Paix à cette mai- 
son, ® Et s'il s'y trouve un enfant de 
paix, votre paix reposera sur lui ; si- 
non, elle reviendra à vous. "^Demeurez 
dans la même maison, mangeant et 
buvant de ce qu'il y aura chez eux ; 
Voyageur muni d'un ha- Car l'ouvrier est digne de son salaire. 

vresac et d'un bâton. Ne passez pas de maison en maison. 

(Daprès un marbre an- 8 j)^^^ quelque ville quc VOUS entriez, 

tique.) .7, 

et ou 1 on vous recevra, mangez ce 
qui vous sera présenté. ^ Guérissez les malades qui s'y trou- 
vent, et dites-leur : Le rovaume de Dieu s'est approché 
de vous. ^"^ Et dans quelque ville que vous entriez, et où 
l'on ne vous recevra pas, sortez sur les places publiques, 
et dites : ^^La poussière même de votre ville, qui s'est 
attachée à nous, nous la secouons contre vous ; sachez ce- 
pendant ceci, que le royaume de Dieu est proche. ^- Je 
vous le dis, en ce 
jour-là, il y aura 
moins de rigueur 
pour Sodome, que 
pour cette ville. 
^•■'Malheur à toi, Co- 
rozaïn ! malheur à 
toi Bethsaïda (a) ! 
car si les miraclesqui 
ont été faits au mi- 
lieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, de- 
puis longtemps elles auraient fait pénitence, revêtues 
d'un sac et assises dans la cendre. ^* C'est pourquoi, au 




Egyptiennes qui se jettent de la poussière sur la 
tête en signe de deuil. (Ancienne peinture.) 



(a) Sur ces deux villes, voyez saint Matthieu, xi, 21, et les notes. 



s. LUC, X, 15-27. 213 

jugement, il y aura moins de rigueur pour Tvr et pour 
Sidon que pour vous. *' Et toi, Capharnaum, qui as été 
élevée jusqu'au ciel, tu seras plongée jusque dans l'enfer. 
'^ Celui qui vous écoute, m'écoute ; celui qui vous méprise, 
me méprise ; et celui qui me méprise, méprise celui qui 
m'a envoyé. 

'' Or, les soixante-douze revinrent avec joie, disant : Sei- 
gneur, les démons mêmes nous sont soumis en votre nom. 
'* Et il leur dit : Je voyais Satan tomber du ciel comme 
la foudre. ^^ Voici que je vous ai donné le pouvoir de fou- 
ler aux pieds les serpents, et les scorpions, et toute la 
puissance de l'ennemi Ça) ; et rien ne pourra vous nuire. 
-^ Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits 
vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce que vos 
noms sont écrits dans les cieux. 

-^ En cette heure même, il tressaillit de joie dans l'Es- 
prit-Saint, et dit : Je vous rends gloire, Père, Seigneur du 
ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses 
aux sages et aux prudents, et de ce que vous les avez ré- 
vélées aux petits. Oui, Père, car il vous a plu ainsi. -- Toutes 
choses m'ont été données par mon Père ; et nul ne sait qui 
est le Fils, si ce n'est le Père ; ni qui est le Père, si ce n'est 
le Fils, et celui à qui le Fils aura voulu le révéler (3). -^Et 
se tournant vers ses disciples, il dit : Heureux les veux qui 
voient ce que vous voyez. -* Car, je vous le dis, beaucoup 
de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez, 
et ne l'ont pas vu ; et entendre ce que vous entendez, et 
ne l'ont pas entendu. 

^■' Et voici qu'un docteur de la loi se leva pour le tenter, 
et lui dit : Maître, que dois-je faire pour posséder la vie 
éternelle ? -•' Et Jésus lui dit : Qu'y a-t-il d'écrit dans la 
loi ? qu'y lis-tu ? "-' Il répondit : Tu aimeras le Seigneur ton 

(a) C'est-à-dire, du démon. 

(b) Connaissance mutuelle vraiment ineffable, qui suppose, entre Dieu le 
Père et Notre-Seigneur Jésus-Christ, son Fils unique, une unité et une égalité 
parfaites, .\ussi ce passage contient-il un argument très fort en faveur de la 
divinité de Jésus. 



214 



s. LUC, X, 28-38. 



Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toutes 
tes forces, et de tout ton esprit ; et ton prochain comme 
toi-même (a). -» Jésus lui dit : Tu as bien répondu ; fais 
cela, et tu vivras. -^ Mais lui, voulant se justifier (d), dit à 
Jésus : Et qui est mon prochain ? -^"^ Alors Jésus, prenant la 
parole, dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéri- 
cho (c), et il tomba au milieu des voleurs, qui le dépouil- 
lèrent, et, après l'avoir couvert de blessures, s'en allèrent, 
le laissant à demi-mort. -^^ Or, il arriva qu'un prêtre des- 
cendait par le même chemin ; et l'ayant vu, il passa outre. 
•'- Pareillement, un lévite qui se trouvait en cet endroit, 
le vit et passa outre. •^■^ Mais un Samaritain, qui était en 
voyage, vint près de lui, et, le voyant, fut touché de com- 
passion. ^^ Et s'étant approché, il banda ses plaies, et y versa 

de l'huile et du vin ; 
puis, le plaçant sur sa 
monture, il le con- 
duisit dans une hô- 
tellerie, et prit soin 
de lui. •^■' Le lende- 
main, il tira deux de- 
niers, et les donna à 
l'hôtelier, et dit : Aie 
soin de lui ; et tout 
ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon 
retour. ^^ Lequel de ces trois te semble avoir été le pro- 
chain de celui qui était tombé entre les mains des voleurs? 
■" Le docteur répondit : Celui qui a exercé la miséri- 
corde envers lui. Et Jésus lui dit : Va, et fais de même. 

•'^Or il arriva, tandis qu'ils étaient en chemin, qu'il 
entra dans un bourg ; et une femme, nommée Marthe, le 




Voyageur réglant ses comptes avant de quitter 
l'hùtellerie. (D'après un monument romain.) 



(a) Deutéronome, vi, 5, et Lévitique, xix, 18. 

(ô) Expression qui équivaut ici à « s'excuser ». Le docteur avait posé à 
Jésus un problème dont la solution, quoique simple en apparence, n'était pas 
toujours aisée dans la pratique. 

(c) Voyez saint Matthieu, XX, 29, et la note. La route de Jérusalem à 
Jéricho a toujours, été çt es.t encnre infestée d'Arabes pillards^ 



i^. LUC, X, ^i) — XI, s. 215 

reçut dans sa maison. ^^Et elle avait une sœur, nommée 
Marie, qui, assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa 
parole. ''"Mais Marthe s'empressait aux soins multiples du 
service. Elle s'arrêta, et dit : Seigneur, n'avez-vous aucun 
souci de ce que ma sœur me laisse servir seule.'' Dites-lui 
donc de m'aider, '■• Le Seigneur, répondant, lui dit : 
Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu te troubles pour 
beaucoup de choses. *-Or, une seule chose est néces- 
saire. Marie a choisilla meilleure part, qui ne lui sera pas 
ôtée (tj). 

Comment il faut prier. L'ami importun. Blasphème des pharisiens. 
Le signe du ciel. Reproches adressés aux pharisiens et aux 
scribes. 

Chapitre XI. — ' Il arriva, comme il priait dans un 
certain lieu, que, lorsqu'il eut achevé, un de ses disciples 
lui dit : Seigneur, apprenez-nous à prier, comme Jean l'a 
appris à ses disciples.'^- Et il leur dit : Lorsque vous priez, 
dites : Père, que votre nom soit sanctifié ; que votre règne 
arrive; ^donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque 
jour {h) ; * et remettez-nous nos péchés, puisque nous re- 
mettons, nous aussi, à quiconque nous doit ; et ne nous 
induisez pas en tentation. 

' Il leur dit encore : Si l'un de vous a un ami, et qu'il 
aille le trouver au milieu de la nuit, pour lui dire : Mon 
ami, prête-moi trois pains, ^ car un de mes amis est arrivé 
de voyage chez moi, et je n'ai rien à lui offrir, "* et si, de 
l'intérieur, l'autre répond : Xe m'importune pas ; la porte 
est déjà fermée, et mes enfants et moi nous sommes au 
lit; je ne puis me lever pour t'en donner; ^ si cependant 

{a) Cette « seule chose nécessaire » consiste, comme l'indiquent la con- 
duite de Marie et l'éloge de Jésus, à oublier, pour le divin Maître, toutes les 
choses extérieures, et à s'abandonner sans réserve à son amour. Marthe n est 
pas blâmée, mais le Seigneur lui préfère Marie. (Saint Augustin, ;aiht Am- 
hroise, etc.) 

(b) « C'est ici le vrai dis;<)urs d'un enfant qui deman le en confiance à ïoi 
jMjre tous ses besoins, jusqu'aux moindres. » (Bossutt.) 



2l6 



s. LUC, XI, 9-1 



le premier continue de frapper, je vous le dis, quand 
même il ne se lèverait pas pour lui en donner parce qu'il 
est son ami, il se lèvera du moins à cause de son importu- 
nité, et il lui en donnera autant qu'il lui en faut. ^ Et moi, 
je vous dis : Demandez, et on vous donnera; cherchez, et 
vous trouverez ; frappez à la porte, et on vous ouvrira. 
*o Car quiconque demande, reçoit ; et qui cherche, trouve ; 
et à celui qui frappe à la porte, on ouvrira (a). *^ Si l'un de 
vous demande du pain à son père, celui-ci lui donnera-t-il 
une pierre? Ou, s'il demande un poisson, lui donnera-t-il 
un serpent au lieu du poisson ? ^' Ou, s'il lui demande un 
œuf, lui donnera-t-il un scorpion (^)? ^^ Si donc vous, qui 

êtes méchants, vous savez don- 
ner de bonnes choses à vos en- 
fants, à combien plus forte rai- 
son votre Père qui est 
dans le ciel donnera-t-il 
l'Esprit bon à ceux qui 
le lui demandent? 

^* Un jour, Jésus chas- 
sait un démon, et ce dé- 
mon était muet. Et lors- 
qu'il eut chassé le dé- 
mon, le muet parla, et 
les foules furent dans l'admiration. ^^ Mais quelques-uns 
d'entre eux dirent : C'est par Béelzébub (<:), prince des 
démons, qu'il chasse les démons. *^Et d'autres, pour le 
tenter, lui demandaient un signe qui vînt du ciel. ^"^ Mais 
lui, ayant vu leurs pensées, leur dit : Tout royaume di- 
visé contre lui-même sera dévasté, et la maison tombera 
sur la maison. ^^ Si donc Satan est aussi divisé contre 

(a) « Frappez, persévérez à frapper, jusqu'à vous rendre importun, s'il se 
pouvait. II y a une manière de forcer Dieu, et de lui arracher ses grâces, et 
cette manière est de demander sans relâche, avec une ferme foi. » (Bossuet.) 

(b) Insecte de la famille des Arachnides, qui porte, à l'extrémité de sa 
longue queue, un dard chargé de venin ; sa piqûre est très douloureuse et 
peut occasionner la mort. 

(c) Voyez saint Matthieu, x, 25, et la note. 




Le scorpion. 



s. »LUC, XI, I 9-3 I. 217 

iLii-même, comment son règne subsistera-t-il ? Car vous 
dites que c'est par Béelzébub que je chasse les démons. 
*" Or, si c'est par Béelzébub que je chasse les démons, par 
qui vos fils les chassent-ils? C'est pourquoi ils seront eux- 
mêmes vos juges. -•^ Mais, si c'est par le doigt de Dieu que 
je chasse les démons, assurément le royaume de Dieu est 
arrivé jusqu'à vous. "-^Lorsque l'homme fort, armé, garde 
sa maison, ce qu'il possède est en paix. —Mais si un plus 
fort que lui survient et triomphe de lui, il emportera 
toutes ses armes, dans lesquelles il se confiait, et il distri- 
buera ses dépouilles. --^ Celui qui n'est point avec moi, est 
contre moi, et celui qui ne recueille pas avec moi, dissipe. 
-^ Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va par 
des lieux arides, cherchant du repos; et n'en trouvant 
pas, il dit : Je retournerai dans ma maison, d'oîi je suis 
sorti. -■' Et quand il arrive, il la trouve balavée et ornée. 
^^ Alors il s'en va, et prend avec lui sept (a) autres esprits, 
plus méchants que lui, et entrant dans cette maison, ils y 
habitent. Et le dernier état de cet homme devient pire 
que le premier. 

-' Or, il arriva, tandis qu'il disait ces choses, qu'une 
femme, élevant la voix du milieu de la foule, lui dit : 
Heureux le sein qui vous a porté, et les mamelles qui 
vous ont allaité. -^ Mais il dit : Heureux plutôt ceux qui 
écoutent la parole de Dieu et qui la gardent (è). 

-^ Et comme les foules accouraient, il se mit à dire : 
Cette génération est une génération méchante ; elle de- 
mande un signe, et il ne lui sera pas donné de signe, si ce 
n'est le signe du prophète Jonas {c). -^"^Car, de même que 
Jonas fut un signe pour les Ninivites, ainsi en sera-t-il 
du Fils de l'homme pour cette génération. '^^ La reine du 
Midi {d) se lèvera, lors du jugement, contre les hommes 

(a) Chiffre rond, à la manière orientale, pour signifier plusieurs. 
(è) Marie était donc deux fois heureuse, puisqu'elle était la mère du Fils 
de Dieu, et qu'elle gardait si bien sa parole. (Saint- Augustin.) 

(c) Voyez saint Matthieu, xir, 38, et la note. 

(d) Voyez saint Matthieu, xir, 42, et la note. 

13 



2l8 



s. LUC, XI, 32-42, 




de cette génération, et les condamnera; car elle est 
venue des extrémités de la terre pour entendre la sa- 
gesse de Salomon, et voici qu'il y a plus que Salomon ici. 
'■''- Les Ninivites se lèveront, lors du jugement, contre 
cette génération, et la condamneront ; car ils ont fait péni- 
tence à la prédication de Jonas, et voici qu'il y a plus 
que Jonas ici. 

■^•^ Personne n'allume une lampe pour la mettre dans 
un lieu caché, ou sous le boisseau ; mais on la met sur le 

candélabre, afin que 
ceux qui entrent voient 



la lumière. -^^ La lampe 
de ton corps, c'est ton 
œil. Si ton œil est 
simple, tout ton corps 
sera lumineux ; mais 
s'il est mauvais, ton 

Antique lampe chrétienne, trouvée en Palestine. COrpS aUSSl sera teue- 

breux. ^^ Prends donc 
garde que la lumière qui est en toi ne soit ténèbres. '^^ Si 
donc tout ton corps est éclairé, n'ayant aucune partie téné- 
breuse, tout sera lumineux, et tu seras éclairé comme par 
une lampe brillante. 

■" Pendant qu'il parlait, un pharisien le pria de dîner chez 
lui ; et étant entré, il se mit à table. ^^ Or, le pharisien, 
pensant en lui-même, commença à se demander pourquoi il 
ne s'était pas lavé avant le repas (a). ^^ Mais le Seigneur 
lui dit : Vous autres, pharisiens, vous nettoyez le dehors 
de la coupe et du plat ; mais ce qui est au dedans de vous 
est plein de rapine et d'iniquité. **^ Insensés, celui qui a fait 
le dehors n'a-t-il pas fait aussi le dedans? ^^ Cependant 
donnez en aumône votre superflu, et voici que tout sera 
pur pour vous. *- Mais malheur à vous, pharisiens, parce 
que vous payez la dîme de la menthe, et de la rue, et de 



(a) Sur cette coutume juive, voyez saint Marc, vit, 1-5. 



s. LUC, XI, 4 3-4 7- 



219 




Le cumin. 
(Voyez saint Matth., xxiii, 23.) 



tous les légumes (a), et que vous négligez la justice et 

l'amour de Dieu; il 
fallait cependant faire 
ces choses, sans omet- 
tre les autres. "Mal- 
heur à vous, phari- 
siens, parce que vous 
aimez les premiers 
sièges dans les syna- 
gogues, et les saluta- 
tions sur la place pu- 
blique. *^ Malheur à 
vous, parce que vous 
êtes comme des sépul- 
cres qui ne paraissent 
point, et sur lesquels 

les hommes^ marchent sans le savoir. 

*^ Alors un des docteurs de la loi, prenant la parole, lui 

dit : ]Maître, en parlant 

de la sorte, vous nous 

faites injure à nous 

aussi. *^Mais Jésus dit : 

Malheur à vous aussi, 

docteurs de la loi, parce 

que vous chargez les 

hommes de fardeaux 

qu'ils ne peuvent por- 
ter, et que vous-mê- 
mes vous ne touchez 

pas ces fardeaux d'un 

seul de vos doigts. *' Malheur à 

vous, qui bâtissez les tombeaux 

des prophètes; et ce sont vos 

(a) Voyez saint Matthieu, xxiii, 23, et la La rue. 

note. La rue est une plante de la famille 

des Balsarainacées, à l'odeur désagréable. Les Juifs l'employaient comme 
assaisonnement et comme remède. 




220 S. LUC, XI, 48 — XII, 5. 

pères qui les ont tués. ^^ Certes, vous témoignez que vous 
consentez aux œuvres dé vos pères; car eux, ils les ont 
tués, et vous, vous bâtissez leurs tombeaux. •'^^ C'est pour- 
quoi la sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des pro- 
phètes et des apôtres, et ils tueront les uns et persécu- 
teront les autres, ^"^afin qu'il soit demandé compte à cette 
génération du sang de tous les prophètes qui a été ré- 
pandu depuis la création du monde, ■'* depuis le sang 
d'Abel jusqu'au sang de Zacharie {a), qui a été tué entre 
l'autel et le temple. Oui, je vous le dis, il en sera de- 
mandé compte à cette génération. '•"- Malheur à vous, 
docteurs de la loi, parce que vous avez pris la clef de la 
science ; vous-mêmes, vous n'êtes pas entrés, et vous avez 
arrêté ceux qui voulaient entrer. 

^^ Comme il leur disait ces choses, les pharisiens et les 
docteurs de la loi commencèrent à le presser vivement 
et à le harceler par une multitude de questions, ^''"lui ten- 
dant des pièges, et cherchant à surprendre quelque parole 
de sa bouche, afin de l'accuser. 

Ze levain des pharisiens. Ne craindre que Dieu. Contre l'avarice 
et les vaines inquiétudes. Nécessité de la vigilance. Les signes 
des temps. 

Chapitre XII. — ^ Or, des foules nombreuses s'étant 
assemblées autour de Jésus, à ce point qu'on marchait 
les uns sur les autres, il commença à dire à ses disciples : 
Gardez-vous du levain des pharisiens, qui est l'hypocrisie. 
2 II n'y a rien de secret qui ne doive être découvert, ni 
rien de caché qui ne doive être connu. ■' Car, ce que vous 
avez dit dans les ténèbres, on le dira dans la lumière; et 
ce que vous avez dit à l'oreille, dans les chambres, sera 
prêché sur les toits. 

'^ Je vous dis donc à vous, qui êtes mes amis : Ne crai- 
gnez point ceux qui tuent le corps, et qui, après cela, ne 
peuvent rien faire de plus. "' Mais je vous montrerai qui 

(a) Voyez saint Matthieu, xxiii, 35, et la note. 



s. LUC, XII, 6- II. 



221 




VOUS devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, 
a le pouvoir 



dejeterdans 
la géhenne 
(a). Oui, je 
vous le dis, 

celui-là, 
craignez - le. 
••Cinq passe- 
reaux ne se 
vendent - ils 
pas deux as 
{d)l Et pas 

un d'eux 
n'est en ou- 
bli devant 
Dieu. "^ Les 

cheveux 
même de vo- 
tre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point ; vous 
valez plus que beaucoup de passereaux. ^ Or, je vous le 
dis, quiconque me confessera devant les hommes, le Fils 
de l'homme le confessera aussi devant les anges de Dieu. 
^Mais celui qui m'aura renié devant les hommes sera 
renié devant les anges de Dieu, *'^Et ù quiconque pronon- 
cera une parole contre le Fils de l'homme, il sera par- 
donné; mais à celui qui aura blasphémé contre le Saint- 
Esprit, il ne sera point pardonné (6-). ^^ Lorsqu'on vous 
conduira dans les synagogues, et devant les magistrats et 
les autorités, ne vous inquiétez point de quelle manière 
ou de ce que vous répondrez, ni de ce que vous direz; 

(a) Voyez saint Matthieu, v, 22, et la quatrième note. C'est à juste titre 
que les théologiens ont vu, dans cette parole du Sauveur, une preuve très 
forte de la résurrection des corps, et de leur participation au bonheur ou au 
châtiment éternel des âmes auxquelles ils auront été associés ici-bas. 

(è) Voyez saint Matthieu, x, 29, et la note. 

(c) Voyez saint Matthieu, xii, 31, et la note. 



Marchand d'oiseaux. (^ Palestine moderne.) 



222 



S. LUC, XII, 12-23. 



12 car l'Esprit-Saint vous enseignera,. à l'heure même, ce 
qu'il faudra que vous disiez. 

13 Alors quelqu'un de la foule lui dit : Maître, dites îi 
mon frère de partager avec moi notre héritage. ^'^ Mais 
Jésus lui répondit : Homme, qui m'a établi sur vous juge 
ou faiseur de partages (^)? ^^ Puis il leur dit : Voyez, et 
gardez-vous de toute avarice ; car un homme fût-il dans 
l'abondance, sa vie ne dépend pas des biens qu'il possède. 
"Il leur dit ensuite cette parabole : Le champ d'un 
homme riche lui rapporta des fruits abondants. ^ ' Et il 
pensait en lui-même, disant : Que ferai-je? car je n'ai pas 

où serrer mes fruits- 
18 Et il dit : Voici 
ce que je ferai : j'a- 
battrai mes greniers 
et j'en bâtirai de 
plus grands, et j'y 
amasserai tous mes 
produits et mes 
iDiens. i^Et je dirai 
à mon âme : Mon 
âme, tu as beaucoup 
de biens en réserve 
pour de nombreuses années; repose-toi, mange, bois, 
fais bonne chère. -*^ Mais Dieu lui dit : Insensé, cette nuit 
même on te redemandera ton âme ; et ce que tu as pré- 
paré, à qui sera-ce? ^^ Ainsi en est-iî de celui qui amasse 
des trésors pour lui-même, et qui n'est pas riche pour 
Dieu. 

-- Il dit ensuite à ses disciples : C'est pourquoi je vous 
dis : Ne soyez point inquiets pour votre vie, de ce que 
vous mangerez; ni pour votre corps, de quoi vous serez 
vêtus. -3 La vie est plus que la nourriture, et le corps 




Grenier à blé. (Peinture égyptienne. ) 



{a) « Jésus décline les fonctions terrestres, lui qui est descendu du ciel 
pour s'occuper des choses divines. » (Saint Ambroise.) Du moins, il met à 
profit cette étrange interruption, « pour prémunir ses disciples contre la pestf 
de l'a^'arice. » (Le Vén. Bède.) 



s. LUC, XII, 24-33. 



223 



plus que le vêtement. ^'^ Considérez les corbeaux : ils ne 
sèment ni ne moissonnent; ils n'ont ni cellier, ni grenier; 
cependant Dieu les nourrit. Combien ne valez-vous pas 
plus qu'eux ! -^ Mais qui de 
vous, en réfléchissant {a), 
peut ajouter à sa taille une 
coudée (3) ? -^ Si donc vous 
ne pouvez pas même ce 
qu'il y a de moindre, pour- 
quoi vous inquiétez-vous 
des autres choses? -'Con- 
sidérez les lis, comme ils 
croissent : ils ne travail- 




Cellier. (Peinture égyptienne.) 



lent, ni ne filent ; cependant, je vous le dis, Salomon lui- 
même, dans toute sa gloire, n'était pas vêtu comme l'un 

d'eux. -^ Si donc Dieu 



revêt ainsi l'herbe qui 
est aujourd'hui dans les 
champs, et qui demain 
sera jetée au four, com- 
bien plus vous-mêmes, 
hommes de peu de foi ! 
"-' Et vous, ne vous pré- 
occupez pas de ce que 
vous mangerez ou de 
ce que vous boirez, et 




Four oriental. (Peinture égyptienne.) 



ne vous élevez pas si haut. ^*^Car ce sont les païens du 
monde qui recherchent toutes ces choses; mais votre 
Père sait que vous en avez besoin. '^^ C'est pourquoi, cher- 
chez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et 
toutes ces choses vous seront données par surcroît. ^- Ne 
craignez point, petit troupeau; car il a plu à votre Père 
de vous donner le royaume. ^-^ Vendez ce que vous pos- 
sédez et donnez-le en aumônes (^) ; faites- vous des bourses 



{a) C'est-à-dire, en se préoccupant. 

(6) Voyez saint Matthieu, vi, 27, et la note. 

(c) Comme on l'a dit, « la pensée de Jésus s'élève ici par degrés 



il a 



224 



S. LUC, XII, 34-45- 



qui ne s'usent point, un trésor inépuisable dans les cieux, 
dont le voleur n'approche pas et que le ver ne détruise 
pas. •* ' Car où est votre trésor, là sera aussi votre cœur. 
< 3^ Que vos reins soient ceints {a\ et les lampes allu- 
mées dans vos mains. ^^ Et vous, soyez semblables à des 
hommes qui attendent que leur maître re- 
vienne des noces, afin que, lorsqu'il arri- 
vera et frappera, ils lui ouvrent aussitôt. 
•^' Heureux ces serviteurs que le maître, à 
son arrivée, trouvera veillant. En vérité, 
je vous le dis, il se ceindra, les fera asseoir 
à table, et passant devant eux, il les ser- 
vira. -^^ Et, s'il vient à la seconde veille, s'il 
vient à la troisième veille {è), et qu'il les 
trouve en cet état, heureux sont ces ser- 
viteurs! ^^ Or, sachez que, si le père de 
famille savait à quelle heure le voleur 
doit venir, il veillerait certainement, et ne 

La tunique retrous- , . . • 'att 

sée dans la cein- laisserait pas pcrcer sa maison. *^ Vous 
ture. (Sculpture aussi, soycz prêts; car, à l'heure que vous 
antique.) j-^ç pensez pas, le Fils de l'homme viendra. 

**^Alors Pierre lui dit : Seigneur, est-ce à nous que 
vous adressez cette parabole, ou est-ce à tous? *'^ Et le 
Seigneur lui dit : Quel est, penses-tu, le dispensateur 
fidèle et prudent, que le maître a établi sur ses serviteurs 
pour leur donner, au temps fixé, leur mesure de blé ? " Heu- 
reux ce serviteur, que le maître, à son arrivée, trouvera 
agissant ainsi! ''^■'^En vérité, je vous le dis, il l'établira sur 
tout ce qu'il possède. '''■' Mais si ce serviteur dit en son 
cœur : Mon maître tarde à venir, et s'il se met à frapper 




condamné sévèrement l'avarice (versets 15-21) ; il a même condamné la solli- 
citude exagérée à l'égard des nécessités de la vie (versets 22-31), et voici qu'il 
recommande maintenant à ses disciples le détachement parfait. » 

(a) Les Orientaux, lorsqu'ils se disposent à travailler ou à marcher, re- 
troussent les longs pans de leur tunique, pour n'être pas gênés dans leurs 
mouvements. 

(b) Voyez saint Matthieu, xiv, 25, et la note. 



i.,.=n 




S. LUC, XII, 46-54. 225 

les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à 
s'enivrer, ^"^ le maître de ce serviteur viendra au jour où 
il ne s'y attend pas et à l'heure qu'il ne sait pas, et il le 
retranchera (a), et lui donnera sa part avec les infidèles. 
*'Le serviteur qui a connu la volonté de son maître, et n'a 
rien préparé, et n'a pas agi selon sa volonté, recevra un 
grand nombre de coups. ''^ Mais celui qui ne l'a pas 
connue, et qui a fait des choses dignes de châtiment, 
recevra peu de 
coups. A quicon - 
que beaucoup aura 
été donné, beau- 
coup sera de- 
mandé; et de ce- 
lui à qui on a 
confié beaucoup, 

Eciclave ég>'ptien subissant la bastonnade. 
on exigera davan- (Peinture de tombeau.) 

tage. 

^'^ Je suis venu jeter le feu sur la terre, et quel est mon 
désir, sinon qu'il s'allume? ''^ J'ai à être baptisé d'un bap- 
tême {d), et comme je me sens pressé jusqu'à ce qu'il s'ac- 
complisse ! ■'^ Pensez-vous que je sois venu apporter la 
paix sur la terre? Non, vous dis-je, mais la division. '- Car 
désormais, dans une même maison, cinq seront divisés : 
trois contre deux, et deux contre trois. -"-^ Seront divisés : 
le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre 
la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la 
belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère (c). 

^^ Il disait aussi aux foules : Lorsque vous voyez un 

(d) D'après toute la force du texte primitif : il le coupera en deux. Les 
maîtres, dans l'antiquité, avaient le droit de vie et de mort sur leurs esclaves. 
La « part avec les infidèles » désigne un supplice encore plus afifreux, celui 
de l'enfer. 

(è) Le baptême de sa douloureuse passion, que Jésus, dans son amour 
pour les hommes, désirait ardemment recevoir. 

(c) « Ce n'est pas le Christ qui opère directement ces divisions, mais la 
malice des hommes et leur résistance aux appels du Christ. » (Saint Jean 
Chrysostome.) 

13. 



226 



S. LUC, XII, 5 5 — XIII, 4. 




nuage s'élever à l'occident, vous dites aussitôt : La pluie 
vient ; et il arrive ainsi. ^-^ Et quand vous voyez souffler 

le vent du midi, vous 
dites : Il fera chaud ; 
et cela arrive. °^ Hy- 
pocrites, vous savez 
apprécier l'aspect 
du ciel et de la terre ; 
comment n'appré- 
ciez-vous pas ce 
temps-ci? ^^ Com- 
ment ne discernez- 
vous pas aussi par vous-mêmes ce qui est juste ? ^^Lorsque tu 
vas avec ton adversaire devant le magistrat, tâche de te 
dégager de lui en chemin, de peur qu'il ne te traîne de- 
vant le juge, et que le juge ne te livre à l'exécuteur, et 
que l'exécuteur ne te mette en prison. ^^Je te le dis, tu 
ne sortiras pas de là, que tu n'aies payé jusqu'à la der- 
nière obole (a). 



La plus petite monnaie de bronze 
sous Auguste. 



N'écessité de la pénitence. Le figuier- stérile. Guérison d'une femme 
courbée. Paraboles du grain de sénevé et du levain. 

Chapitre XIII. — ^ En ce même temps, il y avait là 
quelques hommes, qui lui annonçaient ce qui était arrivé 
aux Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui 
de leurs sacrifices {b). 2 Et prenant la parole, il leur dit : 
Pensez-vous que ces Galiléens fussent plus pécheurs que 
tous les autres Galiléens, parce qu'ils ont souffert de telles 
choses?-' Non, je vous le dis; mais, si vous ne faites péni- 
tence, vous périrez tous pareillement. ''•Comme ces dix-huit 
personnes sur lesquelles est tombée la tour de Siloé {c^, 

(a) Le texte original mentionne le lepton, nionnaie qui ne valait que la 
huitième partie de l'as, ou moins d'un centime. 

(ô) Il s'agit sans doute d'une tentative de révolte contre les Romains, cruel- 
lement réprimée par le gouverneur, dans les parvis mêmes du temple. 

(c) Cette tour était évidemment située aux alentours de la piscine de 
Siloé, au sud-est de Jérusalem. 



s. LUC, XIII, 5-15. 



227 



et qu'elle a tuées : pensez-vous que leur dette fût plus 
grande que celle de tous les habitants de Jérusalem? 
• Non, je vous le dis ; mais, si vous ne faites pénitence, 
vous périrez tous pareillement. 

6 II leur disait aussi cette parabole : Un homme avait 
"un figuier planté dans sa vigne; et il vint y chercher du 
fruit, et n'en trouva point. '' Alors il dit au vigneron : 
Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce 
figuier, et je n'en trouve pas; coupe-le donc : pourquoi 
occupe-t-il encore le sol ? ^ Le vigneron, répondant, lui 
dit : Seigneur, laisse-le encore cette année, jusqu'à ce que 
je creuse tout autour et que j'y mette du fumier ; ^ peut- 
être portera-t-il du fruit; sinon, tu le couperas ensuite. 

10 Or , Jésus enseignait dans leur synagogue les jours 
de sabbat. *^ Et voici qu'il y. vint une femme, possédée 
d'un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans; et 
elle était courbée, et ne pouvait pas du tout regarder en- 
haut. *- Jésus, la voyant, l'appela auprès de lui, et lui dit : 
Femme, tu es délivrée de ton infirmité. *' Et il lui im- 
posa les mains; et aussitôt 
elle redevint droite, et elle 
glorifiait Dieu. ** Mais le 
chef de la synagogue prit 
la parole, indigné de ce que 
Jésus avait opéré cette gué- 
rison un jour de sabbat; et 
il disait à la foule : Il y a 
six jours pendant lesquels 
on doit travailler; venez 
donc en ces jours-là, et 
faites-vous guérir, et non pas le jour du sabbat (a). ^ * Le 
Seigneur lui répondit, en disant : Hypocrites, est-ce que 
chacun de vous, le jour du sabbat, ne délie pas son bœuf 

(a) « Les Evangiles ne contiennent pas d'exemple dune ingérence aussi 
illogique, ou d'une sottise aussi incurable » que ce qu'en renferme cette pa- 
role du chef de la sj'nagogue. (Un commentateur contemporain.) De là la 
sévère réponse de Jésus. 




Ancienne écurie. (Monument sicilien. ) 



228 S. LUC, XIII, 16-28. 

OU son àne de la crèche, et ne les mène pas boire? '*^Et 
cette fille d'Abraham, que Satan avait liée voilà dix-huit ans, 
ne fallait-il pas la délivrer de ce lien le jour du sabbat? 
"Et tandis qu'il parlait ainsi, tous ses adversaires rougis- 
saient; et tout le peuple se réjouissait de toutes les choses 
glorieuses qu'il accomplissait. 

^^ Il disait aussi : A quoi est semblable le royaume de 
Dieu, et à quoi le comparerai-je ? ^^11 est semblable à un 
grain de sénevé {a), qu'un homme a pris et mis dans son 
jardin; et il a crû et est devenu un grand arbre, et les oi- 
seaux du ciel se sont reposés sur ses branches, ^^ Il dit en- 
core : A quoi comparerai-je le royaume de Dieu ? ^* Il est 
semblable à du levain, qu'une femme a pris et mêlé dans 
trois mesures de farine, jusqu'à ce que tout fût fermenté. 

§ II. — CONTINUATION DU VOYAGE. 

Z<? nombre des sauvés. Menaces d' Hêrode. Guérison d'un hydro- 
pique. Leçon d'humilité et de charité. Parabole du grand festin. 
Qualités des vrais disciples, 

-2 Et il allait à travers les villes et les villages, ensei- 
gnant, et faisant route vers Jérusalem. "--^ Or, quelqu'un lui 
dit : Seigneur, y en a-t-il peu qui soient sauvés (/^) ? Et il 
leur dit : '^'^ Efforcez- vous d'entrer par la porte étroite ; car 
beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer, et ne le 
pourront pas. -^ Et lorsque le père de famille sera entré, 
et aura fermé la porte, vous, étant dehors, vous commen- 
cerez à frapper à la porte, en disant : Seigneur, ouvrez- 
nous. Et vous répondant, il dira : Je ne sais d'où vous 
êtes. -^ Alors vous commencerez à dire : Nous avons mangé 
et bu devant vous, et vous avez enseigné sur nos places 
publiques. ^^ Et il vous dira : Je ne sais d'où vous êtes ; 
retirez-vous de moi, vous tous, ouvriers d'iniquité. -^ Là 

(a) Voyez saint Matthieu, xiii, 31, et la note. 

(è) Question stérile, à laquelle le Sauveur ne répondra que d'une manière 
indirecte, en indiquant le chemin du salut. (Pensée de saint Cyrille.) 



s. LUC, XIII, 29 — XIV, I. 



!29 




il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand 
vous verrez Abraham, et Isaac, et Jacob, et tous les pro- 
phètes, dans le royaume de Dieu, et que vous, vous serez 
chassés dehors. -^ Il en viendra de l'orient et de l'occident, 
de l'aquilon et du midi, et ils se mettront à table dans le 
royaume de Dieu. ^''Et voici, ce sont les derniers qui se- 
ront les premiers, et 
ce sont les premiers 
qui seront les der- 
niers. 

^^ Le même jour, 
quelques-unsdes pha- 
risiens s'approchè- 
rent, et lui dirent : Monnaie d Herode Antipas. 

Allez-vous-en, et partez d'ici, car Hérode veut vous tuer (a). 
^- Il leur dit : Allez, et dites à ce renard : Voici que je 
chasse les démons, et que j'opère des guérisons aujour- 
d'hui et demain, et le troisième jour tout sera consommé 
pour moi (d). -^^ Cependant il faut que je marche aujour- 
d'hui, et demain, et le jour suivant, car il ne convient pas 
qu'un prophète périsse hors de Jérusalem. ^^ Jérusalem, 
Jérusalem, qui tues les prophètes, et qui lapides ceux qui 
te sont envoyés, combien de fois ai-je vouln rassembler 
tes enfants, comme une poule rassemble sa couvée sous ses 
ailes, et tu n'as pas voulu ! ^o Voici que votre maison 
vous sera laissée déserte. Je vous le dis, vous ne me 
verrez plus, jusqu'à ce que vienne le moment oij vous di- 
rez (c) : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! 

Chapitre XIV. — ' Et il arriva que Jésus entra, un jour 
de sabbat, dans la maison d'un des principaux phari- 
siens, pour y manger du pain (d) ; et ceux-ci l'observaient 



(a) Ces hypocrites affectent d'être inquiets pour la vie de Jésus. 

(*) Parole qui fait allusion à la mort prochaine de Jésus. Mais, en attendant 
l'heure fixée par son Père, le Sauveur continuera de remplir vaillamment son 
ministère, sans s'inquiéter des menaces d' Hérode. 

(c) Voyez saint Matthieu, xxni, 39, et la note. 

(d) Hébraïsme qui revient à dire : pour prendre son repas. 



2 ^O 



S. LUC, XIV, 2-14. 



^ Et voici qu'un homme hydropique était devant lui. ^ Et 
Jésus, prenant la parole, dit aux docteurs de la loi et aux 
pharisiens : Est-il permis de guérir le jour du sabbat ? 
'" Mais ils gardèrent le silence. Alors lui, prenant cet 
homme par la main, le guérit et le renvoya. ^ Puis s'adres- 
sant à eux, il dit : Qui de vous, si son âne ou son bœuf 
tombe dans un puits, ne l'en retirera pas aussitôt, le jour 
du sabbat ? ^ Et ils ne pouvaient rien répondre à cela. 

"^11 dit aussi aux invités cette parabole, considérant 
comment ils choisissaient les premières places. Il leur dit : 
^ Quand tu seras invité à des noces, ne te mets pas à la pre- 
mière place, de peur qu'il n'y ait parmi les invités une per- 
sonne plus considérable que toi,^ et que celui qui vous a con- 
viés, toi et lui, ne vienne te dire : Cède la place à celui-ci, 
et qu'alors tu n'ailles, en rougissant, occuper la dernière 
place. ^'^' Mais^ quand tu auras été invité, mets-toi à la der- 
nière place, afin que, lorsque celui qui t'a invité sera venu, 
il te dise : Mon ami, monte plus haut. Et alors ce sera une 
gloire pour toi devant ceux qui seront à table avec toi. 
** Car quiconque s'élève sera humilié, et quiconque s'hu- 
milie sera élevé. 

^- Il dit aussi à celui qui l'avait invité : Lorsque tu 
donnes à dîner ou à souper, n'appelle pas tes amis, ni tes 

frères, ni tes pa- 
rents, ni tes voi- 
sins riches, de 
peur qu'ils ne 
t'invitent à leur 
tour, et ne te 
rendent ce qu'ils 
ont reçu de toi. 
^•^ Mais, lorsque 
tu fais un fes- 
tin, appelle les pauvres, les estropiés, les boiteux et les 
aveugles ; ^'* et tu seras heureux de ce qu'ils n'ont pas le 
moyen de te le rendre, car cela te sera rendu à la résur- 
rection des justes. 




Un festin. (D'après une peinture grecque.) 



s. LUC, XIV, 15 -28. 231 

*-^ Un de ceux qui étaient à table avec Jésus, ayant en- 
tendu ces paroles, lui dit : Heureux celui qui mangera du 
pain dans le royaume de Dieu {a) ! '''Alors Jésus lui dit : 
Un homme fit un grand souper, et invita de nombreux 
convives. ^' Et à l'heure du souper, il envoya son serviteur 
dire aux invités de venir, parce que tout était prêt. 
*^ Mais tous, unanimement, commencèrent à s'excuser. Le 
premier lui dit : J'ai acheté une terre, et il est nécessaire 
que j'aille la voir; je t'en prie, excuse-moi. '^ Le second 
dit : J'ai acheté cinq paires de bœufs, et je vais les essayer ; 
je t'en prie, excuse-moi. ^^ Et un autre dit : J'ai épousé 
une femme, et c'est pourquoi je ne puis venir. -* A son re- 
tour, le serviteur rapporta cela à son maître. Alors le père 
de famille, irrité, dit à son serviteur : Va promptement 
sur les places et dans les rues de la ville, et amène ici les 
pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. 2- Le 
serviteur dit ensuite : Seigneur, ce que vous avez com- 
mandé a été fait, et il y a encore de la place. ^^ Et le 
maître dit au serviteur : Va dans les chemins et le Ions: des 
haies, et contrains les gens d'entrer (3), afin que ma 
maison soit remplie. -* Car, je vous le dis, aucun de ces 
hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon 
souper. 

-' Or, de grandes foules marchaient avec Jésus; et se 
tournant vers elles, il leur dit : '^^ Si quelqu'un vient à moi, 
et ne hait pas son père, et sa mère, et sa femme, et ses 
enfants, et ses frères, et ses sœurs, et même sa propre vie, 
il ne peut être mon disciple (c). -'' Et celui qui ne porte pas 
sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple. -^ Car, 
quel est celui de vous qui, voulant bâtir une tour, ne s'assied 



(rt) La sainte Écriture compare souvent le ciel à un festin joyeux et 
délicieux. 

(Jb) Il ne s'agit, évidemment, que d'une coaction morale, c'est-à-dire d une 
pression très forte. 

(^) Jésus-Christ n'est cependant pas venu pour briser les liens de la fa- 
mille, qu'il veut au contraire resserrer et perfectionner; mais il revendique 
énergiquement ses droits à l'affection suprême des chrétiens. 



232 



S. LUC, XIV, 29 — XV, 4. 







d abord, et ne suppute les dépenses qui sont nécessaires, 
afin de voir s'il aura de quoi l'achever; ^^ de peur qu'a- 
près avoir posé les fondements, il ne puisse l'achever, et 

que tous ceux qui verront 
cela ne se mettent à se mo- 
quer de lui, ^"^ en disant : 
Cet homme a commencé à 
bâtir, et il n'a pu achever? 
■"^ Ou quel roi, sur le point 
de faire la guerre à un au- 
tre roi, ne s'assied d'abord, 
afin d'examiner s'il pourra, 
avec dix mille hommes, 
marcher contre celui qui 
s'avance sur lui avec vingt 
mille? ^-Autrement, tandis 
que l'autre roi est encore 
loin, il lui envoie une am- 
bassade, et lui fait des pro- 
positions de paix. '^•^ Ainsi donc, quiconque d'entre vous ne 
renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut être mon 
disciple. ^^Le sel est bon; mais, si le sel s'affadit, avec 
quoi l'assaisonnera-t-on? ^-^11 n'est plus propre ni pour 
la terre, ni pour le fumier; mais on le jettera dehors. 
Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. 

Paraboles de la brebis perdue, de la drachme retrouvée 
et de l'etifant prodigue. 

Chapitre XV. — ^ Or, les publicains et les pécheurs 
s'approchaient de Jésus pour l'écouter. - Et les pharisiens 
et les scribes murmuraient, en disant : Cet homme accueille 
les pécheurs, et mange avec eux {a). 

■^ Alors il leur dit cette parabole : '* Quel est l'homme 



Bataillon d'infanterie héthéenne. 
(Peinture égyptienne.) 



(a) « Hommes au cœur desséché, qui osaient blâmer la source des iniséri- 
cordes ! » (Saint Grégoire le Grand.) 



s. LUC, XV, 5-13. 



233 




parmi vous qui a cent brebis, et qui, s'il en perd une, ne 
laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres 
dans le désert, pour s'en aller après celle 
qui est perdue, jusqu'à ce qu'il la 
trouve? ^Et lorsqu'il l'a trouvée, il la 
met sur ses épaules avec joie (a) ;^et ve- 
nant dans sa maison, il appelle ses amis 
et ses voisins, et leur dit : Réjouissez- 
vous avec moi, car j'ai trouvé ma bre- 
bis qui était perdue. ' Je vous le dis, 
il y aura de même plus de joie dans le 
ciel pour un seul pécheur qui fait 
pénitence, que pour quatre-vingt-dix- 
neuf justes qui n'ont pas besoin de pé- 
nitence. 

^ Ou quelle est la femme qui, ayant 
dix drachmes (3), si elle en perd une, 
n'allume la lampe, ne balaye la mai- ____^ 

son, et ne cherche avec soin, jusqu'à ce c» . , 

,^^ 1 -, OT- , , „ ,, Statuette antique repré- 

qu elle la trouve? ^Et lorsqu elle l'a sentant le Bon Pasteur. 

trouvée, elle appelle ses amies et ses (Musée de Latran, à 
voisines, et leur dit : Réjouissez-vous ^o^ie.) 
avec moi, car j'ai trouvé la drachme que j'avais perdue. 
^ ^^^^ ^^ De même, je vous le 



i^,^_''^\ .dis, il y aura de la joie 
'!n'}Wm P^^"mi les anges de Dieu, 
pour un seul pécheur qui 
fait pénitence. 

*^ II dit encore : Un 
homme avait deux fils; 
, ^' et le plus jeune des deux 

dit a son père : Mon père, donne-moi la part de bien qui 
doit me revenir. Et le père leur partagea son bien. '^^ Et 

(^^) « Il n'est pas dimage que l'ancienne Église ait chérie autant que 
celle-ci, comme le prouve la multitude des monuments sur lesquels nous 
trouvons le Christ ainsi représenté. » (Un auteur contemporain.) 

(b) Voyez saint Matthieu, xvii, 23, et la note. 




234 



s. LUC, XV, 14-23. 



peu de jours après, le plus jeune fils, ayant rassemblé 
tout ce qu'il avait, partit pour un pays étranger et loin- 
tain, et là il dissipa son bien, en vivant dans la débauche, 
'' Et après qu'il eut tout dépensé, il survint une grande 
famine dans ce pays-là, et il commença à être dans le be- 
soin. ^"^ Il alla donc, et s'attacha au service d'un des habi- 
tants du pays, qui l'envoya dans sa maison des champs 
pour garder les pourceaux. ^^ Et il désirait remplir son 

ventre des gousses (rt) que les pour- 
ceaux mangeaient ; mais personne 
ne lui en donnait. ^'' Et étant rentré 
en lui-même, il dit (ô) : Combien 
de mercenaires, dans la maison de 
mon père, ont du pain en abon- 
dance, et moi, je meurs ici de 
faim! ^^Je me lèverai, et j'irai 
A-ers mon père, et je lui dirai : 
Mon père, j'ai péché contre le 
ciel et contre toi; ^^ je ne suis 
plus digne désormais d'être ap- 
pelé ton fils; traite-moi comme 
l'un de tes mercenaires. ^^Et se 
levant, il vint vers son père. 

Comme il était encore loin, son 
père le vit, et fut ému de com- 
passion; et accourant, il se jeta à 
son cou. et le baisa. -^ Et le fils lui dit : Mon père, j'ai 
péché contre le ciel et contre toi; je ne suis plus digne 
désormais d'être appelé ton fils. -- Alors le père dit à ses 
serviteurs : Vite, apportez la plus belle robe, et revêtez- 
l'en; et mettez un anneau à sa main, et des chaussures à 
ses pieds; ^'puis amenez le veau gras, et tuez-le; et man- 




Caroube. 



(a) Très probablement, les longues gousses du caroubier, bel arbre qui 
abonde en Palestine. Elles contiennent une pulpe douceâtre, et le bétail en 
est très friand. 

(ô) « A l'école sévère de la miséricorde divine, il a fini par s'instruire et 
par comprendre. » (Saint Augustin.) 



s. LUC, XV, 24 



235 



gcons, et faisons bonne chère ; - ■ car mon fils que voici 
était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il 
est retrouvé. Et ils commencèrent à faire grande chère. 

-■^ Cependant, son fils aîné était dans les champs; et 
comme il revenait et s'approchait de la maison, il entendit 




Musique associée à un festin. (D'après un vase peint.) 

la musique et les danses. -^ Et il appela un des serviteurs, 
et demanda ce que c'était. -' Celui-ci lui dit : Ton frère 
est revenu, et ton père a tué le veau gras, parce qu'il l'a 
recouvré sain et sauf. '^^ Il s'indigna, et ne voulait pas 
entrer. Son père sortit donc, et se mit à le prier. -^ Mais, 
répondant à son père, il dit : Voilà tant d'années que je 
te sers, et je n'ai jamais transgressé tes ordres, et jamais 
tu ne m'as donné un chevreau pour faire bonne chère 
avec mes amis ; -^"^ mais dès que cet autre fils, qui a dévoré 
son bien avec des femmes perdues, est revevu, tu as tué 
pour lui le veau gras, ^^ Alors le père lui dit : Mon fils, 
tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi; 
•'•-mais il fallait faire bonne chère et se réjouir, parce 
que ton frère que voici était mort, et qu'il est revenu à 
la vie; parce qu'il était perdu, et qu'il est retrouvé (<?). 



(a) On a écrit sans la moindre exagération, à propos de cette parabole de 
1 enfant prodigue : « Jamais certainement le langage humain n'a resserré en 
si peu de paroles, et de paroles impérissables, un tel monde d'amour et de 
sagesse. » (Un commentateur contemporain.) Le fils aîné représente les pha- 
risiens et les Juifs, de même que le second figure les pécheurs et les païens. 



236 



s. LUC, XVI, I-i 



Parabole de l'économe infidèle. Murmures des pharisiens. Le riche 
et Lazare. Brèves instructions sur le scandale, le pardon des 
injures, la foi et l' humilité. 

Chapitre XVI. — ' Jésus disait aussi à ses disciples : 
Un homme riche avait un économe^ et celui-ci fut accusé 
auprès de lui d'avoir dissipé ses biens. - Et il l'appela, et 
lui dit : Qu'est-ce que j'entends dire de toi? Rends compte 
de ta gestion, car tu ne pourras plus désormais gérer mon 
bien. -^ Alors l'économe dit en lui-même : Que ferai-je, 
puisque mon maître m'ôte la gestion de son bien? Tra- 
vailler la terre, je ne le puis, et je rougis de mendier. 
•'*■ Je sais ce que je ferai, afin que, lorsque j'aurai été 
destitué de la gestion, il y ait des gens qui me reçoivent 
dans leurs maisons. "' Ayant donc fait appeler chacun 
des débiteurs de son maître, il disait au premier : Com- 
bien dois-tu à mon maître? 
^11 répondit : Cent mesures 
d'huile {a). Et l'économe 
lui dit : Prends ton obliça- 
tion, assieds-toi vite, et 
écris cinquante. "^ Il dit en- 
suite à un autre : Et toi, 
combien dois-tu? Il répon- 
dit : Cent mesures {h) de 
froment. Et il lui dit : Prends 
ton obligation, et écris qua- 
tre-vingts, ^ Et le maître 
ce qu'il avait agi habile- 




On mesure la récolte d'huile. 
(D'après ^xn. vase peint.) 

loua l'économe infidèle de 

ment {c]-, car les enfants de ce siècle sont, dans leur 

monde, plus habiles que les enfants de lumière 



(a) Le texte grec mentionne le hath, mesure dont les Juifs se servaient 
pour les liquides. Elle équivalait à 38 lit. 88. 

(è) D'après le grec, cent cors de froment. Le co}\ autre mesure hébraïque, 
avait une capacité égale à 338 lit. 80. 

{c) Le maître loua non pas l'acte en lui-même, qui était absolument 
injuste, mais le savoir-faire avec lequel l'économe s'était tiré d'embarras. En 
effet, le but général que se proposait Jésus-Christ dans cette parabole était 



s. LUC, XVI, 9-19. 237 

^ Et moi je vous dis : Faites-vous des amis avec les 
richesses d'iniquité, afin que, lorsque vous viendrez à man- 
quer (a), ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels. 
**^ Celui qui est fidèle dans les moindres choses, est fidèle 
aussi dans les grandes; et celui qui est injuste dans les 
moindres choses, est injuste aussi dans les grandes. ^^ Si 
donc vous n'avez pas été fidèles dans les richesses in- 
justes, qui vous confiera les véritables? ^- Et si vous 
n'avez pas été fidèles dans ce qui est à autrui, qui vous 
donnera ce qui est à vous? ^-^ Aucun serviteur ne peut 
servir deux maîtres ; car, ou il haïra l'un et aimera l'autre, 
ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne 
pouvez pas servir Dieu et Mammon (è). 

*^ Or les pharisiens, qui étaient avares, entendaient 
toutes ces choses, et il se moquaient de lui. *5 Et il leur 
dit : Vous, vous cherchez à paraître justes devant les 
hommes> mais Dieu connaît vos cœurs; car ce qui est 
grand pour les hommes est une abomination devant Dieu. 
^^ La loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean; depuis 
lors, le royaume de Dieu est annoncé, et chacun fait eflTort 
pour y entrer. ^' Il est plus fa- 
cile que le ciel et la terre pas- 
sent, qu'il ne l'est qu'un seul 
trait (c) de la loi vienne à tom- 

\_ la r\ • • Lettres hébraïques surmontées 

ber. *'* Quiconque renvoie sa h-,,^^,,^» 1 ■ » -. 

^^ T a un ou de plusieurs traits. 

femme, et en épouse une autre, 

commet un adultère ; et quiconque épouse celle qui a été 

renvoyée par son mari, commet un adultère (d). 

^^ Il y avait un homme riche, qui était vêtu de pourpre 
et de lin, et qui faisait chaque jour une chère splendide. 

de montrer comment on peut utiliser les biens de ce monde pour parvenir au 
salut. 

(a) C'est-à-dire, à mourir. 

(b) Voyez saint Matthieu, vi, 24, et la note. 

(^) Allusion à certains petits crochets dont étaient surmontées quelques 
lettres de l'alphabet hébraïque. Dans la figure ci-jointe, la seconde lettre à 
gauche est un l'od, (Voyez saint Matthieu, v, i8, et la note). 

(d) Vovez saint Matthieu, xix, o, et la note. 



b *■ t3 rt 



!38 



s. LUC, XVI, 20-3 I. 




-^ Il y avait aussi un mendiant, nommé Lazare, qui était 
couché à sa porte, couvert d'ulcères, -' désirant se ras- 
sasier des miettes qui tombaient de la table du riche, 
et personne ne lui en donnait; mais les chiens venaient, 
et léchaient ses plaies. -- Or, il arriva que le mendiant 
mourut, et fut emporté par les anges dans le sein 
d'Abraham (a). Le riche mourut aussi, et il fut enseveli 
dans l'enfer. --^ Et levant les yeux, lorsqu'il était dans les 

tourments, il vit de loin Abra- 
ham, et Lazare dans son sein ; 
-^ et s'écriant, il dit : Père Abra- 
ham, ayez pitié de moi, et en- 
voyez Lazare, afin qu'il trempe 
l'extrémité de son doigt dans 
l'eau, pour rafraîchir ma langue, 
car je suistourmenté dans cette 
flamme. -'' Mais Abraham lui 
dit : Mon fils, souviens-toi que 
tu as reçu les biens pendant ta 
vie, et que Lazare a reçu de même les maux; or, mainte- 
nant il est consolé, et toi, tu es tourmenté. -"^De plus, entre 
nous et vous un grand abîme a été établi ; de sorte que 
ceux qui voudraient passer d'ici vers vous, ou de là venir 
ici, ne le peuvent. "-" Le riche dit : Je vous supplie donc, 
père, de l'envoyer dans la maison de mon père ; -^ car 
j'ai cinq frères; afin qu'il leur atteste ces choses, de peur 
qu'il ne viennent, eux aussi, dans ce lieu de tourments. 
2^ Et Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes; 
qu'ils les écoutent. ^^ Et -il reprit ; Non, père Abraham ; 
mais si quelqu'un des morts va vers eux, ils feront péni- 
tence, ^^ Abraham lui dit : S'ils n'écoutent pas Moïse et 
les prophètes, quand même quelqu'un des morts ressus- 
citerait, ils ne croiront pas (3). 



Enfants jouant avec un chien. 
(Bas-relief romain.) 



(rt) « Le sein d'Abraham », expression qu'employaient les Juifs, à 
l'époque de Jésus-Christ, pour désigner le séjour des bienheureux. 

(è) Cette parabole du mauvais riche, aussi terrible que belle, montre où 



s. LUC, XVTI, I-IO. 



!39 



Auementez- 



Chapitre XVII. — * Jésus dit aussi à ses disciples : 
Il est impossible qu'il n'arrive des scandales; mais mal- 
heur à celui par qui ils arrivent. - Il vaudrait mieux pour 
lui qu'on lui mît au cou une meule de moulin (a), et 
qu'on le jetât dans la mer, que s'il scandalisait un de ces 
petits, 

■^ Prenez garde à vous. Si ton frère a péché contre toi, 
reprends-le; et s'il se repent, pardonne-lui. * S'il pèche 
contre toi sept fois dans un jour, et que sept fois (à) dans 
un jour il revienne à toi, en disant : Je me repens, par- 
donne-lui. 

■' Alors les apôtres dirent au Seigneur 
nous la foi. ^ Et le Seigneur leur dit : Si 
vous avez de la foi comme un grain de 
sénevé, vous direz à ce mûrier : Déracine- 
toi, et plante-toi dans la mer; et il vous 
obéira. 

' Qui de vous, ayant un serviteur qui 
laboure ou fait paître les troupeaux, lui dit, 
lorsqu'il revient des champs : Approche-toi 
vite, mets-toi à table? ^ Ne lui dira-t-il pas, 
au contraire : Prépare-moi à souper, et 
ceins-toi, et sers-moi jusqu'à ce que j'aie 
mangé et bu; après cela, tu mangeras et tu Serviteur portant un 
boiras? ^ A-t-il de la reconnaissance pour Pi^t- (Peinture lo- 

,., r ■ , maine.) 

ce serviteur, parce qu il a fait ce qu il lui 
avait ordonné? ^^ Je ne le pense pas. Et vous de même, 
quand vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, 
dites ; Nous sommes des serviteurs inutiles; nous avons 
fait ce que nous devions faire. 




conduisent les richesses, si l'on n'en sait faire qu'un usage égo'iste, sans en 
rien jeter dans le sein des pauvres. 

(a) La meule d'un petit moulin portatif, comme il en existe en Orient 
dans chaque famille. Voyez la gravure de la page 84. 

Ib) « Sept fois » est un nombre rond, pour signifier toujours. 



240 



s. LUC, XVII, II -2 I. 



§ III, — LES DERNIERS ÉVÉNEMENTS DU VOYAGE. 

Les dix lépreux. De l' avènement du royaume de Dieu. Paraboles dit 
juge et de la veuve, du pharisien et dti publicain. Les petits en- 
fants. Le jeune homme riche. 

11 Et il arriva, tandis qu'il allait à Jérusalem, qu'il 
passa par les confins de la Samarie et de la Galilée. ^'- Et 
comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent au- 
devant de lui ; et se tenant éloignés {a), ^^ ils élevèrent la 
voix, en disant : Jésus, Maître, ayez pitié de nous. *•'• Lors- 
qu'il les eut vus, il dit : Allez, montrez-vous aux prêtres. 
Et comme ils y allaient, ils furent guéris. ^^ Or l'un d'eux, 
voyant qu'il était guéri, vint, glo- 
rifiant Dieu à haute voix. ^''Et il se 
jeta le visage contre terre aux pieds 
de Jésus, lui rendant grâce* ; et celui- 
là était Samaritain (3). ^'^ Alors Jésus, 
prenant la parole, dit : Est-ce que les 
dix n'ont pas été guéris? où sont donc 
les neuf autres? ^^ Il ne s'en est pas 
trouvé qui soit revenu {c), et qui ait 
rendu gloire à Dieu, sinon cet étran- 
ger. i^Et il lui dit : Lève-toi, va; ta 
foi t'a sauvé. 

-''Les pharisiens lui demandèrent : 
Quand viendra le royaume de Dieu? 
Il leur répondit : Le royaume de Dieu 
ne vient pas d'une manière apparente; -^ et on ne dira 
point : Il est ici, ou : Il est là. Car voici, le royaume de 
Dieu est au dedans de vous (<'/). 




Main d'un lépreux. 

(D'après une photo 
graphie.) 



{a) La loi ordonnait formellement aux lépreux de se tenir à distance des 
personnes qu'ils rencontraient. 

Ci) Sur les Samaritains, voyez saint Matthieu, x, s, et la note. 

(c) Triste image de l'ingratitude des hommes en général. « Importuns pour 
demander, inquiets jusqu'à ce qu'il aient reçu, ingrats dès qu'ils ont reçu. » 
(Saint Bernard.) 

{d) Au lieu de s'inquiéter curieusement d^ l'époque et des signes avant- 



s. LUC, XVII, 22-36. 241 

-- Pais il dit à ses disciples : Des jours viendront où 
vous désirerez voir un jour du Fils de l'homme (a), et 
vous ne le verrez point. "--^ Et l'on vous dira : Il est ici, il 
est là. Mais n'y allez pas, et ne les suivez pas. -^Car, comme 
l'éclair resplendit et brille d'une extrémité du ciel jusqu'à 
l'autre, ainsi Sera le Fils de l'homme en son jour. --'Mais 
il faut auparavant qu'il souffre beaucoup, et qu'il soit re- 
jeté par cette génération. -^' Et comme il est arrivé aux 
jours de Xoé, ainsi en sera-t-il aux jours du Fils de 
l'homme. -"' Les hommes mangeaient et buvaient, se ma- 
riaient et donnaient leurs filles en mariage, jusqu'au jour 
où Xoé entra dans l'arche ; et alors le déluge vint, et les 
fit tous périr, -^ Et comme il est arrivé encore aux jours 
de Lot : les hommes mangeaient et buvaient, achetaient 
et vendaient, plantaient et bâtissaient; -^mais, le jour 
où Lot sortit de Sodome. il tomba du ciel une pluie de 
feu et de soufre, qui les fit tous périr; ""^ il en sera de 
même le jour où le Fils de l'homme sera révélé. '^^ A 
cette heure-là, que celui qui sera sur le toit, et qui aura 
ses effets dans la maison, ne descende pas pour les 
prendre {^) ; et que celui qui sera dans 
les champs ne retourne pas non plus en 
arrière. "-Souvenez-vous de la femme 
de Lot (c). '^'^ Quiconque cherchera à 
sauver sa vie, la perdra ; et quiconque 
la perdra, la sauvera. ^Ue vous le dis, Oiseaudeproiedévorant 
en cette nuit-là, deux seront dans le un cadavre.(Bas-reiief 
même lit : l'un sera pris, et l'autre assyrien.) 
laissé. "'Deux femmes moudront ensemble : l'une sera 
prise, et l'autre laissée. Deux hommes seront [dans un 
champ : l'un sera pris, et l'autre laissé. ^•^ Prenant la 

coureurs du royaume de Dieu, il vaut mieux chercher les'moyens pratiques 
de se lapproprier. 

(a) C'est-à-dire, l'époque du glorieux avènement de Jésus-Christ, à la fin du 
monde. 

(b) Voyez saint Matthieu, xxiv, 17, et la note, 

(r) Elle périt misérablement, pour avoir regardé derrière elle, dans la 
direction de Sodome, malgré l'ordre exprès du Seigneur. 

H 




242 



S. LUC, XVII, 3 7 



XVIII, II. 



parole, ils lui dirent : Où sera-ce. Seigneur? '^'11 leur 
répondit : Partout où sera le corps, là aussi se rassem- 
bleront les aigles (a). 

Chapitre XVIII. — ^ Il leur disait aussi une parabole, 
pour leur montrer qu'il faut toujours prier, et ne pas se 
lasser, -Il y avait, dit-il, dans une ville, un* juge qui ne 
craignait pas Dieu, et ne se souciait pas des hommes. '■' Il 
y avait aussi, dans cette ville, une veuve qui venait auprès 
de lui, disant : Fais-moi justice de mon adversaire. 'Et il 
refusait pendant longtemps ; mais ensuite, il dit en lui- 
même : Quoique je ne craigne pas Dieu, et que je ne me 
soucie pas des hommes, 'néanmoins, parce que cette 
veuve m'importune, je lui ferai justice, de peur qu'à la 
fin elle n'en vienne à me frapper. ^Le Seigneur ajouta: 
Entendez ce que dit ce juge d'iniquité. " Et Dieu ne ferait 
pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et il 
tarderait à les secourir ? ^ Je vous le dis, 
il leur fera promptement justice. Mais, 
lorsque le Fils de l'homme viendra, pen- 
sez-vous qu'il trouve la foi sur la terre ? 

^ Il dit aussi cette parabole à quelques- 
uns qui se confiaient en eux-mêmes, 
comme étant justes, et qui méprisaient 
les autres : ^^ Deux hommes montèrent 
au temple pour prier ; l'un était phari- 
sien, et l'autre publicain (d). 
^^ Le pharisien, se tenant de- 
bout, priait ainsi en lui-même : 
O Dieu, je vous rends grâces 

Oriental priant debout. de CC quC je ne SUis paS 

comme le reste des hommes, 
qui sont voleurs, injustes, adultères, ni même comme ce 




(a') « Si les aigles sentent leur proie de loin, et s'assemblent rapidement 
de toutes parts autour d'un corps mort, combien plus s'assembleront les élus 
où sera le Fils de l'homme ? » (Bossuet.) 

(b) Sur les pharisiens et les publicains, voyez saint Matthieu, no'.es de m, 

7, et V, 46. 



s. LUC, XVIII, 12-25. 243 

piiblicaiii. ^"-Je jeûne deux fois la semaine; je donne la 
dîme de tout ce que je possède. ^-^ Et le publicain, se te- 
nant éloigné, n'osait pas même lever les yeux au ciel; 
mais il frappait sa poitrine, en disant : O Dieu, ayez pitié 
de moi, qui suis un pécheur. *'' Je vous le dis, celui-ci des- 
cendit dans sa maison justifié, plutôt que l'autre; car qui- 
conque s'élève sera humilié, et quiconque s'humilie sera 
élevé. 

* ' On lui amenait aussi de petits enfants, afin qu'il les 
touchât ; mais les disciples, voyant cela, les repoussaient. 
'•'Mais Jésus, les appelant, dit : Laissez venir à moi les pe- 
tits enfants, et ne les en empêchez pas; car le royaume de 
Dieu est à ceux qui leur ressemblent. *"En vérité, je vous 
le dis, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu 
comme un enfant, n'y entrera point. 

*** Un chef de synagogue l'interrogea, en disant : Bon 
Maître, que ferai-je pour posséder la vie éternelle ? ^- Jé- 
sus lui dit : Pourquoi m'appelles-tu bon ? Nul n'est bon, 
si ce n'est Dieu seul {a). ^^ Tu connais les commandements : 
Tu ne tueras point ; Tu ne commettras pas d'adultère ; Tu 
ne déroberas point ; Tu ne porteras pas de faux témoi- 
gnagne ; Honore ton père et ta mère. -* Il répondit : J'ai 
observé toutes ces choses depuis ma jeunesse. -"-Ayant 
entendu cela, Jésus lui dit : Il te manque encore une 
chose : vends tout ce que tu as, et donne-le aux pauvres, 
et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens, et suis-moi. 
-■^Mais lui, ayant entendu ces paroles, fut attristé; car il 
était très riche. 

^'' Et Jésus, voyant qu'il était devenu triste, dit : Qu'il 
sera difficile à ceux qui ont des richesses d'entrer dans le 
royaume de Dieu (d) ! -^ Il est plus facile à un chameau 

(a) Le jeune chef avait donné à Jésus le titre de « Bon Maitre » dune 
manière superficielle et par simple déférence ; le Sauveur emploie, au con- 
traire, lépithète dans un sens absolu, et il affirme qu'ainsi comprise, elle ne 
saurait convenir qu'à Dieu. C'est donc en tant qu'homme qu'il parle ainsi. 
fPensée de saint Augustin.) 

(1'') « Non que les richesse» soient mauvaise? en elles-mêmes ; ce sont les 
riches qui en abusent et deviennent mauvais. » (Théophvlacle.) 



244 ''^' LUC, vxviii, 26-39. 

de passer par le trou d'une aiguille, qu'à un riche d'en- 
trer dans le 
royaume de 

_^^^^ Dieu. -^Et ceux 

qui l'écou- 

Aiguilles ég\'pliennes en bronze. , . ,. 

taient dirent : 
Oui peut donc être sauvé ? -'^ Il leur dit : Ce qui est im- 
possible aux hommes est possible à Dieu. -^ Alors Pierre 
dit : Voici que nous avons tout quitté, et que nous vous 
avons suivi. -^ Il leur dit : Je vous le dis, en vérité, per- 
sonne ne quittera sa maison, ou ses parents, ou ses frères, 
ou sa femme, ou ses enfants, pour le royaume de Dieu, 
^^ qu'il ne reçoive beaucoup plus (a) dans le temps pré- 
sent, et, dans le siècle à venir, la vie éternelle. 

Jésus prédit sa passion. L'aveugle de Jéricho. Zachée. 
Parabole des mijies. 

^^ Ensuite, Jésus prit à part les douze, et leur dit : Voici 
que nous montons à Jérusalem ; et tout ce qui a été écrit 
par les prophètes au sujet du Fils de l'homme, s'accom- 
plira. ■'^■^ Car il sera livré aux gentils, et on se moquera de 
lui, et on le flagellera, et on crachera sur lui ; ^^ et après 
qu'on l'aura flagellé, on le fera mourir ; et le troisième 
jour il ressuscitera. -''Mais ils ne comprirent rien à cela; 
ce langage leur était caché, et il ne saisissaient point ce 
qui leur était dit (<5). 

^^ Or il arriva, comme il approchait de Jéricho, qu'un 
aveugle était assis au bord du chemin, demandant l'au- 
mône. ^^ Et entendant la foule passer, il demanda ce que 
c'était. ^"^ On lui dit que c'était Jésus de Nazareth qui 
passait. '^^ Et il cria, en disant : Jésus, Fils de David, ayez 
pitié de moi. ■^'^ Et ceux qui marchaient en avant le repre- 

(a) Beaucoup plus, « non pas en même espèce, mais en mérite et en va- 
leur. » (Calmet.) 

(3) Tant leurs préjugés tout humains continuaient de les aveugler. Voyez 
saint Marc, x, 37, et la note. 



s. LUC, XVIII, 40 — XIX, 



:f: 



naient rudement, pour qu'il se tût; mais il criait encore 
beaucoup plus : Fils de David, ayez pitié de moi. '^ Alors 
Jésus, s'arrêtant, ordonna qu'on le lui amenât. Et lorsqu'il 
se fut approché, il l'interrogea, en disant : ^* Que veux-tu 
que je te fasse? Il répondit : Seigneur, que je voie. ''- Et 
Jésus lui dit : Vois; ta foi t'a sauvé. " Et aussitôt il vit, 
et il le suivait, en glorifiant Dieu. Et tout le peuple, 
ayant vu cela, rendit gloire à Dieu. 

Chapitre XIX. — ' Jésus, étant entré dans Jéricho, 
traversait la ville. 

- Et voici qu'un hom- ^^i^^^ 

me, nommé Zachée, 
chef des publicains, 
et fort riche, '^ ch-er- 
chait à voir qui était 
Jésus; et il ne le (f^ 
pouvait, à cause de 
la foule, parce qu'il 
était très petit de 
taille. * Courant donc 
en avant, il monta 
sur un sycomore (a) 
pour le voir, parce 
qu'il devait passer 
par là. '■-' Arrivé en 
cet endroit, Jésus leva les yeux; et l'ayant vu, il lui dit : 
Zachée, hàte-toi de descendre; car, aujourd'hui, il faut 
que je demeure dans ta maison. ^ Zachée se hâta de 
descendre, et le reçut avec joie (d). ' Voyant cela, tous 
murmuraient, disant qu'il était allé loger chez un homme 
pécheur. « Cependant Zachée, se tenant devant le Sei- 
gneur, lui dit : Seigneur, voici que je donne la moitié de 

(a) Arbre qui tient tout à la fois du figuier et du mûrier : du premier, par 
ses fruits ; du second, par son feuillage. 

(b) Il voulait seulement voir passer Jésus, et voici que le Christ vint ha- 
biter chez lui ! Mais déjà Zachée l'avait reçu dans son cœur par la foi et 
l'amour. (Pensée de Saint Augustin.) 




Branche de sycomore, munie de fruits. 



14. 



246 



s. LUC, XIX, 9-22. 



mes biens aux pauvres; et si j'ai fait tort de quelque chose 
à quelqu'un, je lui rends le quadruple. ^ Jésus lui dit : 
Aujourd'hui le salut a été accordé à cette maison, parce 
que celui-ci est aussi un fils d'Abraham. ^^ Car le Fils de 
l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. 

** Comme ils écoutaient ces choses, il ajouta une pa- 
rabole, parce qu'il était près de Jérusalem, et qu'ils 
pensaient que le royaume de Dieu allait paraître à l'ins- 
tant. *^ Il dit donc : Un homme de haute naissance s'en 
alla dans un pays lointain, pour prendre possession d'un 
royaume, et revenir ensuite. ^^ Ayant appelé dix de ses 
serviteurs, il leur donna dix mines {a), et leur dit : Faites 
les valoir jusqu'à ce que je revienne. ** Mais ses conci- 
tovens le haïssaient, et ils envoyèrent après lui une am- 
bassade, pour dire : Nous ne voulons pas que cet homme 
règne sur nous. ** Et il arriva qu'à son retour, après avoir 
pris possession du royaume, il ordonna qu'on appelât les 
serviteurs auxquels il avait donné l'argent, pour savoir 
comment chacun l'avait fait valoir. "* Le premier vint, et 
dit : Seigneur, ta mine a produit dix mines. ^^ Et il lui 
dit : C'est bien, bon serviteur ; parce que 
tu as été fidèle en peu de chose, tu auras 
puissance sur dix villes. *^ Le second 
vint, et dit : Seigneur, ta mine a pro- 
duit cinq mines. *^ Et il lui dit : Et toi, 
sois établi sur cinq villes. ^^ Un autre 
vint, et dit : Seigneur, voici ta mine, que 
j'ai tenue enveloppée dans un mouchoir^ 
-^ car je t'ai craint, parce que tu es un 
homme sévère ; tu enlèves ce que tu 
Personnage qui tient un n'as pas déposé, et tu moissonnes ce que 

mouchoir à la main. ^^, ^'^^ ^^^^ 22^ 1^,^ ^it : Je te juge 

(Statue romame.) ^ . * 

par ta propre bouche, méchant serviteur ; 
tu savais que je suis un homme sévère, enlevant ce que 




(a) Probablement la mine attique, qui \alait cent drachmes, environ 
90 francs. 



s. LUC, XIX, 23-36. 247 

je n'ai pas déposé, et moissonnant ce que je n'ai pas semé ; 
-■^ pourquoi donc n'as-tu pas mis mon argent à la banque, 
afin qu'à mon retour je le retirasse avec les intérêts? 
-'^Puis il dit à ceux qui étaient présents : Otez-lui la mine, 
et donnez-la à celui qui en a dix. -^Et ils lui dirent : Sei- 
gneur, il a dix mines. -""Je vous le dis, on donnera à celui 
qui a déjà, et il sera dans l'abondance ; mais, à celui qui 
n'a pas, on ôtera même ce qu'il a. -'Quant à mes ennemis, 
qui n'ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, 
et tuez-les devant moi. "^^Et après avoir ainsi parlé, il mar- 
chait devant eux, montant à Jérusalem. 



QUATRIEME PARTIE 
La Passion et la Résurrection de Jésus. 

§ I. — LES DERNIERS JOURS DU SAUVEUR A JÉRUSALEM. 

L' entrée triomphale. Les %'endeurs chassés du temple, 

-^ Et il arriva, lorsqu'il approchait de Bethphagé et de 
Béthanie (<z), près de la montagne appelée des Oliviers, 
qu'il envoya deux de ses disciples, ^^ en disant : Allez au 
village qui est en face ; en y entrant, vous trouverez un 
ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s'est jamais 
assis; déliez-le, et amenez-le-moi. -^^ Et si quelqu'un vous 
demande : Pourquoi le déliez- vous? vous lui répondrez : 
Parce que le Seigneur désire s'en servir. ^'- Ceux qui 
étaient envoyés partirent donc, et trouvèrent l'ânon, 
comme il le leur avait dit. ^-^ Et comme il déliaient l'ânon, 
ses maîtres leur dirent : Pourquoi déliez-vous cet ânon ? 
•''' Ils répondirent : Parce que le Seigneur en a besoin. 
•'• Et ils l'amenèrent à Jésus; et jetant leurs vêtements 
sur l'ânon, ils y placèrent Jésus. ^^Et tandis qu'il avançait» 

(a) Voyez snint Matthieu, xxi, i, 17, et les notesi. 



248 



s. LUC, XIX, 37-44. 



le peuple étendait ses vêtements sur le chemin, ■'' Et 
lorsqu'il approchait déjà de la descente de la montagne 
des Oliviers, toutes les foules des disciples, transportées 
de joie, se mirent à louer Dieu à haute voix pour toutes 
les merveilles qu'ils avaient vues, ^^ en disant : Béni soit 
le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel, 
et gloire au plus haut des cieux ! ^9 Alors quelques-uns 
des pharisiens, du milieu des foules, lui dirent : Maître, 
reprenez vos disciples. ''■^ Il leur répondit : Je vous le dis, 
s'ils se taisent, les pierres crieront (a). 

•''^ Et comme il approchait, voyant la ville, il pleura sur 
elle (è), en disant : ''- Si tu connaissais, toi aussi, au moins 
en ce jour qui t'est donné, ce qui te procurerait la paix! Mais 
maintenant cela est caché à tes yeux. ^-^ Il viendra sur toi 




Construction d'un retranchement. (Bas-relief romain.) 

des jours où tes ennemis t'environneront de tranchées, 
où ils t'enfermeront et te serreront de toutes parts; ^*et 
ils te renverseront à terre, toi et tes enfants qui sont au 
milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur 
pierre, parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été 
visitée. 



(a) Bossuet a écrit, au sujet de ce triomphe de Jésus : « Entrée la plus 
éclatante et la plus belle qui fut jamais, puisqu'on y voit un homme, qui pa- 
raissait le dernier de tous les hommes en considération et en puissance, rece- 
voir tout d'un coup de tout le peuple, dans la ville royale et dans le temple, 
des honneurs plus grands que n'en avaient jamais reçus les plus grands rois. » 

(b) L'Evangile mentionne à deux reprises les larmes de Jésus, ici et à la 
résurrection de Lazare. (Saint Jean, xi, 35.) 



s. n:c, XIX, 45 — XX, 9. 249 

*^ Et étant entré dans le temple, il se mit à chasser 
ceux qui y vendaient et ceux qui y achetaient, *^ leur 
disant : Il est écrit {a) : Ma maison est une maison de 
prière; mais vous, vous en avez fait une caverne de vo- 
leurs (3). 

*" Et il enseignait tous les jours dans le temple. Et les 
princes des prêtres, les scribes et les principaux du peuple 
cherchaient à le perdre; '^ mais ils ne trouvaient pas ce 
qu'ils pourraient lui faire, car tout le peuple était sus- 
pendu d'admiration, en l'écoutant. 



Source des pouvoirs de Jésus. Parabole des vignerons homicides. Le 
tribut a César. Les sadducéens et la résurrection. Le Messie, fils 
de David. Se défier des scribes. 

Chapitre XX. — ^ Et il arriva qu'un de ces jours-là, 
comme il enseignait le peuple dans le temple et lui 
annonçait l'Évangile, les princes des prêtres et les 
scribes survinrent avec les anciens, -et lui parlèrent en 
ces termes : Dites-nous par quelle autorité vous faites ces 
choses, ou quel est celui qui vous a donné ce pouvoir. 
^ Jésus, répondant, leur dit : Je vous adresserai, moi 
aussi, une question; répondez-moi. * Le baptême de Jean 
était-il du ciel, ou des hommes? =* Mais ils pensaient 
en eux-mêmes, disant : Si nous répondons : Du ciel, il 
dira : Pourquoi n'avez-vous pas cru en lui? ^ Et si nous 
répondons : Des hommes, tout le peuple nous lapidera ; 
car il est persuadé que Jean était un prophète. ' Ils ré- 
pondirent donc qu'ils ne savaient d'où il était. ^ Et Jésus 
leur dit : Moi non plus, je ne vous dis point par quelle 
autorité je fais ces choses. 

^ Alors il se mit à dire au peuple cette parabole : Un 
homme planta une vigne, et la loua à des vignerons; puis 



(rt) Isaïe, Lvi, 7 ; Jéréraie, vu, 1 1. 

ib) Voyez saint Matthieu, xxi, 12, et la note. 



2S0 



S. LUC, XX, 10-15. 



lui-même, il fut pendant longtemps hors du pays. *^Et, 
dans la saison, il envoya un serviteur vers les vignerons, 
pour qu'ils lui donnassent du fruit de la vigne. Après l'avoir 
battu, ils le renvoyèrent les mains vides, *^ Il envoya 
encore un autre serviteur; mais ils le battirent aussi, et, 
après l'avoir accablé d'outrages, ils le renvovèrent les mains 




miî^miiM^MfmmmtfM 



Vigne au milieu d'un parc. (Peinture égyptienne.) 



vides, ^"- Il en envoya encore un troisième, qu'ils blessè- 
rent aussi et chassèrent, ^'^ Alors, le maître de la vigne 
dit : Que ferai-je? J'enverrai mon fils bien-aimé; peut- 
être, en le voyant, éprouveront-ils du respect. ^^ Mais, 
lorsque les vignerons le virent, ils pensèrent en eux- 
mêmes, et dirent ; Celui-ci est l'héritier ; tuons-le, afin 
que l'héritage soit à nous, ^' Et l'ayant chassé hors de la 



s. LUC, XX, I 6-26. 251 

viorne, ils le tuèrent. Oiic leur fera donc le maître de la 
vigne? ^^ Il viendra, et il fera périr ces vignerons, et il 
donnera la vigne à d'autres. Ayant entendu cela, ils lui 
dirent : A Dieu ne plaise! ''Mais lui, les regardant, dit : 
Qu'est-ce donc que ceci qui est écrit {a) : La pierre, 
qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la tête 
de l'angle? '^Quiconque tombera sur cette pierre sera 
brisé ; et celui sur qui elle tombera, elle l'écrasera. '^ Les 
princes des prêtres et les scribes cherchaient à mettre 
les mains sur lui à cette heure même, mais ils craigni- 
rent le peuple ; car ils avaient reconnu que c'était contre 
eux qu'il avait dit cette parabole. 

-^ Et l'épiant, ils envoyèrent des hommes artificieux, 
qui feindraient d'être justes, pour le surprendre dans ses 
paroles, afin de le livrer à l'autorité (^), et à la puissance du 
gouverneur. -' Et ils l'interrogèrent, en disant : Maître, 
nous savons que vous parlez et enseignez avec droiture, 
et que vous n'avez pas d'égard aux personnes, mais que 
vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité. -^ Nous 
est-il permis de payer le 
tribut à César (c), ou non? 
-•^ Considérant leur ruse, il 
leur dit : Pourquoi me ten- 
tez-vous? -*Montrez-moi un 
denier. De qui porte-t-il 
l'image et l'inscription? Ils 
lui répondirent : De César. 
-■^ Alors il leur dit : Ren- 

dez-donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui 
est à Dieu. -^ Et ils ne purent rien reprendre dans ses 




Denier de Tibère. 



(^) Psaumes, cxvii, 22. . 

(è_) Au Sanhédrin. C'est Pilate qui était le « gouverneur ». Ces tentateurs 
habiles espéraient, en effet, que Jésus, dans sa réponse à leur habile question, 
se compromettrait ou devant ses compatriotes, en aiErmant que l'on devait 
payer le tribut aux Romains abhorrés, ou devant ces derniers, en disant qu'il 
/allait refuser l'impôt. 

ic) Voyez saint Matthieu, xxii, 17, et la note. 



252 



S. LUC, XX, 27-40. 



paroles devant le peuple; mais, ayant admiré sa réponse, 
ils se turent. 

^'' Quelques-uns des sadducéens, qui nient qu'il y ait 
une résurrection (a), s'approchèrent ensuite, et l'interro- 
gèrent, -^ en disant : Maître, Moïse a écrit pour nous (3) : 
Si le frère de quelqu'un, ayant une femme, meurt sans 
laisser d'enfants, son frère épousera sa femme, et suscitera 
une postérité à son frère, ^^ Or, il y avait sept frères. Le 
premier épousa une femme, et mourut sans enfants. ^^ Le 
second la prit, et mourut lui-même sans enfants. ^* Le 
troisième la prit aussi, et de même tous 
les sept; et ils ne laissèrent pas de postérité, 
et ils sont morts. ■^- Enfin, après eux tous, la 
femme mourut aussi. ^^A la résurrection 
donc, duquel d'entre eux sera-t-elle l'épouse? 
car les sept l'ont eue pour femme (c). ^'^ Jésus 
leur dit : Les enfants de ce siècle se marient 
et sont donnés en mariage ; ^'■' mais ceux qui 
seront jugés dignes du siècle h venir et de 
la résurrection des morts, ne se marieront 
pas, et ne prendront pas de femme; ^^ car ils 
ne pourront plus mourir, parce qu'ils sont 
près du buisson égaux aux anges, et qu'ils sont fils de Dieu, 
ardent. (Pein- étant fils de la résurrectiou. ^' Mais, que les 
morts ressuscitent, Moïse le montre lui- 
même, à l'endroit du buisson (</), lorsqu'il 
appelle le Seigneur le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, 
et le Dieu de Jacob. ^^ Or, Dieu n'est point !e Dieu des 
morts, mais des vivants; car tous sont vivants pour lui. 
•^9 Alors quelques-uns des scribes, prenant la Darole, lui 
dirent : Maître, vous avez bien répondu. '«^^ Et i's n'osaient 
plus lui faire aucune question. 




^J^_ 



Moïse enlève ses 
chaussures au- 



tare des Cata- 
combes.) 



(a) Voyez saint Matthieu, m, 7, et la note. 
(i) Deutérononie, xxv, 5. 

(^) Situation étrange, de laquelle les sadducéens concluaient à l'impossibilité 
de la résurrection. 

(d) Exode, III, 6. Voyez saint Marc, xii, 26, et la note. 



s. LUC, XX, 41 



XXI, 4. 



253 



*^ Mais il leur dit : Comment dit-on que le Christ est 
fils de David, " puisque David lui-même dit dans le livre 
des Psaumes (a) : Le Seigneur a dit à 
mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, 
*3 jusqu'à ce que je fasse de tes enne- 
mis l'escabeau de tes pieds? *'" David 
l'appelle donc Seigneur; alors, comment 
est-il son fils (ô) ? 

'*^ Tandis que tout le peuple l'écou- 
tait, il dit à ses disciples : *^ Gardez- 
vous des scribes, qui affectent de se 
promener en robes longues, et qui 
aiment les salutations sur la place pu- 
blique, les premières chaires dans les 
synagogues et les premières places dans 
les festins, ^' qui dévorent les maisons 

des veuves sous prétexte de longues Tunique à longs pans, 
• - Ti . 1 , • tombant iusqu'aux 

prières, ils recevront une condamnation , , ,t^. , 

^ , , talons. (D après une 

plus Severe. statue romaine.) 




Z 'odo/e de la veuve. La ruine de Jérusalem et la fin du monde. 
Nécessité de la vigilance. 

Ch.\pitre XXI. — ^ Jésus, regardant, vit les riches qui 
mettaient leurs offrandes dans le tronc. ^ Il vit aussi une 
pauvre veuve, qui y mit deux petites pièces de mon- 
naie {c). 3 Et il dit : En vérité, je vous le dis, cette pauvre 
veuve a mis plus que tous les autres. * Car tous ceux-là 
ont donné de leur superflu, pour faire des offrandes à 
Dieu ; mais celle-ci a donné de son indigence, tout ce 
qu'elle avait pour vivre {d^. 

(a) Psaumes, cix, i. 

(*) En adressant cette question à ses adversaires, Jésus voulait évidemment 
« leur faire lever les yeux à une plus haute naissance, selon laquelle il n'est 
pas fils de David, mais Fils unique de Dieu. » (Bossuet.) 

(O Dans le texte original : deux lepta, ou l'équivalent d'un quart d'as. 
Voj-ez la note de xii, 59, et saint Marc, xii, 42. 

{ci) « Voilà les aumônes que Jésus-Christ loue ; celles où on prend sur soi : 



15 



254 



s. LUC, XXI, 5-12. 



^ Et comme quelques-uns disaient du temple qu'il était 
bâti de belles pierres, et orné de riches dons, il dit : ^ Des 
jours viendront où, de ce que vous voyez, il ne restera pas 
pierre sur pierre qui ne soit détruite. ' Et ils l'interro- 




Mur de Jérusalem auprès duquel les Juifs vont pleurer chaque vendredi. 
(D'après une photographie.) 

gèrent, disant : Maître, quand ces choses arriveront-elles ? 
et à quel signe connaîtra-t-on qu'elles vont s'accomplir? 

^ Jésus dit (a) : Prenez garde d'être séduits; car beau- 
coup viendront sous mon nom, disant : C'est moi, et le 
temps est proche. Ne les suivez donc pas. ^ Et lorsque 
vous entendrez parler de guerres et de séditions, ne soyez 
pas effrayés ; car il faut que ces choses arrivent d'abord. 
Mais ce ne sera pas encore aussitôt la fin. 

^•^ Alors il leur dit : Nation se soulèvera contre nation, 
et royaume contre royaume. ^* Et il y aura de grands 
tremblements de terre en divers lieux, et des pestes, et 
des famines, et des choses effrayantes dans le ciel, et de 
grands signes. *^Mais, avant tout cela, on mettra les 



car de telles aumônes sont les seules qui méritent le nom de sacrifice. » 
(Bossuet.) 

(a) Le divin Maître annonce en premier lieu (versets 8-19) quels seront les 
préludes communs de la ruine de Jérusalem et de la fin des temps. Il signale 
ensuite tour à tour les signes spéciaux soit du premier (versets 20-24), soit du 
second (versets 25-33) de ces événements. 



s. LUC, XXI, 13-23. 



2:)5 



mains sur vous, et on vous persécutera, vous livrant aux 
synagogues et aux prisons, vous traînant devant les rois 
et les gouverneurs, à cause de mon nom ; ^ ' et cela vous 
arrivera pour que vous rendiez témoignage. ^'''Mettez donc 
dans vos cœurs que vous n'aurez pas à préméditer com- 
ment vous répondrez ; '-^car je vous donnerai une bouche 
et une sagesse auxquelles tous vos adversaires ne pour- 
ront résister et contredire. '^Vous serez livrés par vos 
parents, et par vos frères, et par vos proches, et par vos 
amis, et l'on fera mourir plusieurs d'entre vous ; ^"^et vous 
serez haïs de tous à cause de mon nom. *^ Mais pas un 
cheveu de votre tête ne périra. *^ C'est par votre patience 
que vous sauverez vos vies. 

-^ Lorsque vous verrez Jérusalem entourée par une ar- 



Wrrié^iîtl râ' 




Soldats assiégeant une ville. (Bas-relief romain.) 

mée, alors sachez que sa désolation est proche. -* Alors, 
que ceux qui sont dans la Judée s'enfuient dans les mon- 
tagnes, et que ceux qui sont au milieu d'elle {a) en sortent, 
et que ceux qui sont dans les environs n'y entrent point; 
■-"- car ce seront des jours de vengeance, afin que s'ac- 
complisse tout ce qui est écrit. --^Malheur à celles qui 
seront enceintes et qui allaiteront en ces jours-là! Car il 
y aura une grande détresse dans le pays, et de la colère 

(a) Au milieu de Jérusalem. 



2$i-> 



S. LITC, XXI, 24-35. 



contre ce peuple. -^ Ils tomberont souS' le tranchant du 
glaive, et ils seront emmenés captifs dans toutes les nations, 
et Jérusalem sera foulée aux pieds par les gentils, jusqu'à 
ce que le temps des nations soit accompli. 

-' Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et 
dans les étoiles, et, sur la terre, détresse des nations, à 
cause du bruit confus de la mer et des flots, -^ les hommes 
séchant de frayeur, dans l'attente de ce qui doit arriver à 
tout l'univers; car les puissances des cieux seront ébran- 
lées. '-' Et alors, on verra le Fils de l'homme venant sur 
une nuée, avec une grande puissance et une grande ma- 
jesté. -^ Or, lorsque ces choses commenceront à arriver, 
regardez, et levez la tête, parce que votre rédemption ap- 
proche. 

2^^ Et il leur proposa cette comparaison : Voyez le figuier 
et tous les arbres. •^'^ Lorsqu'ils commencent à produire 
leur fruit, vous savez que l'été est proche. ^^ De même, 
quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le royaume 
de Dieu est proche. •^- En vérité, je vous le dis, cette race 
ne passera point, que tout ne s'accomplisse. ^^ Le ciel et la 
terre passeront; mais mes paroles ne passeront point. 

^'^ Prenez donc garde à vous (^z), de peur que vos cœurs 
ne s'appesantissent par l'excès du manger et du boire, et 
par les soucis de cette vie, et que ce jour ne vienne 




Filet pour la chasse aux oiseaux. (Peinture égyptienne.) 

sur vous à l'improviste; ^"^ car il viendra comme un filet 
sur tous ceux qui habitent sur la face de toute la terre. 

(rt) Conclusion pratique de cet oracle solennel (versets 34-36). 



s. LUC, XXI, 36 — XXII, 10. 257 

■^^ Veillez donc, priant en tout temps, afin que vous soyez 
trouvés dignes d'échapper à tous ces maux qui arriveront, 
et de paraître devant le Fils de l'homme. 

^' Or, pendant le jour, il enseignait dans Je temple, et 
la nuit il sortait, et demeurait sur la montagne appelée 
des Oliviers. '^^ Et tout le peuple venait à lui de grand 
matin dans le temple, pour l'écouter. 

§ II. — LA PASSION, LA MORT ET LA SÉPULTURE 
DE JÉSUS (a). 

Trahison de Judas. La dernière cène et l'institution de l'Eucha- 
ristie. Leçon d'humilité. Jésus prédit le reniement de saint Pierre 
et l'approche de la Passion. 

Chapitre XXII. — ^ Cependant la fête des Azymes (/?), 
appelée la Pàque, était proche, - et les princes des prêtres 
et les scribes cherchaient comment ils feraient mourir 
Jésus ; mais ils craignaient le peuple. ^ Or, Satan entra 
dans Judas, surnommé Iscariote, l'un des douze. ^ Et il 
alla, et s'entretint avec les princes des prêtres et les ma- 
gistrats, de la manière dont il le leur livrerait. ' Ils se ré- 
jouirent, et convinrent de lui donner de l'argent. *' Il 
s'engagea, et il cherchait une occasion favorable pour le 
livrer à l'insu des foules. 

' Cependant arriva le jour des Azymes, où il fallait im- 
moler la pàque (t-). ^ Et Jésus envoya Pierre et Jean, en 
disant : Allez, et préparez-nous la pâque, afin que nous la 
mangions. ^ Il lui dirent : Où voulez-vous que nous la 
préparions? ^'^ Il leur répondit : Voici, lorsque vous entre- 
rez dans la ville, vous rencontrerez un homme portant 
une cruche d'eau; suivez-le dans la maison où il entrera, 

(il) « L histoire de la Passion est la plus haute et la plus sainte des his- 
toires, c'est le point central autour duquel roule toute l'histoire du monde ». 
(Huebner.) C'est pour cela que les évangélistes se complaisent à la raconter 
avec des détails relativement considérables. 

(ô) Voyez saint Matthieu, xxvr, 17, et la note. 

(r) C'est-à-dire, l'agneau pascal. 



258 



s. LUC, XXII, II -2 I, 




Eg3'ptiens portant des amphores, 
(Peinture de tombeau.) 



V et vous direz au père de famille de cette maisçii : Le 

Maître te dit : Où est la salle où 
je pourrai manger la pâque avec 
mes disciples? *-Et il vous mon- 
trera une grande chambre haute, 
meublée ; et là, faites les prépa- 
ratifs, ^'^ S'en allant donc, ils trou- 
vèrent comme il leur avait dit, 
et ils préparèrent la pâque (a). 

^* Quand l'heure fut venue, il 
se mit à table, et les douze apô- 
tres avec lui. ^■^ Et il leur dit : 
J'ai désiré d'un grand désir de manger cette pâque avec 
vous, avant de souffrir (/>), ^*'Car, je vous le dis, désormais 
je ne la mangerai plus, jusqu'à ce qu'elle soit accomplie 
dans le royaume de Dieu. *'' Et ayant pris le calice, il rendit 
grâces, et dit : Prenez, et partagez entre vous. ^^ Car, je 
vous le dis, je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu'à 
ce que le règne de Dieu soit arrivé. ^^ Puis, ayant pris du 
pain, il rendit grâces, le rompit, et le leur donna, en" 
disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous; 
faites ceci en mémoire de moi (c-). -^ Il prit de même le 
calice, après qu'il eut soupe, en disant : Ce calice est la nou- 
velle alliance en mon sang, qui sera répandu pour vous, 
^* Cependant, voici que la main de celui qui me trahit est 



(a) « Voilà donc tout disposé. Le grand cénacle tapissé est prêt ; on y 
attend le Sauveur, Voyons maintenant le grand spectacle qu'il va y donner à 
ses fidèles. Contemplons, croyons, profitons, ouvrons le cœur plutôt que les 
yeux, » (Bossuet.) D'après une tradition très ancienne, le cénacle était situé 
sur la partie la plus méridionale de la colline de Sion. 

(J) « Ce n'était pas la pâque légale, qui était finie, que Jésus-Christ désirait 
avec tant d'ardeur de manger avec ses disciples... Une autre pâque faisait ici 
l'objet de son désir..., la pâque de la nouvelle Alliance. C'est de même que 
s'il disait : J'ai désiré d'être moi-même votre pâque, d'être l'agneau immolé 
pour vous, la victime de votre délivrance. » (Bossuet.) 

(c) « Faites ceci » : c'est-à-dire, à votre tour, prenez du pain, du vin, et 
consacrez-les en ma chair et en mon sang. Parole d'une haute gravité, puis- 
qu'elle institua le sacerdoce chrétien, qui naquit en même temps que l'Eu- 
charistie. 



s. LUC, XXII, 22-35. 259 

avec moi à cette table. --Quant au Fils de l'homme, il s'en 
va, selon ce qui a été déterminé; mais malheur à l'homme 
par qui il sera trahi ! -^Et ils commencèrent à se demander 
mutuellement quel était celui d'entre eux qui ferait cela. 

-'* Il s'éleva aussi parmi eux une contestation : lequel 
d'entre eux devait être estimé le plus grand? -'Mais il leur 
dit : Les rois des nations leur commandent en maîtres, et 
ceux qui ont l'autorité sur elles sont appelés leurs bienfai- 
teurs {(7). -^ Qu'il n'en soit pas ainsi de vous; mais que 
celui qui est le plus grand parmi vous devienne le plus 
petit; et celui qui gouverne, comme celui qui sert. ^^ Car, 
lequel est le plus grand ? celui qui est à table, ou celui qui 
sert? N'est-ce pas celui qui est à table? Moi, cependant, 
je suis au milieu de vous comme celui qui sert. -^Vous, 
vous êtes demeurés avec moi dans mes tentations ; -^ et moi, 
je vous prépare le royaume, comme mon Père me l'a pré- 
paré, '-^^ afin que vous mangiez et buviez à ma table dans 
mon royaume, et que vous soyez assis sur des trônes, 
jugeant les douze tribus d'Israël. 

^' Le Seigneur dit encore : Simon, Simon, voici que 
Satan vous a réclamés, pour vous cribler 
comme le froment ; '^-mais j'ai prié pour 
toi, afin que ta foi ne défaille point ; et 
toi, lorsque tu seras converti, affermis 
tes frères (3). '^'^ Pierre lui dit : Sei- 
gneur, je suis prêt à aller, avec vous, et 
en prison, et à la mort. ^^Mais Jésus 
dit : Pierre, ie te le dis, le coq ne chan- ^ , 

. ,>i • y ' • • Cnble romain. 

tera pas auiourd hui, que tu n aies nie ,„ ,. . , . 

. V • • (Bas-relief de la co- 

trOlS fois que tu me connais. l^nne Trajane.) 

Et il leur dit : ^-^ Lorsque je vous ai 
envoyés sans sac, sans bourse et sans chaussures, vous 

(a) Titre que la vile flatterie des sujets décernait parfois à des princes 
tyranniques. 

(b) « Cette parole : Affermis tes frères, n'est pas un commandement que 
Jésus fasse en particulier à saint Pierre, c'est un office qu'il érige et qu'il ins- 
titue dans son Église à perpétuité... Il devait toujours y avoir un Pierre (un 
pontife suprême) dans l'Eglise, pour confirmer ses frères dans la foi. » (Bossuet.) 





Sac et monceaux d'argent. 



260 S, LUC, XXII, 36-46. 

a-t-il manqué quelque chose? '^^^ Ils répondirent : Rien. Il 
ajouta : Mais maintenant, que celui qui a un sac le prenne, 

et une bourse éga- 
lement; et que celui 
qui n'en a point 
vende sa tunique, et 
achète une épée (rï). 

(Peinture de Pompéi.) „^ . 

^' Car, je vous le 
dis, il faut encore que cette parole qui est écrite s'accom- 
plisse en moi : Il a été mis au rang des scélérats. En eifet, 
ce qui me concerne touche à sa fin. -'^ Et ils dirent : Sei- 
gneur, voici deux épées. Et il leur dit : Cela suffit. 



L'agonie de Jésus a Gethsêmani et son arrestation. Reniement 
de saint Pierre. Jésus outragé et condamné par les Juifs. 

'•^ Et étant sorti, il alla, selon sa coutume, à la montagne 
'des Oliviers (3). Ses disciples le suivirent. '*^ Lorsqu'il fut 
arrivé en ce lieu, il leur dit : Priez, afin que vous ne succom- 
biez pas à la tentation. '"^'Puis, il s'éloigna d'eux à la distance 
d'un jet de pierre; et s'étant mis à genoux, il priait, *^en 
disant : Père, si vous le voulez, éloignez ce calice de moi; 
•cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais 
la vôtre. *^ Alors un ange lui apparut du ciel, pour le for- 
tifier. Et étant tombé en agonie, il priait plus instamment. 
^•^^Et sa sueur devint comme des gouttes de sang, qui cou- 
lait jusqu'à terre (r). *•' S'étant levé après sa prière, il vint 
à ses disciples, et il les trouva endormis de tristesse. '-^'^ Et 



{a) Désormais, les apôtres devront se munir de provisions et d'argent, parce 
qu'on ne leur offrira plus, en Palestine ou ailleurs, une gracieuse hospitalité ; 
ils auront même besoin d'une épée, pour se garantir des périls qui menaceront 
leur vie. 

(è) Voyez saint Mathieu, xxi, i, et la note. 

(<;) Ce trait et le précédent, propres à saint Luc, montrent jusqu'à quel point 
l'angoisse avait pénétré dans l'âme de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et quelle 
violence son cœur faisait à la nature pour accepter courageusement de boire 
l'amer calice. 



s. LUC, XXII, 47-49. 



261 



il leur dit : Pourquoi dormez- vous? Levez-vous, et priez, 
afin que vous ne succombiez pas à la tentation, 

*'' Comme il parlait encore, voici qu'une troupe parut, et 










Olivier de Gethsémani. (D'après une photographie.) 

celui qui s'appelait Judas, l'un des douze, marchait devant 
elle ; et il s'approcha de Jésus pour le baiser. ''^ Jésus lui 
dit : Judas, tu trahis le Fils de l'homme par un baiser? 
'^ Ceux qui étaient autour de lui, voyant ce qui allait arri- 



202 



S. LUC, XXII, 50-62. 



ver, lui dirent : Seigneur, frapperons-nous de répée?'''^Et 
l'un d'eux frappa le serviteur du grand prêtre, et lui coupa 
l'oreille droite. ■'^ Mais Jésus, prenant la parole, dit : Res- 
tez-en là. Et ayant touché l'oreille de cet homme, il le guérit. 
"'^Puis, Jésus dit à ceux qui étaient venus vers lui, princes 
des prêtres, magistrats du temple, et anciens : Vous êtes 
sortis avec des épées et des bâtons, comme contre un bri- 
gand. ""^ Quand j'étais tous les jours avec vous dans le 
temple, vous n'avez pas étendu les mains sur moi ; mais 
c'est ici votre heure, et la puissance des ténèbres. 

'■'''' Se saisissant alors de lui (a), ils l'emmenèrent dans la 
maison du grand prêtre ; et Pierre suivait de loin. ^-^ Or, 
ayant allumé du feu au milieu de la cour, ils s'assirent au- 
tour ; Pierre était au milieu d'eux. ^^ Une servante, qui le vit 
assis devant le feu, le fixa attentivement, et dit : Celui-ci 
était aussi avec lui. '"'' Mais il renia Jésus, en disant : Femme, 
je ne le connais pas. '-^Un peu après, un autre, le voyant, 
dit : Toi aussi, tu es de ces gens-là. Mais Pierre dit : 

O homme, je n'en suis pas. 
'''Et environ une heure plus 
tard, un autre affirmait la 
même chose, en disant : Cer- 
tainement cet homme était 
aussi avec lui ; car il est aussi 
Gàliléen (è). «o Et Pierre dit : 
Homme, je ne sais pasceque 
tu dis. Et aussitôt, comme 
il parlait encore, le coq 
chanta. ^*Et le Seigneur, se 
retournant, regarda Pierre. 
Et Pierre se souvint de la 
parole que le Seigneur avait 
dite : Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. 
^■- Et Pierre, étant sorti dehors, pleura amèrement. 

(a) « Ils n'auraient rien pu lui faire, s'il ne leur eût lui-même permis ! * 
("Saint Jean Chrysostome.) 

(b) Voyez saint Matthieu, XXN'I, 73, et la note. 




Reniement de saint Pierre. 
(Fresque ancienne.) 



s. LUC, XXII, 63 — XXIII, 6. 263 

^^Ceux qui tenaient Jésus se moquaient de lui, en le 
frappant. ^* Et ils lui voilèrent la face, et ils le frappaient 
au visage, et l'interrogeaient, en disant : Prophétise ; qui 
est-ce qui t'a frappé (a)? ^SEt ils proféraient contre lui 
beaucoup d'autres blasphèmes, 

*^*^ Lorsqu'il fit jour (d), les anciens du peuple, les princes 
des prêtres et les scribes s'assemblèrent; et l'ayant fait 
venir dans leur conseil, ils dirent : Si tu es le Christ, dis- 
le-nous. ^' Il leur répondit : Si je vous le dis, vous ne me 
croirez pas; ^^ et si je vous interroge, vous ne me répon- 
drez pas, et vous ne me relâcherez pas. ^^Mais, désormais 
le Fils de l'homme sera assis à la droite de la puissance de 
Dieu. '"^ Alors tous dirent : Tu es donc le Fils de Dieu? Il 
leur répondit : Vous le dites, je le suis. '^ Et ils dirent : 
Ou'avons-nous encore besoin de témoignage? Nous 
l'avons entendu nous-mêmes de sa bouche? 

Jésus devant Pilote et devant Hérode. On lui préfère Barabbas. 
La voie douloureuse. Le crucifiement. Le bon larron. Mort et 
sépulture de Jésus. 

Chapitre XXIII. — 1 Et s'étant tous levés, ilsle conduisi- 
rent à Pilate {c). -Et ils commencèrent à l'accuser, en di- 
sant : Nous avons trouvé cet homme pervertissant notre 
nation, empêchant de payer le tribut à César, et se disant 
le Christ-roi. -^ Pilate l'interrogea, en disant : E^-tu le roi 
des Juifs? Jésus répondit : Tu le dis. '''Alors Pilate dit 
aux princes des prêtres et aux foules : Je ne trouve rien 
de criminel dans cet homme. ''Mais ils insistaient, en di- 
sant : 11 soulève le peuple, en enseignant par toute la Ju- 
dée, depuis la Galilée, où il a commencé, jusqu'ici. ^Pilate, 

(a) Isaïe avait clairement prophétisé ces cruels outrages, lorsqu'il prête ces 
paroles au Messie Cl, 6-7) : « J'ai livré mon corps à ceux qui me frappaient, 
et mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe ; je n'ai pas dérobé mon 
visage aux ignominies et aux crachats. Le Seigneur Dieu m'a secouru ; c'est 
pourquoi je n'ai pas été confondu. » 

(i) Empressement qui achève de dévoiler leur haine. (Saint Jérôme.) 

(i) Voyez saint Afatthieu, xxvir, 2, et la note. 



264 



s. LUC, XXIII, 7-14. 



entendant parler de la Galilée, demanda si cet homme 

était Galiléen ; " et ayant ap- 
pris qu'il était de la juridic- 
tion d'Hérode {a), il le ren- 
voya à Hérode, qui était aussi 
à Jérusalem en ce jour-là. 

^ Hérode, voyant Jésus, 
eut une grande joie ; car il 
désirait depuis longtemps le 
voir, parce qu'il avait en- 
tendu dire beaucoup de 
choses de lui, et il espérait 
lui voir faire quelque mira- 
cle. ^ Il lui adressait donc 
de nombreuses questions ; 
mais Jésus ne lui répondit 
rien. ^^ Cependant, les prin- 
ces des prêtres et les scribes 
étaient là, l'accusant sans 
relâche. ** Or Hérode, avec 
ses gardes, le méprisa, et il 
se moqua de lui en le revê- 
tant d'une robe blanche (/)) ; 
puis il le renvoya à Pilate. 
^■-Hérode et Pilate devin- 
rent amis en ce jour même, 
d'ennemis qu'ils étaient au- 
paravant. 

^•^ Or Pilate, ayant convo- 
qué les princes des prêtres. 

Ancien bas-relief, représentant plusieurs ^eS anciens et le peuple, 
scènes de la Passion. ^^ leur dit : VouS m'avez pré- 




(a) Hérode-Antipas, fils d'Hérode le Grand, qui était tétrarque de la Ga- 
lilée. Voyez III, I. 

(è) Manière de tourner sa royauté en dérision, car la robe blanchg était 
le signe d'une haute dignité. 



s. LUC, XXIII, 15-30. 265 

sente cet homme comme portant la nation à la révolte; 
et voici que, l'interrogeant devant vous, je ne l'ai trouvé 
coupable d'aucun des crimes dont vous l'accusez. '"' Ni 
Hérode non plus; car je vous ai renvoyés à lui, et on ne 
lui a rien fait qui montre qu'il mérite la mort. '*'Je le 
renverrai donc, après l'avoir châtié (</). 

*' Or, il était obligé de leur délivrer un prisonnier le 
jour de la fête (è). ^^ Et la foule tout entière s'écria : Fais 
mourir celui-ci, et délivre-nous Barabbas. *^ Cet homme 
avait été mis en prison, à cause d'une sédition qui 
avait eu lieu dans la ville, et d'un meurtre. -"^Pilate leur 
parla de nouveau, voulant délivrer Jésus. -' Mais ils 
criaient plus fort, disant : Crucifie-le, crucifie-le! --Il leur 
dit pour la troisième fois : Mais quel mal a-t-il fait? Je ne 
trouve en lui rien qui mérite la mort; je vais donc le châ- 
tier, et je le renverrai. -'Mais ils insistaient à grands cris, 
demandant qu'il fût crucifié ; et leurs clameurs redou- 
blaient. '-* Alors, Pilate ordonna que ce qu'ils demandaient 
fût exécuté. -' Il leur délivra celui qu'ils réclamaient, qui 
avait été mis en prison pour meurtre et sédition, et il 
livra Jésus à leur volonté. 

-^Et comme ils l'emmenaient, ils prirent un certain 
Simon, de Cyrène (c), qui revenait des champs, et ils 
le chargèrent de la croix, la lui faisant porter derrière 
Jésus. -' Or, il était suivi d'une grande foule de peuple, et 
de femmes qui se frappaient la poitrine et qui se lamen- 
taient sur lui. -^ Mais Jésus, se retournant vers elles, dit : 
Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ; mais pleurez 
sur vous-mêmes et sur vos enfants ; -'■' car voici qu'il vien- 
dra des jours où l'on dira : Heureuses les stériles, et les 
entrailles qui n'ont pas d'enfants, et les mamelles qui 
n'ont point allaité. '^'^ Alors ils se mettront à dire aux mon- 



(a) C'est-à-dire, flagellé. 

(è) « Il était obligé » : il s'agit donc d'une coutume qui avait force de loi. 
et qui conférait aux Juifs un droit réel. 

(c) Voyez saint Matthieu, xxvii, 32, et la note. 



266 



s. LUC, XXIII, 31-42. 




tagnes : Tombez sur nous ; et aux collines : Couvrez-nous (a). 
•'^Car s'ils traitent ainsi le bois vert, que fera-t-on au bois 
sec? 

^-On conduisait aussi avec lui deux autres hommes, 
qui étaient des malfaiteurs, pour les mettre à mort. '^^ Et 

lorsqu'ils furent 
arrivés au lieu 
appelé Calvaire, 
ils l'y crucifièrent, 
ainsi que les vo- 
leurs, l'un à droite 
et l'autre à gau- 
che. '^^ Et Jésus 
disait : Père, par- 
donnez-leur, car 
ils ne savent ce 
qu'ils font. Parta- 
geant ensuite ses 
vêtements, ils les 
tirèrent au sort. 
^■^ Et le peuple se tenait là, regardant ; et, avec lui, les 
chefs se moquaient de Jésus, en disant : Il a sauvé les autres ; 
qu'il se sauve lui-même, s'il est le Christ, l'élu de Dieu. 
'■'^ Les soldats aussi l'insultaient, s'approchant de lui, et lui 
présentant du vinaigre, ^^ et disant : Si tu es le roi des 
Juifs, sauve-toi. ^^ Il y avait aussi au-dessus de lui une 
inscription, écrite en grec, en latin et en hébreu : Celui-ci 
est le roi des Juifs. ^^Or, l'un des voleurs suspendus en 
croix le blasphémait, en disant : Si tu es le Christ, sauve- 
toi toi-même, et nous avec toi. "^"^Mais l'autre le reprenait, 
en disant : Toi non plus, tu ne crains donc pas Dieu, toi 
qui es condamné au même supplice? ''^^ Encore, pour 
nous, c'est justice, car nous recevons ce qu'ont mérité nos 
œuvres; mais celui-ci n'a fait aucun mal ((5).'''2Et il disait 

(a) Paroles du prophète Osée, x, 8, que Jésus emploie pour décrire le tra- 
.yique désespoir des Juifs au temps de la ruine de Jérusalem. 

(à) Touchante parole. Sortant dune telle bouche, elle n'en a que plus d'au- 



Jésus en croix. (D'après un ancien ivoire.) 



s. LUC, XXIII, 43-51. 



267 



à Jésus : Seigneur, souvenez-vous de moi, lorsque vous 
serez arrivé dans votre royaume. ^^ Et Jésus lui dit : En 
vérité, je te le dis, tu seras aujourd'hui avec moi dans le 
paradis. 

■'''■ Il était environ la sixième heure (a), et les ténèbres 
couvrirent toute la terre jus- 
qu'à la neuvième heure. *'' Le 
soleil fut obscurci, et le voile {ô) 
du temple se déchira par le 
milieu, **" Et criant d'une voix 
forte, Jésus dit : Père, je remets 
mon esprit entre vos mains. Et 
disant cela, il expira. 

'^'' Or, le centurion, vovant ce 
qui était arrivé, glorifia Dieu, 
« en disant : Certainement cet 
homme était juste. ^^ Et toute la 
foule de ceux qui assistaient à 
ce spectacle, et qui voyaient ce 
qui se passait, s'en retournait en 
se frappant la poitrine. ^^Tous 
ceux qui avaient connu Jésus, 
et les femmes qui l'avaient suivi 
de Galilée, se tenaient à dis- 
tance, regardant ces choses. 

•'^ Et voici qu'il y avait un 
homme, nommé Joseph, mem- 
bre du conseil (c), homme bon et juste, ''^ qui n'avait pas^ 




Fhrvis extérieur «^ 



Plan de l'intérieur du temple 
de Jérusalem. 



torité. A l'œil exercé de ce criminel, il avait suffi de quelques moments pour 
juger de la parfaite innocence de Jésus. « La croix avait été pour lui une 
école : le Maître l'avait enseigné du haut de cette chaire. * (Saint Augustin.) 

{a) C'est-à-dire, midi. La neuvième heure équivaut donc à trois heures de 
l'après-midi. 

ib) Voyez saint Matthieu, xxvir, 51, et la note. Dans la gravure ci-jointe, 
le chiffre i représente l'arche d'alliance, 2 la place du voile, 3 l'autel des par- 
fums, 4 le chandelier à sept branches, 5 la table des pains de proposition. 

{c) Joseph d'Arimathie était donc membre du grand Conseil, c'est-à- 
dire, du Sanhédrin. Voyez saint Marc, xv, 43. 



268 s. LUC, XXIII, 52 — XXIV, 9. 

consenti au dessein et aux actes des autres; il était 
d'Arimathie (a), ville de Judée, et il attendait aussi 
le royaume de Dieu. '- Cet homme alla trouver Pilate, 
et lui demanda le corps de Jésus. '-'-^ Et l'ayant détaché 
de la croix, il l'enveloppa d'un linceul, et le plaça dans 
un sépulcre taillé dans le roc, où personne n'avait en- 
core été mis. •^'' Or, c'était le jour de la préparation (è), 
et le sabbat allait commencer. '■* Les femmes qui étaient 
venues de Galilée avec Jésus, ayant suivi Joseph, considé- 
rèrent le sépulcre, et comment le corps de Jésus y avait 
été mis. '^ Et s'en retournant, elles préparèrent des aro- 
mates et des parfums; et, pendant le sabbat, elles se tinrent 
en repos, selon la loi. 

§ III. — LA RÉSURRECTIOX ET 'l'aSCEXSIOX DE JÉSUS. 

Zes saintes femmes et saint Pierre au sépulcre. Les disciples 
d'Emmaiis, Jésus apparaît dans le cénacle. Son ascension glo- 
rieuse. 

Chapitre XXIV. — ^ Le premier jour après le sabbat, 
de grand matin, elles vinrent au sépulcre, apportant les 
aromates qu'elles avaient préparés. - Et elles trouvèrent 
la pierre roulée de devant le sépulcre. '^ Etant entrées, 
elles ne trouvèrent point le corps du Seigneur Jésus. '''Et 
tandis qu'elles étaient consternées de cela dans leur âme, 
voici que deux hommes parurent auprès d'elles, avec des 
vêtements resplendissants. ' Et comme elles étaient saisies 
de frayeur, et qu'elles baissaient le visage vers la terre, 
ils leur dirent : Pourquoi cherchez vous parmi les morts 
celui qui est vivant? ''Il n'est point ici, mais il est ressus- 
cité. Souvenez-vous de quelle manière il vous a parlé, 
lorsqu'il était encore en Galilée, ' et qu'il disait : Il faut 
que le Fils de l'homme soit livré entre les mains des 
pécheurs, qu'il soit crucifié, et qu'il ressuscite le troisième 
jour. ^Et elles se ressouvinrent de ses paroles. ^De 

(à) Voj'ez saint Matthieu, xxvii, 57, et la note. 
(b) Ypyez saint Matthieu, xxvii, 62, et la note. 



s. LUC, XXIV, 10- 19. 



!69 



retour du sépulcre, elles racontèrent toutes ces choses 
aux onze, et à tous les autres (a). ^^ Ce furent Marie-Made- 
leine, Jeanne, et Marie mère de Jacques, et les autres qui 
étaient avec elles, qui rapportèrent ces choses aux apô- 
tres. '^Mais ces paroles leur parurent comme du délire, 
et ils ne les crurent point. ^- Cependant Pierre, se levant, 
courut au sépulcre; et s'étant baissé, il ne vit que les 
linges à terre ; 
et il s'en alla, 
admirant en lui- 
même ce qui 
était arrivé. 

^•Œt voici que 
ce même jour, 
deux d'entre eux 
allaient dans un 
bourg, nommé 
Emmaûs (à), 



A.^^^ 




éloigné de Jéru- 



Jésus et les disciples d'Emmaùs. (Ancien ivoire.) 



salem de soixante stades (^r). *^Et ils s'entretenaient de 
toutes ces choses qui s'étaient passées. ^' Or il arriva, pen- 
dant qu'ils parlaient et conféraient ensemble, que Jésus 
lui-même s'approcha, et marchait avec eux. ^^Mais une 
force (d) empêchait leurs yeux de le reconnaître. 

^'' Et il leur dit : Quelles sont ces paroles que vous 
échangez en marchant, et pourquoi êtes- vous tristes? 
^^ Prenant la parole, l'un d'eux, nommé Cléophas, lui dit : 
Etes-vous seul étranger dans Jérusalem, et ne savez-vous 
pas ce qui s'y est passé ces jours-ci? ^^Ouoi? leur dit-il- 
Et ils répondirent : Touchant Jésus de Nazareth, qui a 

(a) « Heureuses femmes, qui méritèrent d'annoncer au monde le triomphe 
<le Jésus ressuscité. » (Le Yen. Bède.) 

(b) Localité qui n'a pas été identifiée avec certitude. Elle était -située à 
l'ouest de Jérusalem. 

(c) Le stade était, chez les Grecs, une mesure de longueur évaluée à 
185 mètres. 

(rf) « Une force » : c esl-à-dire, une vertu divine, Jésus ne voulant pas 
être immédiatement reconnu. 



270 s. LUC, XXlt, 20-34. 

été un prophète puissant en œuvres et en paroles, devant 
Dieu et devant tout le peuple; ^^et comment les princes 
des prêtres et nos chefs l'ont livré pour être condamné à 
mort, et l'ont crucifié. -^ Or, nous espérions que c'était lui 
qui rachèterait Israël ; et maintenant, après tout cela, c'est 
aujourd'hui le troisième jour que ces choses se sont 
passées. ^' Il est vrai que quelques femmes, qui sont des 
nôtres, nous ont effrayés. Etant allées avant le jour au 
sépulcre, ^^ et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont 
venues dire que des anges leur ont apparu et ont affirmé 
qu'il est vivant. -'' Quelques-uns des nôtres sont aussi 
allés au sépulcre, et ont trouvé les choses comme les 
femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas trouvé. 

^■' Alors il leur dit : O insensés, dont le cœur est lent 
à croire tout ce qu'ont dit les prophètes ! -^ Ne fallait-il 
pas que le Christ souffrît ces choses, et qu'il entrât ainsi 
dans sa gloire? ^'' Et commençant par Moïse, et par tous 
les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les Ecritures, 
ce qui le concernait (û). 

-* Lorsqu'il furent près du bourg où ils allaient, il fit 
semblant d'aller plus loin. -^ Mais ils le pressèrent, en 
disant : Demeurez avec nous, car le soir arrive, et le jour 
est déjà sur son déclin. Et il entra avec eux. ^^ Et il ar- 
riva, pendant qu'il était à table avec eux, qu'il prit du 
pain, et le bénit, et le rompit, et il le leur présentait. 
•'^ Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent; et il 
disparut de devant eux. 

^-Et ils se dirent l'un à l'autre : Est-ce que notre cœur 
n'était pas brûlant en nous, lorsqu'il nous parlait sur le 
chemin, et qu'il nous expliquait les Ecritures? ^^Et se 
levant à l'heure même, ils retournèrent à Jérusalem ; et 
ils trouvèrent les onze, et ceux qui étaient avec eux, 
assemblés, ^* et disant : Le Seigneur est vraiment ressus- 

(a) Magnifique thèse, car « si quelqu'un lit attentivement les Ecritures, il 
trouvera qu'il y est (toujours) question du Christ... Le Christ est un trésor 
caché dans les Écritures. » (Saint Irénée.) On y voit partout sa divine figure, 
« éclairant tout de sa lumière et de sa beauté. » (Lacordaire.) 



s. LUC, XXIV, 35-47 



271 



cité, et il est apparu à Simon, ^'■'' Et ils racontaient eux- 
mêmes ce qui s'était passé en chemin, et comment ils 
l'avaient reconnu lorsqu'il rompait le pain. 

^•^ Or, pendant qu'ils parlaient ainsi, Jésus parut au 
milieu d'eux, et leur dit : La paix soit avec vous ! C'est 
moi, ne craignez point. ■'' Mais, troublés et épouvantés, 
ils croyaient voir un esprit. ^^ Et il leur dit : Pourquoi 
vous troublez-vous.^ et pourquoi de telles pensées s'élè- 
vent-elles dans vos cœurs? -^^Vovez mes mains et mes 
pieds; c'est bien moi; touchez et voyez : un esprit n'a 
ni chair, ni os, comme vous vo3-ez que j'en ai. '"^ Et après 
avoir dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. *^Mais 
comme ils ne croyaient point encore, et qu'ils s'étonnaient, 
transportés de joie, il leur dit : Avez-vous ici quelque 
chose à manger? ^'- Ils lui présentèrent un morceau 
de poisson rôti et 
un ravon de miel. 
^■^ Et après qu'il 
en eut mangé de- 
vant eux, prenant 
les restes, il les 
leur donna. 

**Etilleurdit: 
C'est ce que je 
vous disais lors- 
quej'étais encore 
avec vous Ça), qu'il fallait que s'accomplît tout ce qui a 
été écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes 
et dans les psaumes. ^■' Alors il leur ouvrit l'esprit, afin 
qu'ils comprissent les Ecritures. ^^ Et il leur dit : C'est 
ainsi qu'il est écrit, et c'est ainsi qu'il fallait que le Christ 
souffrît, et qu'il ressuscitât d'entre les morts le troisième 
jour, ^^ et qu'on prêchât en son nom la pénitence et la 
rémission des péchés dans toutes les nations, en commen- 




Abeilles de Palestine. 



(rt) C'est-à-dire, avant sa mort. Actuellement, il n'était plus avec eux de 
la même manière qu'autrefois. 



^/: 



S. LUC, XXIV, 48-53. 



çant par Jérusalem. ''^ Or, vous êtes témoins de ces choses. 
■'■^ Et moi, je vais envoyer en vous le don promis par mon 
Père (a) ; mais demeurez dans la ville, jusqu'à ce que vous 
soyez revêtus de la force d'en haut. 

•'°Puis il les conduisit dehors, vers Béthanie((5) ; et ayant 
levé les mains, il les bénit. '' Et il arriva, tandis qu'il les 
bénissait, qu'il se sépara d'eux, et il était enlevé au ciel 
^^ Et eux, l'ayant adoré, revinrent à Jérusalem avec une 
grande joie; ^^'^ et ils étaient sans cesse dans le temple, 
louant et bénissant Dieu. Amen. 

(a) Le Saint Esprit, qui est également désigné par les mots « la force 
en haut. » 

(b) Sur le versant oriental du mont des Oliviers. 




EVANGILE 

s E L O X 



SAINT JEAN 



PROLOGUE 
Le Verbe divin. 

Le Verbe avant et après F Incarnation. 

Chapitre premier. — ^ Au commencement était le 
Verbe (^), et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était 
Dieu. - Il était au commencement avec Dieu. ^ Toutes 
choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait 
n'a été fait sans lui. * En lui était la vie, et la vie était la 
lumière des hommes; ^ et la lumière luit dans les ténèbres, 
et les ténèbres ne l'ont pas saisie. 

^ Il y eut un homme envoyé de Dieu, dont le nom était 
Jean (3). "Il vint pour servir de témoin, pour rendre té- 
moignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. ^ Il 
n'était pas la lumière, mais il vint pour rendre témoignage 

(iî) Le Verbe, c'est-à-dire, la Parole substantielle et éternelle du Père. 
Nom d'une grande beauté et d'une grande profondeur, pour désigner la seconde 
personne de la sainte Trinité. Ce magnifique prologue faisait dire à saint 
Jean Chr^sostome : « Dès son début, Jean s'empare de tout notre être ; il 
le soulève au-dessus de la terre, de la mer et du ciel, l'emporte plus haut que 
les anges, par delà toute créature... L'horizon recule sans bornes, les limites 
s'effacent; c'est l'infini qui apparaît, et Jean, l'ami de Dieu, ne se repose 
qu'en Dieu. » 

{b) Saint Jean-Baptiste. 



274 ^- J^-'^^'' ^> 9-19- 

à la lumière. ^ C'était la vraie lumière, qui éclaire tout 
homme venant en ce monde. ^^ Il était dans le monde, et 
le monde a été fait par lui, et le monde ne l'a pas connu. 
l'Il est venu chez lui (a), et les siens ne l'ont pas reçu. 
^- Mais, à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir 
de devenir enfants de Dieu ; à ceux qui croient en son 
nom, *^ qui ne sont pas nés du sang, ni de la volonté de la 
chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu. ^* Et le 
Verbe a été fait chair (3), et il a habité parmi nous ; et nous 
avons vu sa gloire, gloire comme du Fils unique venu du 
Père, plein de grâce et de vérité. '•• Jean rend témoignage 
de lui, et crie, en disant : C'est celui dont j'ai dit : Celui 
qui doit venir après moi a été placé au-dessus de moi, 
parce qu'il était avant moi. ^^Et nous avons tous reçu de 
sa plénitude, et grâce pour grâce (c). ^'^ Car la loi a été 
donnée par Moïse ; la grâce et la vérité ont été faites par 
Jésus-Christ. *^ Nul n'a jamais vu Dieu : le Fils unique, qui 
■^est dans le sein du Père, voilà celui qui l'a manifesté. 

PREMIÈRE PARTIE 

Jésus démontre sa mission et sa divinité 
par ses paroles et par ses œuvres. 

§ I. — SES PREMIÈRES MANIFESTATIONS SUR LE BORD 
DIT JOURDAIN. 

1 émoignage du précurseur. Les premiers disciples. Le miracle de 

Cana. 

^^ Or, voici le témoignage de Jean, lorsque les Juifs lui 
envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites (^), 

{cï) « Chez lui », « les siens » : locutions qui désignent des Juifs, la nation 
privilégiée entre toutes, le peuple du Seigneur et de son Christ. 

(è) Le Verbe fait chair ! « Saint Jean ne recule pas devant le réalisme 
de cette expression. » (Ms'' Baunard.) C'est qu'elle marquait, mieux que toute 
autre, les ineffables anéantissements du Fils de Dieu dans son incarnationi 

(c) C'est-à-dire, grâce sur grâce, une série perpétuelle de nouvelles faveurs. 

id) Les lévites étaient les ministres secondaires du culte dans le temple juif. 



s. JEAN, I, 20-29. 



275 




Un prêtre juif. 



pour lui demander : Qui es-tu? -^'Et il confessa, et il ne 
nia point; et il confessa : Je ne suis pas le Christ. ^^ Et ils 
lui demandèrent : Quoi donc ? Es-tu Élie ? Et 
il dit : Je ne le suis pas. Es-tu le prophète .'' J^^^ 
Et il répondit : Non. --Us lui dirent donc : '^^'^'^ 
Qui es-tu ? afin que nous donnions une ; %: 

réponse à ceux qui nous ont envoyés. 
Que dis-tu de toi-même ? --^ Il dit : Je suis 
la voix de celui qui crie dans le désert : 
Rendez droit le chemin du Seigneur, ^^^ 
comme a dit le prophète Isaïe (a). ^*Or, 
ceux qui avaient été envoyés étaient des 
pharisiens (è). --^ Ils continuèrent de l'in- 
terroger, et lui dirent : Pourquoi donc 
baptises-tu, si tu n'es ni le Christ, ni 
Elie, ni le prophète? -''Jean leur répon- 
dit : Moi, je baptise dans l'eau ; mais, au 
milieu de vous, se tient quelqu'un que 
vous ne connaissez pas. -''C'est lui qui doit venir après 

moi. qui a été placé au-dessus 
de moi; je ne suis pas digne 
de dénouer la courroie de sa 
sandale.-^ Ces choses se pas- 
sèrent à Béthanie (c), au 
delà du Jourdain, où Jean 
baptisait. 

-^ Le lendemain, Jean vit 
Jésusqui venait àlui, et il dit : 
Voici l'Agneau de Dieu (d), 
voici celui qui enlève le pé- 

(a) Isaïe, xl, 3. 

(à) Sur les pharisiens, voyez saint 
Matthieu, m, 7, et la note. 

(c) Levangéliste ajoute ce détail, 
pour distinguer cette Béthanie de la 
bourgade de même nom habitée par Lazare et ses sœurs. Celle-ci était située 
tout auprès de Jérusalem. 

(d) Titre des plus significatifs. « Le voilà cet Agneau si doux, si simple. 




Sandales orientales. 



276 



s. JEAN, I^ 30-42. 



ché du monde. "" C'est celui dont j'ai dit : Après moi vient 
un homme qui a été placé au-dessus de moi, parce qu'il 
était avant moi. ^' Et moi, je ne le connaissais pas; mais 
c'est pour qu'il soit manifesté en Israël que je suis venu 
baptiser dans l'eau, ■^- Et Jean rendit témoignage, en disant : 
J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe, et 
se reposer sur lui. ^-^Et moi, je ne le connaissais pas; 
mais, celui qui m'a envo3^é baptiser dans l'eau m'a dit : 
Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et se reposer, 
c'est celui qui baptise dans l'Esprit-Saint. ^* Et j'ai vu, et 
j'ai rendu témoignage qu'il est le Fils de Dieu. 

^^ Le lendemain, Jean était encore là, avec deux de ses 
disciples ; •'^ et regardant Jésus qui passait, il dit : Voici 

l'Agneau de Dieu. ^^Les deux dis- 
ciples l'entendirent parler ainsi, et 
ils suivirent Jésus. ^^^ Jésus, s'étant 
retourné, et voyant qu'ils le sui- 
vaient, leur dit : Que cherchez- 
vous ? Ils lui dirent : Rabbi (ce qui 
signifie. Maître), où demeurez- 
vous ? ^^ Il leur dit : Venez et 
voyez (a). Ils vinrent, et virent où 
il demeurait, et ils restèrent chez 
lui ce jour-là. Il était environ la 
dixième heure (d). 

''^ Or André, frère de Simon- 
Pierre, était l'un des deux qui 
avaient entendu les paroles de Jean, et qui avaient 
suivi Jésus. ''^ Il trouva le premier son frère Simon, et lui 
dit : Nous avons trouvé le Messie (ce qui signifie, le 
Christ). '■■- Et il l'amena à Jésus. Jésus, l'ayant regardé, 




L'agneau de Dieu. 
(Peinture des Catacombes.) 



si patient, sans artifice, sans tromperie, qui sera immolé pour tous les pé- 
cheurs. » (Bossuet.) 

{a) « Venez et voyez vous-mêmes ; car, quand on vient et qu'on veut voir 
de bonne foi, on connaît bientôt. » (Bossuet.) 

(ô) C'est-à-dire, quatre heures du soir. 



s. JEAN, I, 43 — II, 5. 277 

dit : Tu es Simon, fils de Jonas ; tu seras appelé Céphas (ce 
qui signifie, Pierre) (a). 

*^Le lendemain, Jésus voulut aller en Galilée, et il ren- 
contra Philippe. Et il lui dit : Suis-moi. '^^ Or, Philippe 
était de Bethsaïda (d), la ville d'André et de Pierre. 

''■^Philippe rencontra Nathanaël (c), et lui dit : Celui 
de qui Moïse a écrit dans la loi, et qu'ont annoncé les 
prophètes, nous l'avons trouvé ; c'est Jésus de Nazareth, 
fils de Joseph. *^ Et Nathanaël lui dit : De Nazareth peut-il 
venir quelque chose de bon? Philippe lui dit : Viens et 
vois. *' Jésus vit Nathanaël qui venait h lui, et il dit de 
lui : Voici un véritable Israélite, en qui il n'v a pas de 
fraude. ■^^ Nathanaël lui dit : D'où me connaissez-vous? 
Jésus lui répondit : Avant que Philippe t'appelât, lorsque 
tu étais sous le figuier, je t'ai vu. '^^ Nathanaël lui répondit : 
Rabbi, vous êtes le Fils de Dieu, vous êtes le roi d'Israël. 
^'•^ Jésus lui répondit : Parce que je t'ai dit : Je t'ai vu sous 
le figuier, tu crois ; tu verras des choses plus grandes que 
celles-là. '* Et il lui dit : En vérité, en vérité, je voas le 
dis, vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu 
monter et descendre sur le Fils de l'homme {d). 

Chapitre IL — ^ Troisjours après, il se fit des noces à 
Cana en Galilée, et la mère de Jésus y était. -Et Jésus 
fut aussi invité aux noces, avec ses disciples. '^ Et le vin 
venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : Ils n'ont pas 
de vin. ■^ Jésus lui dit : Femme, qu'y a-t-il entre moi et 
vous (^)?Mon heure n'est pas encore venue. -^Sa mère dit 

(a) « Magnifique surnom qui fait de Simon le premier personnage après 
Jésus. » (Un commentateur protestant.) « Jésus commence à former son 
Eglise, et il en désigne le fondement. » (Bossuet.) 

(ô) Voyez saint Matthieu, xi, 21, et la note. 

(r) D'après l'opinion commune des interprètes, Nathanaël ne diffère pas 
de l'apôtre saint Barthélémy. 

(d) « Les anges figurent ici un échange perpétuel de relations entre le ciel 
et la terre, ces deux royaumes autrefois divisés, mais qui ne formeront désor- 
mais, grâce à Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'un tout inséparable. » (Un 
auteur contemporain.) 

(e) Locution hébraïque, qui correspond ici à la formule : Laissez-moi faire, 
ma mère. Marie la comprit, et ne la regarda nullement comme un refus. 

16 



278 



s. JEAN, II, 6-14. 



aux serviteurs : Faites tout ce qu'il vous dira. ^Or, il v 
avait là six urnes de pierre, pour servir aux purifications 

des Juifs (û), et contenant chacune 
deux ou trois mesures (3). 'Jésus 
leur dit : Remplissez d'eau ces 
urnes. Et ils les remplirent jus- 
qu'au bord. ^ Alors Jésus leur dit : 
Puisez maintenant, et portez-en 
au maître d'hôtel. Et ils lui en 
portèrent. '' Dès que le maître 
d'hôtel eut goûté l'eau changée en 
vin, ne sachant d'où venait ce vin, 
quoique les serviteurs qui avaient 
puisé l'eau le sussent bien, il ap- 
pela l'époux, ^^ et lui dit : Tout 
homme sert d'abord le bon vin; 
puis, après qu'on a beaucoup bu, 
il en sert de moins bon; mais toi, 
tu as réservé le bon vin jusqu'à maintenant. 

^^ Jésus fit là le premier de ses miracles, à Cana en 
Galilée; et il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent 
en lui. *- Après cela, il descendit à Capharnaûm (c), avec 
sa mère, ses frères {d) et ses disciples; et il n'y demeurè- 
rent que peu de jours. 




-4à^ 



Le changement de l'eau en 
vin à Cana. (D'après un 
ancien ivoire.) 



§ IL — JÉSUS SE MANIFESTE PUBLIQUEMENT 
A.JÉRUSALEM, EN JUDÉE, EN SAMARIE ET EN GALILÉE. 

Zes vendeurs chassés du temple. Des Juifs nombreux croient a Jésus. 
Entretien avec Nicodhne. Le dernier témoignage du précurseur. 

*^ La Pàque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jéru- 
salem. ^*Et il trouva dans le temple des marchands de 
bœufs, de brebis et de colombes, et des changeurs assis. 

(a) Sur ces purifications, voyez saint Marc, vii, 3-4. 

(ô) La mesure en question était probablement celle que les Hébreux 
aiommaient hath; elle contenait 38 lit. 60. 

(^) Ville située sur le rivage du lac de Tibériade, au nord-ouest, 
■(rf) Sur cette expression, voyez saint Matthieu, xii, 46, et la note. 



s. JEAN, II, 15-17. 



279 



^' Et ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa 
tous du temple, ainsi que les brebis et les bœufs; et il 
jeta par terre l'argent des changeurs, et renversa leurs 




a» 

n 



tables. '^ Et il dit à ceux qui vendaient des colombes : 
Otez cela d'ici, et ne faites pas de la maison de mon Père 
une maison de trafic {a). *' Ses disciples se souvinrent 



(a) Jésus chassa deux fois les vendeurs du temple : au commencement et 
à la fin de sa vie publique. Voyez saint Matthieu, xxr, 12-15. 



280 s. JEAX, II, l8 — III, 4. 

alors qu'il est écrit (a) : Le zèle de votre maison me 
dévore. 

'^Les Juifs, prenant la parole, lui dirent : Quel signe 
nous montrez-vous pour agir de la sorte? '''Jésus leur 
répondit : Détruisez ce temple, et en trois jours je le 
rétablirai. -•'Les Juifs dirent : Il a fallu quarante-six ans 
pour bâtir ce temple, et vous le rétablirez en trois 
jours (3)? -'Mais il parlait du temple de son corps. 
--Après donc qu'il fut ressuscité d'entre les morts, ses 
disciples se souvinrent qu'il avait dit cela, et ils crurent 
à l'Écriture, et à la parole que Jésus avait dite. 

-^Pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de Pàque, 
beaucoup crurent en son nom, voyant les miracles qu'il 
faisait. -*Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu'il les 
connaissait tous, -'' et qu'il n'avait pas besoin que per- 
sonne lui rendît témoignage d'aucun homme; car il savait 
lui-même ce qu'il y avait dans l'homme (c). 

Chapitre III. — ' Or, il y avait parmi les pharisiens un 
homme appelé Nicodème, un des premiers des Juifs (rf). 
^ Il vint la nuit auprès de Jésus, et lui dit : Maître, nous 
savons que vous êtes venu de la part de Dieu comme 
docteur ; car personne ne peut faire les miracles que vous 
faites, si Dieu n'est avec lui. ^ Jésus lui répondit : En 
vérité, en vérité, je te le dis, aucun homme, s'il ne naît de 
nouveau, ne peut voir le royaume de Dieu. '*■ Nicodème 
lui dit : Comment un homme peut-il naître, lorsqu'il est 

(rt) Psaumes, lxviii, 10. 

(è) Voici l'explication de la légende, dans le plan ci-joint du temple d'Hérode 
(p. 279) : A, la colline d'Ophel ; B, pont qui unissait la ville au temple ; 
C, vallée de T3'ropéon ; D, chaussée ; E, tour Baris ou Antonia ; F, porti- 
que ; G, cour ou parvis des Gentils ; H, parvis des femmes ; K, parvis d'Is- 
raël ; L, autel des holocaustes ; M-, parvis des prêtres ; N, portique de Salo- 
mon ; PP, portes ; Q, porte Dorée. Voyez la figure de la page 183. Sur la 
beauté de ce temple, voyez saint Marc, xiii, i, et la note. 

(c) Réflexion profonde et pathétique. Jésus, qui lisait au plus intime des 
cœurs en tant que Fils de Dieu, savait combien il y avait d'enthousiasme 
superficiel dans cette foi de la multitude, et combien l'ingratitude serait 
prompte, 

{d) C'est-à-dire, membre du tribunal suprême, qu'on appelait sanhédrin. 



s. JEAN, III, 5-16. 



281 



vieux? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère, et naître 
de nouveau? -'Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te 
le dis, aucun homme, s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit- 
Saint {a), ne peut entrer dans le royaume de Dieu. ^ Ce 
qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit 
€st esprit. ^Xe t'étonne pas de ce que je t'ai dit : Il faut 
que vous naissiez de nouveau. ^ Le vent souffle où il veut, 
et tu entends sa voix; mais tu ne sais ni d'oili il vient, 
ni où il va : il en est ainsi de tout homme qui est né de 
l'Esprit. ^Nicodème lui répondit : Comment cela peut-il 
se faire? ^"^ Jésus lui dit : Tu es maître en Israël, et tu 
ignores ces choses? 

*^ En vérité, en vérité, je te le dis, ce que nous savons, 
nous le disons, et ce que nous avons vu, nous l'attestons; 
et vous ne recevez pas notre témoignage. ^- Si je vous ai 
parlé des choses de la terre sans que vous ayez cru, com- 
ment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du 
ciel? ^^ Personne n'est monté au ciel, sinon celui qui est 
descendu du ciel, le Fils de l'homme, qui est dans le ciel. 
^'Et comme Moïse 
a élevé le serpent (i^) 
dans le désert, de 
même il faut que le 
Fils de l'homme soit 
élevé, ^■' afin que qui- 
conque croit en lui ne 
périsse point, mais 
qu'il ait la vie éter- 
nelle. '^'Car Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné 
son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse 

(fl) C'est le baptême qui est désigné par cette formule, et c'est sa nécessité 
qui est énergiquement indiquée dans ces lignes. (Concile de Trente.) 

(b) Le serpent d'airain, dressé au sommet d'un poteau, dans le désert de 
l'Arabie Pétrée. Son seul aspect guérissait les Hébreux mordus par les ser- 
pents brûlants (probablement, des cérastes), que le Seigneur avait lancés en 
grand nombre contre eux, pour les châtier. Il était, comme saint Jean nous 
l'apprend ici, un symbole de la Passion de Jésus-Christ et du salut qu'elle 
.devait apporter au monde. 




Le céraste, ou serpent à cornes. 



IÇ. 



282 



S. JEAN, III, 17-29. 



point, mais qu'il ait la vie éternelle. ^'Car Dieu n'a pas 
envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, 
mais afin que le monde soit sauvé par lui. *^ Celui qui 
croit en lui n'est pas jugé; mais celui qui ne croit pas est 
déjà jugé, parce qu'il ne croit pas au nom du Fils unique 
de Dieu. *^Or, voici quel est le jugement : la lumière est 
venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les 
ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient 
mauvaises. ^'^Car, quiconque fait le mal hait la lumière, 
et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres 
ne soient condamnées. -* Mais celui qui agit selon la vé- 
rité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient mani- 
festées, parce que c'est en Dieu qu'elles sont faites. 

2- Après cela, Jésus vint avec ses disciples dans le pays 
de Judée, et il y demeurait avec eux, et baptisait. --^ Jean 
baptisait aussi à Ennon, près de Salim (a), parce qu'il y 
avait là beaucoup d'eau. On y venait, et on y était bap- 
tisé.-* Car Jean n'avait pas encore 
été mis en prison. 

^•^ Or, il s'éleva une dispute en- 
tre les disciples de Jean et les 
Juifs, touchant la purification (è). 
-•^Et ils vinrent à Jean, et lui di- 
rent : Maître, celui qui était avec 
toi au delà du Jourdain, et auquel 
tu as rendu témoignage, baptise 
maintenant, et tous vont à lui. 
-^Jean répondit : L'homme ne 
peut rien recevoir, qui ne lui ait 
été donné du ciel. -^ Vous-mêmes 
vous me rendez témoignage que j'ai dit : Je ne suis pas 
le Christ, mais j'ai été envoyé devant lui. ^^ Celui qui a 
l'épouse est l'époux; mais Tami de l'époux, qui se tient 
là et l'écoute, est ravi de joie à cause de la voix de 




Deux époux s'engageant 

l'un à l'autre. 

(Peinture des Catacombes.) 



(a) Ces deux localités sont inconnues.. 
(1^) C'est-à-dire, le baptême.. 



s. JEAN, ni, 30 — IV, 6. 283 

l'époux {(î). Cette joie, qui est la mienne est complète. "^ Il 
faut qu'il croisse, et que je diminue. ^* Celui qui vient 
d'en haut est au-dessus de tous. Celui qui vient de la 
terre est de la terre, et parle de la terre. Celui qui vient 
du ciel est au-dessus de tous ; ^^ et il rend témoignage de 
ce qu'il a vu et entendu, et personne ne reçoit son té- 
moignage. '^-^ Celui qui reçoit son témoignage certifie que 
Dieu est véridique. ^^Car celui que Dieu a envoyé dit les 
paroles de Dieu, parce que ce n'est pas avec mesure que 
Dieu donne l'Esprit. -^^ Le Père aime le Fils, et a tout 
remis entre ses mains. '^"^ Celui qui croit au Fils a la vie 
éternelle ; celui qui ne croit pas au Fils ne verra pas la 
vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. 

Entretien de Jésns avec la Samaritaine. Foi des Samaritains. 
Gtiérison du fils d'un officier de Capharnaiim. 

Chapitre IV. — ^ Jésus, ayant su que les pharisiens 
avaient appris qu'il faisait plus de disciples et baptisait 
plus que Jean - (quoique Jésus ne baptisât pas lui-même ; 
c'étaient ses disciples qui baptisaient), ^ quitta la Judée, et 
s'en alla de nouveau en Galilée. •''Or, il fallait qu'il passât 
par la Samarie {b). ' Il vint donc dans une ville de Sa- 
marie, nommée Sichar (f), près du champ que Jacob avait 
donné à son fils Joseph.^' Or, là était le puits de Jacob. Et 
Jésus, fatigué du chemin, était assis sur le puits. Il était 
environ la sixième heure {cf). 

(a ) Titre plein de suavité. « Nous devons au plus austère des prophètes, 
(saint Jean-Baptiste) les plus douces images sous lesquelles les âmes pieuses, 
aiment à contempler Jésus : celles d'Agneau de Dieu (voyez i, 29, 36) et 
d'Époux. » (M. Fouard.) L'Eglise est l'épouse mystique ; le précurseur est 
l'ami de 1 époux. 

{b) En effet, la province de Samarie est limitée au sud par la Judée, et 
au nord par la Galilée. Voyez la carte. 

(c) Peut-être, l'ancienne Sichem, la Naplouse moderne, bâtie au cœur de 
la Samarie, dans une situation magnifique ; ou, du moins, un bourg situé à 
peu de distance de cette ville. 

(d) C'est-à-dire, midi, 



284 



s. JEAX, IV, 7-1 7. 



' Une femme de la Samarie vint pour puiser de l'eau (<z). 
Jésus lui dit : Donne-moi à boire. *^Car ses disciples étaient 

allés à la ville, pour ache- 
.>^-^^^>^' )t'"'L' , ^^^" ^^^ vivres. ^ Cette 

femme Samaritaine lui 
dit : Comment vous, qui 
êtes Juif, me deman- 
dez-vous à boire, à moi 
qui suis une femme Sa- 
maritaine ? Les Juifs, en 
effet, n'ont point de 
rapports avec les Sama- 
ritains (à). ^'^ Jésus lui 
répondit : Si tu con- 
naissais le don de Dieu, 
et quel est celui qui te 
dit : Donne-moi à boire, 
peut-être lui aurais-tu 
fait toi-même cette demande, et il t'aurait donné de l'eau 
vive. ^^ La femme lui dit : Seigneur, vous n'avez rien pour 
puiser, et le puits est profond ; d'où avez-vous donc de 
l'eau vive? ^-Êtes-vous plus grand que notre père Jacob, 
qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, ainsi 
que ses fils, et ses troupeaux? ^'■^ Jésus lui répondit : Qui- 
conque boit de cette eau aura encore soif; mais celui qui 
boira de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif; 
^•'•■car, l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source 
d'eau, qui jaillira jusque dans la vie éternelle. ^'La femme 
lui dit : Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que je 
n'aie plus soif, et que je ne vienne plus ici pour puiser. 

^^ Jésus lui dit : Va, appelle ton mari, et viens ici (c). ^'^ La 
femme répondit : Je n'ai pas de mari. Jésus lui dit : Tu 




(a) C'est ici l'un des plus beaux et des plus touchant épisodes de IP-van- 
gile. 

(è) Voyez saint Matthieu, x, 5, et la note. 

(<:) « Le Sauveur frappe subitement un grand coup, pour réveiller cette 
conscience endormie. » (Un interprète contemporain.) 



s. JEAN, ÎV, I 



3. 



^o> 



as eu raison de dire : Je n'ai pas de mari; *^car tu as eu 
cinq maris, et maintenant celui que tu as n'est pas ton 
mari; en cela, tu as dit vrai. ^^La femme lui dit : Sei- 
gneur, je vois bien que vous êtes un prophète. -"^Nos 
pères ont adoré sur cette montagne (a), et vous, vous 




Ruines du temple des Samaritains, au sommet du mont Garizim. 

dites que Jérusalem est le lieu où il faut adorer. -^ Jésus 
lui dit : Femme, crois-moi, l'heure vient où ce ne sera ni 
sur cette montagne, ni à Jérusalem, que vous adorerez 
le Père. -- Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; 
nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le 
salut vient des Juifs (è). -^ Mais l'heure vient, et elle est 
déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en 
esprit et en vérité (c) ; car ce sont de tels adorateurs que 



(a) Le mont Garizim, qui surplombe Sichem, et au sommet duquel les 
Samaritains avaient bâti un temple, dont on voit encore les ruines. 

(è) En tant que Dieu leur avait confié le dépôt de la révélation, et aussi 
parce que le Messie, le vrai Sauveur de l'humanité, devait naître de leur race. 

(c) « Tel est donc le caractère fondamental de la religion nouvelle ; avant 
tout, ce sera la religion des âmes. Ngn pas que le culte extérieur soit pros- 
crit : il y aura encore des temples matériels, des cérémonies, un sacerdoce ; 
mais tout cela ne subsistera que pour développer cette adoration en esprit, qui 
est le fondement de la vie religieuse. Israël s'imagine qu'on ne peut trouver 
Dieu que dans son temple ; désormais, i'homme saura qu'il n'a qu'à se 



286 



s. JEAN, IV, 24-37. 



cherche le Père. -^Dieu est esprit, et il faut que ceux 
qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité. -' La femme 
lui dit : Je sais que le Messie (c'est-à-dire, le Christ) doit 
venir; lors donc qu'il sera venu, il nous annoncera toutes 
choses. -^ Jésus lui dit : Je le suis, moi qui te parle. 

-'' Au même instant, ses disciples arrivèrent, et ils 
s'étonnaient de ce qu'il parlait avec une femme. Cepen- 
dant, aucun ne lui dit : Que demandez-vous? 
ou : Pourquoi parlez- vous avec elle? -^La 
femme laissa donc là sa cruche, et s'en alla 
dans la ville. Et elle dit aux gens : -^ Ve- 
nez, et voyez un homme qui m'a dit tout 
ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Christ? 
'■^^ Ils sortirent donc de la ville, et vinrent 
auprès de lui. 

■^^ Cependant, les disciples le priaient, en 
disant : Maître, mangez. '^-Mais il leur dit : 
J'ai à manger une nourriture que vous ne 
connaissez pas. ^•^ Les disciples se disaient 
l'un à l'autre : Quelqu'un lui a-t-il apporté 
à manger (a) ? ^* Jésus leur dit : Ma nourri- 
ture est de faire la volonté de Celui qui m'a 
envoyé, pour accomplir son œuvre. ^-'Ne 
dites-vous pas : Encore quatre mois, et la 
moisson viendra? Voici que je vous dis : 
Femme de Pales- Lcvcz VOS ycux, et voycz les campagnes 
tine portant une q^^[ blanchissent déjà pour la moisson. ^^Et 

amphore. .... .^ -, 

celui qui moissonne reçoit une recompense 
et amasse du fruit pour la vie éternelle, afin que celui 
qui sème se réjouisse, aussi bien que celui qui moissonne. 
^'' Car ici se vérifie cette parole : Autre est celui qui sème, 




repentir pour le rencontrer et l'honorer dans son propre cœur. » (M, Le 
Camus.) 

(a) « Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que la Samaritaine n'ait pas compris de 
quelle eau Jésus voulait parler ? (\''oyez les vers. 10 et suiv.) Voici que les 
disciples ne comprennent pas à quelle nourriture il fait allusion. » (Saint 
Augustin.) 



s. JEA\, IV, 38-46. 



287 



et autre celui qui moissonne. ^8 Je vous ai envoyés mois- 
sonner là oij vous n'avez pas travaillé. D'autres ont tra- 
vaillé (a), et vous, vous êtes entrés dans leurs travaux. 

■^^Or, beaucoup de Samaritains de cette ville crurent 
en lui, sur la parole de la femme qui lui rendait ce témoi- 
i,mage : Il m'a dit 
tout ce que j'ai fait. 
''^ Les Samaritains, 
étant donc venus au 
près de lui, le pnc 
rent de demeui ei 
chez eux; et il y de 
meura deux jouis 
•'^^Et il y en eut un 
bien plus grand 
nombre qui cru- 
rent en lui, à 
cause de sa pa- 
role. ^-Et ils di- 
saient à la femme : Ce n'est plus à cause de ce que tu nous 
as dit que nous croyons; car nous l'avons entendu nous- 
mêmes, et nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du 
monde. 

^■^ Deux jours après, il partit de Là, et s'en alla en Ga- 
lilée. ^^ Car Jésus lui-même a rendu ce témoignage, qu'un 
prophète n'est point honoré dans sa patrie (<^). ^^ Lors donc 
qu'il vint en Galilée, les Galiléens l'accueillirent, parce 
qu'ils avaient vu tout ce qu'il avait fait à Jérusalem au jour 
de la fête (j) ; car, eux aussi, ils étaient allés à la fête. 

■^^ Jésus vint donc de nouveau à Cana en Galilée, où il 
avait changé l'eau en vin. Et il y avait un officier du roi (^), 




Groupe de Samaritains. (D'après une photographie.) 



(a) « D'autres »: les prophètes, et tout récemment le précurseur. 

(b) Voyez saint Matthieu, xiii, 57 ; saint Marc, vi, 4 ; saint Luc, iv, 24, et 
la note. 

(c) Pendant la fête de Pâque. Voj'ez 11, 23, et ni, 2. 

(d) Un officier civil ou militaire d'Hérode Antipas. Sur ce titre de roi 
donné au tétrarque, voyez saint Marc, vi, 14, et la note. 



288 s. JEAN, IV, 4 7 — V, 3. 

dont le fils était malade à Capharnaûm. ''^" Ayant appris 
que Jésus venait de Judée en Galilée, il alla auprès de lui, 
et le pria de descendre {a), et de guérir son fils, qui était 
près de mourir. '*^ Jésus lui dit : Si vous ne voyez des 
signes et des prodiges, vous ne croyez point. ''^ L'officier 
lui dit : Seigneur, descendez avant que mon fils meure. 
''^ Jésus lui dit : Va, ton fils vit. Cet homme crut à la parole 
que Jésus lui avait dite, et il s'en alla. -'^ Comme déjà il 
descendait, ses serviteurs vinrent au-devant de lui, et lui 
annoncèrent que son fils vivait. ■'- Il leur demanda l'heure 
à laquelle il s'était trouvé mieux ; et ils lui dirent : Hier, 
à la septième heure (<^), la fièvre l'a quitté. ^-^Le père re- 
connut que c'était à cette heure-là que Jésus lui avait 
dit : Ton fils vit ; et il crut, lui et toute sa maison. '''"^Ce fut 
là le second miracle que fit Jésus, après être revenu de 
Judée en Galilée. 

§ III. — JÉSUS EN CONFLIT AVEC LES JUIFS. 

Guéri son du paralytique de la piscine. Accusé par les Juifs, 
Jésus se défend vigoureusement. 

Chapitre V. — * Après cela, il y avait une fête des 
Juifs {c), et Jésus monta à Jérusalem.^ Or il y a, à Jéru- 
salem, la piscine des brebis (</), qui s'appelle en hébreu 
Bethsaïda, et qui a cinq portiques. ^ Sous ces portiques 
étaient étendus un grand nombre de malades, d'aveugles,, 

{a) Il faut beaucoup descendre pour aller de Cana, située sur le plateau 
de Galilée, à Capharnaûm, bâtie sur les bords du lac de Tibériade. 

(b) C'est-à-dire, à une heure du soir. 

{c) On ne saurait déterminer au juste de quelle fête religieuse des Juifs- 
saint Jean a voulu parler ici. D'après saint Irénée, il s'agirait d'une autre 
pâque ; d'après saint Jean Chrysostome, saint Cyrille d'Alexandrie, etc., de 
la Pentecôte ; d'après de nombreux exégètes contemporains, de la fête des 
Pourim ou des Sorts, que l'on célébrait au mois de mars. 

(d) Il est probable qu'il faut traduire comme il suit le texte original : « Il y 
a, à Jérusalem, près de la porte des Brebis, une piscine. » Cette porte, ainsi 
nommée à cause des troupeaux de moutons qu'on introduisait par elle dans 
la ville, surtout pour les-- sacrifices, était située au nord-est, non loin du 
temple. Elle est mentionnée plusieurs fois dans l'Ancien Testament. 



s. JEAN, V, 4-16. 



289 




de boiteux, de paralytiques, qui attendaient le mouvement 
de l'eau. '^'Car l'ange du Seigneur descendait de temps 
en temps dans la piscine, et en agitait l'eau; et celui qui 
descendait le premier dans la piscine après que l'eau avait 
été agitée, était guéri, quelle que fût sa maladie. '■' Or, il 
y avait là un homme qui était malade depuis trente-huit 
ans. ^ Jésus, l'ayant vu cou- 
ché, et sachant qu'il était 
malade depuis longtemps 
déjà, lui dit : Veux-tu être 
guéri? ' Le malade lui ré- 
pondit : Seigneur, je n'ai 
personne pour me jeter 
dans la piscine lorsque 
l'eau a été agitée; et pen- 
dant que j'y vais, un autre 
descend avant moi. * Jésus 
lui dit : Lève-toi, prends 
ton grabat, et marche. ^ Et 
aussitôt cet homme fut guéri, et il prit son grabat, et 
marcha. Or, ce jour-là était un jour de sabbat. 

^^ Les Juifs dirent donc à celui qui avait été guéri : 
C'est le sabbat; il ne t'est pas permis d'emporter ton gra- 
bat. ^^ Il leur répondit : Celui-là même qui m'a guéri m'a 
dit : Prends ton grabat, et marche (a). ^- Ils lui deman- 
dèrent : Quel est cet homme qui t'a dit : Prends ton 
grabat, et marche.'' ^-^Mais celui qui avait été guéri ne sa- 
vait pas qui c'était; car Jésus s'était retiré de la foule 
rassemblée en ce lieu. **Plus tard, Jésus le trouva dans 
le temple, et lui dit : Voici que tu as été guéri ; ne pèche 
plus désormais, de peur qu'il ne t'arrive quelque chose de 
pire. *■' Cet homme s'en alla, et annonça aux Juifs que 
c'était Jésus qui l'avait guéri. ^*^ C'est pourquoi les Juifs 
poursuivaient Jésus, parce qu'il faisait ces choses le jour 



Guérison du paralytique de la piscine. 
(Bas-relief de sarcophage.) 



(a) Celui qui lui avait rendu la santé miraculeusement n'avait-il pas le 
droit de lui donner cet ordre ? (Pensée de saint Augustin.) 



17 



290 s. JEAN, V, 17-29. 

du sabbat.^' Mais Jésus leur répondit : Mon Père agit jus- 
qu'à présent (a), et moi aussi j'agis. *^A cause de cela, 
les Juifs cherchaient encore davantage à le faire mourir, 
non seulement parce qu'il violait le sabbat, mais parce 
qu'en outre il disait que Dieu était son Père, se faisant 
égal à Dieu. 

Jésus reprit donc la parole, et leur dit (è) : ^^ En vérité, en 
vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui- 
même, si ce n'est ce qu'il voit faire au Père ; car tout ce 
que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement. -^ Car 
le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu'il fait; et il 
lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci, afin 
que vous soyez dans l'admiration. "-' De même, en effet, 
que le Père ressuscite les morts et les vivifie, de même 
aussi le Fils vivifie ceux qu'il veut. --Car le Père ne juge 
personne; mais il a remis tout le jugement au Fils, -'■^ afin 
que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. 
Celui qui n'honore pas le Fils, n'honore pas le Père qui 
l'a envoyé. -*En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui 
écoute ma parole et qui croit à Celui qui m'a envoyé, a la 
vie éternelle, et ne vient point en jugement; mais il est 
passé de la mort à la vie. ^'^ En vérité, en vérité, je vous 
le dis, l'heure vient, et elle est déjà venue, oij les morts 
entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l'auront 
entendue vivront. -^Car, comme le Père a la vie en lui- 
même, ainsi il a donné également au Fils d'avoir la vie 
en lui-même ; -^ et il lui a donné le pouvoir d'exercer un 
jugement, parce qu'il est le Fils de l'homme. "^^Ne vous 
étonnez pas de cela; car l'heure vient oià tous ceux qui 
sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de 
Dieu; -^ et ceux qui auront fait le bien, en sortiront pour 



(a) C'est-à-dire, sans cesse. Son Fils est aussi perpétuellement actif, sans 
avoir à se préoccuper des jours, ni d'une loi qui n'était pas faite pour lui. 

(è) Discours (versets 19-47) d'une incommensurable profondeur et d'une 
admirable clarté. Il contient sur la divinité de Jésus « un témoignage per- 
sonnel qui est sans parallèle dans l'histoire évangélique. » (Un auteur pro. 
t stant.) 



s. JEAN, V, 30-44. 291 

la résurrection de la vie ; mais ceux qui auront fait le mal 
en sortiront pour la résurrection du jugement. ^*^Je ne 
puis rien faire de moi-même : selon ce que j'entends, je 
juge ; et mon jugement est juste, parce que je ne cherche 
pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m'a envoyé. 

•'' Si c'est moi qui rends témoignage de moi-même, mon 
témoignage n'est pas vrai. ^- C'est un autre qui rend 
témoignage de moi, et je sais que le témoignage qu'il 
rend de moi est vrai. '^-^Vous avez envoyé auprès de 
Jean (<?), et il a rendu témoignage à la vérité. ^''■Pour 
moi, ce n'est pas d'un homme que je reçois le témoi- 
gnage; mais je dis cela afin que vous soyez sauvés. '"' Jean 
était une lampe ardente et brillante ; et 
vous avez voulu vous réjouir une heure 
à sa lumière. ^^^ Mais moi, j'ai un témoi- 
gnage plus grand que celui de Jean ; car 
les œuvres que le Père m'a donné d'ac- 
complir, les œuvres mêmes que je fais, 
rendent de moi le témoignage que c'est r^ , 

j. ^ ^ lorches antiques. 

le Père qui ma envoyé. '■^' Le Père, qui t^. , , 

1 , ■' ^ {D après les monu- 

ma envoyé, a rendu lui-même témoi- ments «n^ecs. ) 
gnage de moi. Vous n'avez jamais entendu 
sa voix, ni contemplé sa face, ^^ et vous n'avez pas sa 
parole demeurant en vous, parce que vous ne croyez pas 
à celui qu'il a envoyé. -^^ Scrutez les Ecritures, puisque 
vous pensez avoir en elles la vie éternelle ; ce sont elles 
aussi qui rendent témoignage de moi (â). •^'^Et vous ne vou- 
lez pas venir à moi pour avoir la vie. 

''^ Je n'accepte pas la gloire qui vient des hommes. 
^-Mais je vous connais, et je sais que vous n'avez pas 
l'amour de Dieu en vous. ^^Je suis venu au nom de mon 
Père, et vous ne me recevez pas; si un autre vient en 
son propre nom, vous le recevrez. '''' Comment pouvez- 

(a) Sajnt Jean-Baptiste. Voyez i, 19-27. 

(b) Voyez saint Luc, xxiv, 27, et la note. « Jésus-Christ, que les deux 
Testaments regardent : l'Ancien, comme son attente ; le Nouveau, comme 
son modèle ; tous deux comme leur centre. » (Pascal.) 




292 S. JEAN, V, 4 5 — VI, 9. 

VOUS croire, vous qui recevez votre gloire les uns des 
autres, et qui ne cherchez point la gloire qui vient de 
Dieu seul? ^-'Ne pensez pas que ce soit moi qui vous ac- 
cuserai devant le Père ; celui qui vous accuse, c'est Moïse, 
en qui vous espérez, *^ Car, si vous croyiez à Moïse, vous 
croiriez aussi en moi, puisque c'est de moi qu'il a écrit (a). 
*' Mais, si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croi- 
rez-vous à mes paroles? 

Multiplication des pains. Jésus marche sur les eaux. Entretien avec 
les Juifs sur la foi et le pain du ciel. Crise produite parmi les 
disciples. 

Chapitre VI, — * Après cela, Jésus s'en alla au delà de 
la mer de Galilée, ou de Tibériade (3) ; - et une multitude 
nombreuse le suivait, parce qu'ils voyaient les miracles 
qu'il opérait sur les malades. ^ Jésus monta donc sur une 
montagne, et là il s'assit avec ses disciples. ''Or la Pâque, 
jour de fête des Juifs, était proche. 

'■' Ayant donc levé les yeux, et voyant qu'une très 
grande multitude venait à lui, Jésus dit à Philippe : Où 
achèterons-nous des pains pour leur donner à manger? 
^ Mais il disait cela pour l'éprouver ; car, lui, il savait ce 
qu'il allait faire. "^ Philippe lui répondit : Deux cents de- 
niers {c) de pains ne suffiraient pas pour que chacun en 
reçut un peu. ^Un de ses disciples, André, frère de Simon- 
Pierre, lui dit : ^ Il y a ici un jeune garçon qui a cinq 
pains d'orge et deux poissons; mais qu'est-ce que cela 



(ci) Les cinq livres de Moïse, qui forment le Pentateuque, renferment un 
nombre assez considérable de prophéties relatives au Messie. Le Sauveur 
paraît, dans ce passage, faire surtout allusion à la suivante, qu'on lit au 
Deutéronome, xviii, 17-19 : « Le Seigneur me dit :... Je leur susciterai (aux 
Israélites) du milieu de leurs frères, un prophète comme toi (comme Moïse): 
je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il vous dira tout ce que je lui com- 
manderai. Et si quelqu'un n'écoute pas mes paroles qu'il dira en mon nom, 
c'est moi qui lui en demanderai compte. » 

(^) Tibériade était la ville la plus florissante des bords du lac, sur la rive 
occidentale, 

(c-) Voyez saint Matthieu, xvm," 28, et la note. 



s. JEAX, VI, 10-19. 



293 



pour tant de monde? '^ Jésus dit donc : Faites asseoir ces 
hommes. Or, il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu. Ils 
s'assirent donc, au nombre d'environ cinq mille hommes. 
^* Jésus prit alors les pains, et ayant rendu grâces, il les 
distribua à ceux qui étaient assis; il leur donna de même 
des poissons, autant qu'ils en voulurent. '-Lorsqu'ils 
furent rassasiés, il dit à ses 
disciples : Ramassez les mor- 
ceaux qui sont restés, pour 
qu'ils ne se perdent pas. ^Uls 
les ramassèrent donc, et ils 
remplirent douze corbeilles 
avec les morceaux qui étaient 
restés des cinq pains d'orge, 
après que tous eurent mangé. 
^*Ces hommes, ayant donc ^^ 
vu le miracle qu'avait fait 
Jésus, disaient : Celui-ci est 
vraiment le prophète qui 
doit venir dans le monde (a). 
^■' Mais Jésus, sachant qu'ils allaient venir l'enlever, pour 
le faire roi (/>), s'enfuit de nouveau, tout seul, sur la mon- 
tagne. 

^^ Lorsque le soir fut venu, ses disciples descendirent au 
bord de la mer, ^'et étant montés dans une barque, ils 
s'avancèrent vers Capharnaiim, de l'autre coté de la mer. 
Or, il faisait déjà nuit, et Jésus n'était pas venu à eux. 
*^ Cependant, la mer se soulevait, au souffle d'un grand 
vent. 1'' Lorsqu'ils eurent ramé environ vingt-cinq ou 
trente stades (<:), ils virent Jésus qui marchait sur la mer, 
et qui s'approchait de la barque; et ils eurent peur. 




Multiplication des pains. 
(Ancienne mosaïque.) 



(a) Ce prophète n'est autre que le Messie. 

(b) Roi temporel, que l'on irait couronner à Jérusalem, dans le temple, et 
sous la conduite duquel, après avoir secoué le joug des Romains abhorrés, on 
reconstituerait dans toute sa splendeur l'ancien État juif. Ce peuple égaré ne 
voulait croire qu'à un Messie politique. 

(c) Voyez saint Luc, xxiv, 13, et la deuxième note. 



294 



S JEAN, VI, 20-30. 



-^ Mais il leur dit : C'est moi, ne craignez point. -'Ils 
voulurent alors le prendre dans la barque, et aussitôt la 
barque se trouva au lieu où ils allaient. 

^■-Le lendemain, la foule qui était restée de l'autre côté 
de la mer remarqua qu'il n'y avait eu là qu'une seule 
barque, et que Jésus n'était pas entré dans cette barque 
avec ses disciples, mais que les disciples seuls étaient 
partis. -^ Cependant, d'autres barques arrivèrent de Tibé- 
riade, près du lieu où ils avaient mangé le pain après 
que le Seigneur eut rendu grâces. -'" La foule, ayant 
donc vu que Jésus n'était pas là, non plus que ses disci- 
ples, monta dans les barques, et vint à Capharnaûm, 
cherchant Jésus. 

-■' Et l'ayant trouvé de l'autre côté de la mer, ils lui 
dirent : Maître, quand êtes- vous venu ici? -^ Jésus leur 
répondit (û) ; En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me 
cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais 

parce que vous avez mangé des 
pains, et que vous avez été ras- 
sasiés. ^'' Travaillez en vue d'ob- 
! tenir, non la nourriture qui périt, 
Vs mais celle qui demeure pour la 
^^ vie éternelle, et que le Fils de 
l'homme vous donnera; car c'est 
lui que Dieu le Père a marqué 
de son sceau (à). ^^ Ils lui dirent 
donc : Que ferons-nous pour faire 
les œuvres de Dieu? ^^ Jésus leur 
répondit : L'œuvre de Dieu est 
que vous croyiez en celui qu'il a 
envoyé. ^"^Ils lui dirent : Quel miracle faites-vous donc, 
afin que nous voyions et que nous croyions en vous? que 




L urne qui contenait la manne 
(D'après une ancienne mon- 
naie juive.) 



(a) Autre discours unique en son genre, qui contient, comme l'avoue un 
commentateur rationaliste, « des paroles d'une signification et d'une vie entiè- 
rement nouvelles, inouïes jusqu'alors. » C'est ici, en effet, que retentit hau- 
tement et clairement l'ineffable promesse de l'Eucharistie. 
. (h) C'est-à-dire, accrédité, se faisant garant de sa mission. 



s. JEAN, VI, 31-48. 295 

faites-vous? •'* Nos pères ont mangé la manne dans ie 
désert, ainsi qu'il est écrit {a) : Il leur a donné à manger 
le pain du ciel. •^'- Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je 
vous le dis, ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain 
du ciel, mais c'est mon Père qui vous donne le vrai pain 
du ciel; -^-^ car le pain de Dieu est celui qui descend du 
ciel, et qui donne la vie au monde. ^*Ils lui dirent donc : 
Seigneur, donnez-nous toujours ce pain. 

^■'' Jésus leur dit : Je suis le pain de vie; celui qui vient 
à moi n'aura pas faim, et celui qui croit en moi n'aura 
jamais soif. ^^ Mais, je vous l'ai dit, vous m'avez vu et vous 
ne cr03'ez point. ^" Tout ce que le Père me donne viendra 
à moi, et celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas 
dehors. '^^Car je suis descendu du ciel, pour faire, non ma 
volonté, mais la volonté de Celui qui m'a envoyé. '^^ Or, la 
volonté du Père qui m'a envoyé, c'est que je ne perde rien 
de ce qu'il m'a donné, mais que je le ressuscite au der- 
nier jour. "^"^ La volonté de mon Père qui m'a envoyé, c'est 
que quiconque voit le Fils, et croit en lui, ait la vie éter- 
nelle ; et moi-même je le ressusciterai au dernier jour. 

** Les Juifs murmuraient donc à son sujet, parce qu'il 
avait dit : Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel. 
*■- Et ils disaient : X'est-ce pas là Jésus, fils de Joseph, 
dont nous connaissons le père et la mère? Comment donc 
dit-il : Je suis descendu du ciel? 

*^Mais Jésus leur répondit : Ne murmurez pas entre 
vous. •*^''' Personne ne peut venir à moi, si le Père, qui m'a 
envoyé, ne l'attire; et je le ressusciterai au dernier jour. 
^■' Il est écrit dans les prophètes {5) ; Ils seront tous 
enseignés de Dieu. Quiconque a entendu le Père, et a 
reçu son enseignement, vient à moi. *^Non que quelqu'un 
ait vu le Père, si ce n'est celui qui vient de Dieu; celui-là 
a vu le Père. *" En vérité, en vérité, je vous le dis, celui 
qui croit en moi a la vie éternelle. "^^Je suis le pain de 



(a) Psaumes, Lxxvii, 24. 

(b) Au livre d'Isaïe, Liv, 13. 



'.<)6 



s. JEAN, VI, 49-61, 




Le miracle de la manne. 
(Fresque romaine du iv« siècle.) 



vie. -^ Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils 

sont morts. ''^ Voici le pain 
qui descend du ciel, afin 
que celui qui en mange ne 
meure point. ^^ Je suis le 
pain vivant, qui suis des- 
cendu du ciel. ^'^ Si quel- 
qu'un mange de ce pain, il 
vivra éternellement ; et le 
pain que je donnerai, c'est 
ma chair, pour la vie du 
monde. 

""^ Les Juifs disputaient 
donc entre eux, en disant : 
Comment celui-ci peut-il 
nous donner sa chair à manger? ^'^ Jésus leur dit donc : 
En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la 
chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, 
vous n'aurez pas la vie en vous. ^^ Celui qui 
mange ma chair et boit mon sang, a la vie 
éternelle, et je le ressusciterai au dernier 
jour. ^^ Car ma chair est vraiment une nour- 
riture, et mon sang est vraiment un breu- 
vage. ^^ Celui qui mange ma chair et boit 
mon sang demeure en moi, et moi en lui, 
^^ Comme le Père qui m'a envoyé est vivant, 
et que, moi, je vis par le Père, de même 
celui qui me mange vivra aussi par moi. 
^^ C'est ici le pain qui est descendu du ciel. 
Ce n'est pas comme la manne, que vos pères 
ont mangée, après quoi ils sont morts. Celui qui mange 
ce pain vivra éternellement (a). 

^^l\ dit ces choses en enseignant dans la synagogue, à 
Capharnaûm. ^* Beaucoup de ses disciples, l'ayant entendu, 

(a) Jésus-Christ nous enseigne « par là que nous devons aussi réellement 
manger sa chair et boire son sang, qu'il les a pris l'un et l'autre : et c'est là 
notre salut, c'est notre vie. » (Bossuet.") 




Calice et hosties. 

(D'après un 
ancien monu- 
ment chrétien.) 



s. JEAN, VI, 62 — VII, I. 297 

dirent : Cette parole est dure, et qui peut l'écouter {a)? 
*^Mais Jésus, sachant en lui-même que ses disciples 'mur- 
muraient à ce sujet, leur dit : Cela vous scandalise? ^'^Et 
si vous voyez le Fils de l'homme monter là où il était 
auparavant? ^^ C'est l'esprit qui vivifie; la chair ne sert 
de rien ((^). Les paroles que je vous ai dites sont esprit 
et vie. ^Olais il en est quelques-uns parmi vous qui ne 
croient pas. Car, dès le commencement, Jésus savait quels 
étaient ceux qui ne croyaient point, et quel était celui 
qui le trahirait, "^^Et il disait : C'est pour cela que je vous 
ai dit que personne ne peut venir à moi, si cela ne lui a 
été donné par mon Père. 

^' Dès lors, beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils 
n'allaient plus avec lui, ^^ Jésus dit donc aux douze : Et 
vous, est-ce que vous voulez aussi vous en aller? ^^ Simon- 
Pierre lui répondit : Seigneur, à qui irions-nous? Vous 
avez les paroles de la vie éternelle. ''^ Et nous, nous avons 
cru, et nous avons connu que vous êtes le Christ, le Fils 
de Dieu (c). "^ Jésus leur répondit : Ne vous ai-je pas choi- 
sis au nombre de douze? Et l'un de vous est un démon. 
'- Il parlait de Judas Iscariote, fils de Simon ; car c'était 
lui qui devait le trahir, quoiqu'il fut l'un des douze. 

Jésus se rend a Jérusalem pour la fête des Tabernacles, 
et il y enseigne puhliquemejit. Efuoi occasionné par ses discours. 

Chapitre VII. — * Après cela, Jésus parcourait la Gali- 
lée ; car il ne voulait pas aller en Judée, parce que les Juifs 

(a) « C'est eux qui étaient durs, et non la parole » du Sauveur. (Saint 
Augustin.) Ils supposaient grossièrement que Jésus leur donnerait en nouni- 
ture des morceaux sanglants de sa chair. Voyez le verset 53. 

(b) « Par esprit, il faut entendre ici le sens spirituel ; par chair, le sens 
charnel. » (Tertullien.) Nous venons de voir en quoi consistait cette inteipré- 
tation charnelle. Le sens spirituel désignait la sainte Eucharistie consommée 
sous les apparences du pain et du vin, telle que Jésus-Christ devait l'instituer 
ultérieurement. 

{c) Cette profession de foi est un digne prélude de celle que saint Pierre 
fera plus tard auprès de Césarée. Voyez saint Matthieu, xvr, 16. 

17. 



298 



s. JEAN, VII, 2-10. 



cherchaient à le faire mourir. -Or la fête des Juifs, dite 
des Tabernacles (a), était proche ; ^ et ses frères (3) lui 




Cabanes de feuillage que construisent les Juifs pour la fête des Tabernacles. 

dirent : Pars d'ici, et va en Judée, afin que tes disciples 
voient aussi les œuvres que tu fais. '••Car personne n'agit 
en secret, lorsqu'il cherche à paraître ; si tu fais ces 
choses, manifeste-toi au monde. '■" Car ses frères non plus 
ne croyaient pas en lui. *^ Jésus leur dit donc : Mon temps 
n'est pas encore venu; mais votre temps à vous est tou- 
jours prêt." Le monde ne peut vous haïr; mais moi, il me 
hait, parce que je rends de lui le témoignage que ses œuvres 
sont mauvaises. ^ Vous, montez à cette fête ; pour moi, je 
ne monte pas à cette fête (c), parce que mon temps n'est 
pas encore accompli. ^ Après avoir dit cela, il demeura en 
Galilée. ^^ Mais, lorsque ses frères furent partis, il monta, 
lui aussi, à la fête, non pas publiquement, mais comme en 
secret. 



(a) Elle était ainsi nommée parce que, pendant les huit jours qu'elle 
durait, on vivait sous des cabanes de feuillage. Elle avait pour but de rappeler 
aux Juifs les longues années que leurs ancêtres avaient passées sous des 
tentes, dans le désert, avant d'être installés dans la Terre promise. 

(è) C'est-à-dire, ses cousins. Voj'ez saint Matthieu, xii, 46, et la note. 

(c) C'est-à-dire : « Je n'y monte pas immédiatement : je n'j' vais pas avec 
vous. » (Saint Jean Chrj'sostome.) Les parents de Jésus partageaient les pré- 
jugés de la foule, et ils auraient voulu qu'assumant un rôle politique, il allât 
se faire introniser bruvamment à Jérusalem. 



s. JEAX, VII, 11-23. 



599 



** Les Juifs le cherchaient donc pendant la fête, et di- 
saient : Où est-il? *-Et il y avait une grande rumeur 
dans la foule à son sujet. Car les uns disaient : C'est un 
homme de bien; les autres disaient : Non, mais il séduit 
les foules. *-^ Cependant, personne ne parlait de lui publi- 
quement, par crainte des Juifs. 

^^ Or, vers le milieu de la fête, Jésus monta au temple, 
et il enseignait. *^ Et les Juifs s'étonnaient, disant : Com- 
ment connaît-il les lettres {a), lui qui n'a pas étudié? 
*^ Jésus leur répondit : Ma doctrine n'est pas de moi, 
mais de celui qui m'a envoyé. ^' Si quelqu'un veut faire la 
volonté de Dieu, il saura, au sujet de ma doctrine, si elle 
est de Dieu, ou si je parle de moi- 
même. *^ Celui qui parle de lui- 
même cherche sa propre gloire ; 
mais celui qui cherche la gloire de 
celui qui l'a envoyé est véridique, 
et il n'y a pas d'injustice en lui. 
*^ Moïse ne vous a-t-il pas donné la 
loi? Et aucun de vous n'accomplit 
la loi. ^"^ Pourquoi cherchez- vous à 
me faire mourir? La foule répon- 
dit : Vous êtes possédé du démon ; 
qui est-ce qui cherche à vous faire 
mourir? ^' Jésus leur répliqua et 
dit : J'ai fait une œuvre {5), et vous 
en êtes tous étonnés. --Cependant, 
Moïse vous a donné la circoncision 
(quoiqu'elle ne vienne pas de Moïse, mais des patriar- 
ches), et vous pratiquez la circoncision le jour du sabbat. 
^^ Si un homme reçoit la circoncision le jour du sabbat, 
afin que la loi de Moïse ne soit pas violée, pourquoi vous 
irritez-vous contre moi, parce que j'ai guéri un homme 




Moïse reçoit les tables 

de la loi. 

(Peinture des Catacombes.) 



(a) Phrase qui re%'ient à dire : D'oi lui vient une telle instruction ? 

(b) Allusion à la guérison du paralytique, opérée le jour du sabbat. Voyez 
V. 5-9. 



300 s. JEAN, VII, 24-36. 

tout entier le jour du sabbat? -''Ne jugez pas selon l'ap- 
parence, mais jugez selon la justice. 

-•'Quelques-uns, qui étaient de Jérusalem, disaient : 
N'est-ce pas là celui qu'ils cherchent à faire mourir ? -^ Et 
voilà qu'il parle publiquement, et ils ne lui disent rien. 
Est-ce que vraiment les autorités ont reconnu qu'il est 
le Christ? 2"7 Mais celui-ci, nous savons d'où il est; or, 
quand le Christ viendra, personne ne saura d'où il est (a). 

'2^ Jésus criait donc dans le temple, enseignant et di- 
sant : Vous me connaissez, et vous savez d'où je suis. Je 
ne suis pas venu de moi-même ; mais Celui qui m'a envoyé 
est véritable, et vous ne le connaissez pas. "^^ Moi, je le 
connais, parce que je viens de lui, et que c'est lui qui m'a 
envoyé. 

'^^ Ils cherchaient donc à l'arrêter, et personne ne mit 
la main sur lui, parce que son heure n'était pas encore 
venue. ^^ Mais, parmi la foule, beaucoup crurent en lui ; et 
ils disaient : Le Christ, lorsqu'il viendra, fera-t-il plus de 
miracles que n'en fait celui-ci? 

^-Les pharisiens entendirent la foule murmurer ces 
choses à son sujet; et de concert avec les chefs, ils en- 
voyèrent des agents pour l'arrêter. ^^ Jésus leur dit donc : 
Je suis encore avec vous pour un peu de temps, puis je 
m'en vais à Celui qui m'a envoyé. ^* Vous me chercherez, 
et vous ne me trouverez pas; et là où je serai, vous ne 
pouvez venir. ^^Les Juifs dirent donc entre eux : Où 
ira-t-il, que nous ne le trouverons pas ? Ira-t-il vers ceux 
qui sont dispersés (3) parmi les Gentils, et instruira-t-il les 
Gentils? 3^ Que signifie cette parole qu'il a dite : Vous me 
chercherez, et vous ne me trouverez pas, et là où je serai, 
vous ne pouvez venir? 



(«) On savait, par l'oracle de Michée, que le Messie naîtrait à Bethléem, de 
la race de David (voyez le verset 42, et saint Matthieu, 11, 4-7) ; mais la 
légende avait brodé sur cette prédiction, et l'on prétendait qu'après sa nais- 
sance, il irait se cacher en quelque lieu secret, jusqu'au jour de sa soudaine 
et glorieuse manifestation. 

(ô) Ceux des Juifs qui habitaient parmi les pa'i'ens. 



s. JEAN, VII, 37-50. 



301 




Jésus source de vie. (D'après un ancien sarcophage.) 



■ • Le dernier jour, qui est le plus grand de la fête (a), 
Jésus se tenait debout, et criait, en disant : Si quelqu'un a 
soif, qu'il vienne 
à moi, et qu'il 
boive. '-'^ Celui 
qui croit en moi, 
des fleuves d'eau 
vive couleront de 
son sein, comme 
dit l'Ecriture ((5). 
■^^ Il dit cela de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui 
croyaient en lui ; car l'Esprit n'avait pas encore été donné, 
parce que Jésus n'était pas encore glorifié. 

*^ Plusieurs donc, parmi la foule, ayant entendu ces pa- 
roles, disaient : Celui-ci est vraiment le prophète. 
*' D'autres disaient : C'est le Christ. Mais quelques autres 
disaient : Est-ce que le Christ viendra de Galilée ? *'- L'Ecri- 
ture ne dit-elle pas (<:) que le Christ viendra de la race 
de David, et du bourg de Bethléem, où était David? *^ Il 
y eut donc division dans la foule à son sujet.** Quelques- 
uns d'entre eux voulaient l'arrêter, mais personne ne mit 
la main sur lui. 

'■' Les agents retournèrent donc vers les princes des 
prêtres et les pharisiens. Et ceux-ci leur dirent : Pour 
quoi ne l'avez-vous pas amené ? *^ Les agents répon- 
dirent : Jamais homme n'a parlé comme cet homme (</). 
*' Les pharisiens leur répliquèrent : Est-ce que vous avez 
été séduits, vous aussi.' *^ Y a-t-il quelqu'un des chefs ou 
des pharisiens qui ait cru en lui ? *^ Car, cette foule qui ne 
connaît pas la loi, ce sont des maudits. •"** Nicodème, celui 
qui était venu trouver Jésus la nuit, et qui était l'un d'en- 



(a) Le dernier jour de la'solennité des Tabernacles était tout particuliè- 
rement fêté, au milieu de saintes réjouissances. 

(è) Réminiscence possible de Zacharie, xiv, 8. 

(c) Michée, v, 2. Ceux qui parlaient ainsi ignoraient que Jésus était préci- 
sément né de la race et dans la ville de David. 

{d) Lune des plus délicates louanges qui aient été adressées au Sauveur. 



^02 



S. JEAN, VII, 5 I — VIII, 9. 



tre eux, leur dit : '"^ Notre loi condamne-t-elle un homme 
sans qu'on l'entende d'abord, et sans qu'on sache ce qu'il a 
fait ? 32 Ils lui répondirent : Es-tu Galiléen,toi aussi? Scrute 

les Ecritures,|et tu verras que, de la 

Galilée, il ne sort pas de prophète (a). 

''^ Et ils s'en retournèrent chacun dans 

sa maison. 

La femme adultère. Jésus se 7'end de nou- 
veau témoignage en face des Juifs. 

Chapitre VIII. — ^ Or, Jésus se 
rendit sur la montagne des Oliviers. 
- Et, de grand matin, il vint de nouveau 
dans le temple, et tout le peuple vint 
à lui ; et s'étant assis, il les enseignait. 

^ Alors les scribes et les pharisiens 
lui amenèrent une femme surprise en 
adultère ; et ils la placèrent au milieu 
de la foule. •^Et ils dirent à Jésus r 
Maître, cette femme vient d'être sur- 
prise en adultère. ^ Or Moïse, dans 
la loi (/'), nous a ordonné de lapider 
teuque dans un riche CCS femmes-là. Vous douc, que ditcs- 
étui. (D'après lorigi- vous? ^ Ils disaient Cela pour le ten- 

nal, conservé à Na- ^ç^^ ^^ pouVOir l'aCCUSer U). Mais 

plouse, en Palestine.) ' ^ , . . 

Jésus, se baissant, écrivait avec son 
doigt sur la terre (c/). '^ Et comme ils persistaient à l'in- 
terroger, il se releva, et leur dit : Que celui d'entre vous 
qui est sans péché lui jette la pierre le premier. ^ Puis, se 
baissant de nouveau, il écrivait sur la terre. ^ Mais, ayant 
entendu cela, ils se retirèrent l'un après l'autre, en com- 




Le rouleau du Penta- 



(a) C'était faux, car Jonas était certainement originaire de cette province. 
(6) Lévitique, xx, 10. 

(c) Si, comme ils l'espéraient, Jésus se montrait indulgent pour un tel 
crime, ils n'auraient pas de peine à soulever l'opinion publique contre lui. 

(d) Manière de leur signifier qu'il se désintéressait de leur question. 



s. JEAN, VIII, 10-2 0. 



303 



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mençant par les plus âgés; et Jésus demeura seul avec la 
femme, qui était debout au milieu. ^^ Alors Jésus, se re- 
levant, lui dit : Femme, où sont ceux qui t'accusaient? 
Personne ne t'a-t-il condamnée? ^^ Elle dit : Personne, 
Seigneur. Jésus lui dit : Moi non plus, je ne te condam- 
nerai pas. Va, et désormais ne pèche plus. 

1- Jésus leur parla de nouveau, en disant : Je suis la 
lumière du monde; celui qui me suit ne marche pas 
dans les ténèbres, mais il aura la lu- 
mière de la vie (^).^-^Les pharisiens 
lui dirent donc : Vous vous rendez 
témoignage à vous-même ; votre 
témoignage n'est pas vrai. ^'^ Jésus 
leur répondit : Quoique je me rende 
témoignage à moi-même, mon témoi- 
gnage est vrai, car je sais d'où je 
viens, et où je vais; mais vous, vous 
ne savez pas d'où je viens, ni où je 
vais. 1-^ Vous jugez selon la chair; 
moi, je ne juge personne; ^^ et si je 
juge, mon jugement est vrai, car je 
ne suis pas seul, mais je suis avec le 
Père, qui m'a envoyé. *"' Il est écrit 
dans votre loi (3) que le témoignage 
de deux hommes est vrai. ^*Or, je 
me rends témoignage à moi-même ; 
et le Père, qui m'a envoyé, me rend 
aussi témoignage. ^^ Ils lui disaient 
donc : Où est votre Père ? Jésus leur 
répondit : Vous ne connaissez ni 
moi, ni mon Père ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez 
aussi mon Père. -'^ Jésus dit ces choses, enseignant dans le 




Grand candélabre qu'on al- 
lumait dans la cour du 
temple de Jérusalem, du- 
rant la fête des Taber- 
nacles. 



(a) Il est possible que cette belle parole symbolique du Sauveur ait eu 
pour occasion une illumination brillante qui avait lieu dans le parvis du 
temple, pendant la fête des Tabernacles. 

(b) Deutéronome, xvii, 6, et xix, 15. 



304 s. JEAN, VIII, 21-33. 

temple, au lieu où était le trésor {a) ; et personne ne 
l'arrêta, parce que son heure n'était~pas encore venue. 

-' Jésus leur dit encore : Je m'en vais, et vous me cher- 
cherez, et vous mourrez dans votre péché. Là où je vais, 
vous ne pouvez venir. -- Les Juifs disaient donc : Est-ce 
qu'il se tuera lui-même, puisqu'il dit : Là où je vais, vous 
ne pouvez venir.'' "-'Et il leur dit : Vous, vous êtes d'en 
bas; moi, je suis d'en haut. Vous êtes de ce monde; moi, 
je ne suis pas de ce monde. -''•Je vous ai donc dit que 
vous mourrez dans vos péchés ; car, si vous ne croyez pas 
à ce que je suis, vous mourrez dans votre péché. --^Ils 
lui dirent donc : Oui êtes-vous? Et Jésus leur répondit : 
Je suis le principe, moi qui vous parle (d). -^ J'ai beaucoup 
de choses à dire de vous, et à juger en vous; mais Celui 
qui m'a envoyé est véridique, et ce que j'ai appris de lui, 
je le dis dans le monde. 

-'' Ils ne comprirent pas qu'il disait que Dieu était son 
Père. -^ Jésus leur dit donc : Quand vous aurez élevé (c) 
le Fils de l'homme, alors vous connaîtrez ce que je suis, 
et que je ne fais rien de riioi-même, mais que je parle 
selon ce que le Père m'a enseigné. -^ Et Celui qui m'a 
envoyé est avec moi, et il ne m'a pas laissé seul, parce 
que je fais toujours ce qui lui est agréable. 

■^^ Comme il disait ces choses, beaucoup crurent en lui. 
^^ Jésus disait donc aux Juifs qui avaient cru en lui : Si 
vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes 
disciples, ^- et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous 
rendra libres. '^-^ Ils lui répondirent : Nous sommes la pos- 
térité d'Abraham, et nous n'avons jamais été esclaves de 
personne; comment dites- vous : Vous serez libres (d)? 



(a) C'est-à-dire, à l'endroit de la cour du temple où étaient suspendus les 
troncs destinés à recevoir les offrandes du peuple. 

(ô) Le texte grec signifie, d'après l'interprétation la plus probable : Je suis 
tout à fait ce que je vous déclare. Que ceux qui interrogent Jésus se rappellent 
donc ce qu'il a dit de lui-même, et ils sauront entièrement ce qu'il est. 

(c) Allusion au supplice de la croix. Voyez m, 14. 

(ci) Comme si, alors même, les Juifs n'avaient pas subi la lourde servitude 



s. JEAN, VIII, 34-44. 



305 




Le sacrifice d'Abraham. 



^' Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le 
dis, quiconque commet le péché est 
esclave du péché, -^-^ Oi-, l'esclave ne 
demeure pas toujours dans la mai- 
son; mais le fils y demeure tou- 
jours. "^^ Si donc le Fils vous met en 
liberté, vous serez vraiment libres. 
'•^'' Je sais que vous êtes fils d'Abra- 
ham ; mais vous cherchez à me faire 
mourir, parce que ma parole n'a 
pas prise sur vous. -^^Moi, je dis 
ce que j'ai vu chez mon Père; et 

vous, vous faites ce que vous avez (Peinture des Catacombes.) 

vu chez votre père (a). 

■'^ Il lui répondirent : Notre père, c'est Abraham. Jésus 
leur dit : Si vous êtes fils d'Abraham, faites les œuvres 
d'Abraham. -^^^Mais maintenant, vous cherchez à me faire 
mourir, moi qui vous ai dit la vérité, que j'ai entendue de 
Dieu; cela, Abraham ne l'a pas fait. ^^ Vous faites les 
œuvres de votre père. Ils lui dirent : Nous ne sommes 
pas des enfants de fornication; nous avons un seul père, 
Dieu. 

"Jésus leur dit donc : Si Dieu était votre père, vous 
m'aimeriez, car c'est de Dieu que je suis sorti et que je 
suis venu. Je ne suis pas venu de moi-même, mais c'est 
lui qui m'a envoyé. ''■■^ Pourquoi ne connaissez-vous pas 
mon langage? Parce que vous ne pouvez entendre ma pa- 
role (d). ^'"^Vous avez le diable pour père, et vous voulez 
accomplir les désirs de votre père. Il a été homicide dès 
le commencement, et il n'est pas demeuré dans la vérité, 



de Rome, sans parler de celle que l'F:g>-pte et Babylone avaient autrefois 
imposée à leurs pères ! 

(a) « C'était insinuer que les agents du mal sont fils de Satan, et qu'ils 
font les œuvres de leur père selon l'esprit. » (M. Le Camus.) Voyez le 
verset 44. Les Juifs comprirent parfaitement l'insinuation. 

'yl>) « Ils ne peuvent pas, jxirce qu'ils ne veulent pas. * (Saint Jean Chr^'- 
s :)Stome.) 



3o6 



s. JEAN, VIII, 45-56. 



parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le 
mensonge, il parle de son propre fonds, car il est men- 
teur, et père du mensonge. '•^•^Mais moi, quand je dis la 
vérité, vous ne me croyez pas. '''^ Qui de vous me con- 
vaincra de péché? Si je vous dis la vérité, pourquoi ne 
me croyez-vous pas? ''^^ Celui qui est de Dieu écoute les 
paroles de Dieu. C'est pour cela que vous n'écoutez point, 
parce que vous n'êtes pas de Dieu. 

''^ Les Juifs lui répondirent donc, et lui dirent : N'avons- 
nous pas raison de dire que vous êtes un Samaritain (a) 
et un possédé du démon? -^ Jésus répondit : Je ne suis pas 
possédé du démon, mais j'honore mon Père ; et vous, vous 
me déshonorez. •'*^Pour moi, je ne cherche pas ma propre 
gloire; il est quelqu'un qui la cherche, et qui juge. ^^En 
vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu'un garde ma 
parole, il ne verra jamais la mort, 

^^-Les Juifs lui dirent : Maintenant, nous connaissons 
que vous êtes possédé du démon. 
Abraham est mort, et les prophètes 
aussi ; et vous dites : Si quelqu'un 
garde ma parole, il ne goûtera jamais 
la mort. ^-^ Êtes-vous plus grand que 
notre père Abraham, qui est mort, 
et que les prophètes, qui sont morts 
aussi ? Qui prétendez-vous être ? ^* Jé- 
sus répondit : Si je me glorifie moi- 
même, ma gloire n'est rien. C'est 
mon Père qui me glorifie, lui dont vous 
dites qu'il est votre Dieu. ''■' Et vous 
ne le connaissez pas; mais moi, je le 
connais; et si je disais que je ne le 
connais pas, je serais semblable à 
vous, un menteur. Mais je le con- 
nais, et je garde sa parole. '*^ Abraham, votre père, a tres- 




Lapidation de S. Etienne. 
(D'après un bronze an- 
tique.) 



(a) Pour comprendre la force de cette injure, voj-ez iv, 9 ; saint Matthieu, 
X, 5, et la note. 



s. JEAX, VIII, 5 7 — IX, 8. 307 

siiilli de joie, désirant voir mon jour ; il l'a vu, et il s'est 
réjoui (a). 

^''Les Juifs lui dirent : Vous n'avez pas encore cin- 
cjuante ans, et vous avez vu Abraham ? ^^ Jésus leur dit : 
En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham 
tût, je suis (3). "^^ Ils prirent donc des pierres, pour les 
jeter sur lui; mais Jésus se cacha, et sortit du temple. 

Giiérisou de l'aveugle-né. L'enquête des pharisiens sur ce miracle. 
Jésus le Bon Pasteur. 

Chapitre IX. — ^ Jésus, en passant, vit un homme 
aveugle de naissance. - Et ses disciples lui demandèrent : 
Maître, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour 
qu'il soit né aveugle? '^ Jésus répondit : Ni lui n'a péché, 
ni ses parents; mais c'est afin que les œuvres de Dieu 
soient manifestées en lui. * Il faut que j'accomplisse les 
œuvres de Celui qui m'a envoyé, pendant qu'il est jour {c) ; 
la nuit vient, pendant laquelle personne ne peut travailler. 
•'Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du 
monde. '^ Après avoir dit cela, il cracha à terre, et fit de 
la boue avec sa salive ; puis, il oignit de cette boue les 
veux de l'aveugle. ' Et il lui dit : Va, lave-toi dans la pis- 
cine de Siloé {d), nom qui signifie Envoyé. Il y alla donc, 
se lava, et revint voyant. 

* De sorte que ses voisins et ceux qui l'avaient vu au- 
paravant mendier, disaient : N'est-ce pas là celui qui était 

(a) Ce grand et beau « jour * qu'Abraham avait; si ardemment souhaité 
de voir, c'était l'ère bienheureuse durant laquelle le Messie ferait son appa- 
rition ici-bas. (Saint Cyrille.) Les révélations nombreuses qu'il avait reçues 
à ce sujet le lui avaient fait contempler d'une manière anticipée, et son cœur 
avait été rempli d'une sainte allégresse. 

(b) Parole profonde, saisissante, qui établit, entre Jésus et Abraham, toute 
la différence qui existe entre le Créateur et la créature. (Saint Augustin.) 
Abraham est né, a eu un commencement ; Jésus, en tant que Fils de Dieu, 
n est pas né, n'a jamais commencé ; il est, il vit dans une éternité immobile. 

(c) Ici, le mot « jour » représente le temps si court que Jésus-Christ a 
])assé sur la terre. 

{d) Elle existe encore, au sud-est de Jérusalem. 



3o8 



s. JEAN, IX, 9-21. 



assis, et qui mendiait? Les uns disaient : C'est lui. ''Et 
d'autres : Nullement, mais c'est quelqu'un qui lui res- 
semble. Mais lui, il disait : C'est moi. ^^ Ils lui dirent 
donc : Comment tes yeux ont-ils été ouverts? ^^ Il répon- 
dit : Cet homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, et 
en a oint mes yeux ; puis il m'a dit : Va à la piscine de 
Siloé, et lave-toi. J'y suis allé, et je me suis lavé, et je 
vois (a). i-Ils lui dirent : Où est-il? Il répondit : Je ne sais 
pas. 

'•^Ils amenèrent aux pharisiens celui qui avait été 
aveugle. ^'^ Or, c'était un jour de sab- 
bat que Jésus avait fait de la boue 
et lui avait ouvert les yeux. ^"^Les 
pharisiens lui demandèrent donc aussi 
comment il avait recouvré la vue. Et 
il leur dit : Il m'a mis de la boue sur 
les yeux, et je me suis lavé, et je vois. 
^^ Là-dessus, quelques-uns des phari- 
- siens disaient : Cet homme ne vient 
pas de Dieu, puisqu'il n'observe pas le 
Guérison de raveu<^ie-né. sabbat. Mais d'autrcs disaient : Com- 
( Fresque des Catacombes.) ment un homme pécheur pourrait-il 
faire de tels miracles? Et il y avait 
division entre eux. ^'Ils dirent donc de nouveau à l'aveugle : 
Toi, que dis-tu de celui qui t'a ouvert les yeux? Il répon- 
dit : C'est un prophète. 

^^Mais les Juifs ne crurent point qu'il eût été aveugle, 
et qu'il eût recouvré la vue, jusqu'à ce qu'ils eussent fait 
venir ses parents. ^^ Et ils les interrogèrent, en disant : 
Est-ce là votre fils, que vous dites être né aveugle ? Com- 
ment doQC voit-il maintenant? ^^'Les parents répondirent, 
en disant : Nous savons que c'est notre fils, et qu'il est né 
aveugle; ^^ mais, comment voit-il maintenant? nous ne le 
savons pas; ou qui lui a ouvert les yeux? nous l'ignorons. 

(«) « La fameuse dépèche de César : Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu, 
n'exprimait pas avec plus d'éloquence la rapidité de sa conquête, que le récit 
de l'aveugle ne nous fait connaître sa guérison instantanée. » (Card. 




s. JEAN-, IX, 22-37. 309 

Interrogez-le, il a l'âge; qu'il parle pour lui-même. -- Ses 
parents dirent cela, parce qu'ils craignaient les Juifs; car 
les Juifs étaient déjà convenus ensemble que, si quelqu'un 
reconnaissait Jésus pour le Christ, il serait chassé de la 
synagogue. "-•^ C'est pour cela que ses parents dirent : Il a 
l'âge ; interrogez-le lui-même. 

-^ Ils appelèrent donc une seconde fois l'homme qui avait 
été aveugle, et ils lui dirent : Rends gloire à Dieu (a) ; 
nous savons que cet homme est un pécheur. -' Il leur 
dit : Si c'est un pécheur, je ne sais; je sais une chose, 
c'est que j'étais aveugle, et que maintenant je vois. ^^ Ils 
lui dirent encore : Que t'a-t-il fait? comment t'a-t-il ou- 
vert les yeux.'' -'' Il leur répondit : Je vous l'ai déjà dit, 
et vous l'avez entendu ; pourquoi voulez-vous l'entendre 
de nouveau? Est-ce que, vous aussi, vous voulez devenir 
ses disciples? -^ Alors ils l'accablèrent d'injures, et dirent : 
Toi, sois son disciple; nous, nous sommes disciples 
de Moïse. -^ Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; 
mais celui-ci, nous ne savons d'où il est. ^"^Cet homme 
leur répondit, et dit : C'est ceci qui est étonnant, que vous 
ne sachiez pas d'où il est, et qu'il m'ait ouvert les yeux. 
•^* Or, nous savons que Dieu n'exauce pas les pécheurs ; 
mais si quelqu'un honore Dieu, et fait sa volonté, c'est 
celui-là qu'il exauce. ■^- Jamais on n'a entendu dire que 
quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle-né. ^-^ Si cet 
homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. 
'' Ils lui répondirent : Tu es né tout entier dans le péché, 
et tu veux nous enseigner? Et ils le jetèrent dehors (è). 

■^' Jésus apprit qu'ils l'avaient jeté dehors; et l'ayant 
rencontré, il lui dit : Crois-tu au Fils de Dieu? ^"^ Il lui 
répondit, et dit : Qui est-il. Seigneur, afin que je croie en 
lui ? '■'' Et Jésus lui dit : Tu l'as vu, et celui qui te parle,. 

(a) « II y a, dans ces mots, une adjuration (faite à l'aveugle, supposé cou- 
pable de mensonge) de se repentir, de prendre sur lui la honte de la faute et 
de laisser à Dieu la gloire. » (M. Fouard.) 

{b) Cette brutale expulsion fut sans doute suivie d'une excommunicatioa 
en forme. 



110 



s. JEAX, IX, 38 — X, 7. 




Groupe d'aveugles égyptiens. 
(Peinture de tombeau.) 



c'est lui. '-^^ Il répondit : Je crois, Seigneur. Et se proster- 
nant, il l'adora (a). 

■^^ Alors Jésus dit : C'est pour un jugement que je suis 
venu dans ce monde, afin que ceux qui ne voient pas 

voient, et que ceux qui 
voient deviennent aveu- 
gles. ^^ Quelques phari- 
siens, qui étaient avec 
lui, l'entendirent et lui 
dirent : Est-ce que nous 
sommes aveugles, nous 
aussi ? *^ Jésus leur dit : 
Si vous étiez aveugles, 
vous n'auriez pas de pé- 
ché ; mais maintenant 
vous dites : Nous vo3^ons; et c'est pour cela que votre 
péché demeure. 

Chapitre X. — ' En vérité, en vérité, je vous le dis, 
celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie des 
brebis, mais qui y monte par ailleurs, est un voleur et un 
larron. -Mais, celui qui entre par la porte est le pasteur 
des brebis. -^ A celui-ci le portier ouvre, et les brebis en- 
tendent sa voix. Il appelle ses propres brebis par leur 
nom, et il les 'fait sortir. ''•Et lorsqu'il a fait sortir ses 
propres brebis, il va devant elles ; et les brebis le suivent, 
parce qu'elles connaissent sa voix. ^ Elles ne suivent point 
un étranger, mais elles le fuient; car elles ne connaissent 
pas la voix des étrangers. 

^ Jésus leur dit cette parabole (d), mais ils ne comprirent 
pas de quoi il leur parlait. '^ Jésus leur dit donc encore : 

(a) On a dit très justements, à propos de cette narration : « L'auteur de ce 
récit a composé un chef-d'œuvre... C'est du réalisme, et c'est le beau... Pas un 
trait qui ne soit pris sur le vif. C'est comme un procès-verbal des événements, 
et cependant quelle vie ! quel relief ! » (F. Vigouroux.) C'est, en même temps, 
une constatation aussi parfaite que possible du miracle par la foule, par les 
savants, par les ennemis eux-mêmes de Jésus. 

(è) Allégorie délicieuse, qui décrit merveilleusement ce que Jésus-Christ est 
pour son Eglise et pour les âmes individuelles. 



s. JEAN, X, 8-19. 



II 



En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des 
brebis. ^ Tous ceux qui sont venus sont des voleurs et des 
larrons, et les brebis ne les ont point écoutés. ^ Je suis 
la porte : si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé; il 
entrera, et il sortira, et il trouvera des pâturages. ^^Le 
voleur ne vient que pour voler, égorger, et détruire. Moi» 
je suis venu pour que les brebis aient la vie, et qu'elles 
l'aient plus abondamment. ^^ Je suis le bon pasteur. Le 
bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. ^'- Mais le mer- 
cenaire, et celui qui n'est point pasteur, à qui les brebis 
n'appartiennent pas, voit venir le 
loup, et abandonne les brebis, et 
s'enfuit; et le loup ravit et dis- 
perse les brebis. ^'Le mercenaire 
s'enfuit, parce qu'il est mercenaire, 
et qu'il ne se met point en peine 
des brebis. ^^Je suis le bon pas- 
teur, et je connais mes brebis, 
et mes brebis me connaissent, 
^^ comme le Père me connaît et 
que je connais le Père; et je 
donne ma vie pour mes brebis. 
^^J'ai encore d'autres brebis, qui 
ne sont pas de cette bergerie ; 
celles-là aussi, il faut que je les amène, et elles écouteront 
ma voix, et il n'y aura qu'une seule bergerie et qu'un seul 
pasteur (a). ^ ' C'est pour cela que le Père m'aime, parce 
que je donne ma vie pour la reprendre de nouveau. ^^ Per- 
sonne ne me l'ôte, mais je la donne de moi-même. J'ai le 
pouvoir de la donner, et j'ai le pouvoir de la reprendre: 
tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père. 
^^11 y eut encore une nouvelle division parmi les 




Médaille des premiers siècles, 
représentant le Bon Pasteur. 



(a) « Si l'humanité entière n'entre pas au bercail, il n'en demeure pas 
moins certain que tout entière elle était invitée à y venir. » ( M. Le Camus.) 
Les brebis errantes du paganisme sont appelées par le Bon Pasteur, aussi 
bien que le troupeau dispersé du judaïsme. Jésus ne pouvait pas mieux définir 
l'imité de son Eglise. 



3i: 



s. JEAX, X, 20-27, 



Juifs, à cause de ces paroles, ^"^ Beaucoup d'entre eux di- 
saient : Il est possédé du démon, et il a perdu le sens; 
pourquoi l'écoutez-vous? "-'D'autres disaient : Ce ne sont 
point là les paroles d'un homme possédé du démon; le 
démon peut-il ouvrir les yeux des aveugles? 

Jésus à Jérusalem, a l'occasion de la fête de la Dédicace. Il se retire 
de F autre côté du Jourdain. 

-- Or, on faisait à Jérusalem la fête de la Dédicace {a) ; 
et c'était l'hiver. -' Et Jésus se promenait dans le temple, 
sous le portique de Salomon {h). ^^Les Juifs l'entourèrent 
donc, et lui dirent : Jusques à quand tiendrez-vous notre 
esprit en suspens? Si vous êtes le Christ, dites-le nous 
clairement. '^■' Jésus leur répondit : Je vous parle, et vous 
ne croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon 




Bersfer de Palestine, ramenant son troupeau à la bergerie. 

Père rendent elles-mêmes témoignage de moi. '^^ Mais 
vous ne crovez point, parce que vous n'êtes pas de mes 
brebis. ^'^ Mes brebis écoutent ma voix, et je les connais, et 



(rt) Fête instituée par Judas Macchabée, pour célébrer le souvenir de la 
purification solennelle qui avait eu lieu dans le temple de Jérusalem, après 
sa profanation par Antiochus Epiphane. Elle tombait dans la seconde moitié 
de décembre. 

(ô) Galerie couverte, située à l'orient ; d'après la tradition juive, elle 
aurait été un reste du temple de Salomon. Voj'ez la gravure de la page 279. 



s. JE AX, X, 28-42. 315 

elles me suivent. -^ Je leur donne la vie éternelle, et elles 
ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. 
-^Ce que mon Père m'a donné est plus grand que toutes 
choses, et personne ne peut le ravir de la main de mon 
Pèi-e. ^^ Moi et le Père, nous ne sommes qu'un (^z). 

■^^ Alors les Juifs prirent des pierres, pour le lapider. 
•'-Jésus leur dit : Je vous ai montré beaucoup de bonnes 
œuvres, venant de mon Père ; pour laquelle de ces œuvres 
me lapidez-vous? -^^Les Juifs lui répondirent : Ce n'est 
pas pour une bonne œuvre que nous vous lapidons, mais 
pour un blasphème, et parce qu'étant homme, vous vous 
faites Dieu. •^*''' Jésus leur répondit : N'est-il pas écrit dans 
votre loi {à) : J'ai dit : Vous êtes des dieux (^r) ? ■^'■' Si elle 
appelle dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adressée 
(et l'Ecriture ne peut être détruite) (d), '^^ comment dites- 
vous à celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le 
monde : Tu blasphèmes, parce que j'ai dit : Je suis le Fils 
de Dieu? ■^" Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne 
me croyez pas. -^^Mais, si je les fais, et si vous ne voulez 
pas me croire, crovez à mes œuvres, afin que vous con- 
naissiez et que vouscroviez que le Père est en moi, et moi 
dans le Père. 

■'^ Ils cherchaient donc à le saisir, mais il s'échappa de 
leurs mains. '^'^Et il s'en alla de nouveau au delà du Jour- 
dain, dans le lieu où Jean avait d'abord baptisé; et il de- 
meura là. *' Beaucoup vinrent à lui ; et ils disaient : 
Jean n'a fait aucun miracle; *- mais tout ce que Jean a 
dit de celui-ci était vrai. Et beaucoup crurent en lui. 

(a) « Voilà le dogme fondamental du christianisme énoncé avec autant de 
clarté que de vigueur. C'est là le point culminant de la prédication de Notre- 
Seigneur Jésus-Christ. Le Sauveur va bientôt quitter la terre ; mais, auparavant, 
il aura proclamé sa divinité en termes aussi lumineux que le soleil. » (JJn 
commentateur contemporain.) 

(b) Psaumes, Lxxxi, 6. 

{c) C'est aux juges d'Israël que s'adresse ce titre extraordinaire, en tant 
qu'ils étaient, par leurs graves fonctions, les représentants de Dieu ici-bas. 
(if) C'est-à-dire que le témoignage de la sainte Ecriture est indiscutable. 



la 




,14 s. JEAX, XI, I - I 2. 

La résiirrecLion de Lazare. Double résultat de ce prodige, 
Jésus a Ephrem. 

Chapitre XI. — ^ Il y avait un homme malade, Lazare, 
de Béthanie (^z) le bourg de Marie et 
de Marthe, sa sœur. '^ Marie était celle 
qui oignit le Seigneur de parfum, et 
qui lui essuya les pieds avec ses che- 
veux; Lazare, qui était malade, était 
son frère. ^ Ses sœurs envoyèrent donc 
dire à Jésus : Seigneur, voici que celui 
que vous aimez est malade (^). ^ Enten- 
Vasedaibàtre. ^"àXïX. ccla, Jésus leur dit : Cette ma- 
( Ancienne Ég^'ple.) ^^^^^ "'^^^ i^owit à la mort ; mais elle 
est pour la gloire de Dieu, afin que le 
Fils de Dieu soit glorifié par elle. "'Or, Jésus aimait Marthe, 
et Marie sa sœur, et Lazare. 

^ Ayant donc appris qu'il était malade, il resta cepen- 
dant deux jours encore dans le même lieu. ^ Il dit en- 
suite à ses disciples : Retournons en Judée. ^ Ses disciples 
lui dirent : Maître, les Juifs cherchaient récemment à 
vous lapider, et vous retournez là? ^ Jésus répondit : Le 
jour n'a- 1- il pas douze heures ? Si quelqu'un marche 
pendant le jour, il ne se heurte point, parce qu'il voit la 
lumière de ce monde; ^^ mais, s'il marche pendant la nuit, 
il se heurte, parce qu'il n'y a pas de lumière en lui (<:). 
*^ Après ces paroles, il leur dit : Lazare, notre ami, dort; 
mais je vais le réveiller (^/). ^- Ses disciples lui dirent 



(a) Voyez saint iMatthieu, xxi, 17, et la note. Saint Jean va raconter ici 
« le miracle de l'amitié », l'un des plus grands et des plus beaux prodiges 
accomplis par Jésus. 

(ô) Prière tacite, d'une exquise délicatesse. « Elles ne disent point : Venez. 
Car, à un ami, il suffisait d'annoncer la nouvelle. Jésus n'abandonne pas ceux 
iju'il aime. » (Saint Augustin.) 

(c) Manière figurée de rassurer les apôtres. Pour lui, c'est encore le jour, 
et aucun danger ne le menace actuellement. 

(d) Sur ces expressions métaphoriques, voyez saint Marc, v, 39, et la note. 



JEAN, XI, 13-2 



M 



donc : Seigneur, s'il dort, il sera sauvé. ^-^Or, Jésus avait 
parlé de sa mort; mais ils crurent qu'il parlait de l'assou- 
pissement du sommeil. ^^ Jésus leur dit donc alors claire- 
ment : Lazare est mort; *"' et je me réjouis, à cause de 
vous, de ce que je n'étais pas là, afin que vous croyiez. 
Mais allons auprès de lui. **^ Thomas, appelé Didyme, dit 
alors aux autres disciples : Allons-y, nous aussi, et mou- 
rons avec lui. 

'' Jésus vint donc, et il trouva que Lazare était déjà 
depuis quatre jours dans le tombeau. *^ Or, Béthanie était 
près de Jérusalem, à environ quinze stades {a). ^^ Beau- 
coup de Juifs étaient venus auprès de Marthe et de Marie, 
pour les consoler de la mort de leur frère. -^ Dès que 
Marthe eut appris que Jésus A'enait, elle alla au-devant 
de lui ; mais Marie était assise dans la maison. -' Marthe 
dit donc à Jésus : Seigneur, si vous aviez été ici, mon 
frère ne serait pas mort ; 
-"-mais je sais que, main- 
tenant encore, tout ce 
que vous demanderez à 
Dieu, Dieu vous l'ac- 
cordera (à). -3 Jésus lui 
dit : Ton frère ressus- 
citera. -'Olarthe lui dit : 
Je sais qu'il ressusci- 
tera à la résurrection, 
au dernier jour. --'Jé- 
sus lui dit : Je suis la 
résurrection et la vie ; 
celui qui croit en moi, 
quand même il serait mort, vivra, -'^ et quiconque vit et 
croit en moi, ne mourra jamais. Crois-tu cela? "-'Elle 
lui dit : Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, 




Résurrection de Lazare. 
(Bas-relief de sarcophage.) 



(a) Voyez saint Luc, xxiv, 13, et la seconde note. 

(ô) Parole non moins délicate que celle du verset 3. Marie la prononcera 
aussi, lorsqu'elle viendra rejoindre Jésus à son tour (verset 32). 



3l6 s. JEAN, XI, 28-4 I. 

le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu dans ce monde (a). 

-^Lorsqu'elle eut dit ces choses, elle s'en alla, et appela 
Marie, sa sœur, à voix basse, en disant : Le Maître est 
là, et il te demande. -^Dès que Marie eut entendu, elle 
se leva aussitôt, et alla auprès de lui. ^^ Car Jésus n'était 
pas encore entré dans le bourg; mais il était encore dans 
le lieu oij Marthe l'avait rencontré. ''^ Cependant, les Juifs 
qui étaient avec Marie dans la maison, et qui la conso- 
laient, l'ayant vue se lever promptement et sortir, la sui- 
virent, en disant : Elle va au sépulcre, pour y pleurer. 
^-Lorsque Marie fut venue là où était Jésus, le voyant, 
elle tomba à ses pieds, et lui dit : Seigneur, si vous aviez 
été ici, mon frère ne serait pas mort. 

•■^^ Jésus, lorsqu'il la vit pleurer, et qu'il vit les Juifs qui 
étaient venus avec elle pleurer aussi, frémit en son 
esprit, et se troubla lui-même (è). '^^ Et il dit : Où l'avez- 
vous mis? Ils lui dirent : Seigneur, venez et voyez. -''Et 
Jésus pleura. ^^Les Juifs dirent donc : Voyez comme il 
l'aimait. ^'^ Mais quelques-uns d'entre eux dirent : Lui qui 
a ouvert les yeux de l'aveugle-né, ne pouvait-il pas faire 
que celui-ci ne mourût point ? 

"^ Jésus, frémissant donc de nouveau en lui-même {c), 
vint au sépulcre. C'était une grotte, et une pierre était 
placée à l'entrée. '^^ Jésus dit : Otez la pierre. Marthe, la 
sœur du mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà mauvais; 
car il y a quatre jours qu'il est là. •^'^ Jésus lui dit : Ne 
t'ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu? 
'* Ils enlevèrent donc la pierre. Et Jésus, levant les yeux 
en haut, dit ((7) : Père, je vous rends grâces de ce que vous 

(a) Cette belle profession de foi rappelle celle de saint Pierre. Voyez saint 
Matthieu, xvi, 16. 

(b) Expression d'une rigoureuse vérité sous le rapport théologique : l' Homme- 
Dieu contrôlait toutes ses émotions, qui ne l'agitaient pas à leur gré, comme 
font les nôtres. 

(£■) Il frémit d'indignation contre le démon, le péché, la mort, qui avaient 
apporté sur la terre tant de tristesse. (Saint Augustin, le card. Tolet, etc.) 

{d) C'est une prière d'action de grâce anticipée qu'il adresse à son Père, et 
non une demande proprement dite, tant il est certain de sa puissance. 



s. JEAN, XI, 4 2-5 3- 



317 



m'avez écouté. '-Pour moi, je savais que vous m'écoutez 
toujours; mais je parle ainsi à cause du peuple qui m'en- 
toure, afin qu'ils croient que c'est vous qui m'avez envoyé, 
''■' Ayant dit cela, il cria d'une voix forte : 
Lazare, viens dehors. *''• Et aussitôt le mort 
sortit, ayant les pieds et les mains liés de 
bandes, et le visage enveloppé d'un suaire. 
Jésus leur dit : Déliez-le, et laissez-le aller. 

■^Beaucoup donc d'entre les Juifs, qui 
étaient venus auprès de Marie et de Marthe, 
et qui avaient vu ce qu'avait fait Jésus, 
crurent en lui. *^ Mais quelques-uns d'entre 
eux allèrent trouver les pharisiens, et leur 
dirent ce qu'avait fait Jésus. *'' Les princes 
des prêtres et les pharisiens assemblèrent 
donc le conseil; et ils disaient : Que ferons- 
nous? Car cet homme fait beaucoup de 
miracles. *^ Si nous le laissons agir ainsi, 
tous croiront en lui, et les Romains vien- 
dront, et ruineront notre ville et notre na- 
tion. *^ Mais l'un d'eux, nommé Caïphe, qui 
était le grand prêtre de cette année-là, leur 
dit : Vous n'y entendez rien, '°et vous ne Momie emmaii- 
réfléchissez pas qu'il vaut mieux pour vous 'otée. (D'après 
qu'un seul homme meure pour le peuple, .^^ monuments 

, . ., ... egj'ptiens.J 

et que la nation entière ne périsse point. 
^* Or, il ne dit pas cela de lui-même (a) ; mais, étant grand 
prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mou- 
rir pour la nation, ^■- et non seulement pour la nation, mais 
aussi pour rassembler en un seul corps les enfants de 
Dieu qui étaient dispersés. ^'^A partir de ce jour, ils 
pensaient donc à le faire mourir. 




(a) La parole par laquelle Caïphe avait essayé de légitimer un crime épou- 
vantable, la mort d'un innocent, était profondément immorale ; mais saint 
Jean « la voit tout éclairée d'un rayon prophétique », comme « un de ces 
oracles involontaires que l' Esprit-Saint a arrachés plus d'une fois aux mé- 
chants. * (Mïf Bougaud.) 

18. 



3i8 



s. JEAX, XI, 5 4 



XII. 



•'^ C'est pourquoi Jésus ne se montrait plus ouverte- 
ment parmi les Juifs; mais il s'en alla dans une région 

voisine du désert (a), dans une 
ville nommée Ephrem, et il 
demeurait là avec ses disciples, 
•''' Or, la Pâque des Juifs était 
proche, et beaucoup montaient 
de cette région à Jérusalem 
avant la Pâque, pour se puri- 
fier. '^ Ils cherchaient donc Jé- 
sus, et se disaient les uns aux 
autres dans le temple : Que 
pensez-vous de ce qu'il n'est 
pas venu à la fête? Mais les 
princes des prêtres et les pha- 
risiens avaient donné ordre 
que, si quelqu'un savait où il était, il le déclarât, afin 
qu'on le saisît. 




Médaille frappée par les Romains 
en souvenir de la conquête de la 
Judée. 



§ IV. — COXCLUSIOX DU MINISTÈRE PUBLIC DE JÉSUS. 

Ze repas et /'onction à Béthanie. Entrée triomphale de Jésus à Jéru- 
salem. L' hommage des Gentils et l'incrédulité des Juifs. 

Chapitre XII. — ^ Six jours avant la Pâque, Jésus vint à 
Béthanie, oii était mort Lazare, qu'il avait ressuscité. - On 
lui fit là un souper; et Marthe servait, et Lazare était un 
de ceux qui étaient à table avec lui. ^ Alors, Marie prit une 
livre de parfum de vrai nard {h), d'un grand prix, et en oignit 
les pieds de Jésus, et les essuya avec ses cheveux; et la 
maison fut remplie de l'odeur du parfum. *Un de ses dis- 
ciples. Judas Iscariote, qui devait le trahir, dit : ^ Pour- 
quoi n'a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers {c), 



{a) Du désert de Juda. La ville d'Éphrem paraît avoir été située au nord 
de Jérusalem, dans la direction de Béthel. 
(ô) Voyez saint Marc, xiv, 3, et la note. 
(^) Voyez saint Matthieu^ xviii, 28> et la note. 



s. JE AX, XII, 6 - I 7. 319 

qu'on aurait donnés aux pauvres? '^ Il disait cela, non parce 
qu'il se souciait des pauvres, mais parce qu'il était voleur, 
et qu'ayant la bourse, il prenait ce qu'on y mettait (a). "Jé- 
sus dit donc : Laissez-la, afin qu'elle réserve ce parfum 
pour le jour de ma sépulture (3). ^Car vous avez toujours 
des pauvres avec vous ; mais moi, vous ne m'aurez pas 
toujours. 

"Une grande multitude de Juifs apprirent qu'il était là, 
et ils vinrent, non seulement à cause de Jésus, mais aussi 
pour voir Lazare, qu'il avait ressuscité d'entre les morts. 
*^Or, lés princes des prêtres pensèrent à faire mourir 
aussi Lazare, '* parce que beaucoup d'entre les Juifs se 
retiraient d'eux à cause de lui, et croyaient en Jésus. 

*-Le lendemain, une foule nombreuse, qui était venue 
pour la fête, ayant appris que Jésus venait à Jérusalem, 
*-^prit des branches de palmier, et alla au-devant de lui, 
en criant : Hosanna (c) ! Béni soit celui qui vient au 
nom du Seigneur, le roi d'Israël ! ^ '' Jésus trouva un ânon, 
et s'assit dessus, ainsi qu'il est écrit {d) : ^^Ne crains 
point, fille de Sion (<?) ; voici ton roi, qui vient assis sur 
le petit d'une ânesse. ^^ Les disciples ne comprirent pas 
d'abord ces choses; mais, après que Jésus eut été glo- 
rifié (/), ils se souvinrent, alors, qu'elles avaient été 
écrites à son sujet, et qu'ils les lui avaient faites. ^"La 
foule qui était avec lui lorsqu'il avait appelé Lazare du 

(a) « Judas fut précipité de crime en crime. Aveuglé premièrement par son 
avarice, qui lui faisait dérober l'argent dont son Maître l'avait fait le gardien, 
il s'accoutumait à murmurer contre lui. Il commença ses murmures à l'oc- 
casion de la promesse de l'Eucharistie (saint Jean, vi, 71-72) ; il les continua 
lorsque Marie répandit tout le parfum précieux sur la tête et sur les pieds du 
Sauveur, et il crut qu'elle lui ôtait tout l'argent qu'elle employait pour cela. 
Il partit aussitôt après, pour aller faire son marché avec les Juifs (saint Mat- 
thieu, XXVI, 13-14). Un esprit corrompu tourne tout en poison. » (Bossuet.) 

(i) Voyez saint Matthieu, xxvi, 12, et saint Marc, xiv, 8, qui citent l:i 
réflexion de Jésus sous une forme plus claire. 

(c) Sur ce mot, voyez saint Matthieu, xxr, 9, et la note. 

(d) Zacharie, ix, 9. 

(t') Voyez saint Matthieu, xxi, 5, et la note. 

(/) C'est-à-dire, après sa résurrection et son ascension. 



320 



s. JEAN, XII, 18-27 




Égj'ptiens portant des palmes dans une céré- 
monie religieuse. (Peinture de tombeau.) 



tombeau, et l'avait ressuscité d'entre les morts, lui ren- 
dait témoignage. ^^ C'est 
pour cela aussi que la 
foule vint au-devant de 
lui, parce qu'ils avaient 
appris qu'il avait fait ce 
miracle. ^^Les phari- 
siens dirent donc entre 
eux : Vous voyez que 
nous ne gagnons rien ; 
voilà que tout le monde 
va après lui. 

'^^ Or, il y avait là quel- 
ques Gentils (rt), de ceux 
qui étaient montés {è) pour adorer au jour de la fête. 
-'Ils s'approchèrent de Philippe, qui était de Bethsaïda (f) 
en Galilée ; et ils le priaient, en disant : Seigneur, nous 
voulons voir Jésus. —Philippe vint, et le dit à André; 
puis André et Philippe le dirent à Jésus. 

'^^ Jésus leur répondit : L'heure est venue où le Fils de 
l'homme doit être glorifié. -*En vérité, en vérité, je vous 
le dis, si le grain de froment qui tombe en terre ne meurt 
pas, il demeure seul; mais, s'il meurt, il porte beaucoup 
de fruit. "-"' Celui qui aime sa vie, la perdra, et celui qui 
hait sa vie dans ce monde, la conserve pour la vie éter- 
nelle. -^ Si quelqu'un me sert, qu'il me suive; et là où je 
suis, mon serviteur sera aussi. Si quelqu'un me sert, mon 
Père l'honorera. -^Maintenant mon âme est troublée; 
et que dirai-je.'* (d) Père, délivrez-moi de cette heure? 

(fl) C'étaient des païens affiliés au judaïsme, et qui en suivaient, au moins 
partiellement, les pratiques religieuses. « Les Juifs veulent faire mourir Jésus, 
les païens désirent le voir. » (Saint Augustin.) Les Grecs viennent à lui vers 
la fin de sa vie, de même que les Mages étaient accourus auprès de son ber- 
ceau, comme prémices et avant-coureurs de toute la gentilité. 

(è) A Jérusalem. 

(c) Voyez saint Matthieu, xi, 21, et la note. 

(d) Entre cette proposition et le mot Père, il faut sous-entendre un second 
« Dirai-je ^>. Jésus ressent déjà comme un prélude et un avant-goijt amer de 



s. JEAX, XII, 28-35. 



321 



Mais c'est pour cela que je suis arrivé à cette heure. 

28 Père, glorifiez votre 

nom. 

Alors vint une voix 
du ciel : Je l'ai glorifié, 
et je le glorifierai en- 
core. "-''La foule qui 
était présente, et qui 
avait entendu, disait 
que c'était un coup de 
tonnerre. D'autres di- 
saient : C'est un ange 
qui lui a parlé. -^^ Jésus 
répondit, et dit : Ce 
n'est pas pour moi que 
cette voix est venue, 
mais pour vous. "'C'est 
maintenant le juge- 
ment du monde; c'est 

maintenant que le 
prince de ce monde («) 
va être j été dehors. "-Et 
moi, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à 
moi. ^'^ Il disait cela, pour marquer de quelle mort il de- 
vait mourir. •^''^La foule lui répondit : Nous avons appris 
de la loi que le Christ demeure éternellement. Com- 
ment donc dites-vous : Il faut que le Fils de l'homme 
soit élevé? Quel est ce Fils de l'homme (^)? '^'■' Jésus leur 
dit : La lumière est encore pour un peu de temps parmi 
vous. Marchez pendant que vous avez la lumière, de peur 

sa prochaine agonie de Gethsémani ; mais il réconforte aussitôt par la prière 
et la résignation son esprit agité. 

(a) Satan. Il sera expulsé en grande partie, par la conversion des païens, de 
cette terre où il n'avait que trop régné avant la venue de Jésus-Christ. 

(è) Ils ne pouvaient admettre que le Messie dîtt mourir ignominieusement, 
lui dont la loi, c'est-à-dire la sainte Ecriture, proclame à diverses reprises le 
règne éternel. Leurs préjugés luimains les empêchaient de concilier ces deux 
choses. 




Blé d'Egypte ("réduit de moitié). 



322 



S. JEAN, XII, 36-46. 



que les ténèbres ne vous surprennent. Celui qui marche 

dans les ténèbres ne sait où 
il va. ■^** Pendant que vous 
avez la lumière, croyez en la 
lumière, afin que vous soyez 
des enfants de lumière. 

Jésus dit ces choses, puis il 
s'en alla, et se cacha d'eux. 
^' Quoiqu'il eût fait tant de 
miracles devant eux, ils ne 
croyaient point en lui, ^^ afin 
que s'accomplît la parole du 
prophète Isaïe, qui a dit (a) : 
Seigneur, qui a cru à ce que 
nous faisons entendre {l>) ? et 
à qui le bras du Seigneur 
a-t-il été révélé? ^'' C'est 
pour cela qu'ils ne pouvaient 
croire, car Isaïe a dit en- 
core (c) : ^"^ Il a aveuglé leurs veux, et il a endurci leur 
cœur, de peur qu'ils ne voient de leurs yeux, et qu'ils ne 
comprennent de leur cœur, et qu'ils ne se convertissent, 
et que je ne les guérisse. ^^ Isaïe a dit cela lorsqu'il a vu 
sa gloire (d), et qu'il a parlé de lui. ^'' Cependant, même 
parmi les chefs, beaucoup crurent en lui ; mais, à cause 
des pharisiens, ils ne le confessaient pas, pour n'être pas 
chassés de la synagogue. '"■'^ Car ils ont aimé la gloire des 
hommes plus que la gloire de Dieu. 

^'"Or Jésus s'écria, et dit : Celui qui croit en moi, ne 
croit pas en moi, mais en Celui qui m'a envoyé. ''■' Et celui 
qui me voit, voit Celui qui m'a envoyé. ^^ Je suis venu 
comme une lumière dans le monde, afin que quiconque 




Ancienne représentation de la croix. 



(a) Isaïe, Lin, i. 

(ô) C'est-à-dire, à notre prédication. 

(c) Isaïe, VI, 9-10. Voyez saint Matthieu, xiii, 14, et la note. 

(d) La gloire future du Messie-Dieu, révélée au prophète dans une vision 
célèbre. 



s. JEAN, XII, 47 — XIII, 5. 323 

croit en moi ne demeure point dans les ténèbres. '' Et si 
quelqu'un entend mes paroles, et ne les garde pas, ce 
n'est pas moi qui le juge; car je ne suis pas venu pour 
juger le monde, mais pour sauver le monde. ^^ Celui qui 
me méprise, et qui ne reçoit pas mes paroles, a son juge : 
la parole même que j'ai annoncée le jugera au dernier 
jour. ^^ Car je n'ai point parlé de moi-même; mais le Père 
qui m'a envoyé m'a lui-même prescrit ce que je dois dire, 
et comment je dois parler. ''^ Et je sais que son comman- 
dement est la vie éternelle. C'est pourquoi, les choses que 
je dis, je les dis comme le Père me les a dites. 



DEUXIEME PARTIE 

Jésus achève de démontrer sa mission et sa divinité 
par sa passion et sa résurrection. 

§ I. — LES DERNIÈRES HEURES DE JÉSUS AVEC 
SES APÔTRES. 

Za cette et le lavement des pieds. Jésus prédit la trahison de Juda. 

Chapitre XIII. — ^ Avant la fête de Pâque (^z), sachant 
que son heure était venue de passer de ce monde au 
Père, Jésus, après avoir aimé les siens qui étaient dans le 
monde, les aima jusqu'à la fin (3). ^ Et après le souper, le 
diable ayant déjà mis dans le cœur de Judas Iscariote, fils 
de Simon, le dessein de le trahir, -^ Jésus, sachant que le 
Père avait remis toutes choses entre ses mains, et qu'il 
était sorti de Dieu, et qu'il retournait à Dieu, ^ se leva de 
table et ôta ses vêtements; et ayant pris un linge, il s'en 
ceignit. ■' Puis, il versa de l'eau dans un bassin, et com- 

(a) « On sait que le mot Pâque signifie passage. Une des raisons de ce 
nom, qui est aussi celle que saint Jean regarde en ce lieu, c'est que la fête de 
Pâque fut instituée lorsque le peuple hébreu devait sortir de l'Egypte pour 
passer dans la terre promise à leurs pères. » (Bossuet.) 

(ô) Ou, plus que jamais, d'une manière infinie, comme le montrent les 
marques extraordinaires de sa tendresse. 



324 



s. JEAN, XIII, 6- I 5. 




mença à laver les pieds de ses disciples, et à les essuyer 

avec le linge dont il était ceint. 

^ Il vint donc à Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : Vous, 
Seigneur, vous me lavez les pieds? 
"Jésus lui répondit : Ce que je fais, 
tu ne le sais pas maintenant, mais tu 
le sauras plus tard. ^ Pierre lui dit : 
Vous ne me laverez jamais les pieds. 
Jésus lui répondit : Si je ne te lave, tu 
n'auras point de part avec moi. ^ Si- 
mon-Pierre lui dit : Seigneur, non 
seulement mes pieds, mais aussi les 
mains et la tête. ^^ Jésus lui dit : Ce- 
lui qui s'est baigné n'a plus besoin 
que de se laver les pieds, car il est pur 
tout entier (a). Et vous, vous êtes 
purs, mais non pas tous. ^* Car il savait 

quel était celui qui le trahirait; c'est pourquoi il dit : 

Vous n'êtes pas tous purs. 
'- Après qu'il leur eut 

lavé les pieds, et qu'il eut 

repris ses vêtements, s'é- 

tant remis à table, il leur 

dit : Savez-vous ce que je 

vous ai fait? ^^ Vous m'ap- 
pelez Maître, et Seigneur; 

et vous dites bien, car je 

le suis. ^* Si donc je vous 

ai lavé les pieds, moi, le 

Seigneur et le Maître, 

vous devez aussi vous la- 
ver les pieds les uns aux autres; ^'car je vous ai donné 



Le lavement des pieds. 

(D'après un ancien 

sarcophage.) 




Esclave lavant les pieds d'un hôte. 
(D'après un vase grec.) 



(a) « En Orient, dans les pays chauds, l'usage du bain était fort fréquent, 
et après qu'on s'était lavé le matin et pendant le jour, il ne restait plus, sur 
le soir, que de se laver les pieds... Jésus-Christ nous apprend donc, par cette 
parole, qu'il ne nous est pas permis de négliger les moindres péchés. » (Bos- 
suet.) 



s. JEAN, XIII, 16-26. 



l'exemple, afin que ce que je vous ai fait, vous le fassiez 
aussi. *^ En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur 
n'est pas plus grand que son maître ; ni l'envoyé plus 
grand que celui qui l'a envoyé. ^^Si vous savez ces choses, 
vous serez heureux, pourvu que vous les pratiquiez. ^^ Je 
ne parle pas de vous tous. Je connais ceux que j'ai choi- 
sis; mais il faut que l'Ecriture s'accomplisse ; Celui qui 
mange du pain avec moi, lèvera son talon contre moi {a). 
•^Dès maintenant je vous le dis, avant que la chose 
arrive, afin que, lorsqu'elle sera arrivée, vous croyiez à ce 
que je suis. -'^En vérité, en vérité, je vous le dis, qui- 
conque reçoit celui que j'aurai envo3'é, me reçoit; et celui 
qui me reçoit, reçoit Celui qui m'a envové. 

"-' Lorsqu'il eut dit ces choses, Jésus fut troublé dans 
son esprit, et il fit cette déclaration, et il dit : En vérité, 
en vérité, je vous le dis, l'un de vous me trahira. -^ Les dis- 
ciples se regardaient donc les uns les autres, ne sachant 
de qui il parlait. -' Mais 
l'un des disciples, celui 
que Jésus aimait, était 
couché sur le sein de 
Jésus (3). -* Simon- 
Pierre lui fit signe, et 
lui dit : Quel est celui 
dont il parle ? -' Ce 
disciple, s'étant alors 
penché sur le sein de 

Jésus, lui dit : Sei- Un repas en famille. 

-,oc T • (D après une peinture grecque.'» 

gneur, qui est-ce ? -^Jé- 
sus répondit : C'est celui à qui je présenterai du pain 
trempé. Et ayant trempé du pain, il le donna à Judas Isca- 




(a) Psaumes, XL, 10. Ce texte oppose la haine brutale, l'ignoble ingratitude, 
aux relations intimes que crée une comraensalité habituelle. 

(b) Lorsque deux convives étaient couchés l'un près de l'autre sur un 
divan, à la façon antique, celui qui occupait la place antérieure pouvait faci- 
lement appuyer sa tête sur la poitrine de son voisin. Voyez la gravure ci- 
jointe et celles des pages 156, 230 et 235. 



iq 



326 



s. JEAN, XIII, 27-37. 



riote, fils de Simon. -'' Et quand il eut pris cette bouchée, 
Satan entra en lui (a). Et Jésus lui dit : Ce que tu fais, fais- 
le au plus tôt. 2^ Mais aucun de ceux qui étaient à table ne 
comprit pourquoi il lui avait dit cela. -^Car quelques-uns 
pensaient que, comme Judas avait la bourse, Jésus avait 
voulu lui dire : Achète ce qui nous est nécessaire pour la 
fête; ou qu'il lui commandait de donner quelque chose 
aux pauvres. ^^ Judas, ayant donc pris cette bouchée, 
sortit aussitôt. Et il était nuit. 

^^ Lorsqu'il fut sorti, Jésus dit (b) : Maintenant, le Fils 
de l'homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en lui. -^-Si 
Dieu a été glorifié en lui. Dieu le glorifiera aussi en lui- 
même ; et c'est bientôt qu'il le glorifiera. '^'^ Mes petits en- 
fants, je ne suis plus que pour peu de temps avec vous. 
Vous me chercherez, et, ce que j'ai dit aux Juifs : Là où je 

■j vais, vous ne pouvez venir, je 
vous le dis aussi maintenant. 
^'•^ Je vous donne un comman- 
dement nouveau : que vous 
vous aimiez les uns les autres ; 
que vous vous aimiez les uns 
les autres comme je vous ai 
aimés. '■^'■' C'est en ceci que 
tous connaîtront que vous êtes 
mes disciples, si vous avez de 
l'amour les uns pour les au- 
tres. 

^^ Simon-Pierre lui dit : Sei- 
gneur, où allez-vous? Jésus 
répondit : Là où je vais, tu ne peux me suivre main- 
tenant; mais tu me suivras plus tard. ^'' Pierre lui dit : 




Représentation allégorique du ciel. 
(Peinture des Catacombes.) 



(rt) « Prenant une possession plus complète de celui qui s'était déjà livré à 
lui. » (Saint Augustin.) 

(b) «. Incomparable entretien, qui est bien ce que la terre a jamais entendu 
de plus sublime, de plus bienfaisant et de plus tendre. Nous y voyons éclater, 
comme elle ne l'avait pas encore fait, l'adorable beauté du Fils de l'homme. » 
(Mfc-f Bougaud.) 



JEAN, XIII, 3 



XIV. 



9- 



Pourquoi ne pourrais-je pas vous suivre maintenant? Je 
donnerai ma vie pour vous. ^8 Jésus lui répondit : Tu 
donneras ta vie pour moi? En vérité, en vérité, je te le 
dis, le coq ne chantera pas avant que tu ne m'aies renié 
trois fois. 



Discours de Jésus-Christ h ses apôtres après la cène : 
Première partie, prononcée dans le cénacle. 

Chapitre XIV. — ^ Que votre cœur ne se trouble point. 
Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. - Dans la mai- 
son de mon Père, il y a de nombreuses demeures. Si cela 
n'était pas, je vous l'aurais dit; car je vais vous préparer 
une place. -^Et lorsque je m'en serai allé, et que je vous 
aurai préparé une place, je reviendrai, et je vous pren- 
drai avec moi, afin que là oià je suis, vous y soyez aussi. 
■'•^ Vous savez où je vais, et vous en savez le chemin. 

■^ Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons pas où vous 
allez; comment pourrions-nous en savoir le chemin? 
^' Jésus lui dit : 
Je suis la voie, 
la vérité et la 
vie;personne ne 
vient au Père, si 
ce n'est par moi. 
"Si vous m'aviez 
connu, vous au- 
riez connu mon 
Père; et bien- 
tôt vous le con- 
naîtrez, et vous Jésus la voie, la vérité, la vie. (Ancienne mosaïque ) 

l'avez déjà vu. 

^ Philippe lui dit : Seigneur, montrez-nous le Père, et 
cela nous suffit. ^ Jésus lui dit : Il y a si longtemps que je 
suis avec vous, et vous ne me connaissez pas? Philippe, 
celui qui me voit, voit aussi le Père (^O- Comment peux-tu 

(a) « Quand on le voit, on me voit tlans mon principe, et quand on me 




328 s. JEAN, XIV, 10-2 2. 

dire : Montrez-nous le Père? *^Ne croyez-vous pas que je 
suis dans le Père, et que le Père est en moi? Les paroles 
que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même; mais le 
Père, qui demeure en moi, fait lui-même mes œuvres. 
**Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père, et que 
le Père est en moi? Croyez-le du moins à cause de ces 
œuvres. 

^2 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en 
moi fera lui-même les œuvres que je fais, et il en fera de 
plus grandes, parce que je m'en vais auprès du Père. 
*"^ Et tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, 
je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. ^*Si 
vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. 

!•' Si vous m'aimez, gardez mes commandements. ^'' Et 
moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Pa- 
raclet (a), afin qu'il demeure éternellement avec vous : 
^'^ l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, 
parce qu'il ne le voit pas, et qu'il ne le connaît pas. Mais 
vous, vous le connaîtrez, parce qu'il demeurera avec 
vous, et qu'il sera en vous. 

*^Je ne vous laisserai pas orphelins; je viendrai à 
vous. ^^ Encore un peu de temps, et le monde ne me 
verra plus. Mais vous, vous me verrez, parce que je vis, 
et que vous vivrez. -^ En ce jour-là, vous connaîtrez que je 
suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous. ^^ Celui 
qui a mes commandements, et qui les garde, c'est celui-là 
qui m'aime. Or, celui qui m'aime sera aimé de mon 
Père, et je l'aimerai aussi, et je me manifesterai à' lui. 

22 Judas (/^), non pas l'Iscariote, lui dit : Seigneur, d'oîi 

voit, on le voit dans son image, dans son expression, dans son éclat, dans le 
rejaillissement de sa gloire ; et la vue du Père et du Fils est inséparable. » 
(Bossuet.) 

(a) Mot grec que l'on traduit souvent par Consolateur, mais dont la signi- 
fication classique est plutôt Avocat. C'est celle que lui donnent ici Tertullien, 
saint Augustin, etc., et elle convient parfaitement pour exprimer le rôle de 
r Esprit-Saint. 

(b) Saint Jude, qui portait aussi le nom de Thaddée. Vo3'ez saint Mat- 
thieu, X, 3. 



s. JEAN, XIV, 23 — XV, 2. 329 

vient que vous vous manifesterez à nous, et- non pas au 
monde? --^ Jésus lui répondit : Si quelqu'un m'aime, il 
gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous vien- 
drons h lui, et nous ferons chez lui notre demeure. -'" Celui*, 
qui ne m'aime point ne garde pas mes paroles; et la pa' 
rôle que vous avez entendue n'est pas de moi, mais de 
Celui qui m'a envoyé, du Père. 

-'Je vous ai dit ces choses pendant que je demeurais 
avec vous. -^Mais le Paraclet, l'Esprit-Saint, que le Père 
enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et 
vous rappellera tout ce que je vous ai dit. -' Je vous 
laisse la paix, je vous donne ma paix; ce n'est pas comme 
le monde la donne que je vous la donne. Que votre cœur 
ne se trouble pas, et qu'il ne s'effraye pas. -^ Vous avez en- 
tendu que je vous ai dit : Je m'en vais, et je reviens à 
vous. Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de'ce que je 
vais auprès du Père, parce que le Père est plus grand 
que moi (a). -^Et je vous ai dit ces choses maintenant, 
avant qu'elles n'arrivent, afin que, lorsqu'elles seront arri- 
vées, vous croyiez. '^"^ Je ne vous parlerai plus guère, car le 
prince de ce,monde vient, et il n'a aucun droit sur moi ; 
■'^ mais il vient, afin que le monde connaisse que j'aime 
le Père, et que je fais ce que le Père m'a ordonné. 

Levez-vous, sortons d'ici (b). 

Discours de Jésus-Christ après lac eue : Deuxième partie, 
prononcée sur le chemin de Gethsémani. 

Chapitre XV. — ^ Je suis la vraie vigne (<:), et mon 
Père est le vigneron. - Tout sarment qui ne porte pas de 
fruit en moi, il le retranchera; et tout sarment qui porte 



(a) « En se faisant homme, Jésus-Christ est sorti en un certain sens du 
lieu de sa gloire, et il s'est fait moindre que son Père, lui qui est naturelle- 
ment son égal. » (Bossuet.) 

(b) Jésus prononça ces mots au moment où il se levait de table, pour 
quitter le cénacle. La suite du discours fut prononcée sur le chemin qui con- 
duisait à Gethsémani. 

(c) Nouvelle allégorie jileine de beauté. 



^\ 



330 



s. JEAN", XV, 3-12. 



du fruit, il l'émondera, afin qu'il porte plus 
de fruit. ^Vous êtes déjà purs, à cause de 
la parole que je vous ai annoncée. '''De- 
meurez en moi, et je demeurerai en vous. 
Comme le sarment ne peut de lui-même 
porter du fruit, s'il ne demeure attaché au 
cep, ainsi vous ne le pouvez pas non plus, 
si vous ne demeurez en moi. '■' Je suis la 
vigne, vous êtes les sarments. Celui qui 
demeure en moi, et moi en lui, porte beau- 
coup de fruit; car, sans moi, vous ne pou- 
vez rien faire. ^ Si quelqu'un ne demeure 
pas en moi, il sera jeté dehors comme le 
sarment, et il séchera; puis on le ramas- 
sera, et on le jettera au feu, et il brû- 
lera {a). ''Si vous demeurez en moi, et que 
mes paroles demeurent en vous, vous de- 
manderez tout ce que vous voudrez, et 
cela ^ous sera accordé. ** En ceci mon Père 
sera glorifié, que vous portiez beaucoup de 
fruit, et que vous deveniez mes disciples. 
'' Comme le Père m'a aimé, je vous ai aussi 
aimés. Demeurez dans mon amour. ^^ Si 
vous gardez mes commandements, vous de- 
meurerez dans mon amour, comme j'ai moi- 
même gardé les commandements de mon 
Père, et que je demeure dans son amour. 
^' Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie 
soit en vous, et que votre joie soit parfaite. 
^- Ceci est mon commandement (/') : que 

(a) « Le bois de la vigne, lorsqu'on l'a coupé, ne sert 
à aucun usage. Au sarment, il faut deux choses : ou la 
vigne ou le feu. » (Saint Augustin.) 

(b) Son commandement spécial et distinctif, auque! il 
tient entre tous. 



Vigne sculptée sur un pilastre, 
au-dessous du monogramme du Christ. (Monuments africains.) 



s. JEAN, XV, 13-25. 331 

\ous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai 
aimés. *-^ Personne ne peut avoir un plus grand amour 
que de donner vie pour ses amis. *'' Vous êtes mes amis, 
si vous faites ce que je vous commande. *' Je ne vous 
appellerai plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait 
pas ce que fait son maître; mais je vous ai appelés amis, 
parce que tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous 
l'ai fait connaître. ^""Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, 
mais c'est moi qui vous ai choisis, et je vous ai établis afin 
que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre 
fruit demeure ; afin que tout ce que vous demanderez au 
Père en mon nom, il vous le donne. 

*^ Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les 
uns les autres. ^^ Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a 
haï avant vous. ''^ Si vous étiez du monde, le monde aime- 
rait ce qui serait à lui ; mais, parce que vous n'êtes pas 
du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à 
cause de cela le monde vous hait. -^ Souvenez-vous de la 
parole que je vous ai dite : Le serviteur n'est pas plus grand 
que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécute- 
ront aussi ; s'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la 
vôtre. -^ Mais, ils vous feront toutes ces choses à cause de 
mon nom, parce qu'ils ne connaissent pas Celui qui m'a 
envoyé (a). --Si je n'étais pas venu, et que je ne leur 
eusse point parlé, ils n'auraient pas de péché ; mais main- 
tenant, ils n'ont pas d'excuse de leur péché. ^'^ Celui qui 
me hait, hait aussi mon Père, ^*Si je n'avais pas fait parmi 
eux des œuvres qu'aucun autre n'a faites, ils n'auraient 
pas de péché ; mais maintenant, ils ont vu, et ils ont haï 
et moi et mon Père, -^ afin que la parole qui est écrite 
dans leur Loi soit accomplie {è) : Ils m'ont haï sans su- 



(a) « Dans sa charité sans bornes, Jésus cherche, comme il le fera encore 
-sur la croix, à atténuer le crime de ses persécuteurs, car il rappelle qu'ils 
agissent en aveugles... Mais il est contraint d'avouer (versets 22-25) que, depuis 
sa venue et après ses miracles, leur incrédulité n'a plus d'excuse. » (M. Fouard.) 

(*) Psaumes, xxiv, 19. Le mot Loi est pris ici dans un sens laige, pour 
disigner tous les livres de l'Ancien Testament. 



332 



s. JEAN, XV, 26 — XVI, II. 



jet. "-''Mais, lorsque le Paraclet que je vous enverrai de 
la part du Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, sera 
venu, il rendra témoignage de moi. -' Et vous, vous ren- 
drez aussi témoignage, parce que vous êtes avec moi de- 
puis le commencement. 

Chapitre XVI. — ^ Je vous ai dit ces choses, afin que 
vous ne soyez point scandalisés. - Ils vous chasseront des 
synagogues, et l'heure vient où quicon- 
que vous fera mourir croira rendre 
hommage à Dieu. -^Et ils vous traite- 
ront ainsi parce qu'ils ne connaissent 
ni le Père ni moi. 

•'■Je vous ai dit ces choses afin que, 
lorsque l'heure en sera venue, vous 
vous souveniez que je vous les ai dites. 
^ Je ne vous les ai pas dites dès le com- 
mencement, parce que j'étais avec vous. 
Et maintenant, je vais à Celui qui m'a 
envoyé, et aucun de vous ne me de- 
mande : Où allez-vous? •'Mais, parce 
que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre 
cœur. ''Cependant, je vous dis la vérité : il vous est utile que 
je m'en aille. Car, si je ne m'en vais pas, le Paraclet ne 
viendra point à vous; mais, si je m'en vais, je vous l'en- 
verrai. ^Et lorsqu'il sera venu, il convaincra le monde 
en ce qui concerne le péché, la justice et le jugement. ^ En 
ce qui concerne le péché, parce qu'ils n'ont pas cru en moi ; 
^*^ en ce qui concerne la justice, parce que je m'en vais 
à mon Père, et que vous ne me reverrez plus; *^ en ce 
qui concerne le jugement, parce que le prince du monde 
est déjà jugé {a). 




Une martyre décapilée. 

(Pierre gravée du 

iv« siècle.) 



(a) Ainsi donc, « l'action de l'Esprit-Saint consistera à convaincre les 
hommes du péché du monde, de la justice de Jésus-Christ et du jugement de 
Satan... Le péché du monde est dans son incrédulité... La justice de Jésus- 
Christ se trouvera établie par sa résurrection... Quant au prince des ténèbres, 
l'Esprit-Saint établira qu'il est définitivement jugé, frappé d'impuissance, 
défait au pied de la croix, déchu de son pouvoir tyrannique. » (M. Le Camus.) 



s. JEAN, XVI, 12-2 2. 333 

^■-J'ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous 
ne pouvez pas les porter maintenant. '-^ Quand cet Esprit 
de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité, car 
il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il 
aura entendu, et il vous annoncera l'avenir. '*I1 me glo- 
rifiera, parce qu'il recevra de ce qui est à moi, et vous 
l'annoncera. ^'Tout ce qu'a le Père est à moi; c'est pour- 
quoi j'ai dit : Il recevra de ce qui est à moi, et vous 
l'annoncera (</). ^^ Encore un peu de temps, et vous ne 
me verrez plus; et encore un peu de temps, et vous me 
verrez, parce que je m'en vais auprès du Père. 

^' Alors, quelques-uns de ses disciples se dirent les 
uns aux autres : Que signifie ce qu'il nous dit : Encore 
un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore 
un peu de temps, et vous me verrez; et : Parce que je 
m'en vais auprès du Père? ^^Ils disaient donc : Que si- 
gnifie ce qu'il dit : Encore un peu de temps? Xous ne 
savons de quoi il parle. 

^^ Jésus connut qu'ils voulaient l'interroger, et il leur 
dit : Vous vous demandez entre vous ce que j'ai dit : 
Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et 
encore un peu de temps, et vous me verrez. -"^ En vérité, 
en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous gémirez, 
vous, et le monde se réjouira (d). Vous, vous serez dans 
la tristesse ; mais votre tristesse sera changée en joie. 
2* Lorsqu'une femme enfante, elle a de la tristesse, parce 
que son heure est venue ; mais, lorsqu'elle a enfanté un 
fils, elle ne se souvient plus de la souff"rance, dans la joie 
qu'elle a d'avoir mis un homme au monde. --Vous donc 
aussi, vous êtes maintenant dans la tristesse; mais je vous 

(a) Dieu le Père est la source première de tous les biens, et les deux autres 
personnes divines y viennent puiser sans cesse, par des communications inef- 
fables. 

(b) « Disons ici avec cet ancien : Je ne veux pas me réjouir avec le monde, 
de peur de m'affliger un jour avec lui. Je ne veux pas, pour sa joie courte et 
trompeuse, m'attirer l'accablement et le poids d'une étemelle douleur. Ne vous 
laissez pas tromper aux joies du monde, ni à cette fleur qui tombe du matin 
au soir. » (Bossuet.) 

19- 



334 s. JEAN, XVI, 23-33. 

verrai de nouveau, et votre cœur se réjouira, et personne 
ne vous ravira votre joie. "^^En ce jour-là, vous ne m'in- 
terrogerez plus sur rien. En vérité, en vérité, je vous 
le dis, si vous demandez quelque chose au Père en mon 
nom, il vous le donnera. -^Jusqu'à présent vous n'avez 
rien demandé en mon nom. Demandez, et vous recevrez, 
afin que votre joie soit parfaite. 

-■' Je vous ai dit ces choses en paraboles. L'heure vient 
où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais où je vous 
parlerai ouvertement du Père. -''En ce jour-là, vous 
demanderez en mon nom; et je ne vous dis pas que je 
prierai le Père pour vous, "^^ car le Père vous aime lui- 
même, parce que vous m'avez aimé, et que vous avez cru 
que je suis sorti de Dieu. -^ Je suis sorti du Père, et je 
suis venu dans le monde; je quitte de nouveau le monde, 
et je vais auprès du Père. 

-^ Ses disciples lui dirent : Voici que, maintenant, vous 
parlez ouvertement, et vous ne dites plus de parabole. 
■'^ Maintenant nous savons que vous savez toutes choses, 
et que vous n'avez pas besoin que personne vous inter- 
roge ; voilà pourquoi nous croyons que vous êtes sorti de 
Dieu. 

^^ Jésus leur répondit : Vous croyez à présent? ^- Voici 
que l'heure vient, et elle est déjà venue, où vous serez 
dispersés, chacun de son côté, et où vous me laisserez 
seul. Mais je ne suis pas seul, car le Père est avec moi. 
^^ Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en 
moi. Dans le monde, vous aurez des afflictions; mais 
ayez confiance, j'ai vaincu le monde (a). 

(a) Et pourtant, dans quelques heures, Jésus allait être humilié et vaincu 
par le monde. Mais il est siir de son prochain triomphe ; voilà pourquoi il 
emploie ce fier langage, dont la suite des siècles a si bien démontré la vérité 
parfaite. 



s. JEAN, XVII, 1-9. 



335 




La prière sacerdotale de Notre-Seigneur Jéstis-Christ. 

Chapitre XVII. — ^ Ayant dit ces choses, Jésus leva 
les yeux au ciel, et dit (<z) : Père, l'heure est venue ; glo- 
rifiez votre Fils, afin que votre Fils 
vous glorifie, - en donnant, selon la 
puissance que vous lui avez accor- 
dée sur toute chair, la vie éternelle 
à tous ceux que vous lui avez don- 
nés. ^ Or, la vie éternelle, c'est 
qu'ils vous connaissent, vous le seul 
vrai Dieu, et celui que vous avez 
envoyé, Jésus-Christ. ^Je vous ai 
glorifié sur la terre; j'ai accompli 
l'œuvre que vous m'aviez donnée 
à faire. ^ Et maintenant, glorifiez- 
moi, vous. Père, auprès de vous- 
même, de la gloire que j'ai eue 

"^ * Personnage en prière. 

auprès de vous, avant que le monde .„ . ^ _ ^ ^ 

'^ . ^ (Peinture des Catacombes.) 

fut \b). 

^ J'ai manifesté votre nom aux hommes que vous m'avez 
donnés du milieu du monde. Ils étaient à vous, et vous me 
les avez donnés ; et ils ont gardé votre parole. "^ Mainte- 
nant, ils savent que tout ce que vous m'avez donné vient 
de vous ; ^car, je leur ai donné les paroles que vous m'avez- 
données, et ils les ont reçues, et ils ont vraiment connu que 
je suis sorti de vous, et ils ont cru que vous m'avez en- 
voyé. ^ C'est pour eux que je prie; ce n'est pas pour le- 
monde que je prie (<:), mais pour ceux que vous m'avez: 

(a) Prière d'une incomparable beauté, la plus belle, assurément, qui ait 
jamais été formulée dans le langage humain. Jésus l'adresse à son Père en 
tant que pontife suprême de l'Eglise, avant de consommer son sanglant sacri- 
fice. Il prie successivement pour lui-même (versets 1-5), pour ses apôtres 
(versets 6-19), pour l'Eglise entière (versets 20-26). 

(f ) « Comme Verbe, Jésus n'a rien à réclamer, car sa gloire et son triomphe 
sont éternels ; mais comme homme, il demande ce qu'il a mérité, l'association 
de la nature humaine à la gloire de la nature divine. » (M. Le Camus.) 

(c) « O monde, la vérité te condamne ici, et Jésus-Christ t'exclut de sa 



336 



s. JEAN, XVII, I0-20. 



donnés, parce qu'ils sont à vous, ^^ Tout ce qui est à moi 
est à vous, et ce qui est à vous est à moi ; et j'ai été glo- 
rifié en eux. ^^Et déjà je ne suis plus dans le monde; 
mais eux, ils sont dans le monde, et moi je viens à vous. 
Père saint, gardez en votre nom ceux que vous m'avez 
donnés, afin qu'ils soient un comme nous. ^-Lorsque 

j'étais avec eux, je les 
gardais en votre nom. 
Ceux que vous m'avez 
donnés, je les ai gardés, 
et aucun d'eux ne s'est 
perdu, si ce n'est le fils 
de perdition, afin que 
l'Ecriture fût accomplie. 
^^ Mais maintenant, je 
viens à vous, et je dis ces 
choses dans le monde, 
afin qu'ils aient ma joie 
complète en eux-mêmes. 
^■^ Je leur ai donné votre 
parole, et le monde les 
a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme moi non 
plus, je ne suis pas du monde. ^-^ Je ne vous prie pas dè\ 
les ôter du monde, mais de les préserver du mal. ^° Ils/ 
ne sont pas du monde, comme moi non plus, je ne suis 
pas du monde. ^'^ Sanctifiez-les dans la vérité. Votre pa-l 
rôle est la vérité. ^^ Comme vous m'avez envoyé dans la 
monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. ^^ Et 
je me sanctifie moi-même pour eux (a), afin qu'ils soienf, 
eux aussi, sanctifiés dans la vérité. 

^^Ce n'est pas seulement pour eux que je prie, mais 
aussi pour ceux qui doivent croire en moi par leur parole, 




Martyrs tenant des palmes et des couronnes. 
(Ancienne mosaïque.) 



charité ; mais plutôt tu t'en exclus toi-même, et tu te rends incapable du 
grand fruid de sa prière. » (Bossuet.) 

(a) Le verbe sanctifier a ici sa signification primitive de mettre à part pour 
un ministère sacré. Jésus s'est séparé de tout, pour se livrer uniquement à 
son œuvre de rédemption. 



s. JEAN, XVII, 2 1 — XVIII, 5. 337 

-* afin que tous soient un, comme vous, Père, êtes en moi, 
et moi en vous, afin qu'ils soient, eux aussi, un en nous, 
pour que le monde croie que vous m'avez envoyé. -- Et 
la gloire que vous m'avez donnée, je la leur ai donnée; 
afin qu'ils soient un, comme nous sommes un, nous aussi. 
-^Moi en eux, et vous en moi, afin qu'ils soient consom- 
més dans l'unité, et que le monde connaisse que vous 
m'avez envoyé, et que vous les avez aimés, comme vous 
m'avez aimé. -'Père, je veux que, là où je suis, ceux que 
vous m'avez donnés y soient aussi avec moi (a), afin qu'ils 
voient ma gloire que vous m'avez donnée, parce que vous 
m'avez aimé avant la création du monde. 

-■^Père juste, le monde ne vous a pas connu; mais 
moi, je vous ai connu, et ceux-ci ont connu que vous 
m'avez envoyé. -^ Je leur ai fait connaître votre nom, et je 
le leur ferai connaître, afin que l'amour dont vous m'avez 
aimé soit en eux, et moi aussi en eux. 

§ IL — LA PASSIOX ET LA MORT DE JÉSUS. 

L'arrestation dans le jardin. Jésus chez Anne et chez Caiphe. Le 
reniemefit de saint Pierre. 

Chapitre XVIII. — ^ Après avoir dit ces choses, Jésus 
alla avec ses disciples au delà du torrent de Cédron (3), 
où il y avait un jardin (^), dans lequel il entra, lui et ses 
disciples. - Judas, qui le trahissait, connaissait aussi ce 
lieu, parce que Jésus y était souvent venu avec ses disci- 
ples. -^ Judas, ayant donc pris la cohorte (^), et des 
gardes fournis par les princes des prêtres et les phari- 
siens, vint là avec des lanternes, des flambeaux et des 
armes. ^ Jésus, sachant tout ce qui devait lui arriver, vint 
au-devant d'eux, et leur dit : Qui cherchez-vous ? ' Ils lui 

(a) Au ciel, à jamais heureux avec notre bien-aimé Sauveur, 
(ô) Le Cédron longe le pied du mont des Oliviers, à l'est de Jérusalem. 
(c) Le jardin de Gethsémani. Voyez saint Matthieu, xxvi, 36, et la note. 
{d) Voyez saint Matthieu, xxvii, 27, et la seconde note. 



338 



s. JEAN, XVIII, 6- I 7. 




Lanterne égyptienne. 
(Peinture ancienne.) 



répondirent : Jésus de Nazareth. Jésus leur dit : C'est 
moi. Or Judas, qui le trahissait, se te- 
nait là aussi avec eux. ^ Lors donc que 
Jésus leur eut dit : C'est moi, ils recu- 
lèrent et tombèrent par terre. '' Il leur 
demanda de nouveau : Oui cherchez- 
vous? Et ils dirent : Jésus de Nazareth. 
^ Jésus répondit : Je vous ai "dit que 
c'est moi. Si donc c'est moi que vous 
cherchez, laissez aller ceux-ci. ^ Il dit 
cela, afin que s'accomplît cette parole 
qu'il avait dite {a) : De ceux que vous 
m'avez donnés, je n'en ai perdu aucun. 

^^ Alors Simon-Pierre, qui avait une 
épée, la tira, frappa le serviteur du 
grand prêtre, et lui coupa l'oreille 
droite. Ce serviteur s'appelait Malchus. ^^ Mais Jésus dit à 
Pierre : Remets ton épée dans le fourreau. Ne boirai -je 
pas le calice que mon Père m'a donné? 

^-La cohorte, et le tribun (d), et les gardes des Juifs 
prirent donc Jésus et le lièrent (c) ; ^^ et ils l'emmenèrent 
d'abord chez Anne, car il était le beau-père de Caïphe (d), 
qui était grand prêtre cette année-là. *^ Caïphe était celui 
qui avait donné ce conseil aux Juifs : Il vaut mieux 
qu'un seul homme meure pour le peuple (e). *^ Cepen- 
dant, Simon-Pierre suivait Jésus, avec un autre disciple. 
Ce disciple était connu du grand prêtre, et il entra avec 
Jésus dans la cour du grand prêtre ; ^^ mais Pierre se te- 
nait dehors, près de la porte. L'autre disciple, qui était 
connu du grand prêtre, sortit donc, et parla à la portière, 
et fit entrer Pierre. ^"^ Cette servante, qui gardait la porte. 



(a) Chap. XVII, vers. 12. 

(i) Officier supérieur, qui commandait la cohorte. 

(£•) « Que n'étais-je là avec mes Francs ! » s'écriait Clovis, en entendant 
pour la première fois le récit de la Passion. 

(d) Voyez saint Luc, m, 2, et la note. 

(e) Voyez xi, 49-51. 



vS. JEAN', XVIII, 18-27. 



339 



dit à Pierre : N'es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet 
homme ? Il dit : Je n'en suis pas. *^ Les serviteurs et les 
gardes se tenaient auprès du feu, parce qu'il faisait froid, 
et ils se chauffaient. Pierre était aussi avec eux, et se 
chauffait. 

*^ Cependant, le grand prêtre interrogea Jésus sur ses 
disciples et sur sa doctrine. "^"^ Jésus lui répondit : J'ai 
parlé ouvertement au monde ; j'ai toujours enseigné dans 
la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s'assem- 
blent, et je n'ai rien dit en secret. -^ Pourquoi m'interro- 
ges-tu? Demande à ceux qui m'ont entendu ce que je 
leur ai dit; eux, ils savent ce que j'ai dit. — Lorsqu'il eut 
dit cela, un des gardes, qui se trouvait là, donna un souf- 
flet à Jésus, en disant : Est-ce ainsi que tu réponds au 
grand prêtre? --^ Jésus lui répon- 
dit : Si j'ai mal parlé, montre ce 
que j'ai dit de mal; mais, si j'ai 
bien parlé, pourquoi me frappes- 
tu {û) ? -* Anne l'envoya lié à Caï- 
phe, le grand prêtre. 

^ Or, Simon-Pierre était là de- 
bout, et se chauffait. On lui dit 
donc : N'es-tu pas, toi aussi, de 
ses disciples? Il le nia, en disant : 
Je n'en suis pas. -^ Alors un des 
serviteurs du grand prêtre, parent 
de celui à qui Pierre avait coupé 
l'oreille, lui dit : Est-ce que je ne t'ai pas vu dans le jar- 
din avec lui? -'Pierre le nia de nouveau; et aussitôt le coq 
chanta. 




Le grand-prêtre juif. 



(a) « Qu'y a-t-il de plus vrai, de plus doux, de plus juste que cette ré- 
ponse ? » (Saint Augustin.) Qu'y a-t-il aussi de plus majestueux et de plus 
ferme que cette calm? protestation ? 



340 s. JEAN, XVIII, 28-37. 

Jésus devant Pilate. On lui préfère Barabbas. La flagellation et le 
coiironnemejit d'épines. La voie douloureuse et le crucifiement. 
Jésus tneurt après avoir légué sa mère a saint Jean. Ll est en- 
seveli. 

-^ Ils conduisirent donc Jésus de chez Caïphe au pré- 
toire (^). C'était le matin, et ils n'entrèrent point eux- 
mêmes dans le prétoire, afin de ne pas se souiller (F), et 
de pouvoir manger la pâque (^r). -^ Pilate vint donc à 
eux dehors, et dit : Quelle accusation portez-vous contre 
cet homme? ■'^° Ils lui répondirent : Si ce n'était pas un 
malfaiteur, nous ne te l'aurions pas livré. '^^ Pilate leur 
dit : Prenez-le vous-mêmes, et jugez-le selon votre loi. 
Mais les Juifs lui dirent : Il ne nous est pas permis de 
mettre personne à mort {d). ^- C'était afin que s'accom- 
plît la parole que Jésus avait dite, lorsqu'il avait marqué 
de quelle mort il devait mourir (^e). 

^^ Pilate entra donc de nouveau dans le prétoire, et., 
appela Jésus. Et il lui dit : Es-tu le roi des Juifs? '^^ Jésus 
lui répondit : Dis-tu cela de toi-même, ou d'autres te 
l'ont-ils dit de moi? ^^ Pilate répondit : Est-ce que je suis 
Juif, moi? Ta nation et les princes des prêtres t'ont livré 
à moi; qu'as-tu fait? ■''^ Jésus répondit : Mon royaume 
n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce 
monde, mes serviteurs auraient combattu, pour que je ne 
fusse pas livré aux Juifs; mais mon royaume n'est point 
d'ici. -''^ Pilate lui dit alors : Tu es donc roi ? Jésus répon- 
dit : Tu le dis, je suis roi. Voici pourquoi je suis né, et 

(a) Voyez saint Matthieu, xxvii, 27, et la première note. 

(è) Les Juifs regardaient les maisons des païens comme impures, et ils 
contractaient une souillure en y pénétrant. Dans ce cas, il leur était interdit 
de manger des viandes sacrées, jusqu'à ce qu'ils se fussent purifiés par des 
ablutions. 

{c) Ici, ce mot désigne les victimes immolées le jour de la solennité pascale. 

(^d) Voyez saint Matthieu, xxvii, 2, et la note. 

(f) Si les Juifs avaient joui de leurs droits politiques, ils auraient condamné 
Jésus à être lapidé ; mais il ne l'auraient pas crucifié, parce que ce genre de 
supplice était abhorré chez eux. Or, le Sauveur avait prédit maintes fois 
qu'il mourrait sur la croix. 



s. JEAN, XVIII, 38 



\IX, 6. 



341 



voici pourquoi je suis venu dans le monde : pour rendre 
témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité, écoute 
ma voix. ^^ Pilate lui dit : Qu'est-ce que la vérité? 

Et avant dit cela, il sortit de nouveau, pour aller auprès 
des Juifs. Et il leur dit : Je ne trouve en lui aucune cause 
de condamnation. '^ Mais, c'est la coutume que je vous 
délivre quelqu'un à la fête de Pâque (a) ; voulez-vous donc 
que je vous délivre le roi des Juifs? -^"^ Alors, de nouveau, 
ils crièrent tous, en disant : Pas celui-ci, mais Barabbas. 
Or, Barabbas était un brigand. 

Chapitre XIX. — ^ Pilate prit donc alors Jésus, et le 
fit flageller (è). -Et les soldats, ayant 
tressé une couronne d'épines, la mirent 
sur sa tête, et le revêtirent d'un man- 
teau de pourpre {c) ; -^ puis, ils venaient 
auprès de lui, et disaient : Salut, roi 
des Juifs; et ils lui donnaient des souf- 
flets. 

* Pilate sortit donc de nouveau, et 
ditaux Juifs : Voici que je vous l'amène 
dehors, afin que vous sachiez que je ne 
trouve en lui aucune cause de con- 
damnation. '■' Jésus sortit donc, portant 
la couronne d'épines et le manteau de 
poupre. Et Pilate leur dit : Voici 
l'homme! ^ Lorsque les princes des 
prêtres et les serviteurs le virent, ils 
crièrent, en disant : Crucifie-le ! Pilate leur dit : Prenez-le 
vous-mêmes, et crucifiez-le; car moi, je ne trouve en lui 
aucune cause de condamnation.' Les Juifs lui répondirent : 




Chlamyde de soldat, 

(D'après un vase 

peint.) 



(a) Sur cette coutume, voyez saint Luc, xxiii, 17, et la note. 

(ô) « Supplice horrible. » (Horace.) « Les fouets déchirèrent ce corps très 
saint et cette poitrine qui contenait la divinité. » (Saint Jérôme.) 

(<:) Un manteau rouge de soldat, ou chlamyde. « Ce sont (maintenant) des 
Gentils et des étrangers qui font de Jésus leur jouet, et qui le préparent au 
supplice et à l'ignominie de la croix par les plus sensibles dérisions, et par 
toutes les inhumanités que leur inspire une brutale férocité. » (Bouidalout.) 



342 



s. JEAN, XIX, 8-1 



Nous avons une loi, et selon notre loi il doit mourir, 
parce qu'il s'est fait Fils de Dieu. ^Lorsque Pilate en- 
tendit cette parole, il craignit encore davantage (a). 

^ Et étant entré de nouveau dans le prétoire, il dit à 
Jésus : D'où es-tu ? Mais Jésus ne lui fit pas de réponse. 
^^ Alors Pilate lui dit : Tu ne me parles pas? Ne sais-tu 
pas que j'ai le pouvoir de te crucifier, et le pouvoir de te 
délivrer? *' Jésus répondit : Tu n'aurais aucun pouvoir 
sur moi, s'il ne t'avait été donné d'en haut. C'est pour- 
quoi celui qui m'a livré à toi est coupable d'un plus 
grand péché. 

*- Dès lors, Pilate cherchait à le délivrer. Mais les Juifs 
criaient, en disant : Si tu le délivres, tu 
n'es pas ami de César {/>); car, quiconque 
se fait roi se déclare contre César. ^^ Pi- 
late, ayant entendu ces paroles, amena 
Jésus dehors, et s'assit sur le tribunal, au 
lieu appelé Lithostrotos (c) ; en hébreu, 
Gabbatha {d). ^ ' C'était le jour de la pré- 
paration (<?) de la Pâque, et environ la 
sixième heure (/"). Et il dit aux Juifs : 
Voici votre roi. ^'^ Mais ils criaient : Ote-le, 
Juge romain" assis ^te-le ; crucifie-le ! Pilate leur dit : Cru- 
sur son tribunal, cifierai-je votre roi? Les princes des prê- 
(Bas-reiief de Tare- tres répondirent : Nous n'avons pas d'autre 

de-tnomphe de ^.^j ç^^^^^,^ ,6 j^^ jj j^ ^^^^^. y^^.^.^ 

1 rajan.) ^ ' , '■ 

être crucifié. Ils prirent donc Jésus, et 
l'emmenèrent. '"^ Et, portant sa croix, il vint au lieu ap- 
pelé Calvaire ; en hébreu, Golgotha (g). ^^Là ils le cruci- 




(a) Par moments, ce lâche a peur des hommes, craignant de perdre sa 
haute position ; ici, il redoute, et à bon droit, les vengeances de la divinité. 

(ô) Voyez saint Matthieu, xxii, 17, et la note. 

(c) Mot grec, qui signifie « lieu pavé », 

(rf) C'est-à-dire, hauteur. 

(^e) Voyez saint Matthieu, xxvii, 62, et la note. 

(/) Midi, 

(g) Sur l'emplacement du Calvaire, voyez saint Matthieu, xxvii, 33, et la 
note. 



s. JEAX, XIX, 19-27, 



343 



fièrent, et deux autres avec lui ; un de chaque côté, et 
Jésus au milieu. 

*^ Pilate rédigea aussi une inscription, qu'il plaça au-des- 
sus de la croix. Il y était écrit : Jésus de Nazareth, roi 
des Juifs (fl). -'^Beaucoup de Juifs lurent cette inscription, 
car le lieu où Jésus avait été crucifié était près de la ville. 
Elle était rédigée en hébreu, en grec et en latin. -^ Mais les 
princes des prêtres juifs disaient à Pilate : N'écris pas : 
Roi des Juifs; mais écris qu'il a dit : Je suis le roi des 
Juifs. -- Pilate répondit : Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit. 

^"'Les soldats, après avoir crucifié Jésus, prirent ses 
vêtements, et en firent quatre parts; une part pour chaque 
soldat. Ils prirent aussi sa tunique; c'était une tunique sans 
couture, et d'un seul tissu depuis le haut jusqu'en bas (3). 
'-* Et ils dirent entre eux : Ne la 
déchirons pas, mais tirons au sort 
à qui elle sera. C'était afin que 
s'accomplît cette parole de l'Ecri- 
ture (f) : Ils se sont partagé mes 
vêtements, et ils ont tiré ma tuni- 
que au sort. C'est là ce que firent 
les soldats. 

■-' Cependant, près de la croix 

de Jésus se tenaient sa mère, et La sainte tunique vénérée à 

la sœur de sa mère, Marie, femme '^^^^^* 

de Cléophas, et Marie-Madeleine. -^ Ayant donc vu sa 
mère, et, auprès d'elle, le disciple qu'il aimait, Jésus dit à 
sa mère : Femme, voilà votre fils. "-' Puis il dit au disciple : 
Voilà ta mère (d). Et, à partir de cette heure, le disciple 
la prit chez lui. 

(a) Cette inscription varie dans les quatre évangiles, bien qu'elle soit partout 
la même quant à la substance. On a des raisons de supposer que la rédaction 
latine nous a été conser\-ée par saint Marc ; la rédaction grecque, par saint 
Matthieu et par saint Luc ; la rédaction hébraïque, par saint Jean. 

(b) «■ Œuvre patiente de la main d'une mère, ou don d'un cœur généreux. » 
(M. Le Camus.) 

(c) Psaumes, x.xr, 19. 

{d) « Lorsque Jésus parle ainsi, ce n'est pas seulement un devoir qu'il impose 




344 



s. JEAX, XIX, 28-36. 



2^ Après cela, Jésus, sachant que tout était accompli, afin 
que l'Écriture fût accomplie, dit : J'ai soif(rt). -^Ily avaitlà 

un vase plein de vinaigre. Les 
soldats en remplirent une 
éponge, et, la fixant à un ra- 
meau d'hysope, l'approchèrent 
de sa bouche. "*^ Quand Jésus 
eut pris le vinaigre, il dit : 
Tout est accompli (b). Et bais- 
sant la tête, il rendit l'esprit, 

•^* Or, comme c'était la préparation, 
de peur que les corps ne restassent 
sur la croix pendant le sabbat, car ce 
jour de sabbat était solennel, les Juifs 
demandèrent à Pilate qu'on rompît 
les jambes aux suppliciés, et qu'on 
les enlevât. •^- Les soldats vinrent 
donc, et ' rompirent les jambes au 
premier, puis à l'autre qui avait été 
Rameaux fleuris d'hysope. crucifié avec lui. ^'^ Etant ensuite ve- 
nus à Jésus, et le voyant déjà mort, 
ils ne lui rompirent pas les jambes; ^^mais un des soldats 
lui ouvrit le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit 
du sang et de l'eau. '^-^ Celui qui l'a vu en a rendu témoi- 
gnage, et son témoignage est véridique. Et il sait qu'il dit 
vrai, afin que, vous aussi, vous croyiez. -^^Car ces cho- 




à Marie et une dignité qu'il confère à Jean. Dans ces deux cœurs, il opère 
immédiatement l'eftet que sa prière indique. Désormais, entre la sainte Vierge 
et l'humanité chrétienne, représentée ici par saint Jean, un lien est établi, le 
lien le plus doux, le plus étroit, le plus indissoluble. Marie nous aimera véri- 
tablement comme une mère, et nous l'aimerons véritablement comme des 
enfants. » (Le P. Ch. Perraud.) 

(a) Psaumes, lxviii, 22. La soif était l'un des plus grands tourments des 
crucifiés. 

(è) Cri de triomphe, non moins que d'obéissance. « Jésus parcourt toutes 
les prophéties pour voir s'il reste encore quelque chose à faire. Voj'ant enfin 
la mesure comble, et qu'il ne restait plus que sa mort pour désarmer la jus- 
tice, il dit : Tout est consommé. » (Bossuet.) 



s. JEAN, XIX, 37-42. 



315 



ses ont été faites, afin que l'Écriture fût accomplie (a) : 
Vous ne briserez aucun de 
ses os. •^' Et ailleurs, l'Ecri- 
ture dit encore (/') : Ils con- 
templeront celui qu'ils ont 
percé. 

^^ Après cela, Joseph d' A- 
rimathie (c), qui était dis- 
ciple de Jésus, mais en se- 
cret, par crainte des Juifs, 
demanda à Pilate qu'il lui 
permît de prendre le corps 
de Jésus. Et Pilate le per- 
mit. Il vint donc, et prit le 
corps de Jésus. ■^'^Xicodème, 
qui auparavant était venu 
auprès de Jésus pendant la 
nuit (d), vint aussi, appor- 
tant environ cent livres (<f) 
d'une composition de mvr- 
rhe et d'aloès (/) ^"^ Ils pri- 
rent le corps de Jésus, et 
l'enveloppèrent de linceuls, 

avec les aromates, comme Rameau du Bahamodendiwi mytrha, 
c'est la coutume d'ensevelir ^■"^''^ I"* produit la myrrhe. . 

chez les Juifs. -^^ Or il y avait, dans le lieu oiî il avait 
été crucifié, un jardin, et dans ce jardin un sépulcre neuf, 
où personne encore n'avait été mis. '^^ Ce fut donc là à 




(a) Exode, xii, 46. 

{b) Zacharie, xii, 10. 

(<:) Voyez saint Matthieu, xxvix, 57, et la note. 

{d) Chap. m, vers. i. 

{e) La livre romaine équivalait à 326 gr. 33. 

(/) Sur la myrrhe, voyez saint Marc, xv, 23, et la note. L'aloès était aussi 
une matière résineuse, au parfum très agréable. On l'extrayait de \' Aquilaria 
agallochutn, arbre originaire des Indes. Ces parfums étaient pulvérisés, et 
on en saupoudrait les linges qui enveloppaient les morts de distinction. 



346 



s. JEAN, XX, I -I I. 



cause de la préparation des Juifs, parce que le sépulcre 
était proche, qu'ils déposèrent Jésus. 

§ III. — LA RÉSURRECTION DE NOTRE SEIGNEUR 
JÉSUS-CHRIST. 

Marie-Madeleine , Pierre et Jean au sépulcre. Jésus apparaît a 
Madeleine et aux disciples. 

Chapitre XX. — ^ Le premier jour de la semaine, 
Marie-Madeleine vint au sépulcre dès le matin, comme 
les ténèbres régnaient encore; et elle vit que la pierre 
avait été ôtée du sépulcre. - Elle courut donc, et vint 
auprès de Simon-Pierre, et de l'autre disciple que Jésus 
aimait. Et elle leur dit : Ils ont enlevé le Seigneur du 
sépulcre, et nous ne savons où ils l'ont mis. ^ Pierre sortit 
donc avec cet autre disciple, et ils allèrent au sépulcre. 
*Ils couraient tous deux ensemble; mais, cet autre dis- 
ciple courut plus vite que Pierre, et arriva le premier 
au sépulcre. ^ Et s'étant baissé, il vit les linceuls posés à 
terre; cependant, il n'entra pas {a). ^Simon-Pierre, qui le 
suivait, vint aussi, et entra dans le sépulcre ; et il vit les 
linceuls posés à terre, '' et le suaire, 
qu'on avait mis sur sa tête, non pas 
posé avec les linceuls, mais roulé à 
part, dans un autre endroit. * Alors 
l'autre disciple, qui était arrivé le 
premier au sépulcre, entra aussi ; 
et il vit, et il crut. ^ Car ils ne sa- 
vaient pas encore, d'après l'Ecri- 
ture, qu'il fallait qu'il ressuscitât 
d'entre les morts {h). ^^ Les disciples 
s'en retournèrent donc chez eux. 
*' Mais Marie se tenait dehors, 
près du sépulcre, pleurant. Et, tout en pleurant, elle se 

(a) Les sépulcres de l'Orient se composent d'une ou de plusieurs chambres, 
souvent assez vastes. 

(è) Le divin Maître leur avait cependant prédit à plusieurs reprises sa 




Intérieur d'un sépulcre 
phénicien. 



s. JEAN, XX, 12-23. 347 

baissa, et regarda dans le sépulcre. '- Et elle vit deux 
anges vêtus de blanc, assis l'un à la tête, et l'autre aux 
pieds, à l'endroit où avait été déposé le corps de Jésus. 
*^Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu? Elle leur 
dit : Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et que je ne 
sais où ils l'ont mis. ^''- Ayant dit cela, elle se retourna, 
et vit Jésus debout; mais elle ne savait pas que ce fût Jé- 
sus. *^ Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu? qui cher- 
ches-tu? Pensant que c'était le jardinier (a), elle lui dit : 
Seigneur, si c'est toi qui l'as enlevé, dis-moi où tu l'as mis, 
et je l'emporterai. ^^ Jésus lui dit : Marie ! Elle se retourna, 
et lui dit : Rabboni (c'est-à-dire. Maître)! (ô) ^' Jésus lui 
dit : Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté 
vers mon Père (c) ; mais va vers mes frères, et dis-leur : Je 
monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et 
votre Dieu. ^^Marie-Madeleine vint annoncer aux dis- 
ciples : J'ai vu le Seigneur, et voici ce qu'il m'a dit. 

'^Le soir de ce jour, qui était le premier de la semaine, 
comme les portes du lieu où les disciples étaient assem- 
blés étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint, et 
se tint au milieu d'eux, et leur dit: La paix soit avec vous ! 
^^ Et après avoir dit cela, il leur montra ses mains et son 
côté. Les disciples se réjouirent donc, en voyant le Sei- 
gneur. -' Et il leur dit de nouveau : La paix soit avec 
vous! Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous 
envoie. -- Ayant dit ces mots, il souffla sur eux, et leur 
dit : Recevez rEsprit-Saint.'-''Les péchés seront remis à 



résurrection ; mais, avant l'accomplissement des faits, ils n'avaient pas plus 
compris ce mystère que celui de sa mort. Voyez saint Luc, xviii, 34. 

(a) Marie, dans sa vive émotion, avait à peine regardé son interlocuteur, 
et elle prit naturellement pour le jardinier celui qu'elle rencontrait de si bonne 
heure dans le jardin. 

(b) Voyez saint Marc, x, 51. 

(c) « Madeleine croit à tort que Jésus revient à ses amis pour toujours, et» 
transportée d'allégresse, elle semble dire que, l'ayant retrouvé, elle ne le 
perdra plus. Jésus la tire de son illusion, en lui disant que, s'il se montre, il 
ne reste pas encore, parce qu'il n'est pas allé au Père (par sa résurrection). » 
(M. Le Camus.) 



348 



s. JEAN, XX, 



XXI, 



fVj";''"*TfrfA 



ceux auxquels vous les remettrez, et ils seront retenus 
à ceux auxquels vous les retiendrez. 

^* Or Thomas, l'un des douze, appelé Did3aiie, n'était 
pas avec eux lorsque Jésus vint. '^'^ Les autres 
disciples lui dirent donc : Nous avons vu le 
Seigneur. Mais il leur dit : Si je ne vois dans 
ses mains le trou des clous, et si je ne mets 
mon doigt à la place des clous, et si je ne 
mets ma main dans son côté, je ne croirai 
point. -'' Huit jours après, les disciples étaient 
enfermés de nouveau, et Thomas avec eux. 
Jésus vint, les portes étant fermées; et il se 
tint au milieu d'eux, et dit : La paix soit 
avec vous! '-^Ensuite il dit à Thomas : In- 
troduis ton doigt ici, et vois mes mains; 
approche aussi ta main, et mets-la dans mon 
côté, et ne sois pas incrédule, mais fidèle. 
2^ Thomas répondit, et lui dit : Mon Sei- 
gneur et mon Dieu ! -^ Jésus lui dit : Parce 
que tu m'as vu, Thomas, tu as cru; heureux 
ceux qui n'ont pas vu, et qui ont cru ! 
■^^ Jésus fit encore, en présence de ses dis- 
Le saintciou cou- ciples, beaucoup d'autres miracles, qui ne 
serve à Trè- sont point écrits dans ce livre. ^^ Ceux-ci ont 
ves.(Reduitde ^j.^ écrits, afin que vous croyiez que Jésus 

moitié.) 1 /^, • 1 x->'i 1 T->" 1 

est le Christ, le rils de Dieu, et que, le 
croyant, vous ayez la vie en son nom. 

Apparition de Jésus près de la nier de Tibériade. Saint Pierre 
est institué pasteur suprême de l' Eglise. Conclusion de l'£vajigile 
selon saint Jean. 

Chapitre XXI. — ^ Après cela, Jésus se manifesta de 
nouveau à ses disciples, près de la mer de Tibériade. Il se 
manifesta ainsi. ^Simon-Pierre, et Thomas, appelé Didyme, 
et Nathanaël (^t), qui était de Cana en Galilée, et les fils 



(«) Voyez I, 45, et la note. 



s. JEAN, XXI, 3 - I I . 



349 



de Zébédée, et deux autres de ses disciples, étaient en- 
semble, -^Simon-Pierre leur dit : Je vais pêcher. Ils lui 
dirent : Nous y allons aussi avec toi. Ils sortirent donc, 
et montèrent dans une barque; et, cette nuit-là^ ils ne 
prirent rien. 

'Le matin étant venu, Jésus parut sur le rivage; mais 
les disciples ne reconnurent pas que c'était Jésus. '■' Jésus 
leiu" dit donc : Enfants, n'avez-vous rien à manger? Ils 
lui dirent : Non. *^'I1 leur dit : Jetez le filet à droite de 
la barque, et vous trouverez. Ils le jetèrent donc, et ils ne 
pouvaient plus le retirer, à cause de la multitude des pois- 
sons. 'Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : 
C'est le Seigneur (a). Dès que Simon-Pierre entendit que 
c'était le Sei- 
gneur, il se cei- 
gnit de sa tuni- 
que, car il était 
nu((^),etilsejeta 
à la mer.^ Les 
autres disciples 
vinrent avec la 
barque, car ils 
étaient peu éloi- 
gnés de la terre 
(environ de deux 
cents coudées) 
(c-), tirant le filet 
plein de poissons. ^ Lorsqu'ils furent descendus à terre, ils 
virent des charbons allumés, et du poisson placé dessus, et 
du pain.**^ Jésus leur dit : Apportez quelques-uns des pois- 
sons que vous venez de prendre. *' Simon-Pierre monta 
dans la barque, et tira le filet, plein de cent cinquante- 
trois poissons. Et, quoiqu'il y en eût tant, le filet ne fut 

(a) « Le regard du cœur », joint au miracle, avait aussitôt éclairé saint 
Jean. 

(b) C'est-à-dire, à demi vêtu, selon la coutume des pêcheurs. 

(c) A peu près I04 mètres. Voyez saint Matthieu, vi, 27, et la note. 




La pêche miraculeuse. 
(D'après un monument du vi« siècle.) 



20 



350 



s. JEAX, XXI, 12-19. 




yf ^f 



Repas qui suivit la pèche miraculeuse. 
(Peinture des Catacombes.) 



pas rompu. '-Jésus leur dit : Venez, mangez. Et aucun de 

ceux qui prenaient 
part au repas n'osait 
lui demander : Oui 
ètes-vous.''car ils sa- 
vaient que c'était le 
Seigneur. '^ Jésus 
vint, prit le pain, et 
leur en donna, ainsi 
que du poisson. ''^C'é- 
tait la troisième fois 
que Jésus se manifestait à ses disciples (a), depuis qu'il 
était ressuscité d'entre les morts. 

*■' Après qu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : 
-5imon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci? Il lui ré- 
pondit : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jé- 
sus lui dit : Pais mes agneaux. '*^I1 lui dit de nouveau : 
Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? Pierre lui répondit : Oui, 
Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Pais 
mes agneaux, '^11 lui dit pour la troisième fois (è) : 
Simon fils de Jean, m'aimes-tu? Pierre fut attristé de ce 
qu'il lui avait dit pour la troisième fois : M'aimes-tu ? et 
il lui répondit : Seigneur, vous savez toutes choses; 
vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Pais mes 
brebis {c). '^ En vérité, en vérité, je te le dis, lorsque tu 
étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où 
tu voulais; mais, lorsque tu seras vieux, tu étendras tes 
mains, et un autre te ceindra, et te conduira où tu ne 
voudras pas. '^ Or, il dit cela pour marquer par quelle 
mort il devait glorifier Dieu (d). 

(a) C'est-à-dire, à ses apôtres réunis en corps. Voyez xx, 19-23, et 26-29. 
(è) En exigeant de saint Pierre cette triple protestation d'amour, Jésus 
voulait lui faire réparer son triple reniement. (Pensée de saint Augustin.) 

(c) Les agneaux représentent ici le.5 simples fidèles ; les brebis figurent les 
évêques et tous les autres chefs ecclésiastiques. Jésus fait donc de saint Pierre 
« le pasteur des pasteurs », comm2 s'exprime saint Eucher, et il achève de 
lui conférer ici une souveraine autorité sur son Église. 

(d) Saint Pierre mourut crucifié. 



s. JEAN, XXI, 20-25. 



351 



Et, après avoir ainsi parlé, il lui dit : Suis-moi. -*^ Pierre, 
s'étant retourné, vit venir derrière lui le disciple que Jé- 
sus aimait, et qui, pendant la cène, s'était reposé sur son 
sein, et avait dit : Seigneur, quel est celui qui vous tra- 
hira (a) ? -^ Pierre donc, l'aA'ant vu, dit à Jésus : Seigneur, 
celui-ci, que deviendra-t-il? '--Jésus lui dit : Si je veux 
qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe? 
Toi, suis-moi. -^ Le bruit courut donc, parmi les frères^ 
que ce disciple ne mourrait point. Cependant, Jésus n'avait 
pas dit : Il ne mourra point; mais : Si je veux qu'il 
demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe? 

-*^ C'est ce disciple qui rend témoignage de ces choses 
et qui les a écrites; et nous savons que son témoignage 
est véridique. "-' Il y a encore beaucoup d'autres choses 
que Jésus a faites; si on les écrivait une à une, je ne 
pense pas que le monde entier pût contenir les livres que 
l'on devrait écrire (è). 

(a) Voyez xiii, 23 et suiv. 

(b) Hyperbole touchante, par laquelle l'écrivain sacré reconnaît humble- 
ment le caractère incomplet de son œuvre. En réalité, les quatre Evangiles, 
même réunis, ne nous racontent qu'une partie très minime de la vie et des 
actions de Notre-Seisrneur Jésus-Christ. 




TABLE DES MATIERES 



Pages. 

AVANT-PROPOS IX 

INTRODUCTION XIII 

ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU I 

Préambule : La généalogie de N.-S. Jésus-Christ . ... i 

Première Partie : L'enfance et la vie cachée de Jésus . . 3 

Seconde Partie : La vie publique de Jésus 7 

§ I. — Le précurseur et le Messie 7 

§ II. — • Les débuts du ministère de Jésus-Christ . 9 

§ III. — Le discours sur la montagne il 

§ IV. — ■ Quelques miracles de Jésus en Galilée . . 22 
§ V. — Jésus et les apôtres prêchent dans les villes 

de Galilée 29 

§ VI. — Jésus et Jean-Baptiste 33 

§ VIL — Jésus et les Pharisiens 36 

§ VIII. — Les paraboles du royaume des cieux ... 41 
§ IX. — Divers voyages et miracles de Jésus en 

Galilée 47 

§ X. — Le faîte du ministère de Jésus en Galilée. 54 

§ XL — Le dernier voyage de Jésus à Jérusalem. . 62 

Troisième Partie : Les derniers jours de Jésus-Christ 

sur la terre et sa résurrection 67 

§ I. — L'entrée triomphale à Jérusalem 67 

§ IL — Le ministère de Jésus à Jérusalem avant sa 

passion 70 

20. 



354 TABLE DES MATIÈRES. 

Pagi'S.. 

§111. — La passion de N.-S. Jésus-Christ 89. 

§ IV. — La résurrection glorieuse de Jésus loi 

ÉVANGILE SELON SAINT MARC lOj 

Première Partie : La vie publique de Jésus 105 

§ L — Le précurseur; le Messie et ses premières 

actions d'éclat 105 

§ II. — • Débuts de l'opposition contre Jésus .... 109 
§ III. — Depuis l'élection des apôtres jusqu'à la mis- 
sion que leur confia leur Maître 113 

§ IW — \'^oyages de Jésus à travers la Galilée. . . . 123 
§ \ . — Jésus manifeste sa gloire aux disciples pour 

les préparer à ses humiliations 132 

§ \\. — Séjour de Jésus en Pérée ; son dernier voyage. 137 

Seconde Partie : Les derniers jours et la passion de Jésus. 142 

§ I. — • Le Messie triomphant 142 

§ II. — Le Christ agit en juge souverain 143 

§ III. — Le Messie souffrant 153 

Troisième Partie : La résurrection et l'ascension du Christ. 163 

ÉVANGILE SELON SAINT LUC 167 

Première Partie : Quelques récits relatifs a l'enfance de 

Jésus 167 

§ I. — Tout est divinement préparé pour l'avène- 
ment du Messie 167 

§ II. — Nativité de N.-S. Jésus-Christ 173 

§ III. — L'enfance et la vie cachée de Jésus 175 

Seconde Partie : Le ministère de Jésus en Galilée . ... 178 

§ I. — Inauguration de la vie publique du Messie. 178 
§ II. — ^ Le ministère de Jésus avant l'élection des 

apôtres 184 

§ III. — Le ministère de Jésus en Galilée après l'élec- 
tion des apôtres J91 



TABLE DES MATIÈRES. 355 

Pages. 
Troisième Partie : Le dernier voyage de ^e'sus à Jérusa- 
lem 2IO 

§ I. — • Les dibuLs du voyage 2io 

§ II. — -La continuation du vo3'age 228 

§ III. — Les derniers événements du vo3-age. ... 24.0 

Quatrième Partie : La passion et la résurrection de Jésus. 247 

§ I. — Les derniers jours du Sauveur à JéFusalem. 247 

§ IL — La passion, la mort et la sépulture de Jésus. 257 

§ m. — La résurrection et l'ascension de Jésus . . . 268 

ÉVANGILE SELON SAINT JeAN 273 

Prologue : Le Verbe divin 275 

Première Partie : Jésus démontre sa mission et sa divinité 

par ses paroles et par ses œuvres 274 

§ I. — Ses premières manifestations sur le bord du 

Jourdain 274 

§ IL — Jésus se manifeste publiquement à Jérusalem, 

en Judée, en Samarie et en Galilée. . . 278 

§ m. — Jésys en conflit avec les Juifs 288 

§ W. — Conclusion du ministère public de Jésus.. . 318 

Deuxième partie : Jésus achève de démontrer sa mission 

et sa divinité par sa passion et sa résurrection .... 323 

§1. — Les dernières heures de Jésus avec ses apôtres. 323 

§ IL — La passion et la mort de Jésus 337 

§ III. — La résurrection de X.-S. Jésus-Christ. . . . 346 



EVANGILES 



DIMANCHES ET DES PRINCIPALES FÊTES DE h ANNEE 



PROPRE DU TEMPS 



!*'■ dimanche de l'Avent S. 

2« — — S. 

— — S. 

4' - - S. 

Vigile de la Nativité de Noire-Seigneur. . S. 

Nativité de Notre-Seigneur. i'^ Messe. . . S. 

— — 2« Messe. . . S. 

— — 3« Messe. . . S. 
Saint Etienne, i^'' martyr S. 

Saint Jean, apôtre et évangéliste S. 

Saints Innocents S. 

Dimanche dans loctave de Noël S. 

Circoncision S. 

Vigile de l'Epiphanie S. 

Epiphanie S. 

i'' dimanche après l'Epiphanie S. 

2« — — — S. 

Saint Nom de Jésus S. 

3' dimanche après l'Epiphanie S. 

4» - - - S. 

5^ - - - S. 

6« — — — S. 

Septuagésime S. 

Sexagésime S. 

Quinquagésime S. 

Mercredi des Cendres S. 

1" dimanche de Carême S. 

3« — — S. 

4" — — S. 



Luc, XXI, 25-33. 
Matth,, XI, 2-10 
Jean, I, 19-28, 
Luc, III, 1-6. 
Matth., I, 1S-21 
Luc, II, 1-14. 
Luc, II, 15-20. 
Jean, I, 1-14. . 
Matth., XXIII, 34 

39 

Jean, XXI, 19-24 
Matth., II, 13-18 
Luc, II, 33-40 . 
Luc, II, 21 . . . 
Matth., II, 19-23. 
Matth., II, 1-12. 
Luc, II, 42-52. . 
Jean, II, i-ii. . 
Luc, II, 21 . . . 
Matth., VIII, 1-13 
Matth., VIII, 2 3-27 
Matth., XIII, 24-30 
Matth., XIII, 31-35 
Matth., XX, 1-16. 
Luc, VIII, 4-15. 
Luc, XVIII, 31-4: 
Matth., VI, 16-21 
Matth., IV, i-ii. 
Matth., XVII, 1-9 
Luc, XI, 14-28. 
Jean, VI, 1-15. 



Pages. 

256 
33-34 

274-275 
178-179 

3 
173-174 
174-175 
273-274 

79-80 

351 

5-6 

176-177 

175 
6 

4-5 
177-178 
277-278 

175 
22-24 

25 

43-44 

44-45 

65-66 

200-20 I 

244-245 

17-18 

8-9 

56-57 
216-217 

292-293 



35^ ÉVANGILES DES DIMANXHES 

Pages . 

Dimanche de la Passion S. Jean, VIII, 46-59. 306-309 

Dima:iclie des Rameaux S. Mattli., XXI, 1-9. 67-68 

Jeudi-saint S. Jean, XIII, 1-16. . 323-^25 

Pàque S.Marc, XVI, 1-7. . 163-164 

Lundi de Pâquc S. Luc, XXIV, 13-35. 269-271 

Mardi de Pàque S. Luc, XXIV, 36-48. 271-272 

i®"" dimanche après Pàque S.Jean, XX, 19-31. . 347-348 

2^ — — — S. Jean, X, 11-16. . . 311 

3* — — — S. Jean, XVI, 16-22 . 333 

4" — — — S. Jean, XVI, 5-14. . 332-333 

5' — — — S, Jean, XVI, 23-30. 334 

Rogation.. S. Luc, XI, 5-13. . . 215-216 

Vigile de l'Ascension S. Jean, XVII, i-ii . 335-336 

Ascension S. Marc, XVI, 14-20. 165 

Dimanche dans l'octave de l'Ascension. . S. Jean, XV, 26-XVI, 4. 332 

Vigile de la Pentecôte S. Jean, XIV, 15-21. 328 

Pentecôte S. Jean, XIV, 23-31. 329 

Lundi de la Pentecôte S. Jean, III, r6-2i. •. 281-282 

La sainte Trinité S. Matth., XXVIII, 

18-20 102-10'? 

i*"" dimanche après la Pentecôte S. Luc, VI, 36-42 . . 193-194 

La Fête-Dieu S. Jean, VI, 56-59. . 296 

2» dimanche après la Pentecôte S. Luc, XIV, 16-24. 231 

La fête du Sacré-Cœur de Jésus S. Jean, XIX, 31-35. . 344 

3" dimanche après la Pentecôte S. Luc, XV, i-io. . 232-233 

4' — — — S. Luc, V, i-u. . . 186-18S 

5* — — — S. Matth.. V, 20-24. • 12-13 

6' — — — S. Marc, VIII, 1-9. . 130-13? 

7' — — — S. Matth., VII, 15-21. '21-22- 

8' — — — S. Luc, XVI, 1-9. . 236-237 

9* — — — S. Luc, XIX, 41-47 . 248-249- 

lo"" — — — S. Luc, XVIII, 9-14. 242-243: 

II" — — — S. Marc, VII, 31-37. 129-130- 

12* — — — S. Luc, X, 23-37. • • 213-214 

13" — — — S. Luc, XVII, 11-19. ' 24a 

14" — — — S. Matth., VI, 24-33. • 18-20 

15" — — — S. Luc, VII, 11-16. . 196 

16*" — — — S. Luc, XIV, i-ii. . 229-230 

17' — — ~ ..... . S. Matth., XXII, 34-46. 39-41 

18' — — _ S. Matth., IX, 1-8. . 26 

19' — — — S. Matth., XXII, 1-14. 72-73 

so*^ — — — S. Jean, IV, 46-53. . 287-288 

21" — — — S. Matth., XVIII, 23- 

35 61-62 

22" — — — S. Matth. XXII, 15-21. 73-74 

23" — — — S. Matth., IX, 18-26. 27-2S 

24" — — — S. Matth., XXIV, 15- 

?5 81-83 



ET DES PRINXIPALES FÊTES DE l'aNXÉE. 



359 



PROPRE DES SAINTS 



Saint André, apôtre, 50 novembre 

Immaculée Conception de la Sainte Vierge, 
8 décembre 

Saint Thomas, apôtre, 21 décembre. . . . 

Fiançailles de la Sainte Vierge et de saint 
Joseph, 23 janvier 

Conversion de saint Paul, 25 janvier. . . . 

Purification, 2 février 

Saint Mathias, 24 ou 25 février 

L'archange saint Gabriel, 18 mars 

Saint Joseph, 19 mars 

Annonciation, 25 mars 

Saint Marc, évangéliste, 25 avril 

Saint Philippe et saint Jacques, apôtres, 
I*'' mai 

Invention de la Sainte Croix, 3 mai .... 

Saint Jean devant la Porte-Latine, 6 mai. . 

Saint Barnabe, apôtre, 1 1 juin 

Saint Louis de Gonzague, 21 juin 

Nativité de saint Jean-Baptiste, 24 juin. . . 

Saint Pierre et saint Paul, apôtres, 29 juin. . 

Commémoration de saint Paul, 30 juin. . . 

Le Précieux Sang de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ 

La Visitation, 2 juillet 

Notre-Dame du Mont Carmel, 16 juillet. . 

Saint Jacques le Majeur, apôtre, 25 juillet. 

Transfiguration de Notre-Seigneur, 6 août . 

Saint Laurent, 10 août 

Assomption, 15 août 

Saint Barthélémy, 24 août 

Saint Louis, roi de France, 2~, août .... 

Nativité de la Sainte Vierge, 8 septembre . 

Exaltation de la Sainte Croix, 14 septembre. 

Les Sept Douleurs de la Sainte Vierge . . 

Saint Matthieu, apôtre et évangéliste, 21 sep- 
tembre 

Saint Michel, archange 29 septembre. . . 

Les Saints Anges Gardiens, 2 octobre . . . 

Saint Luc, évangéliste, 18 octobre 

L'archange saint Raphaël, 24 octobre. . . 



S. Ma:th., IV, 18-22 

S. Luc, L 26-28 . . 
S. Jean, XX, 24-29. 

S. Matth., I, 18-21. 

S. Matth., XIX, 27-29 

S. Luc, II, 22-32 . 

S. Matth., XI, 25-30 

S. Luc, I, 26-38 . . 
S. Matth., I, 18-21. 

S. Lsc, I, 26-38. . 

S. Luc, X, 1-9. . . 



S. Jean, XIV, 1-13 . 
S. Jean, III, 1-15 . 
S. Matth., XX, 20-23 
S. Matth., X, 16-22 . 
S. Matth., XXII, 29-4: 
S. Luc, I, 57-68 . . 
S. Matth., XVI, 13-19 
S. Matth., X, 16-22 



S. Jean, XIX, 50-35 . 
S. Luc, I, 39-47 . . 
S. Luc, XI, 27-28 . 
S. Matth., XX, 20-23 
S. Matth., XVII, 1-9 
S. Jean, XII, 24-26. 
S, Luc, X, 38-42. . 
S. Luc, VI, 12-19 • 
S. Luc, XIX, 12-26 
S. Matth., I, 1-16 . 
S. Jean, XII, 31-36 
S. Jean, XIX, 25-27 

S. Matth., IX, 9-13 . 
S.Matth.,XVin, i-io 
S. Matth., XVIII, i-io 
S. Luc, X, 1-9. . 
S. Jean, V, 1-4 . 



Pages. 

lO-II 

170 
34*5 



64 

175-176 

36 

170 

170 
21 1-212 

3^7-328 

280-281 

66 

31 

74-75 
172 

54-55 
31 

34-1 

171 

217 

66 

56-57 

320 

214-215 

191-192 

246-247 

1-2 

321-322 

343 

26-27 

59-60 

59-60 

21 1-212 

288-289 



360 ÉVANGILES DES DIMANXHES ET PRINCIPALES FÊTES. 

Pagps. 
Saint Simon et saint Jude, apôtres, 28 oc- 
tobre S. Jean, XV, 17-25. . 331 

Fête du saint Rosaire, i" dimanche d'oc- 
tobre S. Luc, I, 26-38. . 217 

Maternité de la Sainte Vierge, 2" dimanche 

d'octobre S. Luc, II, 43-51 . . 177 

Pureté de la' Sainte Vierge, 3*^ dimanche 

d'octobre S. Luc, I, 26-35. . . 169-170 

Patronage de la Sainte Vierge, 4'' dimanche 

d'octobre S. Luc, XI, 26-3S . 217 

La Fête de tous les Saints, i" novembre . S. Matth,, V, 1-12. . 11- 12 
La Commémoration de tous les fidèles tré- 
passés, 2 novembre S. Jean, V, 25-29 . . 29c 

La Dédicace des Églises S. Luc, XIX, i-io. . 245-246 

Les Saintes Reliques S. Luc, XX, 27-38 . . 192 



FIN 



Paris. — Typ. Chamerot et Renouard. — 33344- 



5282 00078 3483 



DATE DUE 


MAY Z 3 


2001 






























































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Bible. 

Les Saints Evangiles 




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